Un bisounours vindicatif : Edwy Plenel

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 mars 2016. dans La une, Média/Web, Littérature

Recension/commentaire du livre d’Edwy Plenel, Dire nous, 2016, Éditions Don Quichotte

Un bisounours vindicatif : Edwy Plenel

Soyons clair : je n’aime pas Edwy Plenel. En dépit de ses – réelles – qualités (talent de plume, aspiration – restant souvent un vœu pieux – à l’honnêteté intellectuelle, culture plus élevée que la moyenne journalistique), il n’a jamais su ou pu abjuré le gauchisme trotskiste de sa jeunesse et cherche avec sa lanterne – comme le dément de Nietzsche cherche Dieu dans le Gai savoir – une introuvable radicalité. Mais celle-ci est aussi morte que le dieu nietzschéen, et la frustration résultant de cet acte manqué suscite chez lui une véhémence aussi tonitruante qu’impuissante. Il avait déjà déversé son aigreur dans un précédent pamphlet, Dire non ; on pouvait dès lors espérer que celui qu’il vient de faire paraître soit plus constructif et, au lieu de dénoncer, ait enfin quelque chose à proposer…

Hélas, tel n’est pas le cas. Ce petit écrit est d’abord et avant tout un nouveau « non » : non à Sarkozy et Hollande, renvoyés dos à dos, « fauteurs de division et de trouble », « pompiers incendiaires ». Ce dernier, en particulier, reçoit une volée de bois vert, du fait du « satisfecit donné par une majorité de gauche à l’agenda de la droite autoritaire, sinon à l’extrême droite ». Référence à l’état d’urgence et à la déchéance de nationalité ; le PS aurait ainsi repris un triptyque très droitier, qu’il décline ainsi : « inégalité, identité, autorité ».

Plenel, peu soucieux de nuances, accumule ensuite les surenchères : « l’état de droit n’est plus que la confiscation du droit par un état policier et administratif, hors de portée d’un contrôle réel par la justice ». L’état d’urgence ? « L’appellation trompeuse d’un état d’exception devenu la norme ». Il va même jusqu’à comparer le projet de réforme constitutionnelle aux lois vichyssoises de 1940, visant à priver de leur nationalité les Français juifs, afin de les exclure des emplois publics…

Vindicatif donc, Edwy Plenel, mais également – ô paradoxe ! – un bisounours vaguement nunuche. Nunuche, en effet, son apologie béate de la « diversité » : « la France est une nation arc-en-ciel dont le nous commun est tissé du divers qui fait sa richesse » ; nunuche son « jeunisme » : « ce livre est un appel à ce que les jeunesses de France relèvent ce défi (c.à.d. une alternative démocratique) que, dans leurs échecs, les générations actuellement aux affaires ont non seulement délaissé, mais aussi discrédité (…) c’est, elle, la jeunesse, pourtant, qui indique la voie du sursaut, du mouvement sans lequel il n’est pas de République véritable ».

Nunuche encore le lyrisme avec lequel il égrène tous les « nous » : « le nous de l’égalité sans distinction d’origine, de condition, d’apparence, d’appartenance ou de croyance, de sexe ou de genre. Le nous des exigences communes où s’imagine concrètement l’espérance, là où nous vivons, là où nous habitons, dans tous ces lieux où nous faisons route ensemble. Le nous des audaces démocratiques, sociales, écologiques et culturelles sans lesquelles il n’est pas de confiance retrouvée dans un avenir partagé, etc. etc. etc… ».

En guise de propositions, ne figurent que des incantations sous forme de « y’a qu’à » : « Si podemos ! Oui, nous pouvons » ; « restaurer la démocratie en la rendant à notre peuple » ; ou bien encore renouveler « l’imaginaire conquérant, actif et concret, d’une République fidèle à sa promesse de liberté, à son exigence d’égalité et à son souci de fraternité ».

« Faire du commun, conclut Plenel, c’est relier le tout et les parties, le proche et le lointain, le nous et les autres ». Bref du souffle un tantinet hugolien, mais rien de tangible. Alors pourquoi avoir choisi de recenser cet ouvrage ? Parce qu’il illustre l’impasse dans laquelle se trouve la gauche radicale : critiquer, vitupérer, oui, mais point de solutions pratiques ou de suggestions alternatives. La révolution étant un mirage que personne – pas même Plenel – ne se risque, sous peine de ridicule, à évoquer, cette gauche en est réduite à brosser un monde enchanté et fictif à la fois… rejoignant ainsi l’utopie dans sa vérité étymologique : « u-topos », ce qui n’est nulle part.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (2)

  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    19 mars 2016 à 20:49 |
    Votre lecture est très utile et fort pertinente ; dans votre conclusion, vous le dîtes sans ambages : Plenel dans son livre est ce mélange, propre à une certaine gauche de la gauche en voie de radicalisation – lol – de critiques XXL tous azimuts contre la gauche de gouvernement ( pas de propos assez durs contre elle, allant – le topo comparatif avec la France de Vichy – jusqu'à lui réserver tous ses coups, et à falsifier l'Histoire), et de propositions «  nunuches », comme vous dîtes. On a donc bien le «  vindicatif Bizounours ». Mais, Mediapart, le fils aimé du personnage, résonne aussi parfois de sons particuliers et dangereux: une façon de se ranger – systématiquement, par exemple, derrière tous les drapeaux arabes, sans regarder au détail, et d'engranger, à l'occasion un bel antisémitisme.

    Répondre

  • Martine L

    Martine L

    19 mars 2016 à 14:08 |
    Plenel !! entre fascination et répulsion ; sens professionnel s'entend. Personnage, bien autant que personne. Un obsessionnel, probablement autocrate, brillant incontestablement, derrière sa voix très douce. Pas loin du paranoïaque. Nécessaire dans le paysage médiatique ?? Plenel, je m'en méfie beaucoup.

    Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.