Une guerre civile a-t-elle commencé ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 02 juillet 2016. dans France, La une, Média/Web, Politique

Une guerre civile a-t-elle commencé ?

On se frotte les yeux, on se pince : mais où sommes-nous donc ? Dans la Hongrie de Viktor Orbàn ? Dans la Russie de Vladimir Poutine ? Dans quelque dictature africaine ou latino-américaine ? A lire Mediapart, la réponse est oui…

Le 23 juin dernier, Edwy Plenel a signé un édito ravageur. Le titre, en lui-même, en dit long : Le devoir de manifester. Devoir… Il s’agissait de « répondre » à l’interdiction – virtuelle, car elle ne s’est jamais concrétisée – de la manifestation organisée par la CGT et FO. Certes, la mini-manif/tour de manège, fruit d’un laborieux compromis, fut une pantalonnade qui ne grandit ni les syndicats, ni le pouvoir, mais il n’y avait, dans l’affaire, rien de scandaleux ou de liberticide.

Or il faut lire les termes employés par Plenel : « tyrannie douce », « confiscation autoritaire », « sectarisme ». Rappelant les droits naturels et imprescriptibles de l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme de 1789, il va jusqu’à invoquer la « résistance à l’oppression ». A l’oppression ?! Et de citer Condorcet : « Il y a oppression lorsque des actes arbitraires violent les droits des citoyens contre l’expression de la loi ». Invraisemblable ! Le droit de manifester, tout constitutionnel qu’il soit, n’est en rien absolu ; il l’est encore moins dans le cadre de l’état d’urgence.

Mais l’outrance du propos fait écho à d’autres outrances, dénonçant les agissements « oppressifs » de l’actuel exécutif. François Bonnet, co-fondateur de Mediapart, avait, le 31 mai, commis un article intitulé « Violences policières : ouvrez les yeux ! ». Dès le début, le ton donne le la : « Avec ces jeunes gens qui resteront traumatisés à vie, ces dizaines voire centaines de personnes blessées ou simplement violentées, ces milliers de manifestants défilant la peur au ventre – peur de tomber soudainement sous une charge de CRS –, ce basculement organisé dans la violence et la criminalisation d’un mouvement social devrait provoquer un vaste débat public ». Et Bonnet de se lamenter : « Les signaux d’alerte se multiplient. Rien ne se passe, sauf une légitimation aveugle faite par ce pouvoir de la violence policière. Des accidents graves se produisent. Rien n’est dit, sauf un soutien inconditionnel aux actions des forces de l’ordre ».

Alors que faire donc ? La conclusion d’Edwy Plenel se veut menaçante : « Quand l’autorité supplante la liberté, quand l’injustice l’emporte sur l’égalité, quand l’identité remplace la fraternité, il n’est plus temps de tergiverser. “Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles” attribuée au dramaturge Max Frisch, cette maxime nous rappelle que l’indifférence d’aujourd’hui fait toujours le malheur de demain ». Plenel n’emploie pas le mot, mais tout ici évoque l’appel à l’insurrection ; que répondre d’autre, en effet, au « bruit de bottes », qu’un soulèvement, une révolte, une révolution ?

Ainsi le climat politique se gâte. Déjà, Jean-Luc Mélenchon appelait, dans un meeting, à « l’insoumission ». Plenel, lui, va plus loin. Où s’arrêtera-t-on ? A partir du moment où la presse distille le poison de la sédition, à partir du moment où la rue (Nuit Debout) se revêt d’une légitimité indue et autoproclamée, à partir du moment où, dans une longue tradition remontant à l’antiquité, on prône le tyrannicide ; dès lors, souffle le mufle fétide de la guerre civile.

« On ne voyait que violence et tumulte dans les débats publics… », César, liber de bello civili, I.5.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (3)

  • Gilberte

    Gilberte

    02 juillet 2016 à 18:44 |
    Quant à moi, qui suis abonnée à Médiapart depuis sa création, je suis affolée, depuis un moment déjà, quand je lis certains de leurs articles, et totalement effrayée par certains commentaires ouvertement odieux... Cette "gauche"-là n'est pas la mienne... Comment faire pour s'y retrouver ? Tout cela me rend très triste.

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  • Martine L

    Martine L

    02 juillet 2016 à 17:19 |
    Votre diatribe est fort bienvenue, car vous appelez un chat, un chat. Le Hollande bashing, le Valls- tir au pigeon, le climat «  insupportable » d'une France-radeau de la méduse où le socialiste mange le socialiste, sort de la réalité en petite partie seulement, puisqu'on le sait – qui ne l'a dit, et en tous cas – lol – nous, à RDT, on l'a martelé – tout est largement représentations, sentiment de... impression sur... et bien entendu, peurs de toutes les couleurs.
    La médiatisation est partout, tout le temps, et son dénominateur commun est d'éclairer – gros projo – et malheureusement d'amplifier. On connait la musique du scoop. Mediapart qui se voulut un temps, un outil incontournable de l'information citoyenne est devenu peu à peu, un organe plus ou moins nauséabond déversant « sa » vérité à satiété. Contribuant haut les articles à peaufiner un véritable climat – de guerre civile en devenir. C'est en lisant les commentaires souvent haineux et sans nuances, qui s'alignent sous les articles qu'on perçoit l'étendue de la menace.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      02 juillet 2016 à 18:31 |
      Oui, et puis il y a aussi un psychodrame qui se nourrit de lui-même : les anti loi travail ont l'impression d'être "nassés", comme ils disent, "opprimés", comme dit Plenel, toujours davantage à chaque fois que se produit un incident, voire même seulement un renforcement de la sécurité. Tout est prétexte à les conforter dans une opinion qu'ils se sont déjà faite...

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