Politique

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 janvier 2018. dans France, La une, Média/Web, Politique, Actualité, Société

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Depuis quelques heures on les entend tous, lectorat fidèle au cuir tanné du vieux Charlie, tout venant occasionnel achetant le grand fascicule chaque fois que ça pète sur sa couverture, journalistes d’ailleurs (là, c’est un peu facile) et même…  ceux de Charlie, les survivants, et  les venus depuis. On les entend dire – Charlie enfermé dans son bunker, c’est tout simplement impossible… comme une erreur soulignée en rouge, un oxymore ahurissant, le grand fauve des savanes enfermé ! Evidemment !

Pile, 3 ans après l’incroyable et l’indicible.

 C’était hier, ceux de Charlie. Nous tous tombés par terre devant radios et  tv, nous tous « je suis Charlie » ; dégoulinant, noir, sur la façade du Palais des festivals de Cannes où je me trouvais et où j’ai défilé le 11, avec à mon bras une tantine de bien plus de 80 ans, qui n’avait jamais manifesté ; clignotant, le Charlie – ce n’était pas le moins étonnant – au fronton du Vinci des autoroutes, partout, dans la moindre boutique, le plus petit espace libre d’affichage au coin des rues, papillons noirs qui rassemblaient alors presque le monde entier, passeport tenu à bout de bras ; du simple, du presque tout : la liberté d’expression. Ils seraient encore aujourd’hui, aux derniers sondages, à se revendiquer de ce « je suis Charlie » à hauteur de plus de 70%, en France, ce qui est énorme quand on sait à quelle vitesse tournent les opinions et leurs modes moutonnières.

Alors, comment traiter les Charlie, hic et nunc ? Quand on mesure ce qui reste (et peut-être augmente) de haine et de menaces vis à vis de ce que représente Charlie vu de la lorgnette de l’intégrisme pur et dur, de son bras armé terroriste, bien  vivace nonobstant la perte territoriale du fameux califat du Moyen-Orient (quand E. Macron dit que la menace future viendra de l’Afrique sahélienne, il a vu juste ; rien n’est fermé dans la terrible entreprise, loin s’en faut).

 Pour ces djihadistes, l’esprit-Charlie est tellement autre chose que ce qui s’entend pour nous, a minima : liberté d’être impertinent dans un journal satirique. C’est que Charlie, ces gens le comprennent au cœur, et ne sont pas à ce titre, prêts à lâcher la cible. L’esprit Charlie, et son compère, celui du 11 Janvier, que même un Hallyday descendu de sa planète Amérique a chanté et plutôt bien, c’est la quintessence de la menace contre eux, quelque chose d’opérationnel contre le noir du drapeau de Daech : sourire et joie, collectif et valeurs, culture et rire, surtout, et gens debout… Et on penserait que deux dizaines de types, même de l’ importance de la Rédaction de Charlie, auraient suffi à étancher leur soif !

Les menaces sont bien là – toujours aussi implacables - nominatives ou non, terrifiantes. La fatwa rôde ; demandez donc à Rushdie s’il est content de sa vie plus qu’à l’ombre…

Alles ist Hin ?/Tout est foutu ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 13 janvier 2018. dans Monde, La une, Politique

Alles ist Hin ?/Tout est foutu ?

« Ein Rechtsrutsch ! » titre la Neue Zürcher Zeitung, un coup de barre à droite ; tel est bien le verdict des urnes en Autriche : 31,5% pour l’ÖVP (chrétien-démocrate), 26% pour le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs, officiellement « libéral », en fait, depuis sa fondation, en 1956, par Georg Haider – lui-même fils de SS – refuge des anciens du parti nazi). Une coalition ÖVP/FPÖ s’est formée, scellée à Kahlenberg, cette colline du Wienerwald qui domine Vienne et la vallée du Danube, et où – symbole ô combien parlant ! – Jean III Sobiewski, roi de Pologne, battit, en 1683, les armées ottomanes, mettant fin ainsi au siège de la capitale… A la tête du nouveau gouvernement, Sebastian Kurz, 31 ans, plus jeune encore que Macron ; il assume sans complexe l’alliance bleu-noir et a offert à ses partenaires des ministères régaliens : l’intérieur, les affaires étrangères et la défense ; plus, pour le leader du FPÖ, Heinz-Christian Strache, un poste de vice-chancelier.

Strache représente la ligne dure du parti. Il a fréquenté 17 années durant la « Burschenschaft » Vandalia. Burschenschaften, ces associations pangermanistes d’étudiants, nées au XIXème siècle, et pratiquant les « Mensuren », des simulacres de duels, où les deux adversaires s’affrontent sans casque protecteur (à la différence de l’escrime classique), mais sans intention de tuer ou de blesser grièvement. Une école de courage et de virilité dont les traces sur le visage – les balafres – sont arborées avec fierté. Lors de présentation de l’équipe au président fédéral, Alexander van der Bellen, un écologiste, celui-ci refusa de serrer la main de Strache…

Le programme ? Avant tout xénophobe. « Islam ist kein Teil Österreichs » vocifère Strache, l’Islam ne fait pas partie de l’Autriche. L’hostilité aux migrants d’ailleurs fait ici consensus, et ce bien au-delà de l’extrême droite ; cette hostilité constitue la raison majeure, fondamentale de la victoire de la coalition droitière : les envahisseurs, toujours venus de l’est, hantent les mémoires. Toujours ils assiègent et doivent être repoussés. Par conséquent, parmi les propositions de Sebastian Kurz, figurent, en première position, un renforcement des contrôles aux frontières et une diminution de l’aide sociale aux réfugiés, laquelle va passer de 924 à 520 euros. Vienne, de la sorte, se rapproche du groupe de Višegrad, comprenant la République tchèque, la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie, nations appelant à une fermeture complète de leurs frontières, sous l’égide de régimes autoritaires, tels ceux de Jaroslaw Kaczynski, à Varsovie, ou de Viktor Orbàn, à Budapest.

Vichy était-ce la France ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 décembre 2017. dans La une, France, Politique, Histoire

Vichy était-ce la France ?

Depuis le discours d’Emmanuel Macron, le 16 juillet dernier, à l’occasion du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la polémique a fait rage.

Le président a, en effet, déclaré :

« Alors oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et, donc, pour presque tous, la mort des 13.152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leurs domiciles, dont plus de 8000 furent menées au Vel d’Hiv avant d’être déportées à Auschwitz. Je récuse les accommodements et les subtilités de ceux qui prétendent aujourd’hui que Vichy n’était pas la France, car Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France ».

Tollé tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche ; Florian Philippot : « cette insistance de Macron à humilier la France est préoccupante. Restons fiers, proclamons notre amour de la France », et Jean-Luc Mélenchon de faire chorus : « La France n’est rien d’autre que sa République. À cette époque, la République avait été abolie par la révolution nationale du maréchal Pétain ».

Au fait, qu’est-ce que « la France » ?

Ecartons tout d’abord la fiction de la France-personne, chère à de Gaulle ou à Péguy, cette personnalité collective ou corporative, inventée par Michelet, incorporant mystiquement tous ses membres, à l’image du Christ ou de l’Eglise dans la théologie paulinienne…

Un pays, selon l’école de sociologie historique allemande, c’est avant tout un « staatsvolk », un « peuple-état », une entité juridique composée de ses citoyens. A cette aune, la France ne fut ni collaboratrice, ni résistante – groupes ô combien minoritaires rapportés à l’ensemble de la population –, elle fut planquée ! Elle n’approuva ni ne désapprouva la rafle du Vel d’Hiv, elle s’en lava les mains…

Mais passons du plan strictement démographique au plan symbolique. Pour Patrick Buisson – et à cet égard, il a raison – il existe des « incarnations ». Un homme « incarne », à moment donné, des idées et une nation. De même que l’Allemagne nazie « s’incarna » en Hitler ou la Russie communiste en Staline, de même, de 1940 à 1944, la France s’incarna en Pétain. 40 millions de pétainistes en 40, dit Henri Amouroux. L’estimation est peut-être élevée (mes grands-parents, par exemple, furent anti pétainistes, bien avant de connaître de Gaulle) ; mais il reste que l’adhésion au nouveau régime fut massive, à l’instar de l’approbation – largement majoritaire également – aussi bien de l’hitlérisme que du stalinisme dans leur domaine respectif.

En effet donc, il existe – quoique la notion, en droit, me gêne infiniment – une responsabilité collective des pays concernés face aux crimes des hommes qui les gouvernaient et qu’ils soutenaient. Toutefois cette responsabilité ne saurait être héréditaire. Les Russes actuels ne sont pas comptables du goulag, pas plus que les Allemands d’aujourd’hui n’ont à battre leur coulpe au sujet des camps de la mort. Rien n’oblige de même les Français de 2017 à se repentir des horreurs commises dans le sillage de la « révolution nationale ».

A l’inverse de certains passages de la Bible, les fautes des pères ne rejaillissent pas sur leurs enfants…

Deputatus erectus

Ecrit par Lilou le 16 décembre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Histoire

Deputatus erectus

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

I am scandalised !

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 décembre 2017. dans La une, Politique, Actualité

I am scandalised !

… comme on dit avec l’accent roulant dans l’Orient de la Méditerranée, dans cet anglais-loukoum, que chacun comprend si vite et bien, moi en particulier…

Obama, sa démarche de seigneur, à moins que de grand fauve chaloupant, est arrivé l’autre jour à Paris, devant une salle de sommités mélangées, people politique et people com, tous debout, pour applaudir la vedette. Enamourés, à la veille de chantonner « yes we can ». Des fans. Et quelque part, on le comprend. L’image d’une Amérique qu’on aime, face à l’autre, là-bas : l’horreur-Trump. On sourit, benoîtement… jusqu’à l’annonce des chiffres qui fâchent : le chèque remis à l’ancien président des USA, après ses blaguettes, constatations du bout des lèvres – oui, le climat, quand même ! génuflexions diverses – j’aime tant Paris ! ; mais à part ça, quoi d’autre de « very important » pour lire mieux le monde ? 336.000 euros, mes camarades, pour autour de 2 petites heures de scène, invité par « les Napoléon », réseau d’influence dans le monde de la com, dont pour ma part j’ignorais jusqu’à l’existence ; quant à l’utilité !!

On n’en peut plus de hurler partout autour de nous : – tu te rends compte ! dans nos sociétés où pullulent les précaires et en-dessous, les sans-abri qui meurent (l’autre matin, au Grau-du-Roi, à trois pas de flamands roses de chez moi, et pas par des températures polaires, mais un homme simplement oublié au pied d’une poubelle…), le sourire charismatique de Barack s’affiche au CAC 40 à ces hauteurs…

Il paraît que c’est presque vieux comme le monde politique, cet « usage » (est-ce bien le mot ?) de recyclage, de visibilité maintenue de nos anciens – pôvres ! Et les notes de frais de filer sur la page Google : Tony Blair (s’en souvient-on, de cette étoile soi-disant socialisante et de ses coups pas possible contre « son peuple », de ses mensonges honteusement suivistes couvrant la guerre d’Irak ; la seconde, mais on s’en souvient, bien sûr !). Eh bien, nous sommes là dans un 13,6 millions d’euros de gains pour l’année 2013. Oups ! Clinton – Bill – tient le haut du panier avec un petit 300.000 €/l’heure de bavette. Sarkozy nage entre 200 et 300.000 la conférence ; même un Copé encaisse autour de 30.000. Bon. Mais pour parler de quoi ? contenu, pédagogie, de la dite conférence ? de qualité ? fondamentale pour le reste de notre monde à vivre ??

Dans le lot, qu’un Hubert Védrine fasse payer – beaucoup moins – ses vraies qualités de commentateur en géopolitique, qu’un DSK, ancien patron du FMI, aille étaler sa vision économique des choses, si particulière et qui n’est pas la mienne, c’est autre chose ; ça peut se justifier ; on est dans la banalité de l’expertise. Mais ces prébendes aux allures de privilèges des autres, sur des absences de sujets, j’ose dire de compétences indispensables, là, l’arête me fait tousser et sans doute vous avec…

Alors, quand j’apprends que F. Hollande, le nôtre et accessoirement le mien, est allé causer – rémunéré – sur « les enjeux géopolitiques de l’avenir » (NB : ça devait quand même tenir la route) en Corée du Sud ; quand je lis qu’il est en partance pour Dubaï, dans les mêmes conditions, j’ai un haut-le-cœur, non sur le contenu, qui sera évidemment adapté, pas inutile et – sûr – très sérieux, mais sur cette peccadille : accepter d’importantes sommes d’argent pour ça. Monnayer son verbe via son image, dans un monde qui, que… bref ! Inacceptable.

La politique, c’est du symbole, quand on est en fonction, et après ; on continue jusqu’au bout de soi de porter quelque chose, que moi, simple citoyenne je ne porte pas. Ça pourrait s’appeler démocratie, probablement, et les hautes valeurs qui vont avec. Là, cette avalanche au bruit de tiroirs-caisse, ça s’appellerait plutôt « shame ».

La souveraineté est-elle tyrannique ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 décembre 2017. dans La une, Politique, Littérature

Recension/commentaire du livre de Guilhem Golfin, Souveraineté et désordre politique, Editions du Cerf, 2017

La souveraineté est-elle tyrannique ?

Le titre de l’ouvrage de Guilhem Golfin, docteur en philosophie, peut induire en erreur, car il est lui-même le fruit d’une erreur conceptuelle : rendre compte des désordres politiques actuels du monde à partir de la notion de souveraineté. Ce désir – malencontreux – de coller à l’actualité pour justifier son livre – profondément et fort heureusement inactuel ! – l’amène à parler de son sujet avant même de l’avoir défini et donc à pérorer, dans un – long, trop long – prolégomène, sur le « souverainisme », comme si le champ sémantique du terme « souveraineté » allait de soi. D’où la mise à contribution d’hommes politiques (Paul-Marie Coûteaux) ou de non spécialistes, tel l’économiste Jacques Sapir, habitué à s’aventurer dans des domaines où il brille par son incompétence, en l’occurrence l’histoire du droit.

Car c’est bien d’histoire du droit dont il s’agit : une généalogie historique de l’idée de souveraineté. La définition du terme – superanus du super, au-dessus – n’apparaissant (tardivement) qu’à la page 41 ; là commence le véritable récit, loin des palinodies politico-médiatiques qui encombrent le début de l’essai.

Auctoritas et potestas

A Rome, l’on distinguait la potestas, la faculté juridique de faire ceci ou cela, de l’auctoritas, cela même qui légitime celui qui fait ceci ou cela. La première ressort du droit pur ; la seconde, au contraire, d’une aura quasi religieuse découlant d’une élection divine ! L’on parle ainsi de grâce (grec charisma, d’où dérive le français charisme). L’auctoritas constitua le fondement théorique du principat puis de l’empire. Auguste dit lui-même qu’il ne disposait d’aucun pouvoir (potestas) supplémentaire par rapport à ses collègues consuls mais qu’il les dépassait en « autorité », « auctoritate omnibus praestiti ».

A partir du bas-empire et dans le haut moyen-âge, cette auctoritas devint auctoritas superlativa ou imperium summun, revendiqué par le référent ultime de la chrétienté : les deux chefs putatifs de celle-ci qui s’en disputent le titre, l’empereur et le pape ; l’auctoritas pontificium contestant l’auctoritas imperialis et inversement. Officiellement, la potestas – que l’on pourrait traduire par la gestion des affaires courantes, amministratio, gubernatio, regimen – se voyant déléguée aux instances inférieures, princes, rois, vassaux. Bizarrement le système n’est pas sans rappeler celui de la Vème république : au président, l’autorité suprême – jupitérienne ! – (décider de la guerre et du feu nucléaire) ; au premier ministre, le gouvernement au jour le jour du pays.

L’auctoritas procède d’une hétéronomie : la règle (nomos) vient d’en haut, d’une transcendance divine ou d’une élection mystérieuse ; inversement, avec la potestas, la règle se veut auto-nome, elle est fixée ici-bas par des acteurs élus ou nommés. L’empereur, comme le pape, ont recherché (cf. le Dictatus papae d’Innocent III) – sans jamais véritablement y parvenir – à cumuler les deux.

RAMSES 2018 : La guerre de l’information aura-t-elle lieu ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 décembre 2017. dans Monde, La une, Politique

RAMSES 2018 : La guerre de l’information aura-t-elle lieu ?

Comme chaque année, RAMSES (entendez : Rapport Annuel Mondial sur le Système Economique et les Stratégies). Juste avant les fêtes ; un cadeau – absolument obligatoire – pour tout citoyen digne de ce nom. Tous, ceux qui croient savoir, ceux qui sont perdus, ceux qui ont peur – encore plus.

Le principe : à la fois un bilan de l’année d’où l’on sort et, bâti là-dessus, une prospective de ce qui arrive. Exercice parfaitement casse-cou, exigeant le professionnalisme rigoureux et abouti des chercheurs de l’IFRI. Réussite d’envergure chaque année. Trois branches à ce triptyque ; les interrogations sur l’année à venir, en articles-thèmes fouillés et ciblés ; ce qui va caractériser l’évolution de plusieurs endroits du monde : état des lieux, problèmes, risques, interactions, et enfin, une somme de chiffres et cartes pour mieux visualiser les problématiques en cours. Pas moins de 8 vidéos l’accompagnent (QR code à télécharger). Autant dire, un outil indispensable que ce RAMSES, rôle qu’il remplit auprès des chercheurs, journalistes, universitaires et autres étudiants. Mais cela ne serait qu’ordinaire en pays savant, s’il n’y avait que la chose se lit comme roman passionnant – ce n’est jamais que notre monde, demain – en langue pédagogique à la portée du citoyen de base, pour au bout s’installer là où est l’important de l’écriture : au côté de nos nuits, et être ouvert, ré-ouvert, consulté là, vérifié ici, tel livre de chevet de l’honnête homme…

Trois enjeux majeurs se partagent cette ouverture sur 2018 : Un monde brisé ; un monde nouveau ? Où va la Russie ? ; et La guerre de l’information. Chacun de ces « yeux » sur demain se déclinant en nombreux articles fouillés, confiés aux meilleurs spécialistes de la question. Tout vaut la lecture, et bien plus, la méditation qui la suit.

Dans Un monde brisé ; quel monde nouveau ?, piloté par Dominique David et Philippe Moreau Defarges, s’attarder sur Un nouveau jeu de puissance (au singulier), La mondialisation à l’ère du populisme, sans oublier Démocraties, états, peuples en crise. Le premier article Un changement de temps étant une merveille au croisement de géopolitique et de philosophie.

Les articles autour de la Russie, sous la direction de Tatiana Kastoueva-Jean, posent des interrogations en termes de stratégie, choix, devenirs ; ainsi de : La Russie a-t-elle une grande stratégie ?, Quelle place pour la Russie au Moyen Orient ? ou Moscou/Pékin, un pivot russe vers l’Est.

Quant à La guerre de l’information, confiée à Julien Nocetti, que pas un débat en ville ou dans les médias ne saurait actuellement passer sous silence, on lira justement dans ce RAMSES ce qui évite les à-peu-près, les mal dits ou non dits, les erreurs qui foisonnent ailleurs. Ainsi : De l’utopie d’Internet aux défis du monde numérisé ; La diplomatie à l’heure du numérique, Internet renforce-t-il l’autoritarisme ? ; ou Lanceurs d’alerte, garde-fous ou perturbateurs.

La honte du désossement des grands navires

Ecrit par Martine L. Petauton le 02 décembre 2017. dans Monde, La une, Politique, Littérature

à propos du livre Les vaisseaux frères, Tahmima Anam, Actes Sud, octobre 2017, 384 pages, 23 €

La honte du désossement des grands navires

Heureusement, progressivement, la dureté du Moyen Age est sortie des pages écrites par l’Occident, principal pourvoyeur du grand commerce maritime, de ces navires immenses comme gratte-ciel, tankers, et autres paquebots de luxe. Nous avons peu ou prou engrangé une législation, tant dans le domaine du droit du travail, des droits de l’homme en général, que dans celui – immense chantier en gestation – de la protection de l’environnement. C’est ainsi qu’à présent, nous, Occidentaux de tous horizons géographiques, n’avons tout bonnement plus le droit de faire – vite, pas cher, et complètement – ce qu’il faut faire en matière de destruction, de désossement plutôt, des épaves colossales que sont les grands bateaux en retraite. « Ne m’appelez plus jamais France ; la France elle m’a laissé tomber… » chantait un certain…

Mais, comme toujours – voyez comme le monde est bien fait – dans le doux univers capitalistique, tout ne marchant pas du même pas, il suffit de (de nos jours on dirait « délocaliser ») faire glisser les chantiers gigantesques ailleurs. Entendons, là-bas, loin, en Asie du sud, car il y faut moult main-d’œuvre, et bien sûr, pas onéreuse ni bardée de législations, et de syndicats revendicateurs. Il suffit à l’affaire de gens qui – simple, voyons – ont besoin de travailler d’une heure sur l’autre et sont disposés à obtempérer ; une brutale flexibilité à hauteur de feu le Tiers Monde. Plus de 200.000 ouvriers à moins qu’esclaves, s’activent – en ce moment – au démontage à mains quasi nues des géants des mers, sur la côte du Bangladesh, entre autres, à Chittagong, par exemple ; drôle de carte de visite. Avant – des décennies que ça dure – c’était en Inde ou au Pakistan, pays plus développés, qui, peu à peu (sous la pression de l’international dans lequel ils entendent jouer un rôle, de la partie éclairée de leurs propres opinions largement autant scandalisées que nous) ont renoncé à ces pratiques, les faisant glisser, de fait, vers des voisins plus pauvres, plus démunis, plus affamés, qui ont dû accepter ce bien curieux fardeau…

La honte nous poursuit de ces images, ces statistiques (l’âge à la mort, le taux des maladies professionnelles, l’âge des ouvriers, avec pas mal d’enfants, le salaire octroyé). Le scandale nous hante des conditions de travail en tee-shirt et en tongs, auprès desquelles la construction des pyramides prend un sérieux coup de jeune…

Il n’est sans doute pas trop tard – il n’est jamais trop tard – pour signer une pétition dans le net ou ailleurs, et se souvenir que « ça existe » en lisant Les vaisseaux frères chez Actes Sud ; celle qui écrit et parle – une vigie à sa manière – sait de quoi il en retourne ; elle est de là-bas.

 

Le titre reste énigmatique, plus sûrement métaphorique, jusqu’au bout du livre. Le dessin de la couverture, fin et délié – montrant deux filles à la surface de la mer ou du monde, l’une attrapant un croissant de lune – campe lui aussi dans la boîte interrogation, la meilleure porte, on le sait, pour entrer dans une histoire…

Islamosphère : Plenel, complice ou saint Bernard ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 novembre 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Islamosphère : Plenel, complice ou saint Bernard ?

On a beaucoup glosé sur la couverture de Charlie Hebdo, montrant un Edwy Plenel se voilant, avec ses moustaches, successivement les yeux, les oreilles et la bouche – tels les fameux singes du Bouddhisme – aux sujet des turpitudes sexuelles de Tariq Ramadan. Plenel juge cette une « diffamatoire et haineuse » ; mais la véritable question – la seule qui vaille que l’on en débatte – n’est pas celle de savoir si Mediapart avait ou non connaissance des débauches libidineuses de Ramadan (à vrai dire, peu importe) ; la véritable question se pose comme suit : Plenel a-t-il été et est-il encore (comme d’autres) le « compagnon de route de l’islamisme » que décrit Alain Finkielkraut ?

Plenel s’en défend : il a débattu seulement deux fois avec le personnage ; « il n’a rien dit de choquant, affirme-t-il, son discours étant fort républicain et aucunement subversif ». Discuter avec lui n’avait donc rien de pendable, et François Bonnet, co-fondateur de Mediapart, de déplorer : « Depuis, Mediapart et son président ont décidé de ne donner suite à aucune invitation venant d’une association musulmane sans identité claire, pour ne pas risquer d’être instrumentalisés. De ce point de vue, les islamophobes ont déjà réussi quelque chose : à ce que des publics de croyants musulmans n’entendent pas un autre discours, de fraternité au lieu de repli, leur démontrant qu’ils ne sont pas condamnés à l’exclusion ou au ressentiment ».

Le hic, c’est que la complicité d’Edwy Plenel – et, en général, de Mediapart – ne se réduit pas aux « dialogues » qu’il a eus avec Tariq Ramadan. Plenel prend parti des musulmans depuis toujours et notamment depuis la parution de son livre Pour les musulmans (Editions La Découverte, 2016). Il y explique qu’il aurait fait de même pour n’importe quelle minorité menacée (noirs, homosexuels, LGBT, juifs) et ajoute qu’il s’est inspiré d’un article écrit par Emile Zola dans Le Figaro, intitulé Pour les juifs. L’islamophobie actuelle étant le symétrique de l’antisémitisme d’antan.

Passons sur le fait qu’il s’agit là d’une fausse symétrie : il n’y avait pas – que je sache – au XIXème siècle d’attentats meurtriers commis par des juifs au nom du Judaïsme, ni de rabbins prêchant la haine et le non respect des lois républicaines au profit de la codification talmudique… plus inquiétant encore, l’islamisme est – en bloc – minimisé par Mediapart. La journaliste Jade Lindgaard, qui fait partie de l’équipe, n’hésitait pas à affirmer, dans l’émission C l’hebdo du 11 novembre dernier : « l’islamisme n’est pas un problème grave ». Pire, Plenel a soutenu Medhi Meklat à une époque où les milieux « informés » connaissaient déjà les tweets ignominieux que ce dernier envoyait sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps ; des tweets dans le genre de « il faut enfoncer un violon dans le cul de Mme Valls », ou bien il convient de « casser les jambes de Finkielkraut », voire « les blancs, vous devez mourir ASAP (as soon as possible) ».

Et pourtant, le Togo se réveillait !

Ecrit par Michel Tagne Foko le 25 novembre 2017. dans Monde, La une, Politique

Et pourtant, le Togo se réveillait !

À Kpalimé, il faisait beau et frais. Les touristes affluaient. Même en temps de pluie, les gens étaient contents de visiter la cascade de Yikpa, de Gbalédzé, le mont Agou, etc. Au grand marché de la ville, tout était fleuri. Il y avait même des gens qui riaient et se prenaient dans les bras. Les fruits et légumes se présentaient en abondance sur les étals. Dans les allées, on pouvait apercevoir les femmes faisant frire des bananes plantains… c’était circulant. Il y avait dans certains coins de bonnes odeurs qui s’échappaient des restaurants, la vie était présente. Il y avait un certain bien-être qui se distillait comme ça… c’était l’extase !

À Badou, lorsque les gens arrivaient, ils étaient parfois accueillis par des danses traditionnelles, les invités semblaient heureux d’être à cet endroit-là, d’être proches de cet univers luxuriant, de la chute d’eau d’Aklowa, des somptueuses termitières, des cacaoyers, des papayers, des corossoliers…

Dans la deuxième ville du pays, à Kara, la vie n’était pas si différente que ça, chacun cherchait à gagner son petit sou comme il pouvait. Les gens allaient en safari à la réserve de Sarakawa, ils visitaient aussi les Tata Somba en pays des Batammaribas, etc.

Dans l’ensemble du pays, des associations s’activent, s’activaient, il y avait de jeunes Européens, Américains, Asiatiques et Océaniens qui débarquaient pour des missions humanitaires. Le bénévolat prenait tout son sens. Il y avait des échanges de connaissances. Les gens combattaient la pauvreté de la manière la plus digne possible, les ONG venaient en aide aux habitants de coins reculés où seul le tourisme est la source de revenus…

Soudainement, les gens sont allés rouvrir les vieilles plaies. Les politiques ont parlé de cérémonies de purification. Ils ont décidé d’exorciser ce qui s’est passé entre 1958 et 2005. À la place de la justice qui doit lire le droit et être l’arbitre d’une société démocratique, les politiques ont décidé que les croyances devraient régner. Il y a eu des cérémonies pour des catholiques, protestants, musulmans, vodoo, et même pour les buveurs de bière dans les boîtes de nuit, etc.

Le monde semblait beau, comme s’il n’y avait jamais eu de coupables, comme si les morts n’étaient pas morts. Mais tout le monde croit-il en la même chose ? Les victimes n’étaient pas des êtres humains ? Ce sont toujours des rêves collectifs et individuels brisés à tout jamais ! Des épouses, des époux, des parents, des frères, des sœurs, des cousins, des cousines, des enfants de…, des filles de…, les garçons de…, la mère de…, le père de…, lorsqu’un ami se fait tuer, ça ne s’oublie pas. Le reste du monde peut oublier les victimes, mais les familles n’oublieront jamais…

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