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Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 19 mars 2016. dans France, La une, Média/Web, Politique

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Je sais bien que je ne suis pas pendu devant mon poste de radio douze heures par jour mais j’écoute les informations de France Culture et, autant que je peux, plusieurs émissions thématiques dont beaucoup sont excellentes. Je ne regarde à la télévision que les informations d’Arte de temps en temps et presque toujours les débats organisés par Elisabeth Quin (bien que la chronique de dézingage systématique ad hominem de Thibaut Nolte me paraisse d’une rare médiocrité). Je ne lis plus ni journaux ni périodiques : les revues de presse de la radio en résument les articles de fond et ne m’incitent pas à lire les autres. Bref, je ne peux prétendre disposer d’une connaissance exhaustive de l’actualité mais je ne suis pas un citoyen totalement sous-informé.

Pourtant, ce matin je me suis demandé s’il était bien utile de continuer à m’imposer ce minimum d’attention au monde que je crois devoir à ma conception du civisme. Depuis quinze jours environ, je suis avec intérêt tout ce que j’entends sur la réforme du code du travail. Cela ne me concerne plus en tant que retraité mais j’ai des enfants et des petits-enfants. Apparemment, dans cette réforme, il y a du bon et du moins bon pour chaque camp, si tant est qu’on admet que les patrons (leurs actionnaires) et les salariés sont toujours dans deux camps opposés. Mais il me semblait que l’unanimité était acquise parmi les commentateurs pour penser que lancer cette réforme à cette date était, d’un point de vue électoral, pour le moins surprenant. J’ai entendu que le président était soit débile, soit suicidaire ; certains affirment que, condamné par le chômage, il veut trouver une porte de sortie honorable, renvoyant les Français à leur immobilisme comme De Gaulle claquant jadis la porte sur l’échec de son référendum sur la décentralisation. Les experts de tout bord, comme les « sages » qui se réunissent autour de Philippe Meyer le dimanche après la messe pour débattre à fleurets mouchetés de « L’Esprit public », en perdaient tous leur latin, latin de droite, latin de gauche ou du centre. On n’avait jamais vu pareille initiative à pareille date et en pareille conjoncture ! Les invités de la charmante Mme Quin se perdaient également en conjectures sur la santé mentale du président. Or ce matin, vers 6h30, un billet assez laconique de France Culture évoque simplement que cette initiative répondrait tardivement mais in extremis à un engagement du gouvernement vis-à-vis de Bruxelles qui avait conditionné l’octroi de l’autorisation de quelque dépassement budgétaire français à plusieurs réformes dont celle du droit du travail, jugé trop protecteur, voire protectionniste, par nos voisins. Pourquoi n’ai-je pas entendu plus tôt cette explication limpide ? Le gouvernement a bien dû faire savoir qu’il devait remplir cette obligation. Et s’il ne l’a pas fait, les experts et commentateurs bien informés l’ont certainement relevé. Bien entendu, ça ne résout pas la question de fond du bon équilibre de ladite réforme. Mais il me semble que ça en pose une autre : suis-je devenu sourd à ce point ?

A propos de l'auteur

Bernard Pechon-Pignero

Bernard Pechon-Pignero

Après une carrière professionnelle de cadre dans le négoce sidérurgique puis l’industrie chimique, ancien magistrat consulaire, je consacre ma retraite à mes trois enfants adoptés au Mali et à divers bénévolats associatifs autour du livre, de la lecture et de l’édition.

Sous le nom de Bernard Pignero, j’ai publié un roman chez Gallimard « Les mêmes étoiles» (1998), des nouvelles chez HB, un roman aux éditions des Vanneaux « Mélomane » (2011) un récit aux éditions de la Vague Verte « Mémoires d’Airaines » (2011) un roman aux éditions Encretoiles « Traduit du français » (2015) des recueils poétiques et des articles critiques sur la peinture.

REFLETS DU TEMPS  publie mes articles, chroniques et nouvelles depuis 2010

Je vis en Picardie depuis 2008 après quarante ans dans le Gard. 

Commentaires (3)

  • Martine L

    Martine L

    19 mars 2016 à 17:17 |
    Sur le fond de l'info en question, Bruxelles, via l'ordolibéralisme allemand, requiert en effet, et à corps et à cris, cette flexibilisation de l'organisation du travail, liée à la sacro sainte«  règle d'or ». donc, on peut penser que – Marine Le Pen ou non, cela a pesé dans la cuisine de notre Loi-travail. Pour autant, votre billet a bien d'autres atouts que de souligner cette info. Et, notamment – mais je laisse à d'autres commentaires à venir, le soin de l'approfondir – celui de dire le circuit de l'info jusqu'à nous, les méandres de ce que lâchent, tissent, «  brodent » tous les médias confondus, et surtout, ceux qui véhiculent l'image, la brève, donc, s'éloignent de cette distance nécessaire à la digestion de l'info. Si l'on croise tout ça avec des communications gouvernementales mal harnachées, on saisit clairement à quel point le monde des médias peut être dangereux pour la démocratie.

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  • Bernard Péchon-Pignero

    Bernard Péchon-Pignero

    19 mars 2016 à 15:42 |
    Merci d'avoir cherché les sources de cette mystérieuse information. Je ne suis donc pas tout à fait sourd bien que je préférerais l'être à ce que diffuse Mme Le Pen.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    19 mars 2016 à 13:03 |
    Je n’avais moi-même jamais entendu parler de ce « deal » entre Hollande et la commission de Bruxelles. En cherchant bien sur internet, j’ai retrouvé l’ « information » sur You Tube : il s’agissait d’une interview, en date du 17mars, donnée à RTL par…Marine Le Pen !
    Où l’on retrouve l’éternelle question du filtrage de l’information (que vous évoquez au début de votre texte) et d’un éventuel « complot » médiatique. Mais de quel complot s‘agit-il ? D’un complot gouvernemental, visant à dissimuler un pacte – objectivement honteux – du genre : démolition du Code du Travail contre autorisation d’un déficit accru ? Ou bien d’un complot lepéniste (ou mélenchonien), en tout cas antieuropéen, cherchant dénoncer une inféodation de Hollande/Valls à la « dictature » bruxelloise ?
    Dans tous les cas de figure, le vers est déjà dans le fruit : « on ne nous dit pas tout », « on nous cache quelque chose ». Mauvais pour la démocratie comme pour la liberté d’expression…

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