Politique

Education : où vont les chemins Blanquer ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 janvier 2018. dans La une, France, Education, Politique

Education : où vont  les chemins Blanquer ?

Un peu comme ces chemins forestiers, dont on se demande s’ils vont aller – longtemps – quelque part, et s’il y a risque de rencontrer le loup… sont les chemins de Jean-Michel Blanquer, notre ministre de l’EN, celui qui, à croire quelques sondages, serait le préféré, le chouchou des Français, dans ce poste ou ce rôle. Plutôt ce rôle, car, en ce domaine comme en d’autres, ce sont bien les rôles que distribue le metteur en scène Macron ; signaux plus que vraies décisions, affichages et drapeaux, bref, la couverture soignée et 3 lignes d’intro plutôt que le livre complet. Même en admettant que, supprimer le portable dans les cours de récré (dont on sait malheureusement à quel point cela sera compliqué sinon impossible tel que dit dans la loi), ou le rétablissement des blouses – lol au centuple – soient ce qui mobilise les applaudissements des foules, sensibles également au côté CPE-surveillant général qui « en a » du personnage, face au sourire « inoffensif » de la précédente dans le poste ; même en limitant cette popularité à quelques affichages bâclés, cela interroge une fois encore, mais plus qu’avant, sur la nature des demandes en France en termes d’éducation, et sur les positionnements ou postures des ministres pour y répondre… On avance, on avance ??

Dès son entrée en piste, dans le gouvernement où étaient censées se mélanger en un joyeux camaïeu de couleurs, et la droite, et la gauche, lui, au moins, c’était clair : pour nous, membres de la communauté éducative, grincements de dents : ouh là ! En voilà un qui habitait de longue mémoire deux ensembles de qualificatifs : – très (très) à Droite, et réac bon teint (je précise que c’était l’avis aussi de certains membres de son camp !). Il suffisait de se souvenir de deux ou trois marqueurs ; par exemple ce projet de repérage des élèves en risque pour les apprentissages dès la maternelle (2009, il est alors directeur de l’enseignement scolaire auprès de L. Chatel, ce très regretté ministre). Ancien recteur de l’académie de Guyane – spécialiste et connaisseur de l’Amérique Latine – puis de celle de Créteil (plus original, pour lui, là ), il y conduisit des projets – partenariat avec Sciences Pô, pour le haut du panier des lycées de banlieues, et mise en place des Internats d’excellence. Bien ! mais que fait-on des autres, les ordinaires, et les moins bons ? Faut-il tuer d’entrée, en sus, ces perdus du scolaire, et demain de la vie, ceux dont certains enseignants n’hésitent pas à dire qu’ils font perdre le temps des autres. On reconnaîtra là comme un copié collé avec la substance de la politique Macron en tous domaines ou presque : faire pour les meilleurs, faire émerger et exploser leurs besoins, leurs talents, à ceux-là, point. On ne le dira jamais assez : le maître étalon de nos gouvernants et notamment du chef de l’exécutif, c’est la tête de classe (accessoirement, ceux qui méritent d’y accéder).

 On a vite et dès les premiers mois reconnu la marque de fabrique lorsque sont parus les décrets revenant sur le ministériat honni de Najat Vallaud-Belkacem : rétablissement des classes bilangues en collège, renforcement des langues anciennes et du grec notamment, travaux interdisciplinaires rendus facultatifs, renforcement de l’autonomie (floue) des établissements et entre autres du rôle de « chef » d’établissement, prié de décupler des fonctions d’autorité qu’il n’a pas. Mesures (non négociées) rendues notamment possibles par le manque de cohérence et l’insuffisant soutien, lors du précédent quinquennat, de syndicats comme le SNES (soit dit en ancienne militante…).

Une histoire d’esclavage !

Ecrit par Michel Tagne Foko le 27 janvier 2018. dans Monde, La une, Politique

Une histoire d’esclavage !

Aujourd’hui, j’ai ri. Oui, oui, j’ai ri. J’ai bien ri. J’ai ri et j’avais mal aux côtes ! C’était tellement intense qu’on pouvait voir mes dents. Ça a débuté imperceptiblement, progressivement, comme à l’écoute d’une chanson qui nous emporte graduellement. Semblable à lorsqu’on s’endort éternellement… Il y avait certainement un peu de nervosité, ça ressemblait sûrement à l’état de ces gens, qui, prêts à offrir le monde à une personne, parce que très amoureux, se rendent compte qu’ils sont en face d’une tromperie…

J’étais en pleins préparatifs de voyage. Je venais de recevoir le nouveau Dan Brown. Je me désolais de ne pas trouver un petit moment pour le déguster avant mon départ. Il y a un ami qui m’appelle à trois heures du matin. Apeuré, je décroche. Il dit : « Les Arabes sont en train de nous vendre en Libye ». Après ça, plus rien. Il s’est ensuivi quelques interminables minutes de silence, et puis je l’entendis pleurer pendant une bonne quinzaine de minutes. Je ne comprenais pas ce qui se passait. J’étais gêné, peiné, exténué. « Les Arabes » et « nous vendre » avaient enlevé du crédit à son propos. Ce lexique me heurtait. Lorsqu’il s’est décidé à raccrocher, c’était un soulagement. Je me suis empressé d’éteindre mon téléphone et de me vautrer dans mon lit.

Le lendemain, sur les réseaux sociaux, et sur le téléphone, les gens s’indignaient et diffusaient des images immondes, où on voyait des êtres humains détenus de manière inacceptable et vendus aux enchères. Dans certaines vidéos, on pouvait voir des personnes de type subsaharien se faire tabasser à mort par des personnes de type magrébin…

Tout à coup, le monde se réveillait et les gens semblaient découvrir les horreurs qu’un être humain peut infliger à un autre être humain. Chacun s’excitait, il y a eu des appels à manifester. Il y a quelqu’un qui a dit : « Michel, rendez-vous à l’ambassade de Libye à 15 heures ». J’ai ri, et ensuite j’ai décliné l’invitation en disant : « je me refuse de manifester comme ça, il faut qu’il y ait un contenu ». La personne, vexée, m’a insulté. On aurait cru que j’étais celui qui vendait les gens aux enchères. Elle a même dit : « Nègre complexé et prétentieux ! » J’ai acquiescé et je suis resté calme…

Il y a eu une annonce, celle du président Alpha Condé, de la République de Guinée Conakry, demandant à la Libye de revoir les conditions de détention des migrants. J’ai éclaté de rire. Oui, c’est à ce moment-là que j’ai eu mal aux côtes. Je n’ai pas ri des migrants, mais de l’hypocrisie de ce président. Oui, hypocrisie. Il y a quelques années, en 2014, à Conakry, après le rapport de l’ONU du 27 octobre, dénonçant les conditions effroyables dans les lieux de détention en Guinée, j’en avais appelé à l’humain qui réside en chacun de nous. J’avais milité en dénonçant le fait que les êtres humains sont parqués comme du bétail, dans les cellules, des commissariats, et là, je ne parlais même pas encore des prisons, qui sont dans des états scandaleuses. Il y a un Guinéen, très fier de sa personne, qui a dit : « Il ne faut pas avoir pitié des prisonniers. Ce sont des hors-la-loi, ils doivent mourir en prison ». Je n’en croyais pas mes oreilles…

Au sud du Bénin, j’ai entendu les gens dire : « je n’aime pas les musulmans ». Au nord du Togo, dans la zone à forte population musulmane, j’ai entendu dire : « je n’aime pas les Arabes, ils sont racistes ». Oui, c’est la chanson que l’on pouvait entendre ici et là en ces temps-là. Il suffisait de tendre l’oreille pour surprendre ces absurdités. Ce qui se passe en Libye n’est ni une histoire d’Arabe ni une histoire de musulman, ce n’est en fait qu’une histoire d’opportunisme. De manière abjecte, bien sûr, mais ce n’est qu’une affaire de l’appât du gain.

Macronie : Orléanisme et Rocardisme ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 janvier 2018. dans La une, France, Politique

Macronie : Orléanisme et Rocardisme ?

Il me faut d’abord expliquer le titre de cette chronique en se demandant ce que furent, au sens historique de ces termes, l’orléanisme et le rocardisme ou deuxième gauche. L’orléanisme stricto sensu fut défini par l’historien et politologue René Rémond comme étant la famille politique la plus modérée de la droite française, en opposition avec le légitimisme ultra des monarchistes autoritaires et le bonapartisme. Quant au rocardisme ou deuxième gauche, mis en lumière notamment par Hervé Hamon et Patrick Rotman, il s’est agi d’une gauche de tradition plutôt girondine (autogestionnaire au sens des années 1970) ; et l’on pouvait l’opposer à la première gauche, de tradition jacobine (centralisatrice). A propos de cette deuxième gauche, on doit citer, comme figures de proue, la gauche qu’on appela effectivement rocardienne, mais surtout la CFDT (les cédétistes ayant joué un grand rôle dans l’élaboration de ses thématiques, surtout depuis le « recentrage » d’Edmond Maire). Il va falloir se poser la question de savoir si ce schéma global peut correspondre, au moins en partie, à ce qui se passe actuellement en France – dans une version de type XXIe siècle – depuis l’élection d’Emmanuel Macron comme chef de l’Etat avec une considérable majorité parlementaire incluant LREM (La République En Marche) et ses différents petits groupes d’alliés directs ou indirects.

Analysons d’abord dans quel contexte se produisit la connexion entre ce nouvel orléanisme et la deuxième gauche, et sous quelles formes ? Lors des débuts de la campagne des élections présidentielles de 2017, la montée du « phénomène Macron », que de nombreux médias annoncèrent comme une « bulle » (qui allait donc se dégonfler d’elle-même), correspondit en fait à l’épuisement d’un système politique partitaire à bout de souffle. En effet, les Français considéraient – à tort ou à raison – que rien ne ressemblait plus, sur le plan économique (voire social), à ce que faisait la droite classique que ce que réalisait la gauche de gouvernement lorsqu’elle arrivait aux affaires. C’est sur cette usure du « système » politique que le candidat Emmanuel Macron construisit son image, en développant d’abord le thème du « Ni droite, ni gauche », puis, plus habilement, du « Et droite, et gauche ». Ceci lui amena progressivement des soutiens issus de milieux très différents au sein de la société civile et de certains secteurs du modèle préexistant. Ce qui me frappe, en tant qu’historien, c’est une intéressante comparaison historique à faire, liée à des similitudes indirectes avec la France des années situées entre 1873 et 1875, et accessoirement de 1958 (avec le Général De Gaulle). En effet, et même s’il s’agissait, en 1873-1875, de questions centrées sur des aspects institutionnels, le Comte de Chambord ayant voulu que l’on prenne à nouveau le drapeau blanc à fleurs de lys (symbole de l’Ancien Régime), et non pas le drapeau tricolore (symbole de la Révolution), cette célèbre « querelle des drapeaux » poussa les monarchistes modérés orléanistes (qui acceptaient le drapeau tricolore) à s’allier avec une bonne partie des Républicains. Ce centre-droit orléaniste s’étant converti à une République modérée, il fut possible de mettre en place un nouveau système : celui de la IIIème République, qui, forgée autour de la Constitution de 1875, dura de l’année en question jusqu’à ce qu’elle soit étranglée, en profitant de la défaite de la Campagne de France, par le « Régime de vichy », ou de « L’Etat Français », avec Philippe Pétain et Pierre Laval.

Revue de politique étrangère IFRI : face aux interrogations les plus sombres du début 2018

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 janvier 2018. dans Monde, La une, Politique

Revue de politique étrangère IFRI : face aux interrogations les plus sombres du début 2018

La revue Hiver 2017-2018 nous guide comme toujours, via ce « savant » qu’on comprend facilement, dans plusieurs chemins pouvant s’inscrire comme un « faire le point » sur les inquiétudes majeures, nous guettant en ce début 2018.

Nous avons du coup lu la revue un peu différemment de notre façon habituelle, utilisant certes le dossier phare (L’Irak après Daech) et certains points du dossier second (Trump, une rupture de l’ordre mondial ?), mais approfondissant aussi deux forts articles de la partie Actualités, chacun comprendra pourquoi : Yémen, imbroglio politico juridique, désastre humanitaire, impasse militaire ; et Corée du Nord/États-Unis, jusqu’où ira la confrontation ?

Antoine Bondaz éclaire – et c’est difficile de poser des jalons sur l’incertitude, les contradictions, les rebondissements d’une telle situation – la question que tout un chacun se pose en ce début d’année : La confrontation Corée du Nord/États-Unis, avec dès le titre le mot-clef de la problématique – jusqu’où.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong Un, la militarisation à marche forcée appuyée sur un très fort développement de l’arsenal nucléaire, et des capacités balistiques l’accompagnant, ne font plus aucun doute ; pas plus que l’escalade verbale foncièrement menaçante de D. Trump. Le face à face s’incarne aussi du reste dans ces deux personnalités – particulières – et dans les échos spécifiques sur leur population-public. L’article a le mérite de reposer la chronologie de la confrontation, et de souligner – certes, seulement hic et nunc dans cette géopolitique changeante – les stratégies possibles, les objectifs probables, les hypothèses de « solutions » se dessinant. Ainsi, ce sont d’armes sécuritaires, certes, dont il est question pour la Corée avec cette hausse (et ce perfectionnement) de son arsenal nucléaire, mais bien autant d’armes identitaires répondant à des champs politiques tournés vers la population. Outil « indispensable au juche » recherche de l’indépendance politique, « s’opposant au sadae » ayant défini par le passé la dépendance par rapport à l’empire Chinois. Contrairement à nos représentions occidentales, la RPDC aligne certaines réussites économiques notamment en croissance, sous l’égide d’une réelle autorité du dictateur dirigeant. Si les USA veulent à terme contraindre les Coréens à la dénucléarisation, à l’instar de la communauté internationale – ce qui passe par la table des négociations – il faudrait mesurer et trier dans les sanctions à l’œuvre actuellement, et ne jamais négliger la Chine, ni comme acteur de futures négociations, ni même comme inhérente à tous les concepts sur la confrontation (principal client de 90% des exportations nord-coréennes). Quant à l’éventualité de ripostes militaires dont des frappes nucléaires, l’article montre combien ce serait d’un coût considérable, notamment humain, et d’un résultat plus qu’incertain…

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 janvier 2018. dans France, La une, Média/Web, Politique, Actualité, Société

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Depuis quelques heures on les entend tous, lectorat fidèle au cuir tanné du vieux Charlie, tout venant occasionnel achetant le grand fascicule chaque fois que ça pète sur sa couverture, journalistes d’ailleurs (là, c’est un peu facile) et même…  ceux de Charlie, les survivants, et  les venus depuis. On les entend dire – Charlie enfermé dans son bunker, c’est tout simplement impossible… comme une erreur soulignée en rouge, un oxymore ahurissant, le grand fauve des savanes enfermé ! Evidemment !

Pile, 3 ans après l’incroyable et l’indicible.

 C’était hier, ceux de Charlie. Nous tous tombés par terre devant radios et  tv, nous tous « je suis Charlie » ; dégoulinant, noir, sur la façade du Palais des festivals de Cannes où je me trouvais et où j’ai défilé le 11, avec à mon bras une tantine de bien plus de 80 ans, qui n’avait jamais manifesté ; clignotant, le Charlie – ce n’était pas le moins étonnant – au fronton du Vinci des autoroutes, partout, dans la moindre boutique, le plus petit espace libre d’affichage au coin des rues, papillons noirs qui rassemblaient alors presque le monde entier, passeport tenu à bout de bras ; du simple, du presque tout : la liberté d’expression. Ils seraient encore aujourd’hui, aux derniers sondages, à se revendiquer de ce « je suis Charlie » à hauteur de plus de 70%, en France, ce qui est énorme quand on sait à quelle vitesse tournent les opinions et leurs modes moutonnières.

Alors, comment traiter les Charlie, hic et nunc ? Quand on mesure ce qui reste (et peut-être augmente) de haine et de menaces vis à vis de ce que représente Charlie vu de la lorgnette de l’intégrisme pur et dur, de son bras armé terroriste, bien  vivace nonobstant la perte territoriale du fameux califat du Moyen-Orient (quand E. Macron dit que la menace future viendra de l’Afrique sahélienne, il a vu juste ; rien n’est fermé dans la terrible entreprise, loin s’en faut).

 Pour ces djihadistes, l’esprit-Charlie est tellement autre chose que ce qui s’entend pour nous, a minima : liberté d’être impertinent dans un journal satirique. C’est que Charlie, ces gens le comprennent au cœur, et ne sont pas à ce titre, prêts à lâcher la cible. L’esprit Charlie, et son compère, celui du 11 Janvier, que même un Hallyday descendu de sa planète Amérique a chanté et plutôt bien, c’est la quintessence de la menace contre eux, quelque chose d’opérationnel contre le noir du drapeau de Daech : sourire et joie, collectif et valeurs, culture et rire, surtout, et gens debout… Et on penserait que deux dizaines de types, même de l’ importance de la Rédaction de Charlie, auraient suffi à étancher leur soif !

Les menaces sont bien là – toujours aussi implacables - nominatives ou non, terrifiantes. La fatwa rôde ; demandez donc à Rushdie s’il est content de sa vie plus qu’à l’ombre…

Alles ist Hin ?/Tout est foutu ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 13 janvier 2018. dans Monde, La une, Politique

Alles ist Hin ?/Tout est foutu ?

« Ein Rechtsrutsch ! » titre la Neue Zürcher Zeitung, un coup de barre à droite ; tel est bien le verdict des urnes en Autriche : 31,5% pour l’ÖVP (chrétien-démocrate), 26% pour le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs, officiellement « libéral », en fait, depuis sa fondation, en 1956, par Georg Haider – lui-même fils de SS – refuge des anciens du parti nazi). Une coalition ÖVP/FPÖ s’est formée, scellée à Kahlenberg, cette colline du Wienerwald qui domine Vienne et la vallée du Danube, et où – symbole ô combien parlant ! – Jean III Sobiewski, roi de Pologne, battit, en 1683, les armées ottomanes, mettant fin ainsi au siège de la capitale… A la tête du nouveau gouvernement, Sebastian Kurz, 31 ans, plus jeune encore que Macron ; il assume sans complexe l’alliance bleu-noir et a offert à ses partenaires des ministères régaliens : l’intérieur, les affaires étrangères et la défense ; plus, pour le leader du FPÖ, Heinz-Christian Strache, un poste de vice-chancelier.

Strache représente la ligne dure du parti. Il a fréquenté 17 années durant la « Burschenschaft » Vandalia. Burschenschaften, ces associations pangermanistes d’étudiants, nées au XIXème siècle, et pratiquant les « Mensuren », des simulacres de duels, où les deux adversaires s’affrontent sans casque protecteur (à la différence de l’escrime classique), mais sans intention de tuer ou de blesser grièvement. Une école de courage et de virilité dont les traces sur le visage – les balafres – sont arborées avec fierté. Lors de présentation de l’équipe au président fédéral, Alexander van der Bellen, un écologiste, celui-ci refusa de serrer la main de Strache…

Le programme ? Avant tout xénophobe. « Islam ist kein Teil Österreichs » vocifère Strache, l’Islam ne fait pas partie de l’Autriche. L’hostilité aux migrants d’ailleurs fait ici consensus, et ce bien au-delà de l’extrême droite ; cette hostilité constitue la raison majeure, fondamentale de la victoire de la coalition droitière : les envahisseurs, toujours venus de l’est, hantent les mémoires. Toujours ils assiègent et doivent être repoussés. Par conséquent, parmi les propositions de Sebastian Kurz, figurent, en première position, un renforcement des contrôles aux frontières et une diminution de l’aide sociale aux réfugiés, laquelle va passer de 924 à 520 euros. Vienne, de la sorte, se rapproche du groupe de Višegrad, comprenant la République tchèque, la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie, nations appelant à une fermeture complète de leurs frontières, sous l’égide de régimes autoritaires, tels ceux de Jaroslaw Kaczynski, à Varsovie, ou de Viktor Orbàn, à Budapest.

Vichy était-ce la France ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 décembre 2017. dans La une, France, Politique, Histoire

Vichy était-ce la France ?

Depuis le discours d’Emmanuel Macron, le 16 juillet dernier, à l’occasion du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la polémique a fait rage.

Le président a, en effet, déclaré :

« Alors oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et, donc, pour presque tous, la mort des 13.152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leurs domiciles, dont plus de 8000 furent menées au Vel d’Hiv avant d’être déportées à Auschwitz. Je récuse les accommodements et les subtilités de ceux qui prétendent aujourd’hui que Vichy n’était pas la France, car Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France ».

Tollé tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche ; Florian Philippot : « cette insistance de Macron à humilier la France est préoccupante. Restons fiers, proclamons notre amour de la France », et Jean-Luc Mélenchon de faire chorus : « La France n’est rien d’autre que sa République. À cette époque, la République avait été abolie par la révolution nationale du maréchal Pétain ».

Au fait, qu’est-ce que « la France » ?

Ecartons tout d’abord la fiction de la France-personne, chère à de Gaulle ou à Péguy, cette personnalité collective ou corporative, inventée par Michelet, incorporant mystiquement tous ses membres, à l’image du Christ ou de l’Eglise dans la théologie paulinienne…

Un pays, selon l’école de sociologie historique allemande, c’est avant tout un « staatsvolk », un « peuple-état », une entité juridique composée de ses citoyens. A cette aune, la France ne fut ni collaboratrice, ni résistante – groupes ô combien minoritaires rapportés à l’ensemble de la population –, elle fut planquée ! Elle n’approuva ni ne désapprouva la rafle du Vel d’Hiv, elle s’en lava les mains…

Mais passons du plan strictement démographique au plan symbolique. Pour Patrick Buisson – et à cet égard, il a raison – il existe des « incarnations ». Un homme « incarne », à moment donné, des idées et une nation. De même que l’Allemagne nazie « s’incarna » en Hitler ou la Russie communiste en Staline, de même, de 1940 à 1944, la France s’incarna en Pétain. 40 millions de pétainistes en 40, dit Henri Amouroux. L’estimation est peut-être élevée (mes grands-parents, par exemple, furent anti pétainistes, bien avant de connaître de Gaulle) ; mais il reste que l’adhésion au nouveau régime fut massive, à l’instar de l’approbation – largement majoritaire également – aussi bien de l’hitlérisme que du stalinisme dans leur domaine respectif.

En effet donc, il existe – quoique la notion, en droit, me gêne infiniment – une responsabilité collective des pays concernés face aux crimes des hommes qui les gouvernaient et qu’ils soutenaient. Toutefois cette responsabilité ne saurait être héréditaire. Les Russes actuels ne sont pas comptables du goulag, pas plus que les Allemands d’aujourd’hui n’ont à battre leur coulpe au sujet des camps de la mort. Rien n’oblige de même les Français de 2017 à se repentir des horreurs commises dans le sillage de la « révolution nationale ».

A l’inverse de certains passages de la Bible, les fautes des pères ne rejaillissent pas sur leurs enfants…

Deputatus erectus

Ecrit par Lilou le 16 décembre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Histoire

Deputatus erectus

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

I am scandalised !

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 décembre 2017. dans La une, Politique, Actualité

I am scandalised !

… comme on dit avec l’accent roulant dans l’Orient de la Méditerranée, dans cet anglais-loukoum, que chacun comprend si vite et bien, moi en particulier…

Obama, sa démarche de seigneur, à moins que de grand fauve chaloupant, est arrivé l’autre jour à Paris, devant une salle de sommités mélangées, people politique et people com, tous debout, pour applaudir la vedette. Enamourés, à la veille de chantonner « yes we can ». Des fans. Et quelque part, on le comprend. L’image d’une Amérique qu’on aime, face à l’autre, là-bas : l’horreur-Trump. On sourit, benoîtement… jusqu’à l’annonce des chiffres qui fâchent : le chèque remis à l’ancien président des USA, après ses blaguettes, constatations du bout des lèvres – oui, le climat, quand même ! génuflexions diverses – j’aime tant Paris ! ; mais à part ça, quoi d’autre de « very important » pour lire mieux le monde ? 336.000 euros, mes camarades, pour autour de 2 petites heures de scène, invité par « les Napoléon », réseau d’influence dans le monde de la com, dont pour ma part j’ignorais jusqu’à l’existence ; quant à l’utilité !!

On n’en peut plus de hurler partout autour de nous : – tu te rends compte ! dans nos sociétés où pullulent les précaires et en-dessous, les sans-abri qui meurent (l’autre matin, au Grau-du-Roi, à trois pas de flamands roses de chez moi, et pas par des températures polaires, mais un homme simplement oublié au pied d’une poubelle…), le sourire charismatique de Barack s’affiche au CAC 40 à ces hauteurs…

Il paraît que c’est presque vieux comme le monde politique, cet « usage » (est-ce bien le mot ?) de recyclage, de visibilité maintenue de nos anciens – pôvres ! Et les notes de frais de filer sur la page Google : Tony Blair (s’en souvient-on, de cette étoile soi-disant socialisante et de ses coups pas possible contre « son peuple », de ses mensonges honteusement suivistes couvrant la guerre d’Irak ; la seconde, mais on s’en souvient, bien sûr !). Eh bien, nous sommes là dans un 13,6 millions d’euros de gains pour l’année 2013. Oups ! Clinton – Bill – tient le haut du panier avec un petit 300.000 €/l’heure de bavette. Sarkozy nage entre 200 et 300.000 la conférence ; même un Copé encaisse autour de 30.000. Bon. Mais pour parler de quoi ? contenu, pédagogie, de la dite conférence ? de qualité ? fondamentale pour le reste de notre monde à vivre ??

Dans le lot, qu’un Hubert Védrine fasse payer – beaucoup moins – ses vraies qualités de commentateur en géopolitique, qu’un DSK, ancien patron du FMI, aille étaler sa vision économique des choses, si particulière et qui n’est pas la mienne, c’est autre chose ; ça peut se justifier ; on est dans la banalité de l’expertise. Mais ces prébendes aux allures de privilèges des autres, sur des absences de sujets, j’ose dire de compétences indispensables, là, l’arête me fait tousser et sans doute vous avec…

Alors, quand j’apprends que F. Hollande, le nôtre et accessoirement le mien, est allé causer – rémunéré – sur « les enjeux géopolitiques de l’avenir » (NB : ça devait quand même tenir la route) en Corée du Sud ; quand je lis qu’il est en partance pour Dubaï, dans les mêmes conditions, j’ai un haut-le-cœur, non sur le contenu, qui sera évidemment adapté, pas inutile et – sûr – très sérieux, mais sur cette peccadille : accepter d’importantes sommes d’argent pour ça. Monnayer son verbe via son image, dans un monde qui, que… bref ! Inacceptable.

La politique, c’est du symbole, quand on est en fonction, et après ; on continue jusqu’au bout de soi de porter quelque chose, que moi, simple citoyenne je ne porte pas. Ça pourrait s’appeler démocratie, probablement, et les hautes valeurs qui vont avec. Là, cette avalanche au bruit de tiroirs-caisse, ça s’appellerait plutôt « shame ».

La souveraineté est-elle tyrannique ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 décembre 2017. dans La une, Politique, Littérature

Recension/commentaire du livre de Guilhem Golfin, Souveraineté et désordre politique, Editions du Cerf, 2017

La souveraineté est-elle tyrannique ?

Le titre de l’ouvrage de Guilhem Golfin, docteur en philosophie, peut induire en erreur, car il est lui-même le fruit d’une erreur conceptuelle : rendre compte des désordres politiques actuels du monde à partir de la notion de souveraineté. Ce désir – malencontreux – de coller à l’actualité pour justifier son livre – profondément et fort heureusement inactuel ! – l’amène à parler de son sujet avant même de l’avoir défini et donc à pérorer, dans un – long, trop long – prolégomène, sur le « souverainisme », comme si le champ sémantique du terme « souveraineté » allait de soi. D’où la mise à contribution d’hommes politiques (Paul-Marie Coûteaux) ou de non spécialistes, tel l’économiste Jacques Sapir, habitué à s’aventurer dans des domaines où il brille par son incompétence, en l’occurrence l’histoire du droit.

Car c’est bien d’histoire du droit dont il s’agit : une généalogie historique de l’idée de souveraineté. La définition du terme – superanus du super, au-dessus – n’apparaissant (tardivement) qu’à la page 41 ; là commence le véritable récit, loin des palinodies politico-médiatiques qui encombrent le début de l’essai.

Auctoritas et potestas

A Rome, l’on distinguait la potestas, la faculté juridique de faire ceci ou cela, de l’auctoritas, cela même qui légitime celui qui fait ceci ou cela. La première ressort du droit pur ; la seconde, au contraire, d’une aura quasi religieuse découlant d’une élection divine ! L’on parle ainsi de grâce (grec charisma, d’où dérive le français charisme). L’auctoritas constitua le fondement théorique du principat puis de l’empire. Auguste dit lui-même qu’il ne disposait d’aucun pouvoir (potestas) supplémentaire par rapport à ses collègues consuls mais qu’il les dépassait en « autorité », « auctoritate omnibus praestiti ».

A partir du bas-empire et dans le haut moyen-âge, cette auctoritas devint auctoritas superlativa ou imperium summun, revendiqué par le référent ultime de la chrétienté : les deux chefs putatifs de celle-ci qui s’en disputent le titre, l’empereur et le pape ; l’auctoritas pontificium contestant l’auctoritas imperialis et inversement. Officiellement, la potestas – que l’on pourrait traduire par la gestion des affaires courantes, amministratio, gubernatio, regimen – se voyant déléguée aux instances inférieures, princes, rois, vassaux. Bizarrement le système n’est pas sans rappeler celui de la Vème république : au président, l’autorité suprême – jupitérienne ! – (décider de la guerre et du feu nucléaire) ; au premier ministre, le gouvernement au jour le jour du pays.

L’auctoritas procède d’une hétéronomie : la règle (nomos) vient d’en haut, d’une transcendance divine ou d’une élection mystérieuse ; inversement, avec la potestas, la règle se veut auto-nome, elle est fixée ici-bas par des acteurs élus ou nommés. L’empereur, comme le pape, ont recherché (cf. le Dictatus papae d’Innocent III) – sans jamais véritablement y parvenir – à cumuler les deux.

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