Politique

Un discours qui va changer l'Algérie

Ecrit par Kamel Daoud le 18 avril 2011. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Un discours qui va changer l'Algérie

Bouteflika a parlé. C'est-à-dire qu'il a lu un discours de quinze feuillets en croisant à peine deux fois le regard avec le peuple. Et au fur et à mesure que la pile de feuilles maigrissait à sa droite, maigrissait l'espoir de l'entendre dire quelque chose d'aussi spectaculaire que la déclaration de novembre-bis.

On a appris donc que la Constitution allait être révisée, mais selon lui, ou par le biais d'experts à lui, avant de passer par un Parlement qui n'est pas à nous. On y a appris que la loi électorale allait être changée, mais sans toucher à l'autre loi qui fait loi depuis la dissolution du GPRA : c'est le peuple qui vote mais c'est le Pouvoir qui élit. On y a appris que la lutte contre la corruption continue mais sur la lune. On y a appris qu'on va décentraliser mais dans les airs. On y a appris que la loi sur les partis va être revue mais selon les partis qu'on n'aime pas et qui ne nous représentent pas.

Le discours de Bouteflika est donc venu, mais en retard, après Ben Ali et Moubarak et dix mille émeutes et deux cents ans de silence et d'indifférence. A la dernière feuille de ce monologue, les Algériens ont compris qu'ils sont toujours seuls, que leur vie après la mort va être longue et vide et que rien ne change pendant que le monde change si vite avec des vieillissements brusques et des rajeunissements miraculeux, mais ailleurs que chez eux. Déception donc, lassitude et de la peine.

Le retour de l'image brune ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 18 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, La une, France, Politique

Le retour de l'image brune ?


Les images, les photos, nous, les « gens d’Histoire », ça nous connaît ! Des photos soviétiques où – tiens ! – disparaissait un des personnages, au temps blanc/glace des purges ; du gamin à casquette, poussé dans le troupeau au bord de son train de la mort ; des hurlements de la fillette, sous le napalm des palmiers vietnamiens…

On a, très tôt, fait comprendre à des cohortes d’élèves que l’image, « ça s’apprend » et sa sémiologie a – bien autant, sinon plus que d’autres matières – été classée, tout en haut des objectifs. Le portrait de Louis XIV en habits de sacre, le Mitterrand dans la bibliothèque, « ça cause », oriente et veut dire, mieux et plus que tout autre instrument de communication !

On travaillait, avec les élèves, je me souviens, sur une photo de Mussolini : contre-plongée, du bas vers le haut (le spectateur est à ses pieds) ; personnage immense et dominateur ; vue imprenable sur le fameux menton, du coup, presque vivant : tout le fascisme sourd de cette image-là.

Alors, quand sur Google – DSK – images – on tombe sur celle-là, maintenant ! On est scotché.

Reflets de la semaine (48)

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 18 avril 2011. dans La une, France, Politique, Actualité

Reflets de la semaine (48)

Où l'on reparle de Domenech, qui réclame près de trois millions d'euros aux instances du football pour " licenciement abusif " ... Ne serait-ce pas plutôt lui qui abuse ? Manifestement, tout cela manque de panache et transforme le foot en " gêne et râle " !

Nicolas Hulot a aussi, d'une certaine manière, manqué de panache, l'autre jour, en annonçant sa candidature à la présidentielle de 2012. Le vert étant la couleur de l'espérance, qu'est-on en droit d'attendre de son engagement ? Incontestablement, c'est le personnage médiatique qui l'a emporté sur " l'homme politique ", dont le discours ressemblait plus à un inventaire à la Prévert qu'à un véritable programme !

Du côté de République solidaire, Dominique de Villepin a, comme d'habitude, fait preuve d'un lyrisme appuyé en présentant la feuille de route de son parti. De belles envolées pour un tribun hors pair ! Dans " La nuit de mai ", d'Alfred de Musset, la Muse - la République ? - s'adresse au Poète : " Poète, prends ton luth et me donne un baiser ". A la fin, le Poète lui dit en substance : " (...) L'homme n'écrit rien sur le sable / A l'heure où passe l'aquilon ... " Rappelons que, chez les Romains, Aquilon était le dieu des vents froids et violents, et qu'il était représenté sous les traits d'un vieillard aux cheveux blancs en bataille !

Le grillage à la place de l'état d'urgence

Ecrit par Kamel Daoud le 15 avril 2011. dans Monde, La une, Politique

Le grillage à la place de l'état d'urgence


Tout le monde le pense : avec la dernière marche réussie des étudiants à Alger, un sursis vient d'expirer. Celui accordé par les Algériens au Régime actuel. Ce dernier, confiant dans sa confiance éternelle, a cru que le vent panarabe de la Révolution ne le concernait pas, que la menace a expiré que, à cause de la faible mobilisation derrière la Coordination pour le changement et la Démocratie, les Algériens n'étaient pas tentés par la Révolution. Erreur : « La mèche n'était pas la bonne mais cela ne veut pas dire que la bombe n'existe pas » a résumé, avec brio, un prof d'université. Le règne de Bouteflika a donc usé cette dernière chance qui lui a été donnée depuis les émeutes dites de l'huile et la fuite de Benali le voisin et semble avoir épuisé les méthodes de la Contre-Révolution avant même la Révolution.


Peut-on "dire" un génocide ? (7)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 15 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Politique, Histoire

Peut-on

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Alors je dois dire la violence, laquelle ne « consiste pas tant à blesser et à anéantir » (80) (rendant ainsi notamment noir fragmentaire « la belle lumière de la santé » (81)) « qu’à interrompre la continuité » (82) des êtres, laquelle consiste à accomplir ou faire accomplir des actes qui sont à même de « détruire toute possibilité d’acte » (83) : la finalité de la violence est l’absence de violence, de toute possibilité de violence (c’est-à-dire, intrinsèquement, de rébellion) pour le sujet victime.
En effet, la torture « n’est pas réductible au catalogue des violences et agressions physiques et psychologiques. Celles-ci ne sont que les moyens et les instruments d’un système lucide et bien articulé qui tend à détruire les croyances de la victime, à la dépouiller, en tant que sujet, de la relation à soi-même, à ses idéaux, à sa mémoire » (84). Tout rescapé est un Ulysse, « sans autre Ithaque qu’intérieure » (85), mais une Ithaque qui soit à ce point intérieure qu’il ne la retrouvera sans doute jamais. Et quand il revient, on ne l’attend pas, on ne le reconnaît pas. Quand il revient, c’est « avec les vêtements d’un autre, le nom d’un autre » (86). Alors, quand il revient, il ne peut que chuchoter, en pleurs : « Si tu me regardes, incrédule et dis : Tu n’es pas lui, je te montrerai des signes et tu me croiras » (87).

L'Afrique et la démocratie

Ecrit par Luc Sénécal le 15 avril 2011. dans Monde, La une, Politique

L'Afrique et la démocratie


Selon les nouvelles données qui nous sont fournies par les évènements récents, il semblerait que la notion de « démocratie » pour qu’une nation se détermine elle-même non plus par le « pouvoir acquis » mais par le peuple, commence à émerger et entrer en conflit avec l’idée que certains dirigeants s’en font pour asseoir leurs privilèges.

Le principe de « démocratie » tant vanté par ceux-ci, n’a jamais eu d’autre but que de permettre d’accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat. Et ainsi de constituer un corps de fonctionnaires asservis et intéressés aux dividendes et autres prodigalités obtenus par l’exploitation des ressources du pays et par les aides extérieures accordées pour des raisons politiques, économiques ou simplement humanitaires.

Reflets de la semaine (47)

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 15 avril 2011. dans Monde, La une, France, Politique, Actualité

Reflets de la semaine (47)


A un an environ de la présidentielle, c'est la valse des prétendants, et Dieu sait s'ils sont nombreux ! L'UMP est au bord de l'implosion, et de nombreux " électrons libres " ont décidé de ne plus graviter autour du noyau central. Ainsi Jean-Louis Borloo et Dominique de Villepin sont-ils sur le point de " déclarer leur flamme " à la République. Marine Le Pen les a précédés, brandissant son oriflamme. François Hollande, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon sont déjà dans les starting-blocks, prêts à en découdre. Martine Aubry, Ségolène Royal et DSK occupent encore les vestiaires, mais ils ne tarderont pas à pénétrer sur le terrain ... Quant à Nicolas Hulot, le voici qui s'engage sur la pelouse vert pistache, dans l'espoir de sensibiliser le plus grand nombre de supporteurs aux maux dont souffre la planète bleue !


Afrique, le monde d'après

Ecrit par Matthieu Baumier le 11 avril 2011. dans Monde, La une, Politique

Afrique, le monde d'après


Deux années dans le vrai monde, ça rend moins réac. C’est ce que je pensais, vers six heures, en posant mon sac sur la table d’un bistrot de l’aéroport d’Amsterdam, le jour du retour. Impression de le connaître cet aéroport, comme un frère, une maîtresse plutôt, oui, l’une de ces maîtresses chez lesquelles on est passé plusieurs fois, un peu vite, heureux de revenir de temps à autre. Je regarde les lumières, les distributeurs de tout, de rien, les écrans, je regarde le bruit, étrange cela, et pourtant je le fais, j’observe le bruit. On regarde le bruit quand on revient du monde des autres bruits. Là-bas, c’est la mort. Pas la mort aseptisée, pas la mort cachée, même pas celle des proches, de la famille et cetera, comme ici, là-bas ce n’est pas la mort d’ici, pas la même mort. Là-bas, c’est la mort dans la vie, la mort au quotidien, la crevure sous les yeux, à chaque instant ou presque. On meurt de rien, là-bas, juste d’être né là-bas c’est tout. Michel Crépu me demande de dire ce là-bas, cette Afrique, cette vie, ces deux années en Afrique, alors les mots je vais les dire, je vais les écrire et. Quoi ? Je ne sais pas. Je ne vois pas bien quels mots peuvent traduire réellement la réalité de là-bas, celle qu’on ne comprend pas en fait. Comment saisir ce qu’est le monde d’après le monde des hommes ?

Reflets de la semaine (44)

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 04 avril 2011. dans Monde, La une, France, Politique, Actualité

Reflets de la semaine (44)

 

Décidément, le mot " croisade " revient en force. Après Claude Guéant, c'est au tour de Kadhafi de déclarer que " s'ils (les Occidentaux) continuent, le monde rentrera dans une véritable croisade ... " Et d'ajouter : " Ils ont décidé de lancer une seconde croisade entre musulmans et chrétiens à travers la Méditerranée " ... Bigre ! Serions-nous à l'aube d'une contre-croisade ? Même si ce ne sont là que " mots croisés ", espérons qu'ils n'auront pas plus d'impact qu'un pétard mouillé ou un coup d'épée dans l'eau !

L'Afrique bouge, tremble, principalement à cause des révolutions arabes, dont le devenir est encore incertain ... En Côte d'Ivoire, les partisans de Gbagbo et les pro-Ouattara s'affrontent, " se renvoient les balles " ... Hélas, les prières qui sont dites à la basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro, voulue, rappelons-le, par Félix Houphouët-Boigny, n'y pourront sans doute pas grand-chose !

Quels fondements à la légitimité politique ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 janvier 2011. dans Philosophie, La une, Politique

Quels fondements à la légitimité politique ?

En politique, est légitime tout gouvernement constitué conformément à la règle de droit édictée par l’autorité suprême. En démocratie, cette autorité est le peuple. L’article 2 de la constitution de 1958 précise même : « le principe de la République est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » ; et l’article 3 confirme : « la souveraineté nationale appartient au peuple ». La différence entre souveraineté nationale et souveraineté populaire est mince : la nation, en droit constitutionnel, inclut l’ensemble des citoyens passés, présents et futurs ; de fait, ce sont les citoyens actuels qui sont les dépositaires de la souveraineté. Le grand théoricien de cette idée, Rousseau, définit d’ailleurs le souverain, le peuple, comme une personnalité corporative, sur le modèle de la théologie paulinienne de l’Eglise-corps du Christ. « Il est impossible que le corps puisse nuire à ses membres. Le souverain, par cela même qu’il est, est toujours ce qu’il doit être » (Du contrat social, livre I, Chap. VII). Bien que le terme ne soit pas employé, c’est bien d’infaillibilité qu’il s’agit : pas plus que l’Eglise, pour saint Paul, le peuple, pour Rousseau, ne peut se tromper.

Le peuple souverain serait ainsi la source ultime de la légitimité … Vox populi, vox dei ?

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