Politique

Éditorial - Le fou du monde

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 juin 2017. dans Monde, La une, Environnement, Actualité, Politique

Éditorial - Le fou du monde

Plus aucun autre titre n’est à présent possible ; la prochaine fois qu’on le verra à l’œuvre, ce Donald qui ne fait plus rire, ce sera peut-être derrière des missiles face à la Corée…

Reprenant ses postures – le menton, avez-vous vu le menton ! – de sa campagne électorale qui l’a hissé sur le bureau ovale (sur, plutôt que au), le bonhomme-monsieur-le-président-des États Unis-hélas-hélas, a, au cœur de la nuit, décidé avec le fracas qui sied à la manœuvre de retirer son pays des accords de Paris sur le réchauffement climatique, qu’en son temps avait évidemment signé son prédécesseur, Barack Obama. La COP 21, pas moins ; les grands outils du monde, la marche du monde, quoi ! Simple et minable « chiffon de papier » que la chose, dit-il – d’autres et non des moindres ont fait en leur temps dans l’exercice – vision personnelle et des plus inquiétantes au poste où il est de la notion d’engagement, de responsabilité, de ce « ne pas tenir compte des autres et du reste du monde » qui finit par définir Trump. Certes, et si l’on prend l’affaire par ce bout un peu court, cela avait été martelé durant sa tonitruante campagne : le réchauffement climatique n’était-il pas un complot ourdi par l’ennemi chinois pour couler la puissance américaine, et cela avait voisiné dans l’extase des adeptes, avec le mur protégeant du Mexique honni, les musulmans rejetés des aéroports, et sans doute bien d’autres pépites qu’en ce temps, les opinions, dont nous, traitions d’un haussement d’épaules qu’on peut à présent trouver bien léger.

Car la bête, une fois élue – mal, mais qu’importe – une fois lâchée, on a vu : le gouvernement des tweets, les signatures du gamin content de son stylo, le mépris dictatorialisant des « autres », le Congrès, la Cour suprême, les médias – ennemi obsessionnel déclaré – et, dirons-nous, le « reste des pas d’accord ». Foin de tout ça. On l’a dit partout, fallait pas élire – pour de vrai – un péquin comme Trump. Maintenant, faut gérer et digérer la pilule. Alors, ce « je veux agir pour Pittsburgh et non pour Paris… je n’ai pas été élu par Paris » (de mémoire), la bonne blague ! Pas innovante, puisque isolationniste à gros traits, cela a été l’Amérique si souvent, plus souvent d’ailleurs dans les intentions et menaces que dans les faits. Faisons confiance à Trump pour s’essayer, en vrai, à la démarche… et n’oublions dorénavant plus : c’est un gars qui veut voir comment ça fait, le « en vrai »…

Le « rest » du monde, secoué de la nouvelle toquade du monstre, s’ébroue ce matin – mais comment mener les objectifs de Paris sans Washington – pas une paille ! Et les mots de circuler en boucle : dévalorisation, dévalidation… Notre nouveau ministre en charge du secteur, Nicolas Hulot, relayait aux matines l’optimisme forcené qui se veut être la carte de visite de notre nouveau gouvernement, en soulignant une évidence, en montrant l’ouverture, de fait la faille du Donald ; un reste du monde se dressant uni, face à Trump, et une Europe vent debout qui reprend – enfin – du service à la proue des Droits de l’homme (l’environnement vivable en est un des premiers) et de garantie offerte aux plus fragiles, tous les Sud pauvres et parmi eux les réfugiés climatiques qui n’en peuvent mais. Donc, et le nez sur l’effet de souffle du beuglement américain (pardon ! Trumpien), ce choc de billard n’a pas forcément acté l’échec de la partie des « autres », ce mot détesté, presque recraché par le président américain. Or, se situer face, avec, et dans l’altérité n’est-il pas – au jugé de la psychiatrie – un signal de plus ou moins bon fonctionnement humain… et de vous renvoyer à l’abondante et assez pertinente littérature, qui, depuis les débuts fracassants et pas mal fracturés de l’élu américain, foisonne…

Au final, ce qui pourrait être le plus remarquable, mais effarant, dangereux, dans ce recul, refus, entrée en je ne sais quel autisme, de l’homme fort de Washington, acculé à endosser à nouveau les habits du candidat, faute d’avoir su prendre ceux du président, ce sont les incapacités, les positionnements et même les postures : décidément, discuter, négocier, écouter, se mettre autour de la table avec d’autres, tout ça est terre étrangère pour Trump, et il y a du souci à se faire, car comment marche le monde, sans ça ??

La vertu a encore frappé…

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 juin 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

La vertu a encore frappé…

Pour reprendre une formule célèbre, je ne suis pas, je n’ai jamais été et ne serai jamais « macronien », « macroniste » ou « macro-quelque chose » ; comme, d’ailleurs, je n’ai jamais été filloniste. Mais voilà encore que l’infinie médiocrité des rances affaires d’argent diffuse derechef sa pestilence dans la presse et dans les esprits, ravalant ceux qui ont la morbidité de s’y intéresser à la bassesse même de ce piteux sujet.

Médiocre l’affaire Ferrand, comme médiocre était l’affaire Penelope Fillon et pareillement médiocres, les éboueurs journalistiques qui font leur miel malodorant des poubelles où ils émargent. Médiocre donc grotesque, donc objet d’un légitime mépris.

Par contre, ce qui est digne d’intérêt ou, au minimum, d’examen – par opposition à ce qui en est indigne – ce sont ces rengaines moralisatrices, ce néo puritanisme, ces casseroles carillonnées Place de la République, comme autant de mantras de la défunte Nuit Debout. En un mot, le grand retour de la vertu. Ce mot vieilli, obsolète, dix-huitièmiste que tout le monde – ou presque – a à la bouche…

Qu’on en juge : éditorial du Monde du 31 mai : « Quand on professe la vertu, mieux vaut être exemplaire et ne laisser place à aucun soupçon de dissimulation ou de tartufferie ». Tartufferie, mot bien choisi, nous y reviendrons. Et Frédéric Monnier, professeur à l’université d’Avignon, dans le même journal, d’en remettre une louche : « La vertu civique reste fichée au cours de la campagne des législatives ». Ouf ! Au moins il nous aura épargné l’horrible adjectivation du substantif citoyen – une vertu citoyenne, sic ! – (« civique » n’est-ce pas, ça fait trop chic, trop latiniste). Mais le plus beau – si j’ose ainsi m’exprimer par antiphrase – reste la somme rédigée par Jean-Luc Mélenchon, au début de cette année, De la vertu. Son introduction constitue tout un programme : « Tandis que notre morale organise notre comportement individuel, la vertu doit régler ce que nous faisons en société. La vertu c’est une méthode d’action à usage individuel dans la vie politique. Ce livre propose de la faire vivre ».

Les mânes de Robespierre et de Saint-Just doivent jubiler dans leurs tombes.

Seulement voilà ! A politiques vertueux devrait correspondre un peuple vertueux. Or il ne l’est pas. Montant des évasions fiscales : 60 à 80 milliards d’euros ; montant des « niches fiscales », c’est-à-dire de la fraude légale : 74,1 milliards en 2017. Sans parler, bien sûr, du « placement préféré des Français » : les assurances-vie exonérées de droits de succession, licence accordée par un premier ministre de gauche, Pierre Bérégovoy.

Alors le dégoût – vertueux ! – des sondés à l’endroit de leurs hommes politiques (77% estiment qu’ils sont malhonnêtes en 2016, contre seulement 38% en 1977) ne peut que faire sourire : un haut-le-cœur de tartuffes face à la tartufferie… des autres !

Charité bien ordonnée commence par soi-même…

Racines d'actu : Le « Macronisme » et les cultures politiques ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 27 mai 2017. dans La une, France, Politique

Racines d'actu : Le « Macronisme » et les cultures politiques ?

Je voudrais présenter ici une analyse succincte par rapport aux élections présidentielles écoulées, et surtout en liaison avec le phénomène politique que certains nomment déjà le « macronisme », en tentant de replacer tout cela dans la longue durée historique française et touchant même à des traditions provenant d’autres pays.

Pendant les élections présidentielles d’avril-mai 2017, dont nous venons tout juste de sortir, on peut dire que plusieurs cultures politiques issues de l’ancien modèle français se sont trouvées confrontées : une (à plusieurs visages) de type libérale, au sens des « valeurs » de 1789 (première phase, libérale, de la Révolution française), une se rattachant plus ou moins à 1793 (seconde phase, radicale, de la Révolution française) jusqu’au « surmoi marxiste » guesdiste, puis léniniste et même trotskiste, et enfin une nationaliste issue principalement de la tradition contre-révolutionnaire. A cela, il faudra en ajouter une autre, de type américaine, et précisément « californienne ». C’est au sein de ces cultures politiques diverses et conflictuelles que je vais être progressivement amené à situer le « phénomène Macron », ou « macronisme ».

Avant d’aborder la(les) culture(s) politiques auxquelles rattacher le macronisme, rappelons rapidement celles auxquelles celui-ci s’opposa. D’abord, il y eut celle menée par Jean-Luc Mélenchon, dont on connaît les penchants « robespierristes » et « sociaux-nationalistes » prononcés, ainsi que le passé trotskiste, dans le cadre de sa France Insoumise. Cette même culture globale fut aussi portée, du moins en partie, quoique très différemment, par le social-démocrate de gauche (provenant du Parti Socialiste) Benoît Hamon, qui fut « siphonné » sur le plan électoral entre d’une part La France Insoumise et de l’autre En Marche, le mouvement politique d’Emmanuel Macron. Etant donné son très faible poids électoral, je vais laisser de côté les éléments de types trotskistes que l’on devrait rattacher à cette même tradition « révolutionnaire » au sens large, en plus radicale. Ensuite, on eut affaire à celle de Marine Le Pen, qui s’organisa autour de l’extrême droite frontiste, avec une courte alliance mise sur pied entre la cheffe du Front National et le souverainiste de droite Nicolas Dupont-Aignan. Enfin, on assista à un certain maintien tant bien que mal (et plutôt mal que bien) de celle de la droite dite « classique » ou « républicaine » (?), libérale au niveau économique, avec le parti Les Républicains et l’Union des Démocrates Indépendants, et qui fut amenée dans le mur par François Fillon (après l’élimination d’Alain Juppé lors du second tour des primaires de la droite et du centre), en liaison avec son programme économique et social extrême, de facto suicidaire, suivi par les cataclysmes provoqués par le Fillongate et le Penelopegate.

Dans ce contexte culturel politique global, comment situer le phénomène du macronisme ? Je dirais que l’originalité du profil de celui-ci correspond à au moins une triple culture. En premier lieu, un social-libéralisme assumé, sorte de positionnement intermédiaire entre social-démocratie impossible en 2017 (à cause de la faiblesse de la croissance économique ou « croissance molle ») et libéralisme économique classique. On pourra remarquer que ce créneau, ou espace politique, était aussi – et depuis longtemps – celui de Manuel Valls, et même, avec de fortes nuances, celui de François Hollande pendant l’essentiel de la durée de son quinquennat. Ce social-libéralisme dit et donc assumé d’Emmanuel Macron correspond en partie à une sorte de remise au goût du jour de « la troisième voie » qui avait été théorisée par Tony Blair et Bill Clinton, de la fin des années 1990 jusque vers le milieu de la décennie 2000. Mais, ce serait une grave erreur de penser qu’il ne s’agirait-là que d’un bégaiement de l’Histoire, simplement en rapport avec une situation particulière donnée. En effet, en second lieu, avec son « Et droite, et gauche », ou son « En même temps » (tellement moqué par ceux qui gardent sous leurs yeux les anciennes grilles de lecture des espaces politiques français), le macronisme se veut, dans le but d’une reconstruction, et même d’une refondation de notre pays, une nouvelle façon d’appréhender la politique, nullement centriste (du type François Bayrou), mais pivot, ou « centrale », bien résumée par le terme de « progressisme ». Je rappelle à ce sujet que le mouvement En Marche doit être appelé à devenir un grand parti politique le 15 juillet prochain, peut-être sous le nom de Parti Progressiste (?) Ce « Et droite, et gauche » n’a-t-il pas de fortes résonnances avec le désir profond censé être celui réclamé depuis longtemps à longueur d’enquêtes d’opinion par près des 2/3 des français ? On sait en tout cas à quel point cette tentation « progressiste » déborda rapidement (dès avant, puis après les résultats des primaires de la gauche de gouvernement) sur des cadres du Parti Socialiste et la plus grande partie de son électorat traditionnel. Il est d’ailleurs tout à fait possible que le macronisme amène indirectement l’essentiel des socialistes français actuels, désormais fragmentés, à accepter l’abandon du « surmoi marxiste » et à se rallier à une économie de marché régulée comme le firent les socialistes allemands du Parti Social Démocrate lors de leur congrès de Bad Godesberg en 1959 ; ce serait alors là une autre culture du macronisme, importée de facto d’Outre-Rhin (?).

Quelle souveraineté ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 mai 2017. dans La une, Politique, Littérature

Quelle souveraineté ?

Recension/commentaire du livre de Bernard Bourdin et Jacques Sapir, Souveraineté, Nation, Religion, dilemme ou réconciliation, Paris, Cerf, 2017

 

Mais qu’est donc venu faire mon ami Bernard Bourdin, professeur à l’institut catholique de Paris, dans cette galère ? Dans cet aéropage – très droitier – animé par l’archéo-royaliste, ex-chevènementiste, Bertrand Renouvin, flanqué, en « guest star », de Jacques Sapir, économiste habitué de la fachosphère (tv libertés), où il pourfend régulièrement la monnaie unique ?

Le tropisme souverainiste apparaît rapidement chez les deux débateurs. Haro sur le multiculturalisme.

Sapir : « l’idéologie multiculturaliste est contradictoire avec l’existence de la République, avec l’existence d’un peuple comme corps politique unifié, avec la notion de souveraineté ».

Bourdin : « le multiculturalisme me paraît dangereux car il interdit la possibilité d’un corps commun ».

Certes, tout n’est pas manichéen dans cette discussion. Les deux compères (ils se tutoient) évoquent une analogie intéressante entre marxisme et christianisme, tous deux étant tournés vers un futur, l’un eschatologique, l’autre révolutionnaire. « Dans les deux cas, les fins extrêmes peuvent justifier des moyens tout aussi extrêmes », déplore Sapir ; « il y a aussi une hostilité à l’histoire comme entre-deux, ajoute pertinemment Bernard, parce que l’histoire, c’est le relatif – non l’accomplissement d’un absolu ».

Autre thème suggestif : la généalogie de la laïcité. Sapir énumère les conditions du vivre en harmonie telles qu’énoncées au XVIème siècle par Jean Bodin dans son Heptaplomeres : rester ensemble plutôt que de retourner chacun dans sa communauté, travailler au bien commun, limiter la religion à la sphère privée ; Bourdin évoquant, fort justement, « le risque d’aller vers une laïcisation de la société, ce qui n’est pas la même chose que la laïcité de l’état ». La loi de 1905, en effet – on l’oublie trop souvent – n’impose la neutralité religieuse qu’à l’Etat et à ses agents, non au simple citoyen, que rien n’oblige à cantonner l’expression de ses croyances à l’espace intime.

Mais voilà ! L’ensemble du livre repose fondamentalement sur une approximation coupable : nulle part on y lit qu’il n’existe que deux sources à la souveraineté. Deux et pas trois : Dieu ou le peuple.

Ainsi Sapir, non sans présomption, s’aventure sur un terrain qu’il connaît mal – le droit public romain – et commet donc des erreurs grossières. Par exemple, il affirme – sans rire – que « le principe de souveraineté populaire était déjà connu il y a deux mille ans », en vertu de la lex de imperio, par laquelle le sénat investit – très formellement – l’empereur, en prolongeant la fiction républicaine (un peu comme le fera, plus près de nous, Bonaparte). En réalité, le fondement de pouvoir impérial est l’auctoritas. Auguste le décrit on ne peut plus clairement dans ses Res gestae : « je ne disposais d’aucun pouvoir (potestas) supplémentaire par rapport à mes collègues, je ne leur étais supérieur que par l’autorité (auctoritas) ». Auctoritas, une notion mystérieuse et numineuse, qui renvoie à l’auspicium des pontifes, prêtres de la république, donc à une investiture jupitérienne. Sous la plume d’Auguste la notion devient plus incertaine : une sorte de « grâce » – Max Weber parlera de charisme – dont l’origine ultime se veut surnaturelle : le don d’un dieu.

Histoire racontée à Emmanuel

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 mai 2017. dans La une, Ecrits, France, Politique, Littérature

Histoire racontée à Emmanuel

Ne disait-on pas de vous, jeune lycéen, que « vous saviez tout sur tout », formule, soit dit en passant, qu’à présent devenu chef de l’État vous feriez bien de retirer de la circulation… Alors peut-être connaissez-vous, Emmanuel, Monsieur notre jeune Président, cette lointaine tribu des fins fonds de la Nouvelle Guinée – les Baruya. Il se trouve que moi – dans une autre vie – pourtant professeur de géographie, j’ignorais tout et même au-delà, de ces Baruya de l’autre bout du monde, sauf qu’à présent, après une lecture plus que passionnante d’un livre édité par Thierry Marchaisse, que je m’apprête à recenser dans La Cause Littéraire, je sais « un peu » de choses multiples sur ces gens-là, qui m’ont – on comprendra pourquoi – donné envie de vous écrire trois mots, sachant que vous avez sans doute encore l’âge d’écouter des histoires, pour peu qu’elles soient vraies ou autour…

Maurice Godelier, l’éminent ethnologue, a suivi, ainsi que plusieurs collègues (on dit « faire du terrain »), cette tribu installée en altitude entre deux hautes vallées, au milieu de chaînes de montagnes des origines, pendant quasi un demi siècle. Dans ce livre à la portée de chacun, sans jamais déroger pour autant au contenu exigeant de ses observations, comparaisons, recherches, on en apprend des vertes, des mûres, sur cette tribu, sur l’outil incomparable qu’est l’ethnologie, dans l’appréhension du monde et sur nous, comme en miroir. Magnifique livre, donc ; ma future recension le dira, mais ce n’est pas le sujet ici.

Ce qui m’a intéressée (lecture très contextualisée faite ces derniers jours à l’abri de votre présidentielle) et vous intéressera, Emmanuel, c’est que ce livre éclaire, décrit, ma foi, des pans entiers de votre programme, et carrément votre philosophie…

Posons la scène de l’étude : « Cette petite société tribale, jusqu’en 1960, se gouvernait elle-même, ne connaissait ni l’état, ni l’économie de marché, encore moins la “vraie” religion, celle du Christ… quelques décennies pour tout changer, sous l’impact de la colonisation australienne – 1951 – de l’accès à l’indépendance de la Papouasie-Nouvelle Guinée – 1975 , de l’économie marchande autour du café et de la Christianisation protestante… ».

La tribu – celle des Baruya, comme d’autres – obéit à un ordre social composé de groupes de parentés, revendiquant un même territoire, pratiquant l’échange des femmes (ne froncez pas d’entrée vos sourcils !) ; ordre fondé sur la domination des femmes par les hommes (ne partez pas !), scandé par des rituels et des initiations. Une société, un ordre, des usages ancestraux, un vieux système, des changements, des ouvertures, et peut-être des choix, le vieux, la crise, le neuf… (c’est bien, vous restez…). Je me contenterai d’utiliser deux points, deux moments de l’étude, mais votre écoute attentive en subodorera bien d’autres.

« Tous les trois ans, les Baruya construisent une vaste maison cérémonielle, la Tsimia ». En fait, corps symbolique de la Tribu (vous dressez l’oreille, forcément). Le poteau central est appelé « grand-père » ; un opossum vivant est précipité du haut, puis ce gibier est offert à l’homme le plus âgé de la vallée, rappelant que la mort arrive, et que les jeunes entrent dans la carrière (vous lorgnez derechef sur les logos des LR et du PS, soit ! vous éviterez évidemment la mort de l’opossum). Les hommes mariés et pères plantent « en même temps » (vous avez bien entendu) les poteaux des murs de la Tsimia, montrant « qu’à ce moment-là, symboliquement, toutes les différences, toutes les contradictions qui pourraient diviser les Baruya sont effacées. Seule l’unité face aux dangers, intérieurs comme extérieurs, persiste » (je vous sens frétillant – certes, le Louvre est passé, mais les occasions reviendront).

L’amalgame selon Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

L’amalgame selon Macron

Rien qu’en le regardant, on l’imagine, le jeune président, sabre au clair, fendant l’air de ses projets, en tête de ses « marcheurs de la république » – bien jolie quand même, l’appellation. On le voit, car c’est comme cela qu’il se projette, menant à la bataille, que dis-je, à la victoire, des armées révolutionnaires (on va mettre des guillemets à révolutionnaires) fournies de tout un peu.

Dans les temps de la Grande Révolution, au tournant de l’An II, une fois la patrie reconnue « en danger », il en avait fallu du monde – se souvient-on de ces frontières menacées de partout (cela en imposait à mes élèves) sur lesquelles volaient coiffés de leur grand chapeau noir à cocarde ces commissaires aux armées de la république, qui n’ont cessé d’habiter depuis nos imaginaires. Alors, la Convention avait imaginé d’« amalgamer » les petits nouveaux – soldats aux pieds nus du poème de Hugo, encadrés – monitorés dirait-on maintenant – par des aguerris des anciennes armées, et guidés par ces jeunes gradés de la noblesse éclairée, ayant le cœur patriote, puisque aussi bien, l’Ancien régime qui rangeait les gens comme les choses, réservait le soin de combattre à la noblesse. Et, que – cela interrogeait au plus haut point les minots de mes classes, qui ainsi, emportaient pour la vie le sens du mot privilège – même les plus doués d’entre les Bourgeois, et les plus modernes restaient de ce fait devant la porte. Savant mélange, donc ; expérience et compétences ici, fougue et il faut le dire, chair à canon, là. De même, quelques lieues plus loin, quand l’Empire de Napoléon le grand (auquel on se plaît à risquer quelques comparaisons avec le jeune nôtre), quand la fin menaça et que la Grande armée tira la patte, on refit dans le mélange – plutôt des âges, là, avec l’arrivée des bébés Marie-Louise auxquels quelques grognards apprenaient sur le tas, et le tard, le métier…

On aura compris mon propos : l’amalgame est de retour dans les yeux de notre frais élu, avec la fabrication de sa troupe de postulants députés aux Législatives de Juin. Plus de 400 nominés comme candidats d’En Marche (« La République en marche »), et comme le président avait construit sa pelote sur le mot nouveauté, l’équation s’avère difficile, puisque, enfin, on ne doit voir que des nouveaux visages, des jeunes ma foi, ça paraît relever de la cohérence, mi femmes, mi hommes, comme le veut la parité, et un beau boisseau de la Société civile. Pour encadrer la troupe, des « politiques », guillemets, comme si c’était un vilain mot ! piochés savamment côté Juppéistes, Centristes évidemment, et restes de  Socialistes inconsolables… Ça en fait du monde, du beau, on verra, du jamais vu, probablement. Les pedigree semblent aller grosso modo dans le sens de ces demandes, mais ce n’est pas pour cela – ou justement pour ça – que l’inquiétude n’est pas du voyage.

Parce que finalement, depuis les débuts du parlementarisme jusqu’aux heures qu’on vit, qu’est-ce qu’un député « envoyé », littéralement parlant, si ce n’est l’homme qui va faire la loi, relever – difficile autrement – d’un groupe, travailler – beaucoup, quoi qu’on dise, plus et autant en commission que sous les feux des séances plénières, et – surtout – faire ces allers-retours aux airs de reddition de compte entre sa circonscription et l’Assemblée, pour consulter – inlassablement – ceux qui dans l’affaire sont les seuls qui vaillent : ses électeurs. Jusqu’à preuve du contraire, le système de la démocratie représentative demeure, même si on peut supposer – philosophie Macron oblige – qu’une bonne dose de démocratie plus directe sera recherchée (quoi, comment, nul ne sait). Donc, et quoi qu’il puisse s’en murmurer avec haussement d’épaules dans les rangs des En Marche, ce sera compliqué de faire sans le territoire, ou en les survolant seulement, et ce, malgré les ordinateurs… Or, combien de temps auront ces foules postulantes pour apprivoiser ceux qui dans quelques jours voteront peut-être pour plein de « petits Macron », qui n’en seront pas, formule usée partout ces jours-ci.

Ça macronne !

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Ça macronne !

OPINION

 

Oui, ça macronne et dur ! La peoplisation gouvernementale – politique spectacle façon Guy Debord ou Roger-Gérard Schwartzenberg – bat son plein. Très glamour, l’écologiste de salon, Nicolas Hulot, ou encore la diva de l’épée (au caractère, paraît-il, genre Maria Callas), Laura Flessel, surnommée – et sûrement pas pour rien – « la guêpe »…

Au-delà des flonflons de la fête, les fondamentaux du libéralisme classique demeurent : Bruno Le Maire, à l’économie, qui rivalisait avec François Fillon sur le nombre d’emplois à supprimer dans la fonction publique ; ou bien Jean-Michel Blanquer, directeur de la prestigieuse ESSEC, parangon de la « pensée unique » monétariste, à l’éducation nationale.

Bref, une société libérale – dans tous les sens du terme – très avancée, qui rappelle, en beaucoup plus sophistiqué, le « sexy youpi » giscardien (tiens ! un autre inspecteur des finances) de 1974.

Mais la fête ne durera pas. A supposer que l’obstacle des législatives soit levé (ce qui reste à démontrer), l’offensive sociale reprendra de plus belle face à des ordonnances auprès desquelles la loi El Khomri suscitera une nostalgie émue de la part des cégétistes, lordoniens et autres « nuitdeboutistes ». Il faudra à la nouvelle majorité présidentielle (si elle existe !), façonnée de bric et de broc, des riens solides pour résister aux manifestations, échauffourées et occupations de places, qui ne manqueront pas de se produire.

L’alliage friable, à l’amalgame subtil, concocté par Macron courra alors un fort risque de décomposition.

Les paillettes macroniennes, à l’évidence, feront difficilement avaler la potion amère de l’austérité – habilement dissimulée – dont ce sera le grand retour…

Le temps des allégeances

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Le temps des  allégeances

… et peut-être aussi, celui des – fausses – confidences : – t’en es où, toi, avec Macron 1er ?

Certes – qui aurait l’inélégance de le contester – la victoire du 7 fut belle, éclatante même, comme le disent les buccins des soirs de bataille âprement gagnée, bardée de ouf, ouf… La marche européenne du chevalier en sa cour du Louvre fut émouvante, lyrique presque, et ses deux discours, le 1er comme le second, empreints de la gravité qui avait tant manqué à l’étudiant arrivé en tête dans la nuit du 23 avril. Et puis les mots ; j’ai goûté comme vous tous ce « la tâche est immense », et surtout ce « je vous servirai » ; on a connu pires comme anaphores.

Bon, en avant (on va éviter marche) ; l’avenir, s’il n’est pas bisounours, n’en est pas moins ouvert ; chez les pires de pires on commence les règlements de compte à la Borgia, et le Macron-Bashing attendra à la porte.

Mais… cette présidentielle ayant été unique en son drôle de genre, le happening en reprend pour un tour, à peine éteints les flonflons de la fête. Ni trêve, ni repos ; au pas de charge vers les tours 3 et 4 de l’élection du président en pays de France – ne me dites pas que vous pensiez que c’était fini ! Législatives derrière, juste derrière – depuis la réforme pas forcément idéale, loin s’en faut, du calendrier électoral. Car, ils sont foule sur l’échiquier, ceux qui ont certes – naturellement, généreusement même – défendu ce dimanche la république, mais qui, dès lundi, matines à peine sonnées, ont ressorti le vieux jeu de cartes et repoussé à des calendes incertaines le blanc seing au blanc bec. Ce, notamment à Droite, mais largement pas que. Et, chacun de sortir de la naphtaline ses hommes, ses usages et lieux connus donc supposés réconfortants, son programme, son territoire, et là, les nouveaux « candidats internet » auront peut être chaud aux fesses. En route, disent les anciens – c’est assumé ici, murmuré, là – pour un groupe parlementaire massif de nature à peser, voire – rêve des nuits de pleine lune – imposer une cohabitation avant l’heure habituelle. A tout le moins, des influences, des négociations de groupe à groupe ; pourquoi pas des majorités d’idées avec toutes les difficultés de la manœuvre. Derrière l’encore jeune Baroin, se rangent, sourires plus ou moins faux, les LR, « fidèles à la famille », nous soulant du zeste mafieux du mot. L’appétit d’alternance, de vengeance pas moins, porte hauts les drapeaux relevés de la Berezina Fillon. A gauche – en face, on relève les morts – Dieu qu’il y en a ! et il faudrait, on le sait, repartir à la bataille, d’entrée, pour fabriquer vite fait un semblant de muraille contre la houle hétéroclite des marcheurs ; exister, à moindre coût, même modestement, se présenter partout, évidemment avec ce qu’il faut dans la besace. Mais sous quelle appellation ? La vigne est sous la grêle : Mélenchon, bêlent certains, comme devant l’évidence, sous les effluves de sa belle performance… Mélenchon, de gauche encore ? Ça se discute, vraiment ! PS, avec son versant écolos, mais lequel ? Celui de Benoît, sa facette congrès-toute, inenvisageable, on verra justement au prochain congrès. Celui des sociaux-démocrates ? D’aucuns, il est vrai, déjà en haute mer, aiment à dire qu’il n’en faut plus, car on n’a plus les moyens de redistribuer. Tiens donc, et de quoi demain sera-t-il fait, si l’économie le permet à nouveau, ce qui peut raisonnablement s'envisager ? Valls, fut un temps pas si loin, aurait bien relevé ce drapeau-là pour peu qu’il soit pimenté d’un pragmatisme bien visible… Valls, laissons-le souffler, ces jours-ci ne sont vraiment pas les siens… d’allégeance en vrai ralliement refusé avec arrogance et pas vraiment d’esprit citoyen par un « vieux » Macron politicard pointant sous le tout neuf. Autre chose, autres gens ? Pourquoi pas, voyons un peu, imaginons ; le socialisme ne meurt pas si vite ; il est si vieux et si intemporel. Il lui faudra plus de temps que celui qui nous sépare de la mi-juin pour se remettre, ressembler à autre chose en demeurant lui-même. Qui ne le devine… Exister pour d’autres rôles, avec d’autres aussi, tenir sa partition dans le nouvel ordre politique, sociétal, mais exister encore, et avoir besoin, ces jours-ci, de quelques mains fidèles pour accompagner ce terrible fond de pot et cet élan pour rebondir… Un Hollande, un Cazeneuve, une Belkacem et notre Delga de la grande Occitanie parlent en ce sens.

Presse ; Vu de l’étranger, suite

Ecrit par Jean-François Vincent le 13 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Presse ; Vu de l’étranger, suite

Une Europe mi-figue mi-raisin après le second tour de l’élection présidentielle. Certes l’extrême droite est battue, mais l’on doute encore de la France…

 

Outre Rhin : soulagement et scepticisme

La Frankfurter Allegemeine Zeitung titre : « Macron épargne un cauchemar à l’Europe ».

« Ouf ! » soupire, en français dans le texte, Die Zeit : « pour de nombreux Français, Emmanuel Macron était un moindre par rapport à Marine Le Pen, la perdante victorieuse ».

La Süddeutsche Zeitung abonde dans le même sens : « la victoire de Macron évite la catastrophe. Son succès est tout sauf éclatant, le Front national n’est en rien frappé à mort ».

Mais le plus critique reste sans doute le grand quotidien de Zürich, la Neue Zürcher Zeitung : « le nouveau chef de l’état français avance en terrain miné, face à d’importants défis, allant du chômage au terrorisme. Que cet homme de 39 ans connaisse un triomphe est hautement douteux ».

 

Outre Manche et dans le plat pays : prudente expectative

Pour The Daily Telegraph, « Macron est le plus jeune chef d’état que la France ait connu depuis Napoléon. Un résultat lourd de conséquences pour le Brexit et l’Europe ».

The Guardian ne pavoise pas : « Le Pen est battue, mais l’extrême droite française est loin d’être éliminée ».

De Morgen ne se mouille pas trop, lui non plus : « le président Macron fait face à d’immense défis ».

Et Le Soir de conclure : « Emmanuel Macron président, reste à gouverner ».

 

Par-delà des Alpes : l’optimisme prévaut

Le Corriere della Sera fanfaronne : « Macron président, finie la peur ! »

La Stampa, elle aussi, s’extasie : « Macron, l’enfant prodige, qui unit la droite et la gauche ».

Même tonalité chez La Repubblica : « l’optimisme hors les murs : la victoire de Macron contient une leçon fondamentale ; on peut tenir un discours diversifié et vaincre ».

 

Allons, malgré tout, è ancora bella la vita !…

Manu, tu déconnes

Ecrit par Lilou le 13 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Manu, tu déconnes

Pas compris mon cher Manu ce que tu mijotes avec ton pas de deux visant avant tout à prendre la tangente parce que le combat à mener te semble aujourd’hui devenu hors de portée. Tu serais vexé, rancunier façon revanchard, que ça m’étonnerait pas. C’est quoi cette idée de déserter la place quand ça va devenir intéressant ?

Tu sais que je me suis fait couper en deux et parfois en quatre pour te défendre quand pieds et poings liés dans la genèse d’une sociale démocratie à moderniser, d’autres égos te contestaient le droit de le faire ? Tu sais aussi que j’ai juré par avance (en disant « croix de bois croix de fer » en plus) que jamais tu n’abandonnerais ce combat-là. Je m’imaginais qu’un jour tu marcherais sur Solferino assis sur ton cheval blanc et que dans les intervalles je serais devenu ton chambellan et que je me serais occupé de tes photocopies, de 3 lignes et demi de discours et aussi de porter tes flingues de concours.

Bref, mon Manu le Catalan, parce que j’aimais l’idée à ce qu’on ferraille ensemble dans la mitraille d’une certaine idée de la gauche à reconstruire et que là tu te barres avant le chant du coq, je n’irai donc pas par 4 chemins. En partant du PS et refusant ainsi le combat âpre qu’aurait été un congrès de la refondation (avec baffes en guise de viennoiseries et mêlées relevées dès les premières prises de parole), tu déçois mon cœur qui imaginait que le vent viendrait de ton histoire d’homme debout pouvant refaire à défaut de Jarnac un coup d’Epinay !

Le vent ne viendra pas. En alimentant savamment ton investiture auprès de La République en Marche, tu fais en sorte de te faire virer du PS. Ils te vireront comme d’autres se libèrent d’une excroissance au milieu du visage et qui sur les photos de famille fait tache. Tu me fais penser à cet époux volage qui laisse traîner un zeste de parfum sur sa veste parce qu’il n’a pas le courage d’affirmer que 2+2 ne font plus 4 et qu’assumant sa lâcheté, il se rêve davantage dans les bras du martyr de la cause matrimoniale que dans celle de la vérité assumée. Ils te vireront, j’espère que tu n’en doutes pas.

Tu sais je suis allé au meeting de Benoît qui m’a dit entre les lignes de voter pour lui parce que l’histoire de la gauche était belle et que j’en étais devenu un obligé, pour ne pas dire un prisonnier. J’ai compris à ce moment-là que je ne voterai pas pour un parti ne regardant de son futur que les racines de ses plus beaux arbres. Il m’a semblé que dans l’esprit que j’avais pu voir de près pendant tes Primaires à Tournefeuille (31170), résidait la force de poursuivre l’aventure de la sociale démocratie solidement scellée et animée par la volonté farouche de l’adapter au monde dans lequel nous filons à la vitesse de la jeunesse flamboyante et culotée qui, elle, sait comment aller d’un point A à un point B sans passer par les autorisations bridant les émancipations. Bref mon Manu, je ne comprends pas où tu veux en venir à donner le sentiment que tu pars frayer avec les truites voisines parce que les saumons ne sont plus à ton goût. Il me semblait que dans ton attitude à venir, tu resterais le Danton jusqu’au-boutiste qui, les défaites et branlées consommées, deviendrait cet homme que célèbre si justement Rudyard Kipling.

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