« C’est dans l’air » ; c’est assez !

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 octobre 2015. dans La une, Média/Web

« C’est dans l’air » ; c’est assez !

Ça remonte à loin, ma fréquentation avec l’émission de la 5, C’est dans l’air. Pile avec les avions du 11/9/2001. Par hasard, et depuis, une belle fidélité quand même, avec des hauts et des bas, comme le vieux couple que nous sommes.

Ce que j’ai aimé d’entrée : cette palette dynamique d’experts, parlant la langue de tout le monde, gardant pour autant le haut niveau qu’il fallait pour des sujets d’actu, voulant – cela honorait l’émission – qu’on sorte de cette étrange classe, en étant au clair, ou mieux informés à tout le moins, sur ça ou ça encore. Le vaste monde inextricable enfin à portée de nos mains citoyennes. Une excellente vulgarisation. Ce que j’ai aimé, ce fut aussi la manière, les façons journalistiques particulières de son créateur-animateur, Yves Calvi. Les pieds dans le plat, pour relancer le débat, appuyer au cas où, sur ce qui titille ou fait mal, s’en mêler – je ne sais pas, mais, moi, je… – et en cela faire définitivement un sort à l’image idéale et combien fausse du journalisme neutre au-dessus des mêlées troubles. Une autre vision du métier. Alléchante ; moderne, indispensable. Et un voyage, quel voyage ! dans les grands et plus petits évènements que nous servait le monde, l’Europe, la France, parfois même (dérapage léger) les coulisses de l’Élysée – Cécilia, la Carla-c’est-du-sérieux, la Julie, le scooter… multiscalaire, le C’est dans l’air.

J’ai attendu un bout, avant l’agacement, le trop plein ; avant de voir le dessous des cartes-Calvi, éclairées comme au cirque. Un rien – un beaucoup – de toute puissance du chef de la bande, avec le sentiment d’impunité qui va avec ? Campagne électorale de 2012, par exemple. Des plateaux fabriqués presque devant nous ; quelque chose de pédagogique, en un peu caricatural : lundi, ça penchait tellement à gauche, que Calvi, débordé, l’œil préoccupé, corrigeait aussi sec le mardi – même sujet, mais experts déportés bien plus à Droite. Conception – allez ! cours moyen 1, du pseudo débat démocratique. Gros comme la Tour Eiffel, l’agencement. Depuis, les Hollande bashing nous ont plus d’une fois fait manger la semaine entière ; lentilles de la cantine, en pire, resservies à satiété. Comme, peu à peu, un éloignement du journalisme, au profit d’une petite bande de militants. Comme – forcément – un mépris de ce public, assez naïf, pour avoir voté comme on sait, et qu’il faut reprendre en mains de toute urgence, à la baguette épaisse et on rigole plus. Des émissions politiques, bien entendu, mais aussi des – tout ce qu’il faut penser sur le faux réchauffement climatique ; rassurez-moi, le Front National va bien gagner la guerre ; comment Obama plonge ou plongera ; notre dette !!! ah ! Misère ; la Grèce en monstre tapi… et le chômage et les faux chiffres du gouvernement (tant et si bien que notre François national du journal de Pujadas, le Lenglet de l’économie, apparaît presque comme un gauchiste). J'allais oublier ces bonnes masses de granite : sus aux fonctionnaires gloutons, et ( dessert) comment elle serait belle la vie sans l’État prédateur. Ça se cache de moins en moins, le « c’est dans l’air » new style, c’est transparent, ma foi. On nous dit sans ambages, ce qu’il faut penser ; on nous économise… On est peut-être, selon eux, devenus assez grands, maintenant, nous, spectateurs, pour en tirer les bonnes épingles, et tricoter notre vestoune citoyenne… cette chère liberté à tout va, qui mitonne dans les gros chaudrons du libéralisme…

Alors, c’est ce que je fais : sujets nécessitant les experts (politique étrangère, montée du terrorisme, etc.) je m’installe. État des sondages (si, par malheur, on enregistre une amélioration, notre maître à penser nous bascule vite fait le seau d'eau glacée qu'il sied pour modérer notre micro enthousiasme), généralement, je passe ; politique intérieure, je guigne les invités « qui nous ont fait l’honneur de participer à notre émission », et ne m’assieds qu’en présence de forces fiables, ou, au moins, honnêtes intellectuellement – il en reste, si !

Mon « C’est dans l’air » nouveau, j’en réduis la consommation, regarde les étiquettes, et quelques fois, jeûne. Je cherche aussi d’autres boutiques, qui m’iraient mieux au foie, et tellement mieux au cœur politique. Non, mais ! C’est bien ce que j’ai appris lors de toutes ces plages 18/19, sur notre bonne chaîne 5 ; aiguiser l’esprit critique, ouvrir la bonne oreille, peser le pour et le contre… loin des gavages des oies ; moi, je sais… et je pense que…

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (2)

  • Bernard Péchon-Pignero

    Bernard Péchon-Pignero

    25 octobre 2015 à 15:40 |
    JFV a bien mis le doigt sur la question de l’audimat. Mais il ne s’agit pas ici de vulgarisation. Calvi ne prétend pas connaître mieux que quiconque le sujet qu’il choisit de traiter. Au contraire il prétend l’aborder avec le bon sens du naïf qui ne s’en laisse pas conter. Le problème que me pose comme à vous, Martine, son émission est que cette position est intenable sur la durée. Ou bien le meneur de jeu est vraiment le pékin moyen un peu plus futé qu’il joue (et surjoue) et il s’expose à un discours girouette que seuls ses interlocuteurs peuvent élever au-dessus du niveau des discussions du café du commerce, ou bien il affirme une position déontologiquement claire de journaliste impartial, éventuellement de chroniqueur politiquement engagé avec le risque de déplaire à la moitié de ses auditeurs. C’est cette double option qu’illustre Elisabeth Quin dans son « 28 minutes » sur Arte. Nous verrons à l’usage si elle maintient mieux que son confrère de la 5 une audience quotidienne durable sur le long terme.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    24 octobre 2015 à 15:16 |
    Vous posez tout le problème de la vulgarisation. Celle-ci est faite pour le « vulgus », la foule, le peuple, qui n’a pas la connaissance nécessaire pour descendre dans les détails et les nuances. Toute pédagogie risque donc – vue la supériorité capacitaire de l’enseignant par rapport à l’enseigné – de se faire mystificatrice, voire tout bonnement sophistique. D’où l’indispensable déontologie à laquelle doit se soumettre celui qui « vulgarise ». C’est – sans doute – un peu trop demander à qui dépend de l’audimat pour son gagne pain…

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