Et une prostate ! Une !

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 décembre 2013. dans France, La une, Média/Web, Politique

Et une prostate ! Une !

Quand j’étais écolière – en Primaire, même, ça date !! – je passais devant un petit marchand de journaux de mon coin. Un de ces commerces d’après-guerre – porte chiche, peinte en un vieux rouge innommable, et volet en bois posé. Étalage réduit à quelques titres dont « l’Huma », chère à ma ville communiste, sans doute un canard pour les fous de rugby, le « Mode et travaux » des tricotages de ma mère, et, affiché devant, « Ici Paris », à moins que ce soit « France Dimanche », sur lequel je louchais, chaque jeudi, s’il m’en souvient. Ça racontait – photos à l’appui – les « ailleurs », mais existaient-ils vraiment, tellement ils nous apparaissaient baroques, ces Brigitte (Bardot) qui quittait Jacques (Charrier), ces – exotique, là ! Farah Diba et son Shah (j’avais pour eux, un goût étrange), et je ne vous dis rien « des Monaco », comme disait ma grand-mère… Bref, potins en bandoulière, nous étions renseignés sur le bruit de ce monde-là (on ne disait pas encore people). On savait – mais oui – que ce n’était pas vérifié, encore moins vérifiable ; on n’était du reste qu’à moitié étonnés, quand « ça » ne mourait pas, « ça » ne divorçait pas… on ne confondait pas avec le livre d’Histoire. On avait là, des récits merveilleux, horrifiques, selon l’heure, qui nous baladaient au pays des princesses et des actrices. Point barre.

Quoi de changé aujourd’hui, ma pov’dame, si ce n’est la vitesse à laquelle arrivent ces infos qui buzzent avec un bourdonnement d’abeille attaquée par le Gaucho, de page d’Orange en Tweet volant, et en murmures FB (là, j’ai un petit faible, parce qu’il y a souvent des images, et que je connais les buses qui les commentent). Chez le coiffeur, les héritiers des Ici Paris s’appellent Gala, ou Voici. Je n’y connais plus grand monde, ce qui rend ennuyeux les après-shampoings…

Alors – Madeleine à sa façon – la joie, quand s’est encadrée « la prostate » du Président, carillonnant en ce début d’hiver, mieux que saint-Nicolas et les premiers marchés de Noël réunis. « Simple » prostate, certes, pas couilles c’eût été plus mordant ; pas cœur (un Infarctus ! ma commère !! tiens, comme mon beau-frère), et – que les opposants rongent encore un peu leur frein – pas cancer ; las !!

Pas fraîche, non plus cette prostate, datant de deux années, mais, baste, sortons-là quand même du congélo… pas vraiment méchante, non plus, ce ne serait, osent dire certains médecins, qu’un curetage, banal pour les hommes de plus de cinquante ans. Pas de quoi fouetter un président, me direz-vous. Enfin !! (en Corrèze, il est d’usage de ponctuer d’un « enfin ! » traînant, quand on veut semer le doute).

Parce que – et nos médias s’en sont souvenu – derrière une « petite » prostate, plane le cancer Mitterrandien, et la terrible, tragique à l’antique, litanie du chemin de croix de celui-là, socialiste, aussi, du reste.

Chez nous, dans notre vieille et fatiguée démocratie, que les lendemains d’élections partielles épuisent, les médias ont faim. Certes, les sondages ! Tels un glas inépuisable ; certes, le bruissement des dames de la cour (mais, vraiment, là, ce François est faible) ; certes, les conseillers du prince (untel qui nie les faits de l’autre, qui les moque, les transforme… usé comme le film « Ridicule ».) Bref, la cage aux fauves médiatiques beugle…

Se sont donc jetés, sur la prostate, un matin, tirés par l’inénarrable France-Info, qui, depuis quasi le 7 Mai 2012, s’est drapé dans la toge de l’opposant blanc de blanc au rouge supposé de la Hollandie. Et, le train, de sonner des heures durant l’alarme, de brève en émission spéciale sur la santé des politiques. N’ayant, quant à mon pauvre moi, pas écouté, ou regardé là où il fallait, ce jour-là, apprenant la chose, j’ai – toutes affaires cessantes – appelé un camarade d’ici, pour éclaircissements : – François opéré ?? – meuh non, tu ne te souviens pas, il y a deux ans, il avait balayé ça d’un revers de main ; c’est vrai qu’il avait un peu décollé après…

Tenaient cependant le morceau, les gens de la prétendue info, et les dents ne lâchaient pas, car brave monde, ce président-menteur, ne l'est-il pas  sur à peu près tout : les chiffres du chômage, l’arrivée – Anne, ma sœur Anne – de la reprise, son train de vie, pas si modeste… enfin !! et combien coûte sa dispendieuse politique étrangère… ses chaudes promesses fondant au  vent froid… Cahuzac, le chef de la menterie, retombé dans quelques oubliettes, parce que, l'autre, il devait bien savoir... donc, sa prostate trouvait évidemment une place au douillet de tout ça. Normal, qu’il aurait dit, le gars-Hollande, en un temps préhistorique.

Oui, mais, trop, c’est trop – loi du genre – et là, le Hollande-bashing, dont ça devait être la cerise, a bu la tasse. 75% des sondés se sont offusqués de l’opération médiatique, et la sauce non seulement n’a pas pris, mais a été retournée aux envoyeurs : – oui, il allait falloir dorénavant savoir (la démocratie est à ce prix) combien de fois dans la journée, le président avait éternué, et Hollande devrait fournir copie de l’ordonnance qui accompagnerait sa prochaine gastro.

Crier au loup, quand passe un caniche – vous connaissez ? Mais, du coup, pan ! dévalider les protocoles (pourtant indispensables) qui entourent la santé de ceux qui décident pour nous, et conduisent le char de l’État. Jusqu’à quand, c’est possible, ces métiers-là ? Avoir confiance en eux, justement pour ces limites posées.

Sa santé nous intéresse ; sa prostate, elle,  fait seulement braire le comptoir…

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    14 décembre 2013 à 16:24 |
    Les précédents pompidolien, et surtout mitterrandien ont abouti – de facto – à une levée du secret médical pour les présidents de la République. On a beaucoup jasé, sous Sarkozy, sur le malaise vagal qu’il avait eu lors d’un jogging à la Lanterne (diagnostic d’élimination, car le nerf vague et les éventuels désagréments qu’il est susceptible d’entraîner, sont aussi « vagues » que son nom l’indique) ou sur la ponction amygdalienne qu’il avait subie à l’hôpital du Val-de-Grâce. Reste l’adénome prostatique d’Hollande. Le seul élément d’information qui devait être rendu public est la bénignité de la tumeur, par opposition à la malignité de celle – déjà métastasée – de Mitterrand. Pour le reste, seule Valérie Trierweiler pourra se réjouir ou – c’est selon – déplorer les déboires prostatiques de son cher et tendre : la technique chirurgicale désormais utilisée (résection de l’adénome par voie endoscopique) a souvent pour effet secondaire…des éjaculations rétrogrades !

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