Politique

L’anesthésie : une nouvelle stratégie politique

Ecrit par Jean-François Vincent le 17 juin 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

L’anesthésie : une nouvelle stratégie politique

An-esthésie, ne plus sentir, ne plus ressentir. Insensibilité garantissant l’immobilité indispensable à toute intervention chirurgicale.

Immobilité, c’est en effet LA grande leçon de ce scrutin de premier tour : les électeurs n’ont pas bougé ! 51,3% d’abstention… L’on ne peut que sourire – ironiquement ! – aux déclarations, pour le moins hâtives, de Pierre Rosanvallon, comparant, en terme de changement de donne politique, 2017 à 1958… Tout professeur au collège de France qu’il est, il commet l’erreur – élémentaire – de ne pas comparer les taux de participation : 48,7 aujourd’hui contre 77,2 en 1958 !!!

A l’époque, les votants, bien éveillés par la rhétorique gaulliste, se pressaient aux urnes ; dimanche dernier, la sédation macroniste – tout est plié, « En Marche » a marché – a fait ne pas marcher les gens, tout en les faisant « marcher » : inutile de vous déplacer, restez donc chez vous, « Jupiter » s’occupe du reste…

Alors, évidemment, des facteurs objectifs concouraient à favoriser cet endormissement collectif : la précédence des présidentielles devançant les législatives, accentuant encore la prééminence des premières (décision conjointe de Jospin et de Chirac, gravée dans le marbre par la loi constitutionnelle de 2000, instituant dans le cadre du quinquennat l’antéposition de l’élection du président par rapport à celle des députés, histoire de prévenir toute cohabitation). Le premier magistrat désigné, il ne reste plus qu’à confirmer. L’on pouvait se demander si ce mécanisme de levier – pourtant traditionnel – jouerait encore cette fois-ci. Moi-même, j’en doutais. Eh bien non ! Les Français, tels le lieutenant-colonel Custer de la bataille – perdue – de Little Bighorn, ne discutent pas une décision des Français…

Autre élément décisif : la fluidité, la ductilité d’En Marche ; l’on n’attrape pas l’attrape-tout, l’on n’arrive même pas s’y opposer : divers et varié, au risque de la contradiction, il décourage toute opposition.

« Je suis oiseau : voyez mes ailes

Vive la gent qui fend les airs ! »

disait déjà la chauve-souris de la fable pour anesthésier les belettes. Beaucoup de LR, en particulier Thierry Solère, se proclament « constructifs », par conséquent « Macron-compatibles » ; ils voteront la confiance. Quant au PS, ou plutôt, les débris qui en surnagent après un naufrage historique, il déclare par la bouche de Julien Dray : « Nous ne serons pas dans une opposition systématique ». Bien sûr, le centrisme ne met personne vent debout. Prudemment, Macron s’abstient d’évoquer les sujets susceptibles de fâcher : casse du Code du Travail, hausse de la CSG. Le visage lisse de la modération qu’il affiche n’irrite que les extrêmes, néo-fascistes ou néo-léninistes. Vox clamantis in deserto, ils essayent – mais sans succès – de réveiller les dormeurs.

L’hypnotique – efficace – qu’utilise l’anesthésiste Emmanuel Macron se nomme « changement » : bien plus que le « changement dans la continuité » giscardien de 1974, il s’agit désormais de tout renouveler : les partis – ou mieux d’organiser leur effacement devant des hommes sans parti (la fameuse « société civile ») –, les pratiques (morale et vertu installées comme autant de piliers éthiques du nouveau régime) ; enfin le mode de gouverner (les ordonnances, en guise de Blitzkrieg garante de la célérité réformatrice…).

Et si derrière ce « changement » tonitruant et martelé à grand renfort de tambours et trompettes, il n’y avait, au fond, que la bonne vieille astuce, susurrée à l’oreille du prince Salina, dans le Guépard, par le prince – « révolutionnaire » et garibaldien – Tancrède Falconeri : « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

Ecrit par Lilou le 17 juin 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Histoire

Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

Sa majesté l’abstention

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 juin 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Sa majesté l’abstention

Pas inconnu du tout, le phénomène, récurrent depuis quand même 20 ans, ayant monté en graine depuis 2002, l’année du tournant de l’inversion des calendriers électoraux, l’abstention faisait partie du paysage de nos soirées TV, plutôt costaude dans les « petites » élections, locales ou européennes, plus discrète dans les grandes – législatives –, presque négligeable dans les présidentielles, l’élection préférée des français, tous amateurs de Bonaparte à cheval. On la nommait joliment « aller à la pêche », avec un rien d’indulgence. Ça, c’était avant.

Déjà en 2012, derrière la Bastille gonflée de ses folles espérances, elle guettait : 42,7 au 1er tour des Législatives ; on l’aurait presque oublié. Sous les ponts du quinquennat Hollande, elle n’a cessé d’augmenter, telle une rivière sous épisode cévenol ; les arches étaient menacées, seulement menacées. Depuis hier, on n’entend plus que le sinistre craquement de leurs brisures et effondrements. Raffut d’enfer : 51,29 d’abstention au 1er tour de ces législatives 2017 ! record historique ; plus d’1 français sur 2 n’a pas jugé bon de s’exprimer comme citoyen ; c’est là le sujet majeur de fait, de ce scrutin, son véritable effet en creux, le devenir interrogé.

Car qu’est-ce qu’être un abstentionniste ? Une minorité qui en est à quasi ne rien savoir (ou ne vouloir savoir) du mécanisme institutionnel qui construit notre démocratie représentative – « c’est quoi madame un député ? c’est pour quoi faire ? » me demandaient au bout du doigt levé mes petits élèves de 11 ans à peine passés. Mais 11 ans ! Le genre encoléré qui veut être signifiant, dire quelques menues choses sur sa vie, et qu’on l’entende ! semble être devenu le genre premier de l’espèce, à ranger dans l’armoire aux pas contents du tout avec les copains actifs, qui, eux, votent pour les partis protestataires qui à présent prolifèrent. Abstention ne rime pas avec enthousiasme participatif, ni constructivisme politique, chacun le sait ; dans la colo, c’est le gamin qui ne veut être d’aucune activité, qui ne s’intéresse à rien (ou qui dit n’avoir rien trouvé pour lui dans le panel). Le pas motivé. D’accord, mais hier, c’est d’autre chose qu’il s’est agi. D’où le regard inquiet des politiques, les « En marche » compris ; oui, eux, d’abord, et ce serait bien qu’ils l’appréhendent, pour la suite de leur trajectoire pour le moment triomphale.

Qui s’est déplacé, pour ces élections, pour choisir « son » député ? Ceux qui, au tour d’avant, avaient plébiscité E. Macron pour « rester cohérent », pour « donner au président les outils législatifs pour mettre en place son programme » (mécanisme connu de la Vème, que rappelle ici même Jean-François Vincent dans son texte) ? Pas aussi net, loin s’en faut. L’élection présidentielle 2017 a été, faut-il le rappeler, un faux plébiscite, comme une réussite en creux ; Macron a été « trié » autant par défaut que par adhésion (et à mon avis, davantage par défaut) ; ce mariage n’est pas d’amour ou d’engouement, mais de raison quasi balzacienne. L’avenir dira ce qu’il deviendra ; ne tuons certes pas l’or des possibles, mais soyons lucides et pragmatiques. « Je ne vais pas refaire Macron, ce coup-ci » disait cette copine. Combien d’entre nous tous ont tenté hier de fabriquer un peuple parlementaire de vigies, souhaitaient des voix utiles (évidemment quand il le faudrait, intelligemment constructives), bref, ont voulu bricoler, sans trop y croire, des contre-feux de nature à faire vivre le fait parlementaire, à installer une démocratie vivante et dynamique… combien ont raté la marche ? La carte des Bérézina des LR et bien plus du PS parle d’elle même. Celle, beaucoup plus grinçante, des FN privés de représentation, risque de faire très mal. Nous entrons probablement dans Bonaparte, qui ne l’oublions pas fut « la Révolution à cheval », et bétonna ses « masses de granite », qu’on a portées ou subies presque jusqu’à nos jours. Mais faut-il convoquer l’Histoire, pour se souvenir que : pas, que !! Après ces déconvenues et longues amertumes en bouche, qu’il faudra forcément analyser au soir du 18 juin, c’est vers cet immense peuple « ensilencé », qui n’a pas voulu parler hier, que devront se tourner d’urgence les bannières de la République en Marche, du haut de leur victoire, avec la bienveillance et l’écoute, l’élégance aussi, qui s’imposent. Je veux croire qu’ils en ont conscience.

 

Lundi 12 Juin 2017

Qui Mélenchon veut-il tuer ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 juin 2017. dans La une, France, Politique

Qui Mélenchon veut-il tuer ?

… Car il ne peut s’agir maintenant que de meurtres en suspens ; de raison ou mieux de politique, plus du tout.

De Jean-Luc Mélenchon, tout ou presque a été dit, depuis ce temps si long où nous l’avons côtoyé, nous, gens de gauche, ici ou là. Je ne reviendrai pas sur ses – immenses – talents, d’intellectuel, d’analyste politique et sociétal, d’orateur, le meilleur et de loin qu'a porté notre République depuis F. Mitterrand. Je l’ai écrit comme tant d’autres. Son verbe et sa syntaxe parfaite, ses références historiques millimétrées, ses envolées – si XIXème – son socialisme tripal et résonnant comme peu d’entre celui des autres en sincérité quasi amoureuse, son œil aux reflets sombres n’invitant guère à la blaguette, ce côté sérieux, solide, presque professionnel, qui, moi, me convenait, ainsi que cette émotion à peine contenue, bellement visible quand il s’agissait de pointer le doigt sur le fasciste tournant le coin de la rue… J’ai voté moult textes aux congrès de mon PS, portant sa signature, et pas une seconde je ne le regrette. C’était jadis, et François, le nôtre, avait en rangeant nos votes ce sourire tolérant et amène, qui le définissait, et ce léger haussement d’épaules devant nos enthousiasmes de gauchistes du parti… sans doute, le connaissait-il déjà de l’intérieur, tellement mieux que nous.

Depuis longtemps – sous les ponts de notre gauche… – mes chemins « mélenchonesques » ont divergé et tout le quinquennat passé, sont probablement sortis définitivement de son territoire. Sans quand même tuer symboliquement ce drôle de lointain cousin en partance pour les quatre cents coups, ni, quelque part, le quitter du regard, inquiète, forcément inquiète.

Mais, aujourd’hui… j’hésite : chagrin ? non, je ne lui porte plus assez d’intérêt ; colère ? ça, oui, et de toutes les couleurs et formes ; cela devient fatiguant. Peur, peut-être ? pas faux ; où dérive-t-il ? Où va-t-il finir ? Soucis – continuons la métaphore – qu’a la famille en apprenant justement les frasques de ce cousin, vilain petit canard qui un jour atterrira en taule ??

Dans ses discours actuels au parfum de harangue violente, les coups n’en finissent pas de pleuvoir sur son ancien parti, son ancien premier secrétaire, ses anciens camarades – pourtant, quasi tous à terre, on en sourirait presque. Vous l’avez entendu, ahuris comme nous tous, commencer le 7 mai son allocution par ce « enfin, voici fini le pire quinquennat de la Vème… », et ne visiblement plus avoir l’énergie pour appeler au vote anti Le Pen. De fait, et sans vouloir tomber dans la psychanalyse de bazar, cette hargne à « tuer les siens » ayant un peu à voir avec se tuer soi-même, ce chantier intime, ce travail, comme on dit, a quelque chose de poignant, mi-Shakespearien, mi-tragédie antique. C’est ainsi qu’il s’acharne consciencieusement, depuis, boxeur halluciné ; on l’entend presque penser qu’il faut encore cogner, que tout ça n’est pas mort, ou pas assez. Il poursuit ses « adversaires préférés », ses ennemis, allez ! Il faut qu’il en accepte le mot, voire le sens, partout où « se les faire » semble le seul mot d’ordre, étriqué, forcément et contre productif, on le suppose aisément.

Regardez Marseille où il se présente (parachuté ? « Partout chez moi, en république ! » répond-il avec superbe), circonscription où peu de FN vaquent, mais tenue de belle lurette par un socialiste. La carte des législatives à venir est panachée de France Insoumise bataillant avec de vraies balles contre les restes du PS, et il n’y a bien que notre Benoît – plus naïf que lui on meurt – pour bêler les désistements futurs. Apothéose, ces derniers jours, le chef des Insoumis accuse notre ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, d’avoir « assassiné » le pauvre jeune militant écolo des manifs contre le barrage de Sivens, en 2014, Remi Fraisse… plus deux ou trois allégations de même gabarit en guise de dessert (« Cazeneuve, le gars qui a fait gazer, matraquer… »). Cazeneuve porte plainte, et avec lui, la République.

Éditorial - Le fou du monde

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 juin 2017. dans Monde, La une, Environnement, Actualité, Politique

Éditorial - Le fou du monde

Plus aucun autre titre n’est à présent possible ; la prochaine fois qu’on le verra à l’œuvre, ce Donald qui ne fait plus rire, ce sera peut-être derrière des missiles face à la Corée…

Reprenant ses postures – le menton, avez-vous vu le menton ! – de sa campagne électorale qui l’a hissé sur le bureau ovale (sur, plutôt que au), le bonhomme-monsieur-le-président-des États Unis-hélas-hélas, a, au cœur de la nuit, décidé avec le fracas qui sied à la manœuvre de retirer son pays des accords de Paris sur le réchauffement climatique, qu’en son temps avait évidemment signé son prédécesseur, Barack Obama. La COP 21, pas moins ; les grands outils du monde, la marche du monde, quoi ! Simple et minable « chiffon de papier » que la chose, dit-il – d’autres et non des moindres ont fait en leur temps dans l’exercice – vision personnelle et des plus inquiétantes au poste où il est de la notion d’engagement, de responsabilité, de ce « ne pas tenir compte des autres et du reste du monde » qui finit par définir Trump. Certes, et si l’on prend l’affaire par ce bout un peu court, cela avait été martelé durant sa tonitruante campagne : le réchauffement climatique n’était-il pas un complot ourdi par l’ennemi chinois pour couler la puissance américaine, et cela avait voisiné dans l’extase des adeptes, avec le mur protégeant du Mexique honni, les musulmans rejetés des aéroports, et sans doute bien d’autres pépites qu’en ce temps, les opinions, dont nous, traitions d’un haussement d’épaules qu’on peut à présent trouver bien léger.

Car la bête, une fois élue – mal, mais qu’importe – une fois lâchée, on a vu : le gouvernement des tweets, les signatures du gamin content de son stylo, le mépris dictatorialisant des « autres », le Congrès, la Cour suprême, les médias – ennemi obsessionnel déclaré – et, dirons-nous, le « reste des pas d’accord ». Foin de tout ça. On l’a dit partout, fallait pas élire – pour de vrai – un péquin comme Trump. Maintenant, faut gérer et digérer la pilule. Alors, ce « je veux agir pour Pittsburgh et non pour Paris… je n’ai pas été élu par Paris » (de mémoire), la bonne blague ! Pas innovante, puisque isolationniste à gros traits, cela a été l’Amérique si souvent, plus souvent d’ailleurs dans les intentions et menaces que dans les faits. Faisons confiance à Trump pour s’essayer, en vrai, à la démarche… et n’oublions dorénavant plus : c’est un gars qui veut voir comment ça fait, le « en vrai »…

Le « rest » du monde, secoué de la nouvelle toquade du monstre, s’ébroue ce matin – mais comment mener les objectifs de Paris sans Washington – pas une paille ! Et les mots de circuler en boucle : dévalorisation, dévalidation… Notre nouveau ministre en charge du secteur, Nicolas Hulot, relayait aux matines l’optimisme forcené qui se veut être la carte de visite de notre nouveau gouvernement, en soulignant une évidence, en montrant l’ouverture, de fait la faille du Donald ; un reste du monde se dressant uni, face à Trump, et une Europe vent debout qui reprend – enfin – du service à la proue des Droits de l’homme (l’environnement vivable en est un des premiers) et de garantie offerte aux plus fragiles, tous les Sud pauvres et parmi eux les réfugiés climatiques qui n’en peuvent mais. Donc, et le nez sur l’effet de souffle du beuglement américain (pardon ! Trumpien), ce choc de billard n’a pas forcément acté l’échec de la partie des « autres », ce mot détesté, presque recraché par le président américain. Or, se situer face, avec, et dans l’altérité n’est-il pas – au jugé de la psychiatrie – un signal de plus ou moins bon fonctionnement humain… et de vous renvoyer à l’abondante et assez pertinente littérature, qui, depuis les débuts fracassants et pas mal fracturés de l’élu américain, foisonne…

Au final, ce qui pourrait être le plus remarquable, mais effarant, dangereux, dans ce recul, refus, entrée en je ne sais quel autisme, de l’homme fort de Washington, acculé à endosser à nouveau les habits du candidat, faute d’avoir su prendre ceux du président, ce sont les incapacités, les positionnements et même les postures : décidément, discuter, négocier, écouter, se mettre autour de la table avec d’autres, tout ça est terre étrangère pour Trump, et il y a du souci à se faire, car comment marche le monde, sans ça ??

La vertu a encore frappé…

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 juin 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

La vertu a encore frappé…

Pour reprendre une formule célèbre, je ne suis pas, je n’ai jamais été et ne serai jamais « macronien », « macroniste » ou « macro-quelque chose » ; comme, d’ailleurs, je n’ai jamais été filloniste. Mais voilà encore que l’infinie médiocrité des rances affaires d’argent diffuse derechef sa pestilence dans la presse et dans les esprits, ravalant ceux qui ont la morbidité de s’y intéresser à la bassesse même de ce piteux sujet.

Médiocre l’affaire Ferrand, comme médiocre était l’affaire Penelope Fillon et pareillement médiocres, les éboueurs journalistiques qui font leur miel malodorant des poubelles où ils émargent. Médiocre donc grotesque, donc objet d’un légitime mépris.

Par contre, ce qui est digne d’intérêt ou, au minimum, d’examen – par opposition à ce qui en est indigne – ce sont ces rengaines moralisatrices, ce néo puritanisme, ces casseroles carillonnées Place de la République, comme autant de mantras de la défunte Nuit Debout. En un mot, le grand retour de la vertu. Ce mot vieilli, obsolète, dix-huitièmiste que tout le monde – ou presque – a à la bouche…

Qu’on en juge : éditorial du Monde du 31 mai : « Quand on professe la vertu, mieux vaut être exemplaire et ne laisser place à aucun soupçon de dissimulation ou de tartufferie ». Tartufferie, mot bien choisi, nous y reviendrons. Et Frédéric Monnier, professeur à l’université d’Avignon, dans le même journal, d’en remettre une louche : « La vertu civique reste fichée au cours de la campagne des législatives ». Ouf ! Au moins il nous aura épargné l’horrible adjectivation du substantif citoyen – une vertu citoyenne, sic ! – (« civique » n’est-ce pas, ça fait trop chic, trop latiniste). Mais le plus beau – si j’ose ainsi m’exprimer par antiphrase – reste la somme rédigée par Jean-Luc Mélenchon, au début de cette année, De la vertu. Son introduction constitue tout un programme : « Tandis que notre morale organise notre comportement individuel, la vertu doit régler ce que nous faisons en société. La vertu c’est une méthode d’action à usage individuel dans la vie politique. Ce livre propose de la faire vivre ».

Les mânes de Robespierre et de Saint-Just doivent jubiler dans leurs tombes.

Seulement voilà ! A politiques vertueux devrait correspondre un peuple vertueux. Or il ne l’est pas. Montant des évasions fiscales : 60 à 80 milliards d’euros ; montant des « niches fiscales », c’est-à-dire de la fraude légale : 74,1 milliards en 2017. Sans parler, bien sûr, du « placement préféré des Français » : les assurances-vie exonérées de droits de succession, licence accordée par un premier ministre de gauche, Pierre Bérégovoy.

Alors le dégoût – vertueux ! – des sondés à l’endroit de leurs hommes politiques (77% estiment qu’ils sont malhonnêtes en 2016, contre seulement 38% en 1977) ne peut que faire sourire : un haut-le-cœur de tartuffes face à la tartufferie… des autres !

Charité bien ordonnée commence par soi-même…

Racines d'actu : Le « Macronisme » et les cultures politiques ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 27 mai 2017. dans La une, France, Politique

Racines d'actu : Le « Macronisme » et les cultures politiques ?

Je voudrais présenter ici une analyse succincte par rapport aux élections présidentielles écoulées, et surtout en liaison avec le phénomène politique que certains nomment déjà le « macronisme », en tentant de replacer tout cela dans la longue durée historique française et touchant même à des traditions provenant d’autres pays.

Pendant les élections présidentielles d’avril-mai 2017, dont nous venons tout juste de sortir, on peut dire que plusieurs cultures politiques issues de l’ancien modèle français se sont trouvées confrontées : une (à plusieurs visages) de type libérale, au sens des « valeurs » de 1789 (première phase, libérale, de la Révolution française), une se rattachant plus ou moins à 1793 (seconde phase, radicale, de la Révolution française) jusqu’au « surmoi marxiste » guesdiste, puis léniniste et même trotskiste, et enfin une nationaliste issue principalement de la tradition contre-révolutionnaire. A cela, il faudra en ajouter une autre, de type américaine, et précisément « californienne ». C’est au sein de ces cultures politiques diverses et conflictuelles que je vais être progressivement amené à situer le « phénomène Macron », ou « macronisme ».

Avant d’aborder la(les) culture(s) politiques auxquelles rattacher le macronisme, rappelons rapidement celles auxquelles celui-ci s’opposa. D’abord, il y eut celle menée par Jean-Luc Mélenchon, dont on connaît les penchants « robespierristes » et « sociaux-nationalistes » prononcés, ainsi que le passé trotskiste, dans le cadre de sa France Insoumise. Cette même culture globale fut aussi portée, du moins en partie, quoique très différemment, par le social-démocrate de gauche (provenant du Parti Socialiste) Benoît Hamon, qui fut « siphonné » sur le plan électoral entre d’une part La France Insoumise et de l’autre En Marche, le mouvement politique d’Emmanuel Macron. Etant donné son très faible poids électoral, je vais laisser de côté les éléments de types trotskistes que l’on devrait rattacher à cette même tradition « révolutionnaire » au sens large, en plus radicale. Ensuite, on eut affaire à celle de Marine Le Pen, qui s’organisa autour de l’extrême droite frontiste, avec une courte alliance mise sur pied entre la cheffe du Front National et le souverainiste de droite Nicolas Dupont-Aignan. Enfin, on assista à un certain maintien tant bien que mal (et plutôt mal que bien) de celle de la droite dite « classique » ou « républicaine » (?), libérale au niveau économique, avec le parti Les Républicains et l’Union des Démocrates Indépendants, et qui fut amenée dans le mur par François Fillon (après l’élimination d’Alain Juppé lors du second tour des primaires de la droite et du centre), en liaison avec son programme économique et social extrême, de facto suicidaire, suivi par les cataclysmes provoqués par le Fillongate et le Penelopegate.

Dans ce contexte culturel politique global, comment situer le phénomène du macronisme ? Je dirais que l’originalité du profil de celui-ci correspond à au moins une triple culture. En premier lieu, un social-libéralisme assumé, sorte de positionnement intermédiaire entre social-démocratie impossible en 2017 (à cause de la faiblesse de la croissance économique ou « croissance molle ») et libéralisme économique classique. On pourra remarquer que ce créneau, ou espace politique, était aussi – et depuis longtemps – celui de Manuel Valls, et même, avec de fortes nuances, celui de François Hollande pendant l’essentiel de la durée de son quinquennat. Ce social-libéralisme dit et donc assumé d’Emmanuel Macron correspond en partie à une sorte de remise au goût du jour de « la troisième voie » qui avait été théorisée par Tony Blair et Bill Clinton, de la fin des années 1990 jusque vers le milieu de la décennie 2000. Mais, ce serait une grave erreur de penser qu’il ne s’agirait-là que d’un bégaiement de l’Histoire, simplement en rapport avec une situation particulière donnée. En effet, en second lieu, avec son « Et droite, et gauche », ou son « En même temps » (tellement moqué par ceux qui gardent sous leurs yeux les anciennes grilles de lecture des espaces politiques français), le macronisme se veut, dans le but d’une reconstruction, et même d’une refondation de notre pays, une nouvelle façon d’appréhender la politique, nullement centriste (du type François Bayrou), mais pivot, ou « centrale », bien résumée par le terme de « progressisme ». Je rappelle à ce sujet que le mouvement En Marche doit être appelé à devenir un grand parti politique le 15 juillet prochain, peut-être sous le nom de Parti Progressiste (?) Ce « Et droite, et gauche » n’a-t-il pas de fortes résonnances avec le désir profond censé être celui réclamé depuis longtemps à longueur d’enquêtes d’opinion par près des 2/3 des français ? On sait en tout cas à quel point cette tentation « progressiste » déborda rapidement (dès avant, puis après les résultats des primaires de la gauche de gouvernement) sur des cadres du Parti Socialiste et la plus grande partie de son électorat traditionnel. Il est d’ailleurs tout à fait possible que le macronisme amène indirectement l’essentiel des socialistes français actuels, désormais fragmentés, à accepter l’abandon du « surmoi marxiste » et à se rallier à une économie de marché régulée comme le firent les socialistes allemands du Parti Social Démocrate lors de leur congrès de Bad Godesberg en 1959 ; ce serait alors là une autre culture du macronisme, importée de facto d’Outre-Rhin (?).

Quelle souveraineté ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 mai 2017. dans La une, Politique, Littérature

Quelle souveraineté ?

Recension/commentaire du livre de Bernard Bourdin et Jacques Sapir, Souveraineté, Nation, Religion, dilemme ou réconciliation, Paris, Cerf, 2017

 

Mais qu’est donc venu faire mon ami Bernard Bourdin, professeur à l’institut catholique de Paris, dans cette galère ? Dans cet aéropage – très droitier – animé par l’archéo-royaliste, ex-chevènementiste, Bertrand Renouvin, flanqué, en « guest star », de Jacques Sapir, économiste habitué de la fachosphère (tv libertés), où il pourfend régulièrement la monnaie unique ?

Le tropisme souverainiste apparaît rapidement chez les deux débateurs. Haro sur le multiculturalisme.

Sapir : « l’idéologie multiculturaliste est contradictoire avec l’existence de la République, avec l’existence d’un peuple comme corps politique unifié, avec la notion de souveraineté ».

Bourdin : « le multiculturalisme me paraît dangereux car il interdit la possibilité d’un corps commun ».

Certes, tout n’est pas manichéen dans cette discussion. Les deux compères (ils se tutoient) évoquent une analogie intéressante entre marxisme et christianisme, tous deux étant tournés vers un futur, l’un eschatologique, l’autre révolutionnaire. « Dans les deux cas, les fins extrêmes peuvent justifier des moyens tout aussi extrêmes », déplore Sapir ; « il y a aussi une hostilité à l’histoire comme entre-deux, ajoute pertinemment Bernard, parce que l’histoire, c’est le relatif – non l’accomplissement d’un absolu ».

Autre thème suggestif : la généalogie de la laïcité. Sapir énumère les conditions du vivre en harmonie telles qu’énoncées au XVIème siècle par Jean Bodin dans son Heptaplomeres : rester ensemble plutôt que de retourner chacun dans sa communauté, travailler au bien commun, limiter la religion à la sphère privée ; Bourdin évoquant, fort justement, « le risque d’aller vers une laïcisation de la société, ce qui n’est pas la même chose que la laïcité de l’état ». La loi de 1905, en effet – on l’oublie trop souvent – n’impose la neutralité religieuse qu’à l’Etat et à ses agents, non au simple citoyen, que rien n’oblige à cantonner l’expression de ses croyances à l’espace intime.

Mais voilà ! L’ensemble du livre repose fondamentalement sur une approximation coupable : nulle part on y lit qu’il n’existe que deux sources à la souveraineté. Deux et pas trois : Dieu ou le peuple.

Ainsi Sapir, non sans présomption, s’aventure sur un terrain qu’il connaît mal – le droit public romain – et commet donc des erreurs grossières. Par exemple, il affirme – sans rire – que « le principe de souveraineté populaire était déjà connu il y a deux mille ans », en vertu de la lex de imperio, par laquelle le sénat investit – très formellement – l’empereur, en prolongeant la fiction républicaine (un peu comme le fera, plus près de nous, Bonaparte). En réalité, le fondement de pouvoir impérial est l’auctoritas. Auguste le décrit on ne peut plus clairement dans ses Res gestae : « je ne disposais d’aucun pouvoir (potestas) supplémentaire par rapport à mes collègues, je ne leur étais supérieur que par l’autorité (auctoritas) ». Auctoritas, une notion mystérieuse et numineuse, qui renvoie à l’auspicium des pontifes, prêtres de la république, donc à une investiture jupitérienne. Sous la plume d’Auguste la notion devient plus incertaine : une sorte de « grâce » – Max Weber parlera de charisme – dont l’origine ultime se veut surnaturelle : le don d’un dieu.

Histoire racontée à Emmanuel

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 mai 2017. dans La une, Ecrits, France, Politique, Littérature

Histoire racontée à Emmanuel

Ne disait-on pas de vous, jeune lycéen, que « vous saviez tout sur tout », formule, soit dit en passant, qu’à présent devenu chef de l’État vous feriez bien de retirer de la circulation… Alors peut-être connaissez-vous, Emmanuel, Monsieur notre jeune Président, cette lointaine tribu des fins fonds de la Nouvelle Guinée – les Baruya. Il se trouve que moi – dans une autre vie – pourtant professeur de géographie, j’ignorais tout et même au-delà, de ces Baruya de l’autre bout du monde, sauf qu’à présent, après une lecture plus que passionnante d’un livre édité par Thierry Marchaisse, que je m’apprête à recenser dans La Cause Littéraire, je sais « un peu » de choses multiples sur ces gens-là, qui m’ont – on comprendra pourquoi – donné envie de vous écrire trois mots, sachant que vous avez sans doute encore l’âge d’écouter des histoires, pour peu qu’elles soient vraies ou autour…

Maurice Godelier, l’éminent ethnologue, a suivi, ainsi que plusieurs collègues (on dit « faire du terrain »), cette tribu installée en altitude entre deux hautes vallées, au milieu de chaînes de montagnes des origines, pendant quasi un demi siècle. Dans ce livre à la portée de chacun, sans jamais déroger pour autant au contenu exigeant de ses observations, comparaisons, recherches, on en apprend des vertes, des mûres, sur cette tribu, sur l’outil incomparable qu’est l’ethnologie, dans l’appréhension du monde et sur nous, comme en miroir. Magnifique livre, donc ; ma future recension le dira, mais ce n’est pas le sujet ici.

Ce qui m’a intéressée (lecture très contextualisée faite ces derniers jours à l’abri de votre présidentielle) et vous intéressera, Emmanuel, c’est que ce livre éclaire, décrit, ma foi, des pans entiers de votre programme, et carrément votre philosophie…

Posons la scène de l’étude : « Cette petite société tribale, jusqu’en 1960, se gouvernait elle-même, ne connaissait ni l’état, ni l’économie de marché, encore moins la “vraie” religion, celle du Christ… quelques décennies pour tout changer, sous l’impact de la colonisation australienne – 1951 – de l’accès à l’indépendance de la Papouasie-Nouvelle Guinée – 1975 , de l’économie marchande autour du café et de la Christianisation protestante… ».

La tribu – celle des Baruya, comme d’autres – obéit à un ordre social composé de groupes de parentés, revendiquant un même territoire, pratiquant l’échange des femmes (ne froncez pas d’entrée vos sourcils !) ; ordre fondé sur la domination des femmes par les hommes (ne partez pas !), scandé par des rituels et des initiations. Une société, un ordre, des usages ancestraux, un vieux système, des changements, des ouvertures, et peut-être des choix, le vieux, la crise, le neuf… (c’est bien, vous restez…). Je me contenterai d’utiliser deux points, deux moments de l’étude, mais votre écoute attentive en subodorera bien d’autres.

« Tous les trois ans, les Baruya construisent une vaste maison cérémonielle, la Tsimia ». En fait, corps symbolique de la Tribu (vous dressez l’oreille, forcément). Le poteau central est appelé « grand-père » ; un opossum vivant est précipité du haut, puis ce gibier est offert à l’homme le plus âgé de la vallée, rappelant que la mort arrive, et que les jeunes entrent dans la carrière (vous lorgnez derechef sur les logos des LR et du PS, soit ! vous éviterez évidemment la mort de l’opossum). Les hommes mariés et pères plantent « en même temps » (vous avez bien entendu) les poteaux des murs de la Tsimia, montrant « qu’à ce moment-là, symboliquement, toutes les différences, toutes les contradictions qui pourraient diviser les Baruya sont effacées. Seule l’unité face aux dangers, intérieurs comme extérieurs, persiste » (je vous sens frétillant – certes, le Louvre est passé, mais les occasions reviendront).

L’amalgame selon Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 mai 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

L’amalgame selon Macron

Rien qu’en le regardant, on l’imagine, le jeune président, sabre au clair, fendant l’air de ses projets, en tête de ses « marcheurs de la république » – bien jolie quand même, l’appellation. On le voit, car c’est comme cela qu’il se projette, menant à la bataille, que dis-je, à la victoire, des armées révolutionnaires (on va mettre des guillemets à révolutionnaires) fournies de tout un peu.

Dans les temps de la Grande Révolution, au tournant de l’An II, une fois la patrie reconnue « en danger », il en avait fallu du monde – se souvient-on de ces frontières menacées de partout (cela en imposait à mes élèves) sur lesquelles volaient coiffés de leur grand chapeau noir à cocarde ces commissaires aux armées de la république, qui n’ont cessé d’habiter depuis nos imaginaires. Alors, la Convention avait imaginé d’« amalgamer » les petits nouveaux – soldats aux pieds nus du poème de Hugo, encadrés – monitorés dirait-on maintenant – par des aguerris des anciennes armées, et guidés par ces jeunes gradés de la noblesse éclairée, ayant le cœur patriote, puisque aussi bien, l’Ancien régime qui rangeait les gens comme les choses, réservait le soin de combattre à la noblesse. Et, que – cela interrogeait au plus haut point les minots de mes classes, qui ainsi, emportaient pour la vie le sens du mot privilège – même les plus doués d’entre les Bourgeois, et les plus modernes restaient de ce fait devant la porte. Savant mélange, donc ; expérience et compétences ici, fougue et il faut le dire, chair à canon, là. De même, quelques lieues plus loin, quand l’Empire de Napoléon le grand (auquel on se plaît à risquer quelques comparaisons avec le jeune nôtre), quand la fin menaça et que la Grande armée tira la patte, on refit dans le mélange – plutôt des âges, là, avec l’arrivée des bébés Marie-Louise auxquels quelques grognards apprenaient sur le tas, et le tard, le métier…

On aura compris mon propos : l’amalgame est de retour dans les yeux de notre frais élu, avec la fabrication de sa troupe de postulants députés aux Législatives de Juin. Plus de 400 nominés comme candidats d’En Marche (« La République en marche »), et comme le président avait construit sa pelote sur le mot nouveauté, l’équation s’avère difficile, puisque, enfin, on ne doit voir que des nouveaux visages, des jeunes ma foi, ça paraît relever de la cohérence, mi femmes, mi hommes, comme le veut la parité, et un beau boisseau de la Société civile. Pour encadrer la troupe, des « politiques », guillemets, comme si c’était un vilain mot ! piochés savamment côté Juppéistes, Centristes évidemment, et restes de  Socialistes inconsolables… Ça en fait du monde, du beau, on verra, du jamais vu, probablement. Les pedigree semblent aller grosso modo dans le sens de ces demandes, mais ce n’est pas pour cela – ou justement pour ça – que l’inquiétude n’est pas du voyage.

Parce que finalement, depuis les débuts du parlementarisme jusqu’aux heures qu’on vit, qu’est-ce qu’un député « envoyé », littéralement parlant, si ce n’est l’homme qui va faire la loi, relever – difficile autrement – d’un groupe, travailler – beaucoup, quoi qu’on dise, plus et autant en commission que sous les feux des séances plénières, et – surtout – faire ces allers-retours aux airs de reddition de compte entre sa circonscription et l’Assemblée, pour consulter – inlassablement – ceux qui dans l’affaire sont les seuls qui vaillent : ses électeurs. Jusqu’à preuve du contraire, le système de la démocratie représentative demeure, même si on peut supposer – philosophie Macron oblige – qu’une bonne dose de démocratie plus directe sera recherchée (quoi, comment, nul ne sait). Donc, et quoi qu’il puisse s’en murmurer avec haussement d’épaules dans les rangs des En Marche, ce sera compliqué de faire sans le territoire, ou en les survolant seulement, et ce, malgré les ordinateurs… Or, combien de temps auront ces foules postulantes pour apprivoiser ceux qui dans quelques jours voteront peut-être pour plein de « petits Macron », qui n’en seront pas, formule usée partout ces jours-ci.

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