Facebook, quelques miettes en hiver...

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 février 2013. dans La une, Média/Web, Société

Facebook, quelques miettes en hiver...

En fait, la traduction littérale de Facebook est : trombinoscope, mais, pour moi, ce serait plutôt « boîte à minois », parce que ça s’ouvre sur des visages, et qu’il y a, dans ce clic et ses apparitions magiques des autres et du bruit du monde, comme quelque chose de l’enfance…

Mon histoire avec la chose vaut son pesant de pouces en l’air ! Pas l’amour fou, ni tendre non plus ; plutôt sautes d’humeur, du genre grincheuse, ce soir, émue le lendemain. Quand je disais, enfance !

« Tu écris sur le Net ? Alors, tu as ta page ? » m’a-t-on dit, il n’y a au fond, pas si longtemps ; quelques années de neige ou de canicule… depuis que j’habite un bateau sympa, une felouque douce à la française : « Reflets du temps. fr », madame ! Non, pas page, « journal », rugiront les expert, et, c'est vrai, qu'on en met tant et tant, que ma fois, ça mérite ce beau nom synonyme de nouvelles, de photos... Manque peut-être, ce qui fait le journal pour tant de gens : les accidents, les obsèques !

Facebook, pour moi, c’était, jusque-là, des jeunes, des gamins, accrochés à « leurs amis FB », comme moule au rocher, souvent tard – trop – le soir… à la rigueur, des belles-sœurs, accrochées, elles, à leur descendance, dont elles nous saturaient l’écran de la moindre baignade, et de – surtout – tous les gâteaux d’anniversaire… FB avait un son, gardé dans l’oreille ; un petit bruit soyeux de  linge qu'on secoue à la fenêtre ;  mezzo voce, sucré comme le tapis d'Aladin du dessin animé ; celui  que fait « le » MP (ignares ! message privé), quand il atterrit, royal, sur votre page.

On voyageait sur le Net, et, donc, à n’en pas douter, il fallait en passer par « la page »… En avant donc, pour la chose, sur laquelle surfait la moitié de nos lecteurs – et, la moitié de nos contempteurs, hélas, aussi...

Passés les traquenards de l’inscription – identifiant, mot de passe (« se souvenir de moi », un programme FB, en soi !) ; arrivés – ouf – au « vous êtes bien inscrit sur FB – bienvenue », il faut se coltiner l’image – soi, ou un avatar (un avatar de moi ? Koi, k’es ??). Pas trop moche, la photo, quand même ! Ne pas faire fuir les « amis » avant que d’avoir attrapé le premier ! Celle-là est bien, mais c’était il y a des siècles (mon honnêteté supposée d’historienne s’offusque du procédé un rien stalinien). A moins qu’une de dos, ou floue – discrétion assurée ? – ou bien, un tableau de peinture, un gribouillis post moderne, un stylo ? Une souris d’ordi ? Mais, à voir, sur certaines pages, l’obsession de certains, bien autant que certaines, sur le « Machine a changé sa photo de profil », on se dit que ce FB, à n’en pas douter, alimente plus d’un divan, en ville… Quand on ouvre FB – page commune, s’entend – ces cent petits yeux braqués depuis ces photos ; les leurs, les vraies, les « avatarées », racontent, bien mieux que moi, ces affres des origines du périple…

Après, on rigole plus. On recrute, on accepte, on trie – on se croirait chez Brel, parce que « chez ces gens-là, monsieur, on n’écrit pas, on post ; on n’échange pas, on chat ». De demande confirmée en acceptation d’ami conseillé par, de ma voisine, au maire de ma commune, le cercle s’agrandit : « t’es à combien d’amis sur FB ? »… Notez qu’on rencontre des os. Demander « un très connu » vous expose à un refus dont tout un chacun facebookmaniaque sort, vert de jalousie, puisque Machin n’accepte plus d’amis FB, ayant fait le plein ! Mazette !

La page, peu à peu, prend, chez certains princes, des allures de Versailles, carton pâte, quoique bien imité. Le roi, ici, poste à heures fixes – on sent une préparation d’enfer, sur le sujet, sur la forme, l’illustration, parfois le fond, et, d’entrée (quelques micro minutes) sifflent les posts énamourés, flatteurs, ou sainement discuteurs, d’une vaste troupée, qui, quand même, a un parfum de cour étrange et décalée… Amusant, pourtant, pour le spectateur, surtout – mais, oui ! ça arrive – quand le roi n’est pas dupe.

Pour nous, le « populo minuto » des faces sombres du book à minois, ça chante moins haut et clair… On peaufine un petit couplet, qu’on trouve évidemment pertinent et mignon ; on le pose : tac, tac ; on publie… et, nous, les « sans grade », ou les intermittents de la page, c’est selon ! quand on grappille 2 j’aime, en 3 heures de temps, on est content ! Car, figurez-vous, Facebook, c’est un métier ; un quasi plein temps, avec ses apprentissages techniques, son vocabulaire spécifique – soudant du reste la secte… ses « meilleurs ouvriers de France », ses nuls qu’on traîne avec pitié ; ses chômeurs ? pas vraiment, car le « trombinoscope » ne décourage personne – vaste foire ouverte où chacun trouve sa pitance, mais en différencié aisément repérable, en prix, en gustatif, en fréquenté, aussi, évidemment !  Fauchon, ou Lidl cohabitent à l'évidence.

La pratique de la bête – quand, comme moi, on ne fréquente pas souvent – obéit à des codes restant au niveau du mystère des cours de cuisine – côté grand chef, quand on en est à la manip du « roux ». Ainsi, mettre une photo, arrimer un « partagé » d’une page amie ; placer des liens (les pires étant les « youtube », si l’on veut qu’ils chantent ou musicalisent) ; grande cuisine, je vous dis !

Mais, bon ! Notre vie-facebook grandit, tel un enfant adopté sur le tard. Comme dans n’importe quelle famille élargie ou non, elle est traversée, cette existence en deux clics, de joies – on retrouve une vieille copine de lycée ! Peines et drames – Machin, au bout de je ne sais quel conflit avec Truc, n’abandonne-t-il pas sa page ? Et, puis, FB a aussi sa guillotine ; on « supprime des amis » (« voulez-vous vraiment supprimer »… jouissance du oui ; petit braqué à la Fouquier-Tinville). On « bloque » aussi ; je crois que c’est moins grave, ou plus vicelard, je ne sais plus…

FaceBook, plus vaste réseau social du monde... carrefour étoilé de la Toile ; synonyme de toutes les libertés, et, permettez ! de toutes les  insipides superficialités aussi - truisme à l’eau de tous les jours, que de le dire. Fascinante bascule des sociétés bardées de plus en plus d’individualisme et de solitude, lit-on un peu partout ! Mais, aussi, ailleurs, quelque chose qui ne sert pas qu’à convoquer à des apéros géants. Un outil formidable, indépassable – le seul, parfois, qui soit venu à bout de dictatures, pas tout seul, mais avec brio ! et, qui, à ce titre, vaut honneur démocratique pour tous. N’oublions pas que la Révolution Verte iranienne a éclaté sur FB, et que dire des révolutions arabes d’un certain printemps… mais FB, ces jours-ci, abrite aussi dit-on, la liste noire des intégristes tunisiens ; sinistre et implacable retour de bâton ?

Nébuleuse, fabrique de toutes les libertés du monde, et, à ce même titre, impossible à enchaîner ou à maîtriser… il n’empêche ! cours, Facebook – gamin de ma belle-sœur, lien youtube, itinéraire de toutes les révolutions, dernière photo du profil du mois, émotions partagées, images pour se souvenir des valeurs les plus hautes… – cours, le vieux monde est derrière toi…

 

Martine L. Petauton

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

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