Politique

« Doctor Tariq and Mister Ramadan »

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 11 novembre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

« Doctor Tariq and Mister Ramadan »

Il y a longtemps que Tariq Ramadan fait parler de lui, avec la complicité d’un bon nombre d’émissions-débats du type « talk show » à la Télévision française, mais aussi sur internet, ce qui lui donna – auprès d’un certain nombre de personnes – le statut « d’homme de dialogue », correspondant à l’image d’un « islam ouvert », en opposition avec l’islamisme radical. Il devint ainsi une sorte de Monsieur fréquentable par opposition par exemple, avant tout, sur l’autre rive (si je puis m’exprimer ainsi), à un Manuel Valls vilipendé et considéré par certains comme un « islamophobe » proche des « dérives ethnicistes de l’extrême droite » (citation provenant d’une déclaration de Jean-Luc Mélenchon !). Ce Tariq Ramadan-là, c’est celui que j’appelle « Doctor Tariq »… Mais, il se trouve qu’il y en a un autre, en réalité cryto-islamiste à peine déguisé, et de plus vautré dans le harcèlement sexuel et même accusé de viols (tout ceci provenant de plaintes de femmes de plus en plus nombreuses). Et c’est bien sûr cet autre Tariq Ramadan que j’ai pu nommer « Mister Ramadan ». Il est temps maintenant de développer mon propos en passant à une démonstration argumentée par rapport à cette introduction.

Comment se présenta – et continue de se présenter – le « Doctor Tariq » ? Ce Monsieur naquit en Suisse, à Genève, en 1962, ce qui lui fait aujourd’hui l’âge de 55 ans. Après avoir passé un doctorat à l’université de Genève, sa thèse ayant porté sur son grand-père d’origine égyptienne (je reviendrai plus loin sur cette question), il s’adonna parallèlement à des études de littérature française, puis à l’université al-Azhar du Caire, qui lui conférèrent l’autorisation d’enseigner « les sciences de l’islam ». C’est dans ce contexte que ce Monsieur se présenta comme un « islamologue » et devint jusqu’à il y a quelques jours (puisqu’on vient de lui supprimer cette fonction en rapport avec les accusations de frasques de nature sexuelle) professeur d’études islamiques contemporaines à Oxford. Ceci l’amena d’ailleurs à être invité dans de multiples universités ! De plus, s’exprimant en plusieurs langues, le « Doctor Tariq » occupa le terrain en tant que conférencier, prédicateur, et auteur de divers ouvrages portant sur l’islam. J’ajoute que ce Monsieur est marié (depuis l’âge de 24 ans) à une française d’origine bretonne s’étant convertie à l’islam, avec laquelle il a eu quatre enfants. Soit un profil prétendument tout à fait honorable, affirmant passer des ponts « d’intégration » entre l’ensemble du monde occidental (essentiellement européen) et islamique.

Enfants de Raqqa…

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 novembre 2017. dans Monde, La une, Politique

Enfants de Raqqa…

… Qu’en fait-on, maintenant, de ces petits, nombreux – combien ? vague – Français pour un bon nombre, abandonnés au fond des pick-up de la fuite des Djihadistes, sur le bord d’improbables fossés de ces terres de poussière, avec parent(s) ou sans ; je parle de ceux qui sont encore vivants, car combien pourrissent sous les pierres de la ville pilonnée…

On en parle si peu. L’autre soir, quelques images glacées au 20h, d’une ville détruite, miettes de maisons ouvertes sur un ciel dur et bien sûr silencieux, rues – ce qu’il en reste, images qui nous poursuivent du temps de la Seconde Guerre, en passant par Beyrouth, et finalement toutes les guerres contemporaines ; quelques chats efflanqués, dont on pouvait difficilement détourner le regard, tellement ils semblaient le souffle ténu de la vie. Ruines, après la bataille de Raqqa, suivant quelques mois avant, celle de Mossoul. Légitime soulagement de chacun, partout : car enfin ! des points décisifs marqués contre le cancer Daech, sur leur terrain, dans leur califat noir de tous les malheurs ; d’où partait l’ordre des attentats, où se déroulait leur ordre et leur terrible gouvernance, où allaient tant de nos jeunes, pour vivre ce Djihad, terreur à l’ancienne des temps de maintenant.

Deux ou trois journalistes TV, une pincée d’articles documentés, illustrés parfois d’entretiens cachés ou vaguement consentis de ces anciens habitants de Daqqah-côté Djihadistes, ont courageusement soulevé un coin de la couverture : que fait-on à présent de ces « ressortissants » français, pour ne parler que des nôtres, ayant un temps, plus ou moins long, volontaires, le plus souvent, été « citoyens de Daech en sa ville de Raqqa » si toutefois, on dit ainsi. Ces daechisés, comment les nommer à présent ? Prisonniers, à l’évidence, de ces troupes Kurdes (ceux qui, une fois encore, ont fait le travail, et qui campent en ce territoire revendiqué), de ces soldats Syriens, versant El Assad, prêts à toutes les vengeances contre Daech, soit, mais bien autant contre ces « occidentaux, versus droits de l’homme ». Des troupes de la coalition aussi, dont un pan de militaires français, qui du haut des avions et de la technologie de pointe est depuis si longtemps sur ce terrain d’opération, et qui, n’en doutons pas, a rassemblé la plus haute haine de ces djihadistes occidentaux, émigrés à leur façon, au Moyen Orient. Prisonniers, donc, à moins que terroristes, au titre de ce à quoi ils ont participé, de ce qu’ils ont signé en quelque sorte en arrivant là-bas. Responsables, du coup, partout où ils passeront et en particulier devant nos cours internationales… Évidemment. Passe pour les parents, encore que certains d’entre eux, certaines femmes entre autres, nécessiteraient forcément le cas par cas. Il semblerait que les adultes vont être remis aux juridictions locales (Syriennes, notamment) sous couvert de ces lois internationales qui accompagnent la fin des guerres, dont on connaît, de fin de bataille en balbutiement de paix, le cortège d’erreurs. Mais, les enfants ! il y avait dans ce simulacre infernal d’État beaucoup de jeunes ; des arrivés avec parents, à la suite d’une mère rejoignant le père, des nés sur place, avec place notoire occupée pour les accouchements des « fiancées des princes », esclaves sexuelles des combattants de l’EI. A peine enregistrés, du reste, ou perdus dans la flopée des archives de la débandade, ces enfants, au point que leur nombre et leur existence est plus qu’aléatoire. Pour autant, ayant vécu les restrictions, les apprentissages de secte autoritaire, le dur d’un pays en guerre, ces petits perdus de parents non moins perdus, pour une bonne partie d’entre eux. Ils ont grandi, joué, ri, évidemment, là-bas. Mais leurs yeux ont enregistré des exécutions en pleine rue, une violence à peine croyable, et le drapeau noir hissé sur les pick-up de Daech leur a servi de projection dans l’avenir. Alors, oui, qu’en fait-on ? On nous dit que bien entendu « on traitera les enfants à part », ce qu’on veut croire. Mais sera-ce si aisé que ça ? Ces petites bombes à retardement, petits fauves en devenir (formules dures mais de bon sens) font déjà frissonner nos « Une » ; à quel niveau sont-ils radicalisés, et plus tard radicalisables, au regard par exemple du sort subi par leurs parents ; ces orphelins d’un genre inédit finiront leur pousse où, comment, accompagnés ou laissés à leur sort… il faudra, là, porter la plus grande attention aux outils de déradicalisation dont on a vu que beaucoup étaient peu opérationnels. Enfin, que dire des familles d’ici qui voudront récupérer leurs petits-enfants ?

Pourquoi la gauche devrait se reconnaître dans le pari de Macron

Ecrit par Pierre Windecker le 28 octobre 2017. dans La une, France, Politique

Pourquoi la gauche devrait se reconnaître dans le pari de Macron

On pouvait lire dans le n° du 3 octobre de Libération deux contributions hostiles à la politique socio-économique de Macron. Celle d’Albert Ogien affirmait qu’au nom d’une efficacité économique prétendue, on renonçait à des dépenses qui seraient favorables au bon fonctionnement de l’Hôpital, de l’Ecole ou de la Justice. Celle de Guillaume Duval dénonçait une politique fiscale qui consisterait à prendre aux plus pauvres pour donner aux plus riches. On reconnaît là des griefs habituels. C’est une première raison de revenir sur ces articles.

Leurs conclusions mériteraient certainement d’être discutées et contestées. A celle de l’article d’Albert Ogien, on pourrait opposer, par exemple, le dédoublement des CP, l’extension du programme Erasmus, l’augmentation des crédits alloués à la Justice ou à la Défense dans le prochain budget. De telles mesures prouvent que l’effort pour faire baisser la dépense publique ne signifie pas nécessairement un assèchement des ressources consacrées au bien commun. A la conclusion de l’article de Guillaume Duval, on pourrait opposer la suppression élective de la taxe d’habitation, l’augmentation de la prime pour l’emploi, la suppression de la part salariale des contributions sociales. De telles mesures montrent que, loin d’instituer un système de vases communicants entre la poche des pauvres et celle des riches, la réforme fiscale comporte un élément redistributif en faveur des rémunérations les plus modestes.

Mais ce qui devait frapper le plus dans ces deux articles était autre chose que les griefs qu’ils contenaient : c’était l’objet même du raisonnement. Non pas son enjeu conscient et revendiqué (la justice distributive et la sauvegarde d’un bien commun), qui est juste. Mais l’extension trop petite qui était spontanément retenue pour situer sa mise en jeu. Non pas le ballon lui-même. Mais l’idée qu’on se faisait d’avance du terrain de jeu. Comme la plupart des opposants « de gauche » à Macron raisonnent précisément de cette façon, c’est là qu’il est vraiment utile de regarder de près.

Dans le souci du bien commun et, partant, d’une certaine justice (re)distributive qui animait les auteurs de ces articles, on reconnaît l’exigence que la République soit aussi la « République sociale ». Il faut commencer par le dire clairement : sans cette dimension qui ne vient pas s’ajouter à elle du dehors, mais lui est essentielle, la République ne peut pas exister – quand cette dimension se rétrécit, la République ne se porte jamais bien.

Arctique : Une exploration stratégique - Revue de Politique étrangère de l’IFRI

Ecrit par Martine L. Petauton le 28 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique

Arctique : Une exploration stratégique - Revue de Politique étrangère de l’IFRI

Dans son numéro d’automne, la revue de PE de l’IFRI nous emmène en deux endroits du monde, à la fois connus de chacun d’entre nous, mais souvent embarrassés de représentations fantasques ou incomplètes. L’Arctique d’abord, qui fera l’objet de cette recension, mais aussi L’Arabie Saoudite en question qui nourrit deux articles passionnants et complémentaires de la rubrique Contre champs (ainsi de celui intitulé « Arabie Saoudite, faux ami ou vrai ennemi ? »).

En dehors de l’introduction, « Les dynamiques géopolitiques de l’Arctique », pas moins de trois forts articles nous emmènent là-haut, dans les glaces qui fondent, où les appétits se déchaînent, et où, probablement pourront se jouer, demain, quelques cartes maîtresses d’importance du monde à venir. L’introduction le pose d’emblée sur la table : « Les dynamiques s’inscrivent à la fois dans un contexte régional caractérisé par des revendications territoriales, et dans un contexte global marqué par des tensions accrues entre Russie et Occident ».

« Comprendre les rivalités arctiques » revient utilement sur un espace qui fut stratégique durant le dernier conflit mondial, ainsi que pendant la guerre froide, pour ensuite s’assoupir. Territoires – 15% de la planète pour 4 millions d’habitants – qui actuellement concentrent bien des regards, tant inquiets (marqueur terriblement spectaculaire du réchauffement climatique) que concupiscents ; réserves considérables en matières premières et sources d’énergie, mais aussi route nouvelle Est/Ouest, rendue possible dans des eaux devenues plus navigables, sans oublier l’usage des mers, la pêche, et l’extension des plateaux continentaux. Tout étant en partie lié – d’un mal, un bien ? – à la fonte des glaces.

Les états de l’Arctique (Russie, Canada, USA, Islande, Danemark, Norvège, Suède, Finlande) sont tous membres de l’OTAN sauf évidemment la Russie. On saisit donc la portée stratégique de la zone dans la géopolitique actuelle, d’autant que passent le nez à la fenêtre, la Chine, ou l’UE, intéressés au plus haut point, bien qu’extérieurs.

Immenses anciens « déserts blancs », à la gouvernance particulière, ce que montre le second article « Le conseil de l’Arctique, la force des liens faibles ». Créé en 1996, ce conseil s’est d’emblée positionné en « soft law » ; le dialogue, la mise en place de projets de coopérations, notamment scientifiques, étant le mode choisi de fonctionnement. Une forte dépolitisation caractérisait les débats, considérant comme extérieurs à leurs pouvoirs toute position de médiation ou de prise en mains des conflits. Le sujet pressant du changement climatique et de ses diverses implications bien au-delà des frontières de la zone arctique, exige depuis peu un fonctionnement – et des institutions – moins « soft ». Des états observateurs (dont la France depuis 2000) participent dorénavant au conseil ; les ordres du jour se penchent sur des revendications de peuples autochtones, la délimitation des lignes côtières, la souveraineté au-delà des zones économiques exclusives. Même si la construction institutionnelle impose encore à ce jour une gouvernance non coercitive, se tenant fortement éloignée des problématiques militaires, le climat général change, et le conseil évolue, piloté par faits et demandes même extérieurs à la zone.

L’hégémonie culturelle est-elle passée à droite ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 octobre 2017. dans La une, France, Politique, Culture

L’hégémonie culturelle est-elle passée à droite ?

Ce concept fut élaboré par Antonio Gramsci, un des leaders du PCI (fondé en 1921, un an après le congrès de Tours !) et condamné à vingt ans de prison par le régime mussolinien. Dans ses Quaderni del carcere (carnets carcéraux) et surtout dans Il materialismo storico, paru en 1966, Gramsci renverse et inverse le schéma marxiste de l’infrastructure économique déterminant les superstructures idéologiques : c’est, au contraire, cette dernière qui façonne les mentalités et influe à la fois sur le pouvoir politique et sur le modèle de production. Autrement dit, la bataille des idées précède et préfigure celle des urnes ; en vue de remporter la seconde, il faut d’abord gagner la première : « L’homme, écrit-il dans son Materialismo storico, n’est pas dirigé par la force seule, mais aussi par les idées, la fondation d’une classe dirigeante est l’équivalent de la création d’une Weltanschauung (vision du monde en allemand) ».

En 1981, se tint le XVIème colloque du G.R.E.C.E, groupe de recherches et d’études pour la civilisation européenne, dirigé par Alain de Benoist, le pape de l’extrême droite anti libérale et néo païenne, sur le thème « Pour un gramscisme de droite ». Un des participants, le docteur Wayoff, ouvrit le débat : « Pour nous, être gramscistes, c’est reconnaître l’importance de la théorie du pouvoir culturel : il ne s’agit pas de préparer l’accession au pouvoir d’un parti politique, mais de transformer les mentalités pour promouvoir un nouveau système de valeurs, dont la traduction politique n’est aucunement de notre ressort ». Alain de Benoist, de son côté, expliqua de cette manière la victoire de la gauche en mai 81 : celle-ci, au fond, n’a été que le fruit de la domination intellectuelle des marxistes pendant les années 50/60 et de l’influence sociétale de la révolution culturelle de mai 68. D’où un véritable programme de reconquête des esprits : « Répétons-le, ce n’est pas au niveau de la politique politicienne que nous nous situons. C’est au niveau des idées, au niveau du lent travail de transformation des idées du temps, que nous avons choisi de nous situer ».

Le processus, pour tout dire, avait déjà commencé. Robert Hersant avait fondé, en 1978, le Figaro Magazine, supplément culturel hebdomadaire du journal, destiné à jeter un pont entre la droite et l’extrême droite. Il plaça à sa tête, en 1980, l’inénarrable Louis Pauwels, l’auteur de la fameuse formule du « sida mental » lors des manifestations étudiantes de 1986 contre la loi Devaquet. Parallèlement, Yvan Blot, membre du GRECE et futur cadre du Front National, avait créé, en 1974, le Club de l’Horloge, Think Tank réactionnaire, visant à rallier à la cause hauts fonctionnaires et intellectuels. Bruno Mégret fut l’un d’eux.

Communiqué : Manuel Valls est un homme politique ouvert aux initiatives de paix au Moyen-Orient

Ecrit par JCall le 21 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Communiqué : Manuel Valls est un homme politique ouvert aux initiatives de paix au Moyen-Orient

Parce que nous aimons relayer les billets de J Call, à RDT ; parce qu’on est un certain nombre aussi à avoir été choqués par la violence de l’attaque contre M Valls, à qui nous apportons notre soutien, ce billet figure cette semaine tout en haut de la « une ». Lisez – le !

La rédaction de Reflets du temps

 

Plusieurs organisations qui œuvrent à la résolution politique du conflit israélo-palestinien apportent leur soutien à Manuel Valls après la déclaration de Jean-Luc Mélenchon reprochant à l’ancien Premier ministre « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ».

Dans sa lettre de démission de la mission d’information sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie adressée au président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, Jean-Luc Mélenchon reproche à Manuel Valls « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ». D’après lui, elle « fait l’objet d’une ostentation choquante pour les militants de la paix de ce pays comme du nôtre ».

Les organisations signataires de ce communiqué, qui depuis de longues années soutiennent les initiatives de paix sur la base du principe « deux Peuples pour deux Etats » et la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, tiennent à témoigner que les allégations de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de Manuel Valls sont erronées, fallacieuses et sans fondement ! Manuel Valls s’est toujours montré favorable aux démarches et solutions de paix que nous soutenons et qui diffèrent de celles prônées par l’actuel gouvernement israélien.

Sur quoi le dirigeant du parti des « Insoumis » se base-t-il pour accuser Manuel Valls de collusion avec l’extrême droite israélienne ? Uniquement sur quelques photos prises dans le cadre d’une visite semi-officielle, à l’occasion d’une conférence sur les questions de sécurité internationale qui se tient chaque année à Herzlia (Israël). Des centaines de responsables politiques et hauts fonctionnaires, représentant tous les pays, ainsi que les grandes organisations internationales, y participent régulièrement. Ces rencontres se déroulent dans le cadre d’un protocole auquel l’ancien Premier ministre d’un grand pays comme la France ne peut se soustraire. Le député de l’Assemblée nationale, Manuel Valls, comme tous les autres, doit saluer les organisateurs de la rencontre et les dirigeants du pays hôte de la conférence. Il s’agit d’une convention diplomatique et Jean-Luc Mélenchon, en vieux routier de la politique le sait parfaitement. Ce n’est pas parce que Manuel Valls rencontre en Israël Ayelet Shaked (Ministre de la Justice) ou Avigdor Lieberman (Ministre de la Défense) qu’il partage leurs opinions.

Lorgnette, balance et premiers de cordée. Où va le Macronisme ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 octobre 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Lorgnette, balance et premiers de cordée. Où va le Macronisme ?

Il était là, comme dans l’Ancien monde tellement brocardé par les siens, copié-collé des ancêtres, tous ces présidents, assis, raides, coiffés des drapeaux, sur l’immuable fond d’écran des jardins élyséens. Tout pareil. Sévère, pas une mèche ne bougeant, l’œil à peine plus glacé que d’habitude. Plus jeune – cette blague – qu’un Giscard, plus beau gosse qu’un Sarko, plus enfant bien élevé de retour de sa messe de communion qu’un Hollande, plus tout ça et le reste, mais, Président de la vieille Vème, en face d’une brochette de journalistes de la TV du soir (existe-t-il du reste d’autres journalistes ?), même d’un Pujadas ressuscité et tiquant sur presque tout ; dents longues de bêtes longuement affamées ; un parfum de fauves – petits – juste avant l’arène : la première parole-TV de Jupiter, nous dit-on ; réservez votre soirée…

Que tous ces experts bavards, cherchant à épuiser le sujet – pourquoi parle-t-il, maintenant, là ?? – rentrent un peu à la niche ; un Président sous la Vème et avec nos institutions, c’est « normalement » quelqu’un qui nous convoque, nous ses administrés – traînant les pieds ou sautant de joie – de temps à autre, événement grave ou suivi des affaires courantes. Pourquoi faudrait-il couper le son au Président, rouage principal et de loin de notre vie politique. Moins on vous entend, plus on vous écoute ? À d’autres ! La politique passe par la parole, et, ce depuis les pierres chaudes des agoras antiques ; il suffit qu’elle soit de qualité, pratiquée à bon escient. Point barre.

Alors, celle-là ? personne n’ira contester que l’homme au gouvernail soit autre chose qu’intelligent, cultivé, réactif, plus deux ou trois autres babioles. Mais, a-t-on appris autre chose que ce qu’on subodorait, savait, pressentait, et déjà ressassait. Bref, le système macronien, où en est l’entreprise ? Flash-back, retour sur images, pieuses ou moins ; ce qu’on voulait faire, chemins et obstacles, honnête reddition de comptes à l’employeur – nous ! Et l’œil bleu vissé sur l’horizon ouvert, ce qu’on pourrait faire demain ; genre, haut-les cœurs les Éclaireurs, chers à mon enfance…

A priori, apprendre que la montagne est haute, le chemin escarpé – du Raymond Barre pur sucre – qu’on doit consentir tous les efforts présents en magasin, n’est en rien un scoop, et n’a pas justifié cette soirée devant la TV. Tous adultes et vaccinés des rêves fous d’antan, on convient peu ou prou de s’arrimer à quelque chose de raisonnable et de patient. Jusqu’à un certain étiage, et en pesant ce « peu » et ce « prou » ; « à quel prix ? » lit-on partout. Le vote de mai ne stipulait-il pas en bas du contrat du donnant-donnant ? (à moins qu’écrit en minuscule – vous savez les contrats ! – n’aient été précisées ces opérationnalités à perpette, que vous ne connaîtrez pas, même assorti d’une espérance de vie d’un siècle). Obligeant, nonobstant, le Président à cet exercice vieux comme changeurs médiévaux : balance et lorgnette.

Identités nationales : deux poids et deux mesures

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Identités nationales : deux poids et deux mesures

L’affaire catalane donne l’occasion de mesurer le gouffre qui sépare les vieilles métropoles dominantes, impérialistes et colonisatrices des jeunes « nations » en mal d’indépendance, quand il s’agit d’« identité » : celle des premières pue le nationalisme, le fascisme, le racisme – j’en passe et des moins bonnes – celle des secondes, au contraire, sont l’objet d’attendrissement, de soutien et de solidarité en tout genre ; bref les médias – Mediapart en particulier – se rejouent le « printemps des peuples » à la mode dix-neuvièmiste…

Retour au projet émancipateur de la philosophie des Lumières. A partir de la notion rousseauiste de souveraineté populaire, l’on en vint à considérer, non plus l’individu-citoyen en tant que partie d’un peuple, mais le peuple comme un tout, en particulier les peuples vassaux sous domination étrangère. « Un peuple a la faculté de conquérir son indépendance » proclame la déclaration des droits de 1793, concoctée par Condorcet et l’abbé Grégoire. Le romantisme aidant, l’attention se focalisa sur les « nations » au passé glorieux, mais tombées sous le joug de puissances oppressives. L’on plaignit ainsi les Polonais, écartelés depuis le partage de la Pologne (1772), entre Russie, Autriche et Prusse ; les Grecs martyrisés par les Turcs ; ou encore les Hongrois assujettis aux Habsbourg.

Le fameux « printemps » commence, de fait, dès 1830 avec le soulèvement de Varsovie. Le vieux Lafayette s’écrie : « toute la France est polonaise » ; Mickiewicz, le Victor Hugo polonais, chantre de la grandeur identitaire de son pays, prophétise : « la Pologne se relèvera et libérera toutes les nations d’Europe de la servitude » ; notre totor national, quant à lui, réservant sa sollicitude aux carbonari italiens : « n’ayez qu’une pensée, leur dit-il, vivre de votre vie à vous ». Mais évidemment, c’est en 1848 que les multiples « identités » éclosent tels des champignons. « Pour les hommes de 1848, écrit l’historien britannique, Sir Lewis Namier, le principe dynastique représentait un règne arbitraire et autocratique ; celui de la souveraineté populaire, au contraire, s’identifiait aux droits de l’homme et à l’autodétermination ».

Très rapidement cependant, une dérive organiciste se fait jour : le « peuple » ne forme qu’un organisme gigantesque, doté d’un seul corps et d’un seul esprit. Le Volksgeist (l’Esprit du peuple) est né ! Dans le Vormärz allemand de 1848, le professeur Mittermaier de Heidelberg, président du parlement insurrectionnel, déclare, dans un discours emphatique : « le géant s’éveille ! Le Volksgeist est ce géant. Il est éveillé » ; pour le philosophe allemand Jacob Gottlieb Fichte (1762-1814), une nation constitue une entité « supra-temporelle », elle se présente comme une « Hülle des Ewigen », une enveloppe de l’éternité. L’identité de la nation se veut donc organique, spirituelle et éternelle ; la race n’est plus très loin…

Macron et les territoires

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 octobre 2017. dans La une, France, Politique

Macron et les territoires

Jupiter devrait redescendre sur terre, et peut-être assez vite : il gouverne un pays – voyez-vous ça – où sont des territoires !

Communes (mille fois trop de ces confettis, certes), départements (faisant double emploi souvent, certes), Régions (un échelon pas vraiment bien fini, certes). Mais…

Incontournables comme leur longue Histoire, doublant la grande, ces découpages administratifs, si souvent en attente de changements annoncés à grands coups de cymbales, pour finir dans le pschitt de bricolages de couturière, rapetassés (certes) plus que réformés. Mais, eux et leur (immense, certes) armée de fonctionnaires territoriaux, leur population « locale », celle des fins fonds de l’hexagone, ayant en fond d’écran quasi constant ce bras levé contre « eux, là-haut » ; entendons Paris, l’Exécutif et ses Chambres législatives plus ou moins suiveuses ou grondantes… eux, ces territoires de la république, existent et font plus que bouger ces temps-ci ; ils sont peut-être la première vraie menace d’envergure visant la geste Jupitérienne. Chanson vieille comme l’Ancien Régime et la Révolution rassemblées : Centralisation, Jacobinisme, Décentralisation à couleurs plus ou moins Girondines… ah, Emmanuel, quand on dérange l’Histoire !

Incontestable aussi – en même temps ! – ces territoires en France n’ont jamais fonctionné au top ; loin s’en faut, et le récit de leurs manquements, quand ce n’est pire, vaut son pesant de chroniques. Sans doute dus, ces grincements, ces x ajustements inappropriés, à la naissance du Jacobinisme, successeur, presque frère, mais aussi ennemi juré de la centralisation de l’Absolutisme. Probablement à mettre au compte, également, d’un temps trop long de son existence, subi plus que choisi, cahotant du XIXème en XXème très avancé, progressivement figé dans l’ambre, comme un vêtement de grand enfant qui finirait par lâcher les coutures sur l’adulte devenu qui l’endosse. Souvenons-nous de ces manifs des années 70, toutes colorées sus à la centralisation parisienne. Exigences de libertés locales en mal de reconnaissance, et certes, les Bretons, les Basques, et Corses réunis, mais pas que : les affiches « OC vivra » hantent encore nos mémoires, et frétillent toujours en pas mal de lieux. Alors, la Gauche arrivée enfin aux affaires, ne pouvait qu’aller dans ce sens, dès 1982, même si le vieux lion Gaston Deferre, à l’Intérieur, méfiant, à moins que profondément jacobin, mitonna dans le pot d’importantes demi-mesures visant à décentraliser, mais pas tout, et surtout pas complètement ; mixte réussi sur le papier ; autre chose dans la réalité (ne vit-on pas tous dans un – qui fait quoi, constant ?). Depuis, d’autres trains de mesures ont remanié, bricolé, toujours à demi, le tissu administratif local, jusqu’à cette – prétentieuse et bien mal placée dans le calendrier, pardon,  ami François ! Réforme des territoires du quinquennat précédent, accouchant avant tout de hautes bannières encolérées au fronton des hôtels de région, frémissant à l’idée de leur disparition, au nom de regroupements devant coûter moins cher, et rendre dix fois plus de services… On connaît le reste !

Surfant – un peu à la va-vite – sur la réalité territoriale et le supposé mécontentement des électeurs, le candidat Macron et le président qui suivit n’eurent de cesse de pourfendre en cet hexagone territorial des signaux de « l’ancien monde ». Macron, lui-même, jamais passé par la moindre case d’élection locale (son seul succès n’est-il pas d’avoir été tout droit, tout neuf, élu président de la république), portait haut dans le ciel jacobin-parisien ces évaluations à la fois d’insuffisances, voire d’inutilité, de ces territoires lointains, lents, d’un autre siècle. Tout bon !

ISF ; Emmanuel et le yacht

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 octobre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

ISF ; Emmanuel et le yacht

Serions-nous des gauchistes excités, mieux des Guevaristes bavant de haine, ceux qui n’ont pas avalé il y a une pincée d’heures le discours des Macroniens de Bercy, dévoilant – prière de chausser de bonnes lunettes – le comment du début d’assassinat de l’Impôt sur la Fortune ; le nôtre, puisqu’il paraît que nous, français, étions une peuplade sentant encore les coupeurs de tête de l’An II avec cet outil, fiscal et bien plus politique.

De quoi s’agissait-il ? D’attaquer l’ISF (ce que nous savions, notons-le, en votant pour le président Macron), de lui rogner ce qui lui restait d’ailes, à cet oiseau – majestueux quand même et peint des trois couleurs plus quarante-huitardes que tout le reste des républiques – né dans l’ombre non moins politiquement épique du premier François Mitterrand, en 1982. Et certains d’ores et déjà de glapir, que cet impôt n’eut de cesse, depuis, d’être épluché voire vidé par diverses lois, hélas pas toutes de Droite sonnante et trébuchante… Vrai, et que je te tricote des exemptés plus vite que des assujettis, des passe-droit fleurissant en parfois aussi grand nombre que ce que notre fisc républicain faisait rentrer dans ses caisses. Vrai, car qui dit impôt, dit, chez nous, astuce pour y échapper, dans ce peuple qui décidément ne s’est jamais vraiment amouraché de ses institutions fiscales…

Mais… il s’agirait là de bien autre chose, non de baisser tel taux ou de rehausser tel seuil, mais bien d’isoler cet impôt, en l'amoindrissant. La  taxe nommée à présent, en affichant haut sa casquette, « impôt sur la fortune immobilière », permettrait de sortir du dispositif des pans considérables d’anciens assujettis. Une flopée ? non, carrément une foule. Tous ceux qui collent leurs « éconocrocs » (comme dit mon fils, né pile avec l’ISF, qui ignorait visiblement qu’il y ait eu un avant, et qu’un après soit, comme il dit joliment, « légitime ») dans les outils bancaires type placements, assurance-vie et le toutim ; ça fait du chiffre. Plus spectaculaire, et sujets des agitations actuelles un peu partout ; sujet de conversation on ne peut plus consensuel, à « droite et à gauche », « points de détail » de l’inénarrable député LREM Barbara Pompili aux dents longues, les signes extérieurs de richesse, ce haut symbole de la justice quelque part en nous tous irait nager dans d’autres eaux beaucoup moins froides que celles de l’impôt sur la fortune. Voyez, ainsi une voiture de luxe, un jet privé, un cheval de course, et bien sûr un yacht (je ne dis « un » que par facilité). Hors jeu, tout ça, hors prélèvement. L’autre soir, dans le journal de la « gauchiste » Anne-Sophie Lapix, une petite addition-soustraction au tableau noir jouait avec quelques chiffres : le prix d’un yacht, son ISF avant la réforme Macron ; en face, ce qui serait demandé à son propriétaire (0 ct d’euro) dorénavant. Bouche bée des spectateurs, vaguement écœurés au point d’en poser la fourchette ! Quelqu’un, soutenant il est vrai fortement notre gouvernement, de me rétorquer : encore un bashing des médias !… Car le motif invoqué de ces prouesses réformatrices échappant à grands coups d’ailes à la morale la plus élémentaire, tient en un credo vieux comme la Droite libérale : on peut ainsi espérer (j’aime ce mot qui sent sa rationalisation économique) le retour des fonds planqués à l’étranger, mieux, l’arrivée en terre de France de tous les exilés de la City londonienne sous le vent aigre des suites de son Brexit. Bref, on peut aussi se demander si quelques bricoles type république bananière n’auraient pas un succès plus rapide et en rien moins sûr...

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