Politique

Marine Le Pen : le dilemme

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 mars 2018. dans La une, France, Politique

Marine Le Pen : le dilemme

C’est un dilemme, en effet, qu’a posé à Marine le Pen le congrès du Front National  des 10 et 11 mars, à Lille. Ce qu’on appelle en anglais un « double bind », un « ou bien, ou bien » : ou bien continuer la « dédiabolisation », ou bien retourner aux fondamentaux du parti…

L’objectif pour l’héritière demeure ce qu’il a toujours été, parvenir – enfin ! – au pouvoir. « A l’origine, avait-elle déclaré au micro de BFM le 25 février dernier – et elle l’a répété une fois encore le 11 mars, à Lille – nous étions un parti de protestation, mais nous sommes devenus un parti d’opposition ; il faut qu’aux yeux de tous, il ne fasse plus de doute que nous sommes désormais un parti de gouvernement ». Elle devait, à cette fin, d’abord tuer le père, vulgaire et bavard impénitent avec ses jeux de mots douteux et ses calembours antisémites. Chose faite ! Papa s’est vu exclus, interdit de congrès et il perd même son titre de président d’honneur, puisque le poste va être supprimé. La vengeance de papa se concentra, en réponse, dans cette petite phrase, au détour d’un paragraphe de ses Mémoires, tout juste publiées et qui font un tabac en librairie : « Marine me fait pitié ». Qu’importe, rétorque fifille : « pour moi, politiquement, la page est tournée… ».

Reste le nom, on troque « Front » pour « Rassemblement ». Pourquoi ? « Nous devons, explique Yvan Chichery, responsable FN dans le Morbihan, trouver des alliances et convaincre les médias que nous ne sommes pas des affreux ». Seulement voilà ! Outre que le nouveau sigle rappelle fâcheusement le Rassemblement National Populaire de Marcel Déat, il demeure flanqué – Marine Le Pen a lourdement insisté sur ce point – de la fameuse flamme tricolore, symbole d’espoir et de renouveau… or ce symbole reprend celui du Movimento Sociale Italiano fondé en 1946 par Giorgio Almirante, fasciste notoire et journaliste bien en cour auprès du Duce dans les années 30. Ce fut Almirante lui-même qui conseilla à Jean-Marie Le Pen d’adopter sa flamme pour la nouvelle formation d’extrême droite, en 1972.

Alors retourner aux sources ? Se ressourcer aux fondamentaux de l’extrémisme ? La tentation existe. Pour preuve la présence, en invité vedette, de Steve Bannon, pilier de l’« Alt Right » (Alternative Right), la droite américaine des suprématistes blancs. Nommé stratège-en-chef de son cabinet par Trump, il fut limogé à cause des révélations sulfureuses qu’il avait faites à Michael Wolff, l’auteur de la célèbre – et incendiaire ! – biographie, Fire and Fury. Bannon éructa, pendant le congrès : « let them call you racist ! Let them call you xenophobe ! Wear it as a badge of honor ! », Laissez-les vous traiter de raciste ! Laissez-les vous traiter de xénophobe ! Portez ça comme un badge honorifique ! Et Bannon de continuer : « en Italie, les deux tiers de la population ont émis un vote anti establishment. En Italie, le M5S et la Ligue se joignent pour voter contre la classe dirigeante de Rome et de Bruxelles. Vous faites partie d’un grand mouvement. En France, en Italie, en Pologne, en Hongrie. L’Histoire est de notre côté ! ».

Che Bordello !

Ecrit par Jean-François Vincent le 17 mars 2018. dans Monde, La une, Politique

Che Bordello !

Oui, quel bordel (ce fut le gros titre de Il Tempo, sic !) que ces élections italiennes ! Aucune majorité claire ne s’en est dégagée… 229 sièges pour le M5S (Movimento Cinque Stelle), 124 sièges pour la Lega, 104 sièges pour Forza Italia (Berlusconi), 33 sièges pour Fratelli d’Italia et enfin 112 sièges pour la coalition de centre gauche emmenée par le Partito Democratico (parti de Matteo Renzi, avatar de l’aile droite de feu le PCI et de l’aile gauche de feu la Democrazia Cristiana) qui file le mauvais coton – à la Titanic – du PS français.

Quelles sont alors, sur le plan politique, les forces en présence ?

En premier lieu, l’on trouve le grand vainqueur de la consultation, le Cinque Stelle (5 étoiles), créé par le Coluche italien, Peppe Grillo, comique familier des shows télévisés, jadis primé pour une publicité qu’il tourna pour un pot de yaourt… M5S pratique une sorte de « et, et » transalpin ; mais au lieu d’être « et le centre gauche, et le centre droit », comme dans la France macronienne, ce serait plutôt « et les Insoumis, et le Front National ». Même populisme, même « dégagisme », « nous voulons tourner la page » a déclaré son nouveau leader, Luigi di Maio. Côté gauche, un « revenu de citoyenneté » universel de 780 euros par mois, à la Benoit Hamon ; et côté droite, un parti pris anti-migrants, « maintenant il est temps de se protéger, de rapatrier tout de suite les immigrés illégaux » avait écrit, il y a quelques années, Peppe Grillo.

Puis, en numéro deux, émerge la Lega, ex-Lega del Nord, parti anciennement séparatiste qui voulait une sécession de la Lombardie-Vénétie, le cœur riche et industriel de la péninsule, afin de faire advenir une « Padania libera », une « Padanie » libérée de ce Mezzogiorno, de ce sud pouilleux, si méprisé par le chef actuel de la formation, Matteo Salvini. Celui-ci, il n’y a pas si longtemps, avait lâché à l’endroit des habitants de Naples, en parlant à un compère : « Sens-moi cette puanteur ! Les chiens s’enfuient, c’est que les napolitains arrivent ! ». Désormais, changement de cap : on troque le racisme anti-méridionaux pour un racisme plus classique, anti-arabes et surtout anti-noirs. La nouvelle Lega se veut à présent nationaliste italienne, « Prima gli Italiani ! », Les Italiens d’abord ! Haro donc sur les migrants. « Il faut faire un ménage de masse, rue par rue, quartier par quartier » a vociféré Salvini, pendant la campagne. Le 3 février dernier, un drame a précipité l’ascension de la Lega dans les sondages. A Macerata, sur la côte adriatique, un forcené, Luca Traini, a foncé en voiture sur un groupe de réfugiés du Nigéria et du Mali, en blessant grièvement plusieurs, et ce, en guise de représailles contre Innocent Oseghale, un Nigérien accusé d’avoir assassiné une jeune femme. S’ensuivirent des manifestations monstres, à la fois des pros et des antis Traini. Conclusion de Matteo Salvini : « l’immigration est l’instigatrice de la violence ».

En troisième position, loin derrière, parvient le grand perdant – avec Renzi – du scrutin, la Forza Italia de Silvio Berlusconi, qui n’a pas réussi le retour qu’il espérait ; et tout à fait en queue de la droite, les Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), ex-Allianza Nazionale de Gianfranco Fini, qui lui-même avait « défascisé » avec succès (à la différence de Marine Le Pen) le vieux Movimento Soziale Italiano du très mussolinien Giorgio Almirante, conseiller de Jean-Marie Le Pen, lors de la fondation du FN, lequel adopta le sigle du MSI, la fameuse flamme tricolore.

Une poupée dans la Ghouta

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 mars 2018. dans Monde, Ecrits, La une, Politique

Une poupée dans la Ghouta

Sur un tas de cendre humaine une poupée est assise

Ou plutôt serrée dans les bras autrefois potelés d’une enfant.

C’est l’unique reliquat de la vie qui autrefois fut normale

Dans l’ancien verger de Damas. Quand l’oasis charnue embaumait

De ses fastes les paisibles villages où seul régnait l’ordre du châwî.

Là où était la beauté se tient, éventré, le désordre.

Là où palpitait l’eau vive, l’addân, les peupliers aux lignes accablées ne boivent plus que

Leur mémoire.

La poupée les a vus :

Les enfants aux yeux fixes tournés vers le ciel impitoyable, leurs petites mains encore

Suppliantes accrochées à leurs gorges de tourterelles suppliciées,

Quand le gaz faisait de leurs rires un enfer.

Les mères portant à bout de bras les bébés émaciés au ventre ouvert

Dépecé empli du déluge de fer de feu d’acier de sang, les mères portant le fruit de leurs

entrailles soudain réduit en charpie, piétas portant leur croix.

La poupée les a entendus :

Les bombes déchiquetant la nuit de leurs hurlements incessants les fracas sans nom

Des Maisons des immeubles des écoles des hôpitaux des fermes éplorées

Quand là où la main de l’homme avait forgé demain, soudain tout redevenait poussière

Du passé.

Les cris des vieillards aux djellabas rougies, les gémissements des mamans aux abayas

soudain empourprées, les pleurs des bébés aux linges vermeils. Puis

Le silence.

La poupée a de la chance car elle est protégée. Protégée par cette enfant

Survivante qui a caché les yeux de son jouet, car ce jouet est l’unique autre survivant dans

Bibliothèques

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 mars 2018. dans La une, France, Politique, Actualité, Culture

Bibliothèques

On dit assez souvent ici, ce qu’on pense comme n’étant pas acceptable dans les premiers travaux Macron, quelquefois, allant même jusqu’à poser de bien mauvaises notes dans la marge de ses copies. Alors, quand se présente un rapport destiné à l’exécutif, signé d’une plume qui tient la route, celle d’Eric Orsenna, en équipe avec Noël Corbin, inspecteur général des affaires culturelles, et sur le sujet des bibliothèques, on lui prête un œil attentif, et dans l’affaire, bienveillant. Le travail, aboutissement d’un tour de France de 3 mois des lieux de lecture publique, a bâti un solide rapport, étayé, réfléchi, suffisamment rare pour qu’on le souligne.

Rapport – que va lire qui de droit, et sa ministre de la culture, concernée pour le moins par le livre, puisque directrice dans une autre vie de la belle maison Actes Sud.

Rapport, et non bien entendu, loi ni même décret. Simple déclinaison de situation, problèmes, modalités possibles d’améliorations, voire de réparations, et, en l’état du sujet, en gardant la métaphore architecturale, d’un vaste plan de rénovation – avant, après. Rapport, diront certains, donc, la voie la plus sûre pour la poubelle et l’élimination de la chose observée ? Ici, cela ne sera probablement pas ; les méthodes Macron – pour le moment, reconnaissons leur cette qualité – n’enterrent pas ; elles regardent avec attention et pèsent, puis acceptent une partie notable et négocient le reste ; Jupiter, on le suppose sans peine, en même temps que le sujet de la dissertation, ayant fourni les grandes lignes de « son » plan… Le titre apporté par l’enthousiasme et les compétences d’Orsenna est beau : « Voyage au pays des bibliothèques ; lire aujourd’hui, lire demain ».

Il s’agit donc du monde des bibliothèques – le jeune président via sa grand-mère ouvreuse de livres en son enfance, ne peut qu’avoir porté à l’affaire l’œil bleu le plus attentif, si ce n’est tendre. Macron et le livre, une belle évidence politique, que depuis Mitterrand, on avait, disons-le, trop peu fréquentée.

Bibliothèque, en pays de France : une par commune même petite, une par quartier, sensible ou moins, c’est la musique des territoires qu’on entend là.

Salle souvent peu éclairée, rayonnages – qui ose dire, poussiéreux ? silence des pages tournées en salle de lecture d’où ne sortent pas les ouvrages (voyez le règlement), pas de loups en bordure des gondoles dont on extrait celui-ci et – tiens, pourquoi pas celui-là. Chuchotements, préposé encore en blouse grise ou dame se penchant sans miette de mot, sur le listing informatisé depuis si peu. Vous, votre carte écornée par tant d’années d’abonnement, et le jour des scolaires, enfin le bruit, enfin la vie, avec quelquefois, un animateur présentant des contes… On a beau dire ou rire, il y a encore beaucoup de ça dans les maisons des livres actuelles.

Servir…

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 février 2018. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Servir…

… Mot qu’il avait utilisé – j’avais bien aimé – sous les lumières du Louvre de son sacre, le Président. Mot que j’apprécie particulièrement, par ce qu’il contient de prise en compte, de conscience des autres, tous les autres, par ce binôme qu’il construit forcément avec « société » et pas loin, avec « tous ensemble ». « Croyez-vous que vous serez capable de faire une société ? » disait, ce matin, en radio, un intervenant au rapporteur LREM de la future loi « asile », ce qui est un autre sujet, quoique…

Car ces temps-ci, frissonne – comme parfum d’ambiance diffusé – un tissu social détricoté, troué, menacé. C’est du Service Public dont il s’agit, du nôtre, ce modèle français qui valut exemple jusqu’en un temps pas si éloigné. Aujourd’hui, pile dans le viseur des jeunes réformateurs trentenaires qui parlent haut, et « on n’y revient pas, svp ; avançons ! », sans un regard sur le peuple qui passe, car ce sont des sachant et qu’on se le tienne pour dit…

Service public, puissance publique, un refrain, qui en France, fait sens depuis si loin dans l’Histoire ; Front Populaire, Libération, grandes lois cadres du Gaullisme triomphant… jamais vraiment remis en question, ce service public, 50 ans après 68. Il était un pays où la fonction publique, on était persuadé qu’elle était bien utile, et du coup, plutôt fiers, de part et d’autre de l’échiquier politique : l’instituteur, l’infirmier de l’hôpital, celui de la mairie, ceux, l’hiver des routes enneigées, le gendarme bien au-delà de Saint-Trop, vissé à son rapport, partageant avec vous un verre carton de café innommable, enfin, enfin ! celui des trains entrant en gare au son du jingle de la SNCF. En vrac, d’autres flashs : la terrible tempête de l’an 2000 et les France Télécom à pied d’œuvre, à pas d’heure, dans les bois de Corrèze. Celui – vous en connaissez tous – qui vous a dépanné, réconforté, sorti votre gamin de la panade, pris le temps si précieux de l’écoute, de l’empathie, vieux mot passé mode… un homme, un service, un fonctionnaire (faisant son métier), un triptyque, une logique française. Un type, recruté honnêtement, dans la transparence républicaine, par des concours aussi divers et nombreux que fleurs des champs – celles du sous-préfet du vieux Daudet ? Le bonhomme que je vois, duquel je me plains s’il y a lieu, qui signe la réponse à ma lettre, bref, que j’identifie comme mon interlocuteur.

Vous me direz, votre film a quelque chose des Pagnol en noir et blanc d’avant-guerre ; c’était avant. Avant les glissements, un peu de soulagement des budgets par des ventes de la main à la main, silencieuses, de pans entiers de la Fonction Publique. Prenez les France-Télécom et leur mariage avec Orange, la carpe et le lapin, et de sacrés coups de chiens : j’emménage ces temps-ci chez le fruit monopolistique des connexions ; on m’annonce le passage d’« un France-Télécom », mais en fait, c’est une entreprise de sous-traitance, privée, qui ne sait pas, ne connaît pas les autres, ne peut donc pas dire si, quand… vague bout de tissu en haute mer. On en sort, amer, perplexe, fatigué… Qui est qui, qui fait quoi, qui, même, existe-t-il ??

Emmanuel Macron : Quel jeu ! Quel pot

le 17 février 2018. dans La une, France, Politique

Emmanuel  Macron : Quel jeu ! Quel pot

Aux cartes, c’est bien « quel jeu ! » qu’on dit autour de la table ? la tasse de tisane à la main, et derrière les carreaux, la pluie du dimanche d’hiver. C’est bien comme ça qu’on dit, n’est-ce pas ? Et souvent, on ajoute ce « quel pot ! » qui fait s’esclaffer l’assemblée… Certains – j’en connais – me diront que je suis bien la dernière à pouvoir parler cartes, et surtout « jeu », car plus mauvaise joueuse que moi, on n’en fait guère sur tout le territoire ; quant à s’y connaître en bon jeu ! même avec juste un peu, je finis généralement la partie, plumée.

Il n’empêche, je vais – j’insiste – continuer la métaphore. Parce que de bon jeu, bonne pioche, bon karma et le toutim, il s’agirait peut-être aussi de ça, avec les premiers mois du quinquennat Macron.

Je serais cependant, si j’en restais là, un poil malhonnête, car ce serait balayer d’un revers de main coléreuse (or, à RDT, on sait réfléchir avant l’invasion des bouffées émotionnelles, tant en chroniques qu’en commentaires…) ce qui tient au talent considérable et sans cesse révélé du petit jeune homme-président ; ses intuitions, l’habileté de ses manœuvres, sa rapidité à corriger, quand d’aventure il se trompe, son niveau tant intellectuel que culturel, ses aptitudes impressionnantes en terrain politique où pourtant il est bien neuf ; bref, ce serait négliger cet étonnant élève qui nous arrive après avoir sauté avec ses bottes de sept lieues tant de classes ; cela ne serait pas digne, je crois, du professeur que j’ai été… Ce serait – je ne les oublie pas – mépriser l’important travail d’Edouard et de son équipe, des Nicolas et son NDDL, Nicole, et ses prisons et autre Marlène et ses femmes ; leur sérieux, leur bonne volonté, leur intégrité.

Tout, incontestablement, compte dans l’addition, mais… comme il y a les lunes pleines et celles à moitié vides avec leur – énorme – influence sur la taille de nos poireaux, et peut-être même leur goût, il faut dans tout bilan faire place à ce qu’en historiens on nomme à tous bouts de champ le fameux « contexte » ; en d’autres termes, en compagnie de quoi, bons, mauvais points, solide ou foutue monture, on avance, on gère, et finalement, on vit.

Et c’est là, qu’on parle de chance, de facilités à tout le moins, de cartes avec lesquelles se joue la partie, et bien sûr du fameux « Quel jeu ! Quel pot ! ».

C’est que son jeu, à notre Emmanuel-président, c’est du rare, et depuis le début de la partie !

Faut-il parler poker – force argent circule et rentre en caisse France, par avions vendus et investissements promis – ? simple tarot – poignée d’atouts, finesse du lancer du « petit », que, moi, je négociais si mal, nombre de rois que Jupiter tient forcément bien en mains ? médiocre belote – non, là, c’est quand même trop peuple… mais, par contre, la Réussite ! pas celle des mémères, mais les cartes d’un De Gaulle ; pas mal pour le jeune et son toupet n’ayant pas le mal de l’altitude.

Complot et théorie du complot

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 février 2018. dans La une, Politique

Complot et théorie du complot

A travers l’Histoire, les exemples de dénonciations de complots ne manquent pas, et il est certain qu’il y en eut un bon nombre de tout à fait vérifiables. Mais, il ne faut pas confondre complot(s) et « théorie du complot », celle-ci correspondant – j’y viendrai – à la fois à un fonctionnement psychologique, et souvent idéologique. En ce qui concerne les complots réels les plus célèbres, on pourra citer l’assassinat de Jules César, l’organisation de la Saint-Barthélemy (contre les protestants), les complots contre-révolutionnaires pendant la Convention montagnarde (qui entraînèrent une extension considérable du terme « d’aristocrate »), l’attentat contre Napoléon, la Nuit des Longs Couteaux (au moment où Hitler fit liquider les chefs SA par les SS), la façon dont Pierre Laval et Philippe Pétain étranglèrent la IIIème République en 1940 (au Casino de Vichy), etc. Pour la théorie du complot, je vais me limiter à quelques exemples concernant l’histoire contemporaine, dont j’essaierai – dans cette courte synthèse – de cerner le profil des personnes prêtes à les « avaler », et de percer à jour les dénonciateurs. Voici donc d’abord quelques exemples de la théorie du complot dans la période allant depuis 1789.

La première grande théorie du complot fut lancée par la « thèse de l’abbé Barruel », qui dénonça un soi-disant complot maçonnique. Dans l’un de ses ouvrages, Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (paru en 1798-1799), cet ecclésiastique français (un jésuite), réfractaire à la Constitution civile du clergé (et avant cela aux idées des Encyclopédistes et à la philosophie des Lumières), bientôt réfugié à Londres, énonça le fait que la Révolution Française aurait été organisée clandestinement par un groupe nommé « Les illuminés de Bavière », ou « Illuminati ». Ceux-ci correspondaient en fait à une société secrète allemande (car interdite en 1785), qui avait été fondée en 1776. Elle était favorable aux idées des Lumières, et l’abbé Barruel l’accusait (là est la théorie du complot) d’avoir infiltré la franc-maçonnerie dans le but de changer l’ordre du monde et d’asservir l’humanité. Il s’agissait – selon l’abbé Barruel – de détruire la religion catholique et la royauté, en liaison avec les concepts qui avaient été développés par les philosophes du XVIIIe siècle et l’action révolutionnaire des Jacobins ! Les milieux de la contre-révolution s’emparèrent avec avidité de cette thèse, sous la Restauration (dès 1815), d’autant plus qu’un écossais du nom de John Robison avait déjà lancé la même idée dans un livre paru en 1797.

Il y eut ensuite la « théorie » comme quoi un vaste « complot juif » existerait, à travers « Les Protocoles des Sages de Sion ». C’est à Paris – par le biais d’un russe travaillant pour la police secrète tsariste –, et vers la fin du XIXe siècle (sous le règne du tsar Nicolas II), que fut entièrement fabriqué ce « document », un faux grossier, que le tsar bien qu’antisémite n’osa de ce fait pas exploiter ; notons au passage que ce faux fait florès de nos jours dans nombre de pays musulmans, et même parfois au sein de nos banlieues. « Les Protocoles des Sages de Sion » amenaient des antisémites et des obsédés de l’ésotérisme à dénoncer l’existence d’un complot des juifs et des francs-maçons dans le but de s’assurer la domination du monde, par la violence, les troubles sociaux, les révolutions, mais aussi, fait éminemment contradictoire… par le capitalisme ; tout ceci étant organisé – bien-sûr – par quelques bonnes dizaines de réunions secrètes dont le but devait consister à aboutir à « un plan d’asservissement mondial ».

Corse : le modèle allemand

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 février 2018. dans La une, France, Politique, Actualité

Corse : le modèle allemand

La coalition nationaliste composée des autonomistes d’Inseme per a Corsica (ensemble pour la Corse), sous la houlette de Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, et des indépendantistes de Corsica Libera, dirigée par Jean-Guy Talamoni, président de l’assemblée de Corse, entend entamer des « négociations » avec Paris et Macron sur l’avenir de l’île.

Au-delà des objectifs « identitaires » – reconnaissance de la « spécificité » corse inscrite dans la constitution, institutionnalisation d’un bilinguisme français/corse, instauration d’un statut de « résident corse » (destiné, en réalité, à empêcher les continentaux non résidents d’acheter des biens immobiliers) – c’est toute une philosophie de l’Etat qui se joue ici.

Pasquale Paoli, président au XVIIIème siècle d’une éphémère république corse dont la constitution, ratifiée en 1755, avait été inspirée par Jean-Jacques Rousseau, revint – enthousiaste ! – de son exil en Angleterre, le 14 juillet 1790, jour de la fête de la Fédération, en se félicitant de « l’union de la Corse avec la libre nation française ». D’où l’intérêt – fédéraliste ! – du duo Simeoni/Talamoni pour cette « conférence des territoires », évoquée l’année dernière par Emmanuel Macron, en vue de conclure de « véritables pactes girondins ».

« Girondinisme » contre jacobinisme, tel pourrait se définir l’enjeu des pourparlers à venir. Plus qu’une indépendance renvoyée aux calendes grecques – Simeoni n’en veut pas et Talamoni ne l’envisage pas avant l’horizon 2030 – leur revendication essentielle se focalise sur une fédéralisation de la France, sur le modèle italien, mais surtout allemand. Au grand dam de la figure tutélaire de Napoléon, robespierriste et jacobin, s’il en est !…

En Allemagne, en effet, l’autonomie des Länder va très loin : la Bavière, par exemple, s’affirme « Freistaat Bayern », état libre de Bavière ; un « Statu liberu di Corsica » siérait parfaitement aux identitaires insulaires et satisferait amplement leur amour propre d’ex-« colonisés ». Seulement voilà ! Pareille révolution politico-administrative chamboulerait le socle historique de la France : depuis Philippe le Bel jusqu’aux énarques du XXème siècle, en passant par Colbert, Robespierre et Bonaparte, l’Etat français, à travers ses régimes successifs, s’est construit autoritairement, sous l’impulsion de décisions purement politiques.

Tuez-les tous… mais pas ici, Pierre Pouchairet

Ecrit par Catherine Dutigny le 10 février 2018. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Plon, Coll. Sang neuf, janvier 2018, 468 pages, 19 €

Tuez-les tous… mais pas ici, Pierre Pouchairet

Toujours en prise directe avec l’actualité dans ce qu’elle recèle de plus sombre, les romans de Pierre Pouchairet donnent une lecture de la société qui parfois glace le sang.

Auréolé de son récent prix du Quai des Orfèvres 2017 pour son roman Mortels Trafics, l’auteur, en fin analyste de la criminalité contemporaine se penche une nouvelle fois (cf. par exemple son roman de 2015 La filière afghane http://www.lacauselitteraire.fr/la-filiere-afghane-pierre-pouchairet) sur les réseaux djihadistes et plus particulièrement sur le sort de ces jeunes gens qui quittent la France pour gagner la Syrie, mus soit par l’envie de combattre dans les rangs de Daesh, soit par souci humanitaire ou par amour comme dans le cas de la jeune Julie Loubriac partie rejoindre le garçon dont elle est éprise.

Les parents, divorcés, de Julie, après avoir écarté la possibilité d’une fugue, ne se résignent pas à la disparition de leur fille et vont tout entreprendre pour tenter de retrouver sa trace. Le père, Louis, un ex-flic, au parcours chaotique, a gardé des contacts dans la police qu’il compte exploiter, mais ne s’attend pas à ce que ce soit une puis deux anciennes connaissances, agents de la DGSI, qui le contactent en premier et lui procurent les informations lui permettant de remonter jusqu’à une filière de recrutement basée en Bretagne.

Ainsi s’organise peu à peu l’enquête qui conduira le père et son ex-femme de Quimper en Turquie, sur les traces de leur fille.

On retrouve dans Tuez-les tous, mais pas ici la maîtrise de la construction des romans de Pierre Pouchairet qui dans cet opus se décline autour des thèmes suivants :

– Celui de l’incompréhension et du sentiment de culpabilité des parents confrontés au départ pour la Syrie d’un enfant dont ils n’ont pas soupçonné la détresse, ou la fascination pour l’État Islamique. Celui de leur confrontation au manque d’empressement, voire au mur de silence du côté des autorités qui renforcent leur détermination à découvrir ce qui est advenu à leur progéniture. Le drame familial est pimenté par l’introduction d’un tiers personnage en la personne de Jenifer, la nouvelle compagne de Louis, exacerbant l’équilibre instable de ce trio dévasté par l’angoisse.

– Celui des luttes intestines à l’intérieur même des Services de renseignements, luttes d’influence entre la DGSE dont les activités sont définies par l’autorité politique et la DGSI avec d’un côté des hommes de pouvoir et de l’autre des hommes « de terrain ». La complexité de la lutte anti-terroriste où l’ego de certains hauts responsables, de conseillers, se confond parfois avec la raison d’Etat.

– Celui des relations internationales troubles entre la Turquie la Syrie et la France. Compromissions, marchandages, alliances dictées par l’opportunité, l’appât du gain, volonté de sauvegarder à n’importe quel prix la sécurité d’un État, de ne pas perdre la face. Un maelstrom diplomatique où ces jeunes gens partis pour « une nouvelle vie » voient la leur s’arrêter quelques kilomètres après avoir franchi la frontière turco-syrienne.

LE COUP DE CSG SUR LE BEC DES « INUTILES » ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 février 2018. dans Economie, La une, France, Politique, Actualité

LE  COUP DE CSG SUR LE BEC DES « INUTILES » ?

Après le fameux coup de Trafalgar, celui de la CSG. C’est là, soustrait comme au tableau noir de  l’école élémentaire (quand on disait – enlève ce qui est « en trop »), sur la feuille de Janvier des pensions : 53,45 ôtés de 2430 €, soit sur l’année, plus de 600 € passés (repris) d’une pension de retraité à l’État, au titre de la fameuse CSG, augmentée à partir de ce début 2018. Pas sur tout le monde ? c’est à voir !

Wouah ! Sont forts les gars : première fois qu’un gouvernement s’autorise à baisser les pensions. Aux côtés des retraités, la foule des fonctionnaires, pas moins touchée…

Baisser les pensions, ici , et les salaires, là ; on ne parle pas en l’affaire d’une quelconque augmentation des seuils ou simplement du taux d’imposition, ce qui touche tout le monde à un moment ou à un autre, et qui fait dire à la fiscaliste que je demeure, qu’on veillera à la bonne utilisation de la ponction. Baisser, c’est-à-dire prendre, retenir ; quelque chose de la punition des enfants – tiens, toi, je te reprends ton pain au chocolat de la récré, et surtout désigner le coupable en une vague décimation à l’antique – toi ! Le doigt se baisse : pas toi !

On le savait depuis l’élection, et de coin de cuisine des copains en pot en ville, on avait mollement, imprécisément, évoqué la chose depuis l’été ; dans le fumeux paresseux de nos brouillards d’infos, on avait – j’avais – classé ça dans le fichier APL, c’est-à-dire du symbole plus que du lourd, et loin de moi avait été l’idée de convertir cette CSG nouveau style en paquet de nouilles à la Mélenchon.

Force est à présent de mesurer la hauteur de la crue – qui plus est, calculée sur le brut et non le net. Certes, seuil, il y a – les gens de Bercy, il est vrai, ont un jeu de seuil depuis l’affaire ISF, des plus originaux – mais enfin, seuil : 1200 la retraite dite riche, ou aisée ? Quoique l’insupportable Wauquier – dont la hargne « communisante » n’est plus à raconter ces temps-ci – aurait parlé de 1000 €…

Alors « pourquoi tant de haine ? » dirait le cinéaste. On trouve assez vite, après quelques mois de fréquentation du système Macronien. Sus aux immobiles socio-économiques que sont supposés être les fonctionnaires et autres retraités ; place au dynamisme inventif des « jeunes et fringants preneurs de risques ». France qui gagne ou est en partance pour le faire, France qui pèse, qui traîne, qu’on remorque : que de Baby Boomers lourds comme trois tonnes de pavés de soixante-huit ! Que de fonctionnaires inutiles en attente de dégraissage, payés, madame ! par la collectivité, dont le travail entre  emplois du temps, minces comme un sandwich SNCF, et immenses vacances à rallonge reste à démontrer. Pour le moment, rien n’est encore dit de ces foules d’« assistés », difficiles, il est vrai, à dépouiller, d’entrée, mais qui feraient bien de compter leurs abattis.

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