Politique

La peau de chagrin de la gauche radicale

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 avril 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

La peau de chagrin de la gauche radicale

J’aurais pu d’ailleurs dire « la peau de chagrin de la gauche tout court ». Jamais depuis 1958, celle-ci ne s’est trouvée à un étiage aussi bas dans l’opinion, moins de 25% au total (si l’on en exclut, bien sûr, Emmanuel Macron qui se déclare, tel feu Michel Jobert, « ailleurs » et refuse la latéralisation bipartisane du paysage politique) ; même en 1969, l’année terrible pour la SFIO agonisante (5,01% au premier tour pour Gaston Deferre), le PCF affichait un 21,27% qui ferait rêver Jean-Luc Mélenchon…

Le soutien officiel de Manuel Valls – faisant suite à celui, officieux, de Ségolène Royal – à l’ancien ministre des finances de François Hollande, souligne le hiatus dont le résultat de la primaire dite de la « belle alliance » était déjà le symptôme : le fossé infrangible qui désormais sépare un appareil et des élus centristes (hollandais) d’une base radicalisée mais sociologiquement rétrécie. Cette base file le – mauvais – coton de celle des travaillistes britanniques, qui ont réélu l’archaïque Jeremy Corbyn, revenant naphtaliné du paléo-étatisme des années 70 et meilleur gage de pérennité gouvernementale pour le parti conservateur. L’actuel naufrage de Benoît Hamon dans les sondages – il a dégringolé de 6 points depuis sa « victoire » – démontre que l’électorat dans sa globalité diverge dramatiquement de celui du PS.

Alors pourquoi ? Pourquoi cette purge, ce purgatoire de la radicalité progressiste, quand l’autre, la radicalité réactionnaire (MLP + Fillon = 45%) a, elle, le vent en poupe ?

Certes, on incriminera le quinquennat de Hollande, dont la volte face sur la déchéance de la nationalité, aggravée par le lever de bouclier que provoqua la loi travail, a transformé le parti d’Epinay en champ de bataille, voire en champ de ruines. Mais le mal vient de beaucoup plus loin. D’un point de vue gramscien, la bataille des idées a été définitivement perdue avec l’effondrement de l’URSS et la chute du bloc de l’est ; car ce n’est pas seulement le marxisme sous sa forme léniniste qui fut dès lors mis à bas, mais toute la matrice de la pensée de gauche, à commencer par ses valeurs premières, l’égalité et l’émancipation.

Le peuple – le démos populaire et populiste – n’a cure de l’égalité : pire il revendique l’inégalité des étrangers par rapport au Français (refus du droit de vote des premiers aux élections locales, repoussé sine die depuis 1981, tentation de la préférence nationale à l’embauche). Quant à l’émancipation, les Français lui préfèrent la protection : les droits des minorités de tous ordres passent après, bien après la sécurité – économique (protectionnisme), culturelle (identitarisme) – et naturellement la sécurité tout court, peur du terrorisme.

Les mouvements comme Nuit Debout ne doivent pas faire illusion : impressionnant médiatiquement parlant, leur socle n’en demeure pas moins minime numériquement : celui des « inclus », selon la classification de Patrick Buisson, « métropolitains » selon celle de Christophe Guilluy ; des diplômés, mais qui craignent un déclassement du fait de leur précarisation croissante. Suffisamment nombreux pour faire pencher la balance du côté d’un Hamon, dans le cadre – limité – de la primaire, ils ne sauraient constituer une lame de fond susceptible d’influencer une présidentielle.

La France n’ira jamais plus loin que le centre gauche, et encore, à condition que celui-ci – Macron – se présente comme « franchisé » de toute appartenance à la gauche de gouvernement antérieure.

La peau de chagrin, en réalité, se réduit à ce rôle de cordon sanitaire face aux droites extrêmes ou extrémisantes, auquel se voient réduits les progressistes qui entendent malgré tout résister.

La résistance donc, un combat d’arrière garde, mais qui a sa noblesse.

La balance d’Emmanuel (Kant)

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 01 avril 2017. dans Philosophie, La une, Politique, Société

La balance d’Emmanuel (Kant)

A : « Agis toujours de façon à ce que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle ». Tu sais qui a dit ça, bien sûr.

B : Oui Emmanuel Kant. J’ai appris ça.

A : Je me demande si ce n’était pas une recommandation empoisonnée.

B : Probable !

A : Tu comprends, s’il avait dit « Agis autant que tu peux de façon à ce que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle »…

B : C’est le « toujours » qui te gêne ?

A : Oui. Le « toujours » pose un impératif absolu. Si une seule fois, tu fais un faux pas, tu es mauvais, tu es nul. Enfin, c’est comme ça que je le sens…

B : C’est toi qui te l’imposes. Tout dépend comment on le prononce : Agis toujours peut très bien être seulement un conseil, une incitation à la vertu qui sous-entend une certaine indulgence. On sait bien qu’on ne peut pas être toujours vertueux. L’homme doit se fixer le but de se dépasser, d’être le plus souvent possible au mieux de ses possibilités, sachant que nous ne sommes que des hommes pétris de passions, donc de vices et de vertus.

A : Tu as peut-être raison. Mais tu vois, la religion chrétienne est moins catégorique en ce sens qu’elle prévoit la contrition, la confession et le pardon.

B : Oui mais elle interdit tout. Elle considère les erreurs des hommes comme des péchés et non comme des faiblesses inhérentes à leur condition.

 

Je transcris de mémoire, et probablement en y mettant mes mots plus que les tournures employées par les adolescents, cette conversation entendue récemment entre deux très jeunes gens. Admettons que le garçon s’appelle Arthur (A) et la jeune fille Béatrice (B). Respectons leur anonymat sinon leur intimité.

Il me semble qu’il y a cinquante ans, je me posais aussi ce genre de questions. Je me suis demandé comment j’y avais répondu au cours de ma vie. Je crois m’être efforcé en principe d’être kantien chaque fois que j’avais le sentiment de devoir être exemplaire. Pour mes enfants, pour mes collaborateurs, pour mes amis, pour moi-même. Mais je sais bien que j’ai eu souvent recours à l’indulgence d’un dieu dont je pouvais penser que s’il existait, il me pardonnerait mes faiblesses. Peu importait qu’il n’existât pas. Son indulgence, elle, était acquise. Kant pour exalter mes vertus et Dieu pour pardonner mes vices.

Place de la laïcité dans la République et la position des partis à l’égard des tentations communautaristes

Ecrit par JCall le 01 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Rencontre avec Laurent Bouvet, cofondateur et animateur du Printemps Républicain, mardi 28 mars à 20h30 au Cercle Bernard Lazare

Place de la laïcité dans la République et la position des partis à l’égard des tentations communautaristes

La question de la place de la laïcité dans la République et la position des partis à l’égard des tentations communautaristes font partie des sujets qui sont au cœur de la campagne présidentielle.

Pour nous éclairer sur ces questions, JCall organise mardi 28 mars à 20h30 au Cercle Bernard Lazare, 10 rue St Claude dans le 3ème, une rencontre avec Laurent Bouvet, cofondateur et animateur du « Printemps Républicain », mouvement de citoyens « déterminés à défendre et promouvoir, dans le débat public, la République et ses principes : l’égalité, la laïcité, la solidarité et la souveraineté ».

Laurent Bouvet est Professeur de Science politique (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et codirecteur du master « Métiers du politique et gouvernance territoriale ».

Observateur actif de la scène politique, Laurent Bouvet intervient souvent dans les médias et les réseaux sociaux, pour analyser et commenter les mutations douloureuses des différentes composantes de la Gauche française, et en particulier ses compromissions communautaristes.

Il publiera son dernier livre La Gauche zombie (Lemieux Editeur) le 21 mars.

Parmi ses ouvrages précédents : L’Insécurité culturelle (Fayard, 2015), Le Sens du peuple (Gallimard, 2012), Le Communautarisme. Mythes et réalités (Lignes de Repères, 2007).

Vous pouvez le retrouver sur son blog https://laurentbouvet.net/

 

CBL, 10 rue Saint Claude, Paris 75003 (M° St Sébastien-Froissart).

PAF 5 €. Entrée gratuite pour nos adhérents à jour de leur cotisation.

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JCall, le réseau juif européen pour Israël et pour la paix, est une initiative de citoyens juifs européens favorables à la solution « 2 Etats pour 2 Peuples ».

Profondément attachés à l’existence et à la sécurité d’Israël, ils voient dans la poursuite de l’occupation en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est une menace pour l’identité de cet Etat.

Ils sont à l’origine de l’Appel à la Raison lancé au Parlement Européen le 3 mai 2010 et signé depuis par près de 8000 personnes dont Daniel Cohn-Bendit, Alain Finkielkraut, Bernard Henri Lévy, (…).

Voir le texte de l’appel et nos informations sur notre site http://www.jcall.eu

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Ceux qui vont voter ; ceux-là...

Ecrit par Martine L. Petauton le 25 mars 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Ceux qui vont voter ; ceux-là...

Il vous est bien sûr arrivé – en riant, ou pas, en privé ou moins – d’oser ce : mais faut-il vraiment que le suffrage reste universel ?? Ce que d’autres résument – à peine le pli d’un sourire amer au coin de la bouche – par un tonitruant : il faut dissoudre le peuple…

Au cœur du malaise de la Campagne qui commence (officiellement, en fait depuis tellement longtemps en piste), est ce regard sur ceux qui s’apprêtent à voter demain ; vous aurez compris, ceux-là… et nous en face, sautant d’un pied inquiet sur l’autre douloureux, un blanc dans une main, un Macron dans l’autre.

Car, indéniablement, bien plus que les « dits », genre chanson de geste, multiples et caracolant, redondants, des Fillon, Le Pen – les deux bêtes noires de la pièce (ce que ça peut rabâcher, résumer, cette campagne ! un temps d’abstracts bien plus que d’analyses, le temps des tweets de Trump toquant à la porte…), bien plus que les personnes et leurs travers a-démocratiques épais comme camions, davantage même que le dessous plus qu’inquiétant de programmes que la foire actuelle empêche de lire à tête reposée, au-delà de tout ça, ce qui colore mes nuits blanches de cauchemars bien noirs, c’est – je vous le donne comme tels – la masse des gens qui vont voter pour « ça », qui en parlent, parfois énamourés, qui tracent, obstinés – foin des affaires-complots ! – vers ce qu’ils veulent être leur ligne d’arrivée. C’est le bruit de ces étranges légions en marche qui m’angoisse. Et le mot n’est pas trop fort, comme on dit des films horrifiques. Vous voyez, ces films où les visages se déforment sur fond de musique à vous scier les nerfs ; le petit chaperon rouge devient le loup, le chat (le chat !!) vire à la gueule du léopard… ça tient de ça, mes rêves actuels.

Parce que notre bon peuple valeureux, de nos livres d’histoire, de nos vies citoyennes et militantes, industrieux, manifestant au son du « tous ensemble » ; celui que, depuis la grande Révolution, on pose à gauche toute, celui qui a fait des kms à pieds pour aller voter la première fois, au suffrage universel masculin, en 48 l’éclairée, celui des barricades ici et là, des résistances plus souvent qu’à son tour, celui-là, m’sieur-dame, est sans doute parti sur la lune. A c’t’heure, la « candidate du peuple » est toute en dents de requin sous son drapeau bleu-marine.  L'autre soir, dans le débat TV où elle trônait, elle n'en pouvait plus de scander – moulin à prières à sa façon, ces – mais, le peuple a dit, mais le peuple ne veut pas, mais je défends le peuple qui... Le FN – celui du Nord, d’abord, qui chante « on est chez nous » pas seulement dans le remarquable film de Delvaux (à voir si ce n’est fait ; urgence citoyenne !) – a capté – dérouté serait le mot plus approprié – tout ce qui bougeait encore à gauche depuis des générations, dans les ruines du post industriel, post boulot, post dignité populaire. Il y a à présent un peuple qui marche au soleil et face découverte, à l’extrême droite, ni nazi, ni parfois même raciste, écœuré et déçu de tout, apeuré surtout pour le devenir de la nichée. Et c’est patent que pour nous, socialistes de crédo, Hollandais de raison, ce serait difficile de réciter en face de leurs colères la réalité des faits politiques d’un quinquennat, qui – ce n’est pas vrai ! – n’a aucunement préparé leurs tombes. Difficile, mais s’il y a demain dans la campagne, ou plus tard, à demeurer un militant, c’est – aussi – face à eux qu’il faudra tenter de se dresser, et c’est une litote que de penser que le vent sera fort. Quand je vous dis, cauchemar…

Mais – comme vous, sans doute – ceux-là, ça fait un p’tit bout qu’on les a repérés, analysés aussi. Dans notre serrage de gorge, on est – petite consolation – en terrain déjà connu (ce qui est de première importance dans toute guérilla). Par contre, la masse des autres…

Sociologie des deux droites

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 mars 2017. dans La une, France, Politique

Sociologie des deux droites

Sociologie, il s’agit des gens, des électeurs, et non des partis, dont la typologie – déjà ancienne (1954), mais toujours pertinente – faite par René Rémond demeure une référence.

Je me base – avant tout, mais pas seulement – sur les travaux du géographe Christophe Guilluy, Atlas des fractures françaises (2000), La France périphérique (2014), et Le Crépuscule de la France d’en haut (2016).

Guilluy distingue ce qu’il nomme la « France périphérique » – celle qui vit en dehors des grandes agglomérations (fuyant les centre-ville trop chers et les banlieues ghettoïsées) et souffre de la révolution numérique globale à laquelle elle est inadaptée – de la « France métropolitaine », la France de ceux qui habitent Paris ou les métropoles régionales, pas forcément des très riches, mais des cadres formés au nouvelles technologies et à l’aise dans le monde qui vient. Ce clivage recoupe celui forgé par Patrick Buisson, qui parle, lui, des « inclus » et des « exclus ». Bien entendu, les polarités périphérie/centre et inclusion/exclusion ne corroborent pas le positionnement droite/gauche : il existe aussi – évidemment – des exclus, comme des inclus, de gauche. Mais le décalage de l’ensemble de la société vers la droite prend chez les uns et chez les autres une coloration différente.

J’opposerai ainsi les populistes aux élitistes conservateurs.

Les populistes sont confrontés à un dilemme, à ce qu’on appelle en anglais un « double bind », et que Buisson, dans son dernier livre (La Cause du peuple, recensé par moi sur RDT), qualifie de « face à face métaphysique opposant les partisans de l’illimité aux gardiens de la limite ». D’un côté, en effet, un désir de briser des tabous (perçus comme autant de limitations) – l’antiracisme, l’idéal d’égalité – d’où la prégnance des thèmes de l’identité et de l’éventuelle préférence nationale ; mais de l’autre, un besoin de se voir rassuré par des frontières on ne peut plus « limitantes » : frontières économiques (le protectionnisme), politiques (frontières tout court, sortie des traités européens), culturelles (défense sourcilleuse de la laïcité, condamnation du multiculturalisme et islamophobie). Le Front National et ceux qui l’imitent, excellent dans cette coincidentia oppositorum, cette coïncidence des opposés.

A l’inverse, les élitistes conservateurs se définissent essentiellement par la réaction.

Réaction contre l’Etat providence, supposé asphyxier l’économie et les ménages ; d’où une exigence de dérégulation (démanteler le Code du travail), de moins d’impôts (suppression de l’ISF, diminution des charges pesant sur les entreprises), avec, parallèlement, une exaltation du travail, dont le temps légal devient alors la mesure de la vertu ou, au contraire, du vice.

Mais également, et non moins, réaction contre Mai 68 et la permissivité sociétale qui en résulte. Le rejet de la loi Taubira, la Manif pour tous et le développement de groupes de pression « catho tradi », tel Sens commun, en sont la traduction.

Sur un plan politique, ces élitistes conservateurs – des inclus métropolitains – se retrouvent parfaitement dans le programme de François Fillon. Ils formèrent l’essentiel du rassemblement en sa faveur, au Trocadéro, le 5 mars de cette année.

Patrick Buisson, d’ailleurs, avait remarquablement prévu la défaite de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite : celui-ci tenait un discours populiste, s’adressant aux « exclus », alors que ceux qui se déplaçaient pour aller voter appartenaient dans leur écrasante majorité aux « inclus », élitistes et conservateurs à la fois. Fillon était de la sorte leur candidat naturel. Les deux catégories divergeront lors du second tour de la présidentielle : les populistes, cela va sans dire, confirmeront leur vote du tour précédent pour Marine Le Pen ; mais les élitistes conservateurs inversement se diviseront en fonction de leur haine dominante : les uns, préoccupés d’abord de mœurs, voteront FN (quoique ce dernier abrite en son sein les tendances contradictoires de Florian Philippot et de Marion Maréchal-Le Pen), tandis que les autres, soucieux davantage d’argent, porteront leurs suffrages sur Emmanuel Macron.

La droite d’en haut et celle d’en bas en quelque sorte…

Présidentielles ; noir, c’est noir

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 mars 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Présidentielles ; noir, c’est noir

…Chantait Johnny, bêlant, là-dessus, un « il n’y a plus d’espoir », si j’ai bonne souvenance… Atmosphère…

…Noir, bien sûr, comme ce qui qualifie l’offre formidablement déroutante, la période, les questions sans réponses ; des points d’interrogation, en guise de seule ponctuation. Noire, la couleur de tout, de matines en JT du soir (si, d’aventure, on ne prend pas les infos de midi, on perd le fil). Noir-suie ; genre on voit rien, on respire mal (vraiment loin de l’Outrenoir du Seigneur Soulages).

Chacun s’accorde à en convenir : nous sommes dans la campagne électorale la plus sombre, indécise, la plus ahurissante, grotesque et par moments pitoyable, de la Vème République. Drôle de tableau pochoir coloré quasi uniquement au « contre ça », la menace FN, bien entendu.

Un couloir de cave, mal éclairé, aux pavés disjoints ; des chausse-trappes à gogo, partout, et en guise de sol, du glissant, du moisi… une odeur, je ne vous dis pas ; mais où-c’est-y-que je m’en vais poser mes cartons d’archives – moi, qui émerge à peine de mon déménagement, ça m’inspire…

Vous, je ne sais pas, moi, j’ai un mal fou à me repérer dans la chose, pour tout dire, à certains moments, je n’y vois goutte. Dans un peu plus de 40 jours, les urnes ! C’est peu dire que c’est bien ma première année d’électrice vaccinée, où j’en suis là (« tombée là » disait-on chez moi) : un mélange d’épuisement, de lassitude intense, d’absence de route en vue ; une espèce de coupure nette dans l’arrivée d’énergie, moi, dont la passion pour la chose publique était d’ordinaire à un niveau plutôt de bon aloi, en intérêt, voire en enthousiasme, quand sonnait l’heure des Présidentielles en partance. Bernique, tout ça ; oublié, loin dans des siècles passés. J’ai comme l’impression, parfois, qu’il ne manque plus que le service psychologues pour traumatisme, auprès de nos hésitations et de notre désarroi parkinsoniens.

Cul par dessus tête, la temporalité de la campagne, et c’est peut-être là que siège une partie du malaise – le mien, c’est sûr. Une autre dimension. Quelque chose d’un voyage intergalactique, ses troubles, et par pulsions, sa bizarre et dangereuse euphorie. Une musique contemporaine, aussi, sérielle, par moments, tuant certaines oreilles, en ravissant d’autres. Assurément, guère harmonieuse. Coups d’accélérateurs – on s’en souvient à peine – depuis le « se présente ou pas » du Président, suivi de son renoncement début décembre (combien de jours, au fait, cette Préhistoire là ?) ; symphonie – concertante, je n’oserai dire – des Primaires de la Droite. Résultats à la hauteur des amateurs d’émotions fortes. Primaires de la gauche, dans la foulée. Re-résultats ; re-grand huit des manèges. Valls au cœur de la tourmente ; mais, Valls, qui s’en souvient à c’t’heure… ? Et puis le roman Fillon ; mieux que les « mystères » d’Eugène Sue le feuilletoniste ; même process, l’écriture au jour le jour du suspense du moment… la totale du manège. En une pincée de jours – autour de 30, pas plus – tout le « plus belle la vie » d’un quinquennat entier, ses personnages, ses presque morts, puis résurrections fulgurantes, ses répliques « tellement vraies » : « mais c’est qu’ils vont me le faire suicider ! » frissonnait une vieille voisine au fond de mes bois de Corrèze… Dans une même journée, des retournements dignes d’Agatha ; démissionne, renonce, s’accroche (et se ré-accroche), plan B, C, que sais-je ; tous les mardi, un Canard, tous les soirs, un C dans l’air vibrant… elle est pas belle la vie du militant de gauche, donné mourant, il y a peu, qu’en peut plus de ce Noël juste un peu en retard ! C’est vrai qu’on s’amuse, jusqu’au moment – pile – où on s’arrête de rire devant ce passage imminent de la démocratie (la nôtre aussi, bigre) dans son cercueil. Quant à la Droite « raisonnable » des alternances, celle de gouvernement, celle des Institutions respectées et du pouvoir judiciaire reconnu, je ne vois guère plus que Juppé pour tenter de lui correspondre, et ce jour, je l’en remercie.

Le spectre des années 30, vraiment ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 11 mars 2017. dans La une, Politique, Société

Le spectre des années 30, vraiment ?

La gauche (Benoît Hamon) et la presse de gauche, Mediapart en tête, bruissent d’une rumeur qui leur donne le frisson : et si Marine Le Pen gagnait ? Adjurations aux deux candidats rivaux, Hamon et Mélenchon, de faire cause commune pour conjurer le danger…

La situation en est presque risible. D’abord, même si Mélenchon se retirait, Hamon ne serait malgré tout pas présent au second tour. L’arithmétique virtuelle (15+11=26) induit en erreur. La gauche radicale ne pèse pas un tel poids ; d’autant plus que la déperdition de voix serait grande : les socialistes modérés ne voteraient jamais pour Mélenchon, et le Front de gauche quant à lui ostracise tout ce qui émane du PS, y compris les frondeurs. Au mieux, pareil – improbable – attelage parviendrait péniblement à 20%, très loin derrière les deux premiers (Le Pen et Macron).

D’ailleurs, la ficèle paraît un peu grosse, MLP=Hitler ? Soyons sérieux, il n’y aurait ni incendie du Reichstag, ni nuit des longs couteaux, ni camps de la mort. Certes, il y aurait des heurts (comme aux Etats-Unis suite à l’élection de Donald Trump) ; certes il y aurait des morts, type Malik Oussekine ; certes les institutions trembleraient sur leur base (MLP utiliserait-elle l’article 16 ? Celui de la dictature provisoire ?).

Mais bon, MLP passerait bien un jour, tout comme passera Trump… la grosse ressemblance par rapport aux années 30 se trouve ailleurs. Il y a une droite ! Pas seulement une extrême droite, une droite qui se proclame telle. Dans le sillage de Vichy et de la collaboration, l’étiquette « droite » était devenue honteuse. Cela dura 30 ans. Tout recommença à la fin des années 70 avec Alain de Benoist et la « nouvelle droite », ses groupes de pression (le Club de l’Horloge) et sa presse (le Fig-Mag version Hersant). La montée en puissance du FN tout au long des années 80 et 90, puis la dédiabolisation par l’héritière de la dynastie contribuèrent également à la renaissance droitière ; mais le tournant décisif fut pris par Sarkozy sous la houlette de Patrick Buisson. Ce dernier avait bien compris – il le dit très clairement dans son dernier livre – que seul l’entrisme, c’est-à-dire la diffusion des idées extrêmes depuis l’intérieur d’un parti respectable qui ne fait pas peur, pourrait ultimement aboutir au triomphe tant attendu. Buisson ne se trompait pas : grâce à lui, le thème de l’identité a été lancé.

D’un point de vue gramscien, dans la lutte idéologique, la droite est redevenue dominante. A l’inverse de l’entre-deux guerres, il n’existe plus d’équivalent à ce qu’était à l’époque le marxisme, en pleine ascension. La société sans classe, l’avènement du prolétariat, la lutte contre la bourgeoisie, tout cela ne fait plus recette. Ce qui a pris la suite – les droits de l’homme, l’antiracisme, le combat contre les discriminations en tout genre – ne fédère pas, voire même clive ; l’antiracisme est battu en brèche et pas seulement par l’extrême droite. Il suffit de lire et d’écouter Alain Finkielkraut sur ce point.

Alors oui, la gauche, dans un état de faiblesse sans précédent, peine à reprendre souffle et à mobiliser. La droite, revigorée, a carte blanche pour avancer ses pions. En cela précisément, la situation diffère radicalement de celle des années 30.

Le risque actuel est sans commune mesure avec celui d’autrefois ; mais les forces capables de s’opposer à ce risque sont peu de choses par contraste avec ce qu’était la gauche d’alors.

Une sorte d’immunodépression intellectuelle en quelque sorte…

Bien cher François,

Ecrit par Lilou le 04 mars 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Bien cher François,

Bien entendu ton discours de Paris confirmant davantage la permanence de l’hiver des Républicains à défaut du printemps qui tarde à leur pointer le bout de son museau. Si j’ai bien tout compris, la parole sera donnée au peuple, surtout pas à la justice. Au fait, étant du peuple qui ira voter, je me permets de te tutoyer, je n’ai pas l’éducation de la bienséance, ni celle des courbettes d’ailleurs, et puis je sais que ça t’énerve aussi. Alors à moi ça me plaît.

Bon, dans ton discours, tu détruis la justice ! Pour son calendrier, si je comprends bien, c’est jamais le bon moment. C’est vrai qu’avec la somme astronomique des mandats que toi et tes collègues vous vous coltinez dans votre besace à géométrie invariable, vous avez toujours qui traîne soit une élection, soit une primaire, soit un conseil d’administration, soit un dîner de ceci ou de cela, soit un discours à la Castro, soit un comité de pilotage, soit un comité directeur, soit un bridge en famille. Y en a qui disent tous les soirs qu’elles ont mal à la tête, y en a d’autres, comme toi, qui disent tout le temps que c’est pas le moment. C’est certain que dans ce cadre-là aussi, le calendrier de la justice tamponne toujours tes autres calendriers et que même je sais pas comment tu fais pour faire tant de trucs à la fois aussi intelligents. Au fait, la dernière fois que j’ai fêté mon anniversaire, j’ai pris une prune pour excès de vitesse ! La gendarmette, à qui j’ai imploré la clémence eu égard à ce jour si spécial, doit encore en rire… François, c’est jamais le moment quand on se fait prendre les doigts dans le pot de confiture. Tu es né vieux ? Tu n’as jamais été enfant ?

A propos du calendrier de la justice, j’ai pas compris que tu critiques sa vitesse de la lumière, toi qui pour Sarko l’ancien voulais accélérer les procédures et te plaignais sans cesse de son temps démesurément long ! Faudrait savoir !!! C’est jamais le bon timing pour toi, soit c’est trop long, soit c’est trop rapide ! Je crois avoir entendu exploser de rigolade Nicolas sur le coup de 12h30 quand t’en as presque parlé du temps judiciaire. Dirais-tu qu’en ce moment la justice se comporte comme un éjaculateur précoce que ça m’étonnerait pas et qu’à toi ça te plaît pas ! T’as jamais entendu parler de la séparation des pouvoirs qui fait que tu t’émoustilles dans un monde séparé du monde judiciaire ? Bon, je te comprends aussi, toute la famille de Sablé aux prises avec des arpenteurs de bonnes mœurs du travail et de la loi, ça gonfle un peu ta taulière quand même. Et pis t’aurais pu dire plutôt ce que tu en penses vraiment de la justice ! Et que de cette pensée savamment cultivée le long de tes usages, y a plutôt des gens qui ne devraient pas devoir être obligés de passer devant des hermines pas rigolotes parce qu’elle te regardent comme si tu leur devais de l’argent. Des comptes plutôt, et au nom de la loi en plus…

Mais bon, ça fait un peu lourdingue tes explications parce que si c’est tout à fait légal que d’utiliser le flouze de l’assemblée Nationale pour payer tes petites mains pour tous tes milliards de boulots, ça fait quand même cher le bulletin de salaire pour sa Pénélope (même quand on s’appelle pas Ulysse) et ses chérubins. Surtout quand on dit que dans ta France de demain, faudra que tout le monde fasse des efforts… Au fait François, où t’as donc mis le grisbi ? Parce que 1 million d’euros de salaire pour Madame, probablement autant pour toi, mille dieux que ça t’en fait une de cagnotte ! T’es sûr que tu as tout planqué sous ton matelas de Sablé (sur Sarthe hein, pas de Nançay malheureusement…). T’es sûr que t’as pas du cousinage avec Le Cahuzac quand même… ? Nous, quand on vit tout en bas de l’échelle, on se dit que quand on va exploser le loto et qu’on va repartir avec 1 million d’€ en pogne, on va pouvoir vivre toute une vie confortablement installés sur ce matelas. J’arrive pas à imaginer de pouvoir dépenser tout ça en une quinzaine d’années ! Avec ta leçon de pouvoir le faire dans ce temps-là, on voit quand on en a du fric, ça part aussi vite qu’une convocation chez les juges. Autant rester pauvres alors ! Et riches de plein d’autres trucs.

Populiste, avez-vous dit ?

Ecrit par Lilou le 25 février 2017. dans La une, France, Politique

Populiste, avez-vous dit ?

Mais qu’est-il passé par la tête de ce si prometteur Macron qu’en ces mêmes lignes j’avais baptisé le Giscard de Gauche ? La colonisation est un crime contre l’humanité… Pour éclaircir la chose, plus familiale que jamais avec mon pied noir que je préfère plus à gauche qu’à droite, j’ai donc invité mon criminel contre l’humanité de père pour le passer à la moulinette de mon tribunal.

Midi ce samedi, je piaffais d’impatience ! Le visage lacéré par des nuits sans sommeil à ressasser mon nom et mon sang de « là-bas », pour ne pas dire cette descendance que je ne me connaissais pas de si cruelles intentions, j’attendais à la porte de chez moi que la cloche sonne l’entrée du condamné macronisé en direct d’Alger. Espérant ce criminel découvert à la vitesse d’un tombeau ouvert, je pourrais enfin me comporter en juge de Nuremberg, la larme à l’œil du plaisir non feint d’agir pour l’humanité. Je n’attendais qu’une seule chose de ces longues minutes précédant sa présentation devant ma toge rouge flanquée d’Hermine : que le criminel pointe le bout de son crime et que forcément il en expie son bulletin de naissance et tant qu’on y était aussi, ses parents, ses grands-parents et tous les chiens qui avaient été les leurs. Planqués sous la table basse, mes couteaux étaient aiguisés de la pierre de l’inquisiteur, j’y avais mis du reste toute mon âme de bras vengeurs et macroniquement guidés. Pour faire passer la dernière anisette comme Bernard Gui aurait fait passer la sainte huile sur des bras pelés, mes goutes de curare et de cyanure attendaient calmement auprès de mon jugement dernier. Ce serait froid, rapide et sans concession. Un criminel contre l’humanité, ça se boit très frais et vite.

Midi et quelques brouettes ce samedi… La première anisette ne servit qu’à amener la seconde qui ne servit quant à elle finalement que de prétexte à la dernière devant ouvrir les agapes nappées de Cumin, de Piment rouge et de Cannelle. Sur la table était posé simplement un bouquet de Jasmin venant du jardin de mon grand-père, criminel de guerre lui aussi mais bon, disparu dans les affres du grand âge il y a quelques années, et surtout totalement ignorant de son statut épique de criminel contre l’humanité. Nous sommes en tout cas certains, mon père et moi, que de là où il est, et en digne héritier de la 1ère armée d’Afrique qui lui fit traverser l’Italie nazie entre 1942 et 1945, il doit en donner des louches et des calbotes à ses « confrères » pendus de Nuremberg… Il doit en donner tellement même, et tous les jours en plus (en fait le connaissant très bien, aussi souvent que possible plutôt), qu’il doit en avoir des crevasses à ses péniches de menottes trempées dans l’acier des gens de bien.

Elève Macron Emmanuel… Savez-vous qu’à un oral d’histoire du bac et concernant une question sur la colonisation, si vous m’aviez répondu que la colonisation était un crime contre l’humanité, je vous aurais renvoyé vers une plus vaste réflexion sur de l’anachronisme en histoire ? Je vous y aurais renvoyé parce qu’au-delà de répondre totalement à côté de la question, je n’ose vous rappeler que la discussion historique doit avant tout ouvrir son sujet et ne pas le refermer à son seul jugement, votre réponse nous entraîne une fois de plus dans les actes de la contrition sans fin. Alors oui, je vois bien que dans les phrases qui ont suivi et pour tenter de limiter la casse, votre concept (votre buzz plutôt) a glissé et que de colonisation/crime contre l’humanité on passe à Guerre d’Algérie/crime contre l’humain… Mais trop tard, en tout cas en ce qui me concerne. Brillant vous êtes, politicard du système vous restez. Et hélas, c’est bien là qu’est l’os.

Mimoum… Macron et Mimouna : Les trois « M »+1

Ecrit par Ahmed Khettaoui le 25 février 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Mimoum… Macron et Mimouna : Les trois « M »+1

Dans une déclaration à la presse nationale et internationale, lors de sa visite récemment à Alger, Emmanuel Macron qualifie officieusement les crimes du colonialisme français en Algérie comme « actes de barbarie » intolérables sous des gants en soie et en fer, avant d’assommer la salle de conférence de l’Hôtel Aletti à Alger par cette multi-déclaration à double sens…

Citation : Macron – « La France a importé la déclaration universelle des droits de l’Homme en Algérie, mais elle a oublié de la lire ».

Je tiens à signaler dans tout cela que je ne suis ni politologue ni élu à la présidentielle. Je suis qu’un humble digne prénom classique, traditionnel, qui s’ajoute à Mimoun, ce dernier qui veut dire en langage courant algérien : présage ou chance.

Une voix de l’autre rive s’éveille. Elle s’échauffe tel un joueur remplaçant dans une compétition de Rugby : lance dans un cri strident, qualifiant cette déclaration « d’indigne ».

La polémique n’est pas du tout là, tant elle est ailleurs et autrement.

Dans le mythique et la mémoire populaire orale algérienne, notre patrimoine honore et qualifie Mimouna comme étant héros de la naïveté et la sérénité, voire la candeur. Sa traduction en français : Mon Seigneur me connaît et moi je digne à mon Seigneur et je le connais ». Avec cette répétition styliste simple, je traduis cette phrase de Mimouna adressée à son Seigneur et le nôtre.

Mimouna « la naïve » ; cette servante spirituelle, en outre, n’a jamais pratiqué la politique ni la démagogie… Elle faisait toutes ses pierres à base de cette simple phrase, telle une marmite à une seule « sauce » qui se répète à chaque « cuisson » ainsi que son ablution.

Chez les vieux illettrés chez nous aussi, on entend souvent ce mot « macro » qui se répète à chaque fois, signifiant chez eux : malin… or, sa signification et utilisation désignent autre chose.

En somme : Mimoum, Mimouna et mon imaginaire qualifient tout mon bavardage sus cité par un autre « bavardage » voire un soulèvement de sable et d’herbes par des lièvres et qui s’appelle tout simplement selon leur échelle compréhensive, méditative, « campagne électorale », soit ici, ou dans l’autre rive de ce bassin méditerranéen.

Ces 3 « M »+moi, porteurs de turbans, ne connaissent ni « Groupe des huit » ni groupe des sept… ou en abréviation : G8 et G7.

Point à la ligne.

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