Média/Web

Peut-on "dire" un génocide ? (9)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 29 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Média/Web

Peut-on

L’insistance avec laquelle la victime d’un génocide a été niée, de toutes les façons possibles (jusque par les différents dénis), fait que la vie après les massacres n’est en rien une survie même, mais uniquement, pour beaucoup, une immense fatigue, qui n’autorise plus le moindre geste du quotidien (quand on a été traversé par l’horreur du non-sens définitif – qu’est un génocide (112) – plus déstructurant pour la conscience que l’horreur avec son cortège d’atrocités, comment trouver ensuite le moindre sens au quotidien de la vie ?).
Face au déni, qui est la continuation de la logique génocidaire (par le déni de l’acte puis de la responsabilité, on atteint le rescapé en la chair vive de sa mémoire et de sa pensée), le rescapé prend la parole, ce qui est une façon de renverser le déni, de prendre le pas sur celui-ci. Face au silence du déni, la prise de parole circonstanciée du rescapé fait exister le déni du génocidaire en tant que déni (et non plus en tant que silence), c’est-à-dire en tant qu’occultation de l’événement et en tant qu’argument (pensé comme tel) en faveur de la possibilité pour l’événement de n’avoir pas eu lieu. Et cette prise de parole fait exister le déni dans toute son intensité et sa gravité, en disant quelque chose de l’événement, c’est-à-dire de l’horreur qui y est inéluctablement rattachée.

Alain Finkielkraut contre la philosophie

Ecrit par Alain Jugnon le 04 avril 2011. dans Philosophie, La une, Média/Web

Alain Finkielkraut contre la philosophie

... Ou la destruction française de la philosophie européenne


Il est une catastrophe actuelle, non-naturelle et rendue visible dans la philosophie : Alain Finkielkraut, le philosophe français, a enfin réussi à dire, médiatiquement et publiquement, ce que c’est que le concept qu’il fabrique depuis quelques années et qu’il nomme l’anti-antiracisme. L’anti-antiracisme est le contraire de la philosophie. L’anti-antiracisme est contre la philosophie européenne, celle de Husserl, Sartre, Derrida, Deleuze, Foucault et Alain Badiou. Alain Finkielkraut a maintenant fait ce qu’il faut, il a tué le philosophe en lui.
Puisque, selon l’ex-philosophe et nouveau clerc, les joueurs noirs d’une « équipe de France » (appellation de droite pour « La France ») lui font ressentir une présence anti-française comparable à celle qui sévit parmi les jeunes immigrés des banlieues insurrectionnelles, ils ne sont pas représentatifs de la « civilisation française ». Aussi, pour Finkielkraut, y a-t-il partout des antiracistes qui vont en profiter pour défendre le droit des joueurs et des jeunes en général à être respectés comme prolétaires, comme exploités et comme travailleurs.

Peut-on "dire" un génocide ? (5)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 01 avril 2011. dans Monde, La une, Média/Web, Histoire

Peut-on

Suite de l'étude (lire la partie 4)


Mais ce dispositif de regard est nécessaire, me direz-vous, nécessaire car c’est le seul possible. C’est le seul qui soit à même de susciter des images, et les images sont indispensables pour montrer l’horreur, et possiblement faire réagir (que les images ne fassent pas réagir dans telle ou telle situation ne signifie évidemment pas que c’est et ce sera toujours le cas).
Mais à quoi bon montrer la violence, à quoi bon montrer l’horreur ? Nous détournons les yeux à chaque instant. Rien ne nous « intéresse à l’origine en chaque chose que son rapport avec nous quant au plaisir et à la douleur » (52), et nous sommes uniquement soucieux de bonheur (53), de ce bonheur qui « hante la civilisation moderne » avec une « force idéologique » (54) telle que nous ne saurions la mesurer. Et quand nous sommes intéressés par la douleur, c’est uniquement parce qu’elle renvoie à la nôtre (55). « L’homme ne veut pas regarder la douleur de l’autre, à moins que cela soit la sienne. Il ne veut plus rien voir. Il ne voit plus le monde » (56).

Confessions publiques des sportifs

Ecrit par Jacques Petit le 01 avril 2011. dans La une, Média/Web, Actualité, Société, Sports

Confessions publiques des sportifs

Depuis mon jeune âge, j’ai toujours apprécié le sport, j’ai pratiqué à un rang très modeste le foot et le vélo.
Et comme il se doit, j’ai toujours été un lecteur assidu de L’Equipe, en même temps que Le Monde pour d’autres raisons, mais à cette époque il n’y avait pas une ligne de sport sur Le Monde, à chacun son jardin secret.
J’avais plaisir chaque Lundi à y découvrir les résultats du week-end passé, avec des commentaires de journalistes spécialisés, toujours avec une grande justesse, précision et clarté.
La grande période était le mois de Juillet avec le TOUR de FRANCE, cela déchaînait en moi, et bien d’autres, une frénésie, une passion immense qui ne s’apaisaient qu’un peu le soir avec les résultats de l’étape.
Et le lendemain cela repartait de plus belle, avec un crescendo pendant les contre-la-montre et surtout les étapes des grands cols Pyrénéens et Alpins. Chez moi, cela pouvait atteindre un paroxysme d’enthousiasme ou de désillusions selon les résultats. Comme tout sportif en chambre, j’avais mes favoris que je considérais et de loin comme les meilleurs.

FB, Silence, on cause ...

Ecrit par Léon-Marc Levy le 28 mars 2011. dans La une, Média/Web, Société

FB, Silence, on cause ...

En prolongation à la contribution de Gwen Garnier-Duguy « FaceBook émissaire ? »


Vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu parler de FaceBook ! Il se peut cependant que vous fassiez partie du carré, inexorablement menacé d’extinction, des insoumis, des résistants qui ne veulent surtout pas y céder, mais vous êtes forcément au courant de la vague qui submerge, un à un, une à une, nos amis (même les plus chers, les mieux portants, parfois même beaux et intelligents !), nos familles, nos villes, nos campagnes, nos patries ! Etre sur FaceBook ou ne pas être, tel est le dernier avatar de l’âge post-moderne, qui fait glisser les questions centrales du lien social et de l’identité de l’espace de la Morale et/ou de la métaphysique à celui d’une gesticulation « communicante » à la mode.

C’est que le moteur du truc, ou plutôt de l’énorme machine, c’est le semblant. On s’aime, on est lié, on est intelligent, on est cultivé, on est actif.  Je lis même un livre (Diantre !), j’aime Willy Deville (Quel scoop !) voire « les Chaussettes Noires », j’ai vu un super film, j’ai trouvé un tube sur You du même nom, je suis contre les fautes d’orthographe, le cancer quel malheur.

Stéphane Hessel, habileté contre inhibition

Ecrit par Daniel Sibony le 18 février 2011. dans Monde, La une, Psychologie, Média/Web

Stéphane Hessel, habileté contre inhibition


Hier j'ai entendu à France-Culture, Stéphane Hessel se jouer très gentiment de ses deux interlocuteurs, A. Finkielkraut et F. Zimeray. Il a échappé à toutes leurs critiques et lorsqu'il leur en concédait une, c'était pour les ramener à lui, les inclure dans sa position, sur le mode : oui c'est vrai, il n'y a pas que Gaza mais l'éditeur me demandait un exemple clair de lutte possible pour les droits de l'homme, mais bien sûr, je les défends partout où ils sont attaqués, je suis avec vous sur ce terrain, etc. De sorte que l'émission ne réfute ni les énoncés de Hessel ni son énonciation.

En fait, il avait devant lui deux personnes qui inhibaient leur indignation, sans doute pour jouer le jeu médiatique ; et par effet de miroir: "Indignez-vous! – Non !" Il les a donc mises dans son sac, sans même répondre sur le mensonge des "trois millions de Palestiniens expulsés par Israël en 48". C'est que ses deux interlocuteurs étaient d'abord dans une critique de l'indignation. Or l'indignation existe, c'est un moment essentiel des conduites humaines. Mais il y a un temps pour tout : un temps pour s'indigner, et un temps pour réfléchir. Et ce que Hessel cherche, dans sa posture juvénile, c'est de faire que l'indignation absorbe le raisonnement. Ce fut le cas.

Les voeux de l'étang des Reflets ...

Ecrit par Martine L. Petauton, La Rédaction le 24 décembre 2010. dans La une, Média/Web, Actualité

Les voeux de l'étang des Reflets ...

… ou de « Reflets du Temps »


« Reflets du temps » publie aujourd’hui une édition exceptionnelle par sa densité : 12 textes, chroniques et billets, avant de se mettre en « trêve des confiseurs ». Bien entendu, vous pouvez continuer à commenter les textes publiés, vos commentaires seront, comme d’habitude, édités régulièrement après « modération ». Prochaine édition « normale » le LUNDI 3 JANVIER 2011. Bonnes fêtes à tous !


Quelques mois après, un retour s'impose, d'un pas de promenade, près de l'étang des reflets - celui des Poucet*- . Noël est là, le jour de l'an est au bout du chemin. Les grands feuillus des bords se sont renforcés de façon étonnante ; il y a déjà des rejetons pour les saisons futures ; les berges sont piétinées, comme un vrai chemin de ronde : c'est que près de 155.000 visiteurs ont écumé ses bords !

Le 27ème commentaire ...

Ecrit par Eric Thuillier le 19 décembre 2010. dans La une, Média/Web, Société

Le 27ème commentaire ...

… A la chronique « Au risque de la Toile » de L-M. Levy

Je n’ai pas eu le temps lors de sa parution vendredi dernier de commenter le texte de Léon-Marc Levy. Et surtout ce texte m’avait engrossé les méninges d’un commentaire qui méritait quelques jours de gestation, de décantation.

Les commentaires ont porté sur les relations d’Internet avec le savoir et la citoyenneté. C’est tout à fait intéressant, pas autant peut-être que l’amour courtois mais de la même époque, celle de la culture. Or Internet ferme la parenthèse de la culture, les choses rentrent dans l’ordre, la nature reprend ses droits. Cette hypothèse est formulée pour rire comme dit Emile Eymard. Mais on ne sait jamais ce qui peut s’immiscer entre les hoquets du rire. Un jour j’ai formulé pour rire, pour faire bisquer un voisin athée jusqu’au bout des cheveux, que Dieu n’était pas si mort qu’il en avait l’air et depuis il ne cesse de me tirer par les pieds. Dieu, pas mon voisin, qui sait depuis belle lurette ce qu’il en est.

Au risque de la Toile !

Ecrit par Léon-Marc Levy le 10 décembre 2010. dans La une, Média/Web, Actualité

Au risque de la Toile !

"Reflets du Jour : l'information et internet"


Aujourd’hui c’est un lieu-commun que de considérer l’avènement de l’Internet comme une Révolution médiatique dont le seul équivalent pourrait être l’invention de l’imprimerie. Pour faire simple, deux points essentiels en émergent :

-       Les notions d’émetteur et de récepteur sont dynamitées, ou radicalement redéfinies, par la cybernétique : Internet « fusionne » les deux pôles de la communication, chaque émetteur devient récepteur, chaque récepteur est un émetteur potentiel. On l’a déjà écrit ici et « Reflets du Temps.fr » lui-même en est un bel exemple, avec ses chroniques, ses liens, ses commentaires, ses réactions aux commentaires … bref, son réseau interactif.

Hommage posthume

Ecrit par Sana Guessous le 20 octobre 2010. dans La une, Média/Web, Musique

Hommage posthume

Tête-à-tête. Ça commence plutôt mal. L’homme est hargneux. Pleurard. Diaporama de bêlements et de contorsions. Poilant.  »Immonde. Immonde, cette… pppppouffiasse. Me voir me tordre de douleur, pour elle c’est l’pied. Fais pas semblant d’comprendre. N’essaie même pas. Ecoute-moi, juste. » Adhésion métallique du menton. Pourvu qu’il ne m’entende pas grincer de la mâchoire. Éclat de rire homérique évité de justesse. J’évacue comme je peux. Un catalogue de mimiques indulgentes se déroule lentement.

« L’amour, c’est un sentiment. » Ah ouais. « J’arrête pas d’lui dire à cette salope. De m’le filer quand j’lui demande. Sans discuter. Je suis en feu, le désir monte, j’en peux plus, dis quelque chose ! » Énorme. Énormissime. Je débobine tous les clichés de l’humanité. Il hoche tristement la tête, comme pour me plaindre. Mais ma trivialité le rassure, le met en confiance. Éclat de grandiloquence sentimentale : « Pétasse, oui, mais perle tout d’même. Perle avant tout. Son amour est tellement… complet, tellement exhaustif. Une encyclopédie d’émotions ! »

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