OPINION - Louis Pauwels, Edwy Plenel : même combat ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 22 novembre 2014. dans La une, Média/Web, Politique

OPINION - Louis Pauwels, Edwy Plenel : même combat ?

On se souvient de l’époque héroïque des débuts du Fig Mag, version Hersant. Louis Pauwels, son directeur d’alors, avait fait de cet organe de presse un pont, une passerelle entre la droite et l’extrême-droite, avant même la percée du Front National aux européennes de 1984. Des reportages sur le Club de l’Horloge aux apologies du maréchal Pétain, censé avoir préservé la France du pire en 1940, en passant par le risque d’irruption des chars russes sur les Champs-Élysées, le Fig Mag fit le lit de la première poussée frontiste : 10% dans le 16ème arrondissement en 84 ! Les bourgeois BCBG osaient s’encanailler avec la bénédiction du très respectable Figaro…

N’est-on pas en train d’assister à la même chose, cette fois-ci à gauche, avec un Mediapart servant de lien entre les ultras de l’antisionisme et les bobos bien pensants de la majorité actuelle ?

C’est un fait, depuis les évènements de Gaza, un déferlement antisioniste a emporté dans son sillage l’extrême-gauche et une grande partie des opposants gauchistes à l’actuelle politique gouvernementale. Le sionisme est le plus tranquillement du monde assimilé au colonialisme, voire au nazisme et Netanyahou à Hitler.

Chez Mediapart, si les journalistes – prudents – ne font que manier l’allusion perfide (brocardant les soi-disant « mensonges » de la Ligue de Défense Juive au sujet des attaques contre les synagogues parisiennes et leur diffusion par le CRIF. Le mot « complot » n’est pas prononcé, seulement hypocritement suggéré), donc si les journalistes ont l’intelligence de contenir leur plume, les lecteurs, eux, s’en donnent à cœur joie. Leur judéophobie n’a rien à envier à L’Action française de l’entre-deux guerres ou à Je suis partout, le torchon de Brasillach. Qu’on en juge sur pièce : d’une certaine « Giulliettasubversiva » (recommandé 21 fois, déconseillé 0 fois) : « pardon, mais le CRIF prend-il la France pour un camp soumis à l’autorité israélienne ? Ici, nous avons la liberté d’expression qui ne saurait être muselée par des associations communautaristes. Ici, c’est la France ! Pas Israël ! »

A l’endroit de Soral et Dieudonné, qui viennent de créer un parti politique ouvertement antisémite, « Réconciliation Nationale », lequel se déclare – dans la grande tradition fasciste – « ni de droite, ni de gauche », beaucoup d’abonnés sont enthousiastes : exemple « Bassompierre » (recommandé 24 fois, déconseillé 0 fois) : « Soral sait ce qu’il fait et il a du charisme, quoi qu’on en pense ; son association compte déjà 12000 personnes, le site est bien fait et, chose importante, son assise idéologique est tout à fait claire et parlante : Gauche du travail, Droite des valeurs ». Le commentaire le plus emblématique restant sans doute celui d’un dénommé « Bundesbank » recommandé 32 fois : « Il (Soral) traduit notre intuition, ce que nous sentons plus que nous ne comprenons ; lui, il y met des mots dessus ». Soral dit ainsi tout haut ce qu’une large fraction du lectorat de Mediapart pense tout bas : l’aveu – si lepéniste dans son expression – se suffit à lui-même…

Et ces morceaux choisis, ce florilège mal odorant ne correspond qu’à ce qui n’a pas été censuré. Les saillies les plus salaces sont malgré tout vidangées par la rédaction. N’empêche, ces horreurs verbales reflètent, certes en les caricaturant, mais reflètent quand même les positions du journal. Celui-ci susurre, de façon cryptée, à ses lecteurs ce qu’il lui est impossible de formuler sous peine de poursuites pénales. Le point de commun entre Pauwels et Plenel est d’être, chacun dans leur genre, des collabos. Oui ! Des collabos ! L’un de l’extrême-droite néofasciste, l’autre de cette gauche devenue antisémite à force d’être antisioniste.

La responsabilité et – j’ose le dire – la culpabilité, la faute de cette presse là dans la progression de la haine ne saurait se discuter. De même que Pauwels a servi, en son temps, le Front National, de même, Mediapart sert – à son corps défendant et alors même qu’officiellement il les dénonce – Égalité et réconciliation. Les collabos par la plume sont toujours des complices, non par engagement à visage découvert mais par suggestion honteuse.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (2)

  • Martine L

    Martine L

    23 novembre 2014 à 08:50 |
    Moi, ce qui m'ennuie dans Mediapart, ce n'est pas seulement que ce que vous soulignez. C'est leurs postures et leurs pratiques, qui – j'en ai peur, n'ont pas de «  ligne idéologique marquée et récurrente » comme vous avez l'air de dire. Ils aiment brandir un drapeau de révolte et de protestation à bon marché ; passer pour le média jeune et décomplexé, culotté, à la mode ( alors, forcément, ce que vous dîtes en fait partie). Le journalisme d'investigation est leur idéal. Ils fouillent pas toujours proprement, et ensuite répandent de manière – pas nauséabonde, mais nauséeuse, le produit de leurs chasses. Leurs rêves sont sans doute le Washington Post de la grande époque, mais hélas, sans panache, besogneusement. Ils voient souvent, et peut-être à l'instar de leur chef, des complots, partout. Je me méfie énormément de Médiapart.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      23 novembre 2014 à 10:04 |
      Mediapart s’est spécialisé dans un journalisme d’investigation, qui, vous avez raison, prend sans doute pour modèle le Washington Post des années 70. Ils « déterrent » des « affaires », dont celle de Cahuzac restera dans les annales. Mais, tels des prédicateurs de la Contre Réforme, ils morigènent des actes, peut-être discutables d’un point de vue moral, mais parfaitement légaux. Ainsi le choix par Bruno Le Maire, une des étoiles montantes de la droite, de sa propre épouse comme attachée parlementaire et le versement à cette dernière de l’intégralité de la somme allouée à chaque élu pour son ou ses collaborateurs (soit 9000 euros mensuels). Mediapart trouvait que Mme Le Maire ne travaillait pas assez et que la nation n’en avait pas pour son argent…à l’époque – révolue – des fonds secrets, ils se seraient sans doute indignés que Pierre Mauroy se soit fait construire une cave, grâce auxdits fonds, dans son domicile lillois, et en ait profité pour rafler toutes les bonnes bouteilles de l’hôtel Matignon (ce qui était son droit le plus strict). Trop de morale tue la morale. Et ce n’est pas pour rien qu’on appelle la rédaction de Mediapart « les croisés ».

      Il reste que Mediapart est une source inégalée d’informations qu’on ne trouve pas ailleurs. C’est là que j’ai découvert des livres, dont j’ai fait ensuite la recension pour RDT et dont personne ne parlait à part eux. Plenel et sa bande sont des purs, des Saint Just autoproclamés, qui foncent bille en tête pour une « cause » qui les a séduits. Le problème, c’est que toutes les « causes » ne sont pas forcément les bonnes…

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