France

Education : où vont les chemins Blanquer ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 janvier 2018. dans La une, France, Education, Politique

Education : où vont  les chemins Blanquer ?

Un peu comme ces chemins forestiers, dont on se demande s’ils vont aller – longtemps – quelque part, et s’il y a risque de rencontrer le loup… sont les chemins de Jean-Michel Blanquer, notre ministre de l’EN, celui qui, à croire quelques sondages, serait le préféré, le chouchou des Français, dans ce poste ou ce rôle. Plutôt ce rôle, car, en ce domaine comme en d’autres, ce sont bien les rôles que distribue le metteur en scène Macron ; signaux plus que vraies décisions, affichages et drapeaux, bref, la couverture soignée et 3 lignes d’intro plutôt que le livre complet. Même en admettant que, supprimer le portable dans les cours de récré (dont on sait malheureusement à quel point cela sera compliqué sinon impossible tel que dit dans la loi), ou le rétablissement des blouses – lol au centuple – soient ce qui mobilise les applaudissements des foules, sensibles également au côté CPE-surveillant général qui « en a » du personnage, face au sourire « inoffensif » de la précédente dans le poste ; même en limitant cette popularité à quelques affichages bâclés, cela interroge une fois encore, mais plus qu’avant, sur la nature des demandes en France en termes d’éducation, et sur les positionnements ou postures des ministres pour y répondre… On avance, on avance ??

Dès son entrée en piste, dans le gouvernement où étaient censées se mélanger en un joyeux camaïeu de couleurs, et la droite, et la gauche, lui, au moins, c’était clair : pour nous, membres de la communauté éducative, grincements de dents : ouh là ! En voilà un qui habitait de longue mémoire deux ensembles de qualificatifs : – très (très) à Droite, et réac bon teint (je précise que c’était l’avis aussi de certains membres de son camp !). Il suffisait de se souvenir de deux ou trois marqueurs ; par exemple ce projet de repérage des élèves en risque pour les apprentissages dès la maternelle (2009, il est alors directeur de l’enseignement scolaire auprès de L. Chatel, ce très regretté ministre). Ancien recteur de l’académie de Guyane – spécialiste et connaisseur de l’Amérique Latine – puis de celle de Créteil (plus original, pour lui, là ), il y conduisit des projets – partenariat avec Sciences Pô, pour le haut du panier des lycées de banlieues, et mise en place des Internats d’excellence. Bien ! mais que fait-on des autres, les ordinaires, et les moins bons ? Faut-il tuer d’entrée, en sus, ces perdus du scolaire, et demain de la vie, ceux dont certains enseignants n’hésitent pas à dire qu’ils font perdre le temps des autres. On reconnaîtra là comme un copié collé avec la substance de la politique Macron en tous domaines ou presque : faire pour les meilleurs, faire émerger et exploser leurs besoins, leurs talents, à ceux-là, point. On ne le dira jamais assez : le maître étalon de nos gouvernants et notamment du chef de l’exécutif, c’est la tête de classe (accessoirement, ceux qui méritent d’y accéder).

 On a vite et dès les premiers mois reconnu la marque de fabrique lorsque sont parus les décrets revenant sur le ministériat honni de Najat Vallaud-Belkacem : rétablissement des classes bilangues en collège, renforcement des langues anciennes et du grec notamment, travaux interdisciplinaires rendus facultatifs, renforcement de l’autonomie (floue) des établissements et entre autres du rôle de « chef » d’établissement, prié de décupler des fonctions d’autorité qu’il n’a pas. Mesures (non négociées) rendues notamment possibles par le manque de cohérence et l’insuffisant soutien, lors du précédent quinquennat, de syndicats comme le SNES (soit dit en ancienne militante…).

Macronie : Orléanisme et Rocardisme ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 janvier 2018. dans La une, France, Politique

Macronie : Orléanisme et Rocardisme ?

Il me faut d’abord expliquer le titre de cette chronique en se demandant ce que furent, au sens historique de ces termes, l’orléanisme et le rocardisme ou deuxième gauche. L’orléanisme stricto sensu fut défini par l’historien et politologue René Rémond comme étant la famille politique la plus modérée de la droite française, en opposition avec le légitimisme ultra des monarchistes autoritaires et le bonapartisme. Quant au rocardisme ou deuxième gauche, mis en lumière notamment par Hervé Hamon et Patrick Rotman, il s’est agi d’une gauche de tradition plutôt girondine (autogestionnaire au sens des années 1970) ; et l’on pouvait l’opposer à la première gauche, de tradition jacobine (centralisatrice). A propos de cette deuxième gauche, on doit citer, comme figures de proue, la gauche qu’on appela effectivement rocardienne, mais surtout la CFDT (les cédétistes ayant joué un grand rôle dans l’élaboration de ses thématiques, surtout depuis le « recentrage » d’Edmond Maire). Il va falloir se poser la question de savoir si ce schéma global peut correspondre, au moins en partie, à ce qui se passe actuellement en France – dans une version de type XXIe siècle – depuis l’élection d’Emmanuel Macron comme chef de l’Etat avec une considérable majorité parlementaire incluant LREM (La République En Marche) et ses différents petits groupes d’alliés directs ou indirects.

Analysons d’abord dans quel contexte se produisit la connexion entre ce nouvel orléanisme et la deuxième gauche, et sous quelles formes ? Lors des débuts de la campagne des élections présidentielles de 2017, la montée du « phénomène Macron », que de nombreux médias annoncèrent comme une « bulle » (qui allait donc se dégonfler d’elle-même), correspondit en fait à l’épuisement d’un système politique partitaire à bout de souffle. En effet, les Français considéraient – à tort ou à raison – que rien ne ressemblait plus, sur le plan économique (voire social), à ce que faisait la droite classique que ce que réalisait la gauche de gouvernement lorsqu’elle arrivait aux affaires. C’est sur cette usure du « système » politique que le candidat Emmanuel Macron construisit son image, en développant d’abord le thème du « Ni droite, ni gauche », puis, plus habilement, du « Et droite, et gauche ». Ceci lui amena progressivement des soutiens issus de milieux très différents au sein de la société civile et de certains secteurs du modèle préexistant. Ce qui me frappe, en tant qu’historien, c’est une intéressante comparaison historique à faire, liée à des similitudes indirectes avec la France des années situées entre 1873 et 1875, et accessoirement de 1958 (avec le Général De Gaulle). En effet, et même s’il s’agissait, en 1873-1875, de questions centrées sur des aspects institutionnels, le Comte de Chambord ayant voulu que l’on prenne à nouveau le drapeau blanc à fleurs de lys (symbole de l’Ancien Régime), et non pas le drapeau tricolore (symbole de la Révolution), cette célèbre « querelle des drapeaux » poussa les monarchistes modérés orléanistes (qui acceptaient le drapeau tricolore) à s’allier avec une bonne partie des Républicains. Ce centre-droit orléaniste s’étant converti à une République modérée, il fut possible de mettre en place un nouveau système : celui de la IIIème République, qui, forgée autour de la Constitution de 1875, dura de l’année en question jusqu’à ce qu’elle soit étranglée, en profitant de la défaite de la Campagne de France, par le « Régime de vichy », ou de « L’Etat Français », avec Philippe Pétain et Pierre Laval.

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 janvier 2018. dans France, La une, Média/Web, Politique, Actualité, Société

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Depuis quelques heures on les entend tous, lectorat fidèle au cuir tanné du vieux Charlie, tout venant occasionnel achetant le grand fascicule chaque fois que ça pète sur sa couverture, journalistes d’ailleurs (là, c’est un peu facile) et même…  ceux de Charlie, les survivants, et  les venus depuis. On les entend dire – Charlie enfermé dans son bunker, c’est tout simplement impossible… comme une erreur soulignée en rouge, un oxymore ahurissant, le grand fauve des savanes enfermé ! Evidemment !

Pile, 3 ans après l’incroyable et l’indicible.

 C’était hier, ceux de Charlie. Nous tous tombés par terre devant radios et  tv, nous tous « je suis Charlie » ; dégoulinant, noir, sur la façade du Palais des festivals de Cannes où je me trouvais et où j’ai défilé le 11, avec à mon bras une tantine de bien plus de 80 ans, qui n’avait jamais manifesté ; clignotant, le Charlie – ce n’était pas le moins étonnant – au fronton du Vinci des autoroutes, partout, dans la moindre boutique, le plus petit espace libre d’affichage au coin des rues, papillons noirs qui rassemblaient alors presque le monde entier, passeport tenu à bout de bras ; du simple, du presque tout : la liberté d’expression. Ils seraient encore aujourd’hui, aux derniers sondages, à se revendiquer de ce « je suis Charlie » à hauteur de plus de 70%, en France, ce qui est énorme quand on sait à quelle vitesse tournent les opinions et leurs modes moutonnières.

Alors, comment traiter les Charlie, hic et nunc ? Quand on mesure ce qui reste (et peut-être augmente) de haine et de menaces vis à vis de ce que représente Charlie vu de la lorgnette de l’intégrisme pur et dur, de son bras armé terroriste, bien  vivace nonobstant la perte territoriale du fameux califat du Moyen-Orient (quand E. Macron dit que la menace future viendra de l’Afrique sahélienne, il a vu juste ; rien n’est fermé dans la terrible entreprise, loin s’en faut).

 Pour ces djihadistes, l’esprit-Charlie est tellement autre chose que ce qui s’entend pour nous, a minima : liberté d’être impertinent dans un journal satirique. C’est que Charlie, ces gens le comprennent au cœur, et ne sont pas à ce titre, prêts à lâcher la cible. L’esprit Charlie, et son compère, celui du 11 Janvier, que même un Hallyday descendu de sa planète Amérique a chanté et plutôt bien, c’est la quintessence de la menace contre eux, quelque chose d’opérationnel contre le noir du drapeau de Daech : sourire et joie, collectif et valeurs, culture et rire, surtout, et gens debout… Et on penserait que deux dizaines de types, même de l’ importance de la Rédaction de Charlie, auraient suffi à étancher leur soif !

Les menaces sont bien là – toujours aussi implacables - nominatives ou non, terrifiantes. La fatwa rôde ; demandez donc à Rushdie s’il est content de sa vie plus qu’à l’ombre…

Vichy était-ce la France ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 décembre 2017. dans La une, France, Politique, Histoire

Vichy était-ce la France ?

Depuis le discours d’Emmanuel Macron, le 16 juillet dernier, à l’occasion du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la polémique a fait rage.

Le président a, en effet, déclaré :

« Alors oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et, donc, pour presque tous, la mort des 13.152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leurs domiciles, dont plus de 8000 furent menées au Vel d’Hiv avant d’être déportées à Auschwitz. Je récuse les accommodements et les subtilités de ceux qui prétendent aujourd’hui que Vichy n’était pas la France, car Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France ».

Tollé tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche ; Florian Philippot : « cette insistance de Macron à humilier la France est préoccupante. Restons fiers, proclamons notre amour de la France », et Jean-Luc Mélenchon de faire chorus : « La France n’est rien d’autre que sa République. À cette époque, la République avait été abolie par la révolution nationale du maréchal Pétain ».

Au fait, qu’est-ce que « la France » ?

Ecartons tout d’abord la fiction de la France-personne, chère à de Gaulle ou à Péguy, cette personnalité collective ou corporative, inventée par Michelet, incorporant mystiquement tous ses membres, à l’image du Christ ou de l’Eglise dans la théologie paulinienne…

Un pays, selon l’école de sociologie historique allemande, c’est avant tout un « staatsvolk », un « peuple-état », une entité juridique composée de ses citoyens. A cette aune, la France ne fut ni collaboratrice, ni résistante – groupes ô combien minoritaires rapportés à l’ensemble de la population –, elle fut planquée ! Elle n’approuva ni ne désapprouva la rafle du Vel d’Hiv, elle s’en lava les mains…

Mais passons du plan strictement démographique au plan symbolique. Pour Patrick Buisson – et à cet égard, il a raison – il existe des « incarnations ». Un homme « incarne », à moment donné, des idées et une nation. De même que l’Allemagne nazie « s’incarna » en Hitler ou la Russie communiste en Staline, de même, de 1940 à 1944, la France s’incarna en Pétain. 40 millions de pétainistes en 40, dit Henri Amouroux. L’estimation est peut-être élevée (mes grands-parents, par exemple, furent anti pétainistes, bien avant de connaître de Gaulle) ; mais il reste que l’adhésion au nouveau régime fut massive, à l’instar de l’approbation – largement majoritaire également – aussi bien de l’hitlérisme que du stalinisme dans leur domaine respectif.

En effet donc, il existe – quoique la notion, en droit, me gêne infiniment – une responsabilité collective des pays concernés face aux crimes des hommes qui les gouvernaient et qu’ils soutenaient. Toutefois cette responsabilité ne saurait être héréditaire. Les Russes actuels ne sont pas comptables du goulag, pas plus que les Allemands d’aujourd’hui n’ont à battre leur coulpe au sujet des camps de la mort. Rien n’oblige de même les Français de 2017 à se repentir des horreurs commises dans le sillage de la « révolution nationale ».

A l’inverse de certains passages de la Bible, les fautes des pères ne rejaillissent pas sur leurs enfants…

Deputatus erectus

Ecrit par Lilou le 16 décembre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Histoire

Deputatus erectus

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

Islamosphère : Plenel, complice ou saint Bernard ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 novembre 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Islamosphère : Plenel, complice ou saint Bernard ?

On a beaucoup glosé sur la couverture de Charlie Hebdo, montrant un Edwy Plenel se voilant, avec ses moustaches, successivement les yeux, les oreilles et la bouche – tels les fameux singes du Bouddhisme – aux sujet des turpitudes sexuelles de Tariq Ramadan. Plenel juge cette une « diffamatoire et haineuse » ; mais la véritable question – la seule qui vaille que l’on en débatte – n’est pas celle de savoir si Mediapart avait ou non connaissance des débauches libidineuses de Ramadan (à vrai dire, peu importe) ; la véritable question se pose comme suit : Plenel a-t-il été et est-il encore (comme d’autres) le « compagnon de route de l’islamisme » que décrit Alain Finkielkraut ?

Plenel s’en défend : il a débattu seulement deux fois avec le personnage ; « il n’a rien dit de choquant, affirme-t-il, son discours étant fort républicain et aucunement subversif ». Discuter avec lui n’avait donc rien de pendable, et François Bonnet, co-fondateur de Mediapart, de déplorer : « Depuis, Mediapart et son président ont décidé de ne donner suite à aucune invitation venant d’une association musulmane sans identité claire, pour ne pas risquer d’être instrumentalisés. De ce point de vue, les islamophobes ont déjà réussi quelque chose : à ce que des publics de croyants musulmans n’entendent pas un autre discours, de fraternité au lieu de repli, leur démontrant qu’ils ne sont pas condamnés à l’exclusion ou au ressentiment ».

Le hic, c’est que la complicité d’Edwy Plenel – et, en général, de Mediapart – ne se réduit pas aux « dialogues » qu’il a eus avec Tariq Ramadan. Plenel prend parti des musulmans depuis toujours et notamment depuis la parution de son livre Pour les musulmans (Editions La Découverte, 2016). Il y explique qu’il aurait fait de même pour n’importe quelle minorité menacée (noirs, homosexuels, LGBT, juifs) et ajoute qu’il s’est inspiré d’un article écrit par Emile Zola dans Le Figaro, intitulé Pour les juifs. L’islamophobie actuelle étant le symétrique de l’antisémitisme d’antan.

Passons sur le fait qu’il s’agit là d’une fausse symétrie : il n’y avait pas – que je sache – au XIXème siècle d’attentats meurtriers commis par des juifs au nom du Judaïsme, ni de rabbins prêchant la haine et le non respect des lois républicaines au profit de la codification talmudique… plus inquiétant encore, l’islamisme est – en bloc – minimisé par Mediapart. La journaliste Jade Lindgaard, qui fait partie de l’équipe, n’hésitait pas à affirmer, dans l’émission C l’hebdo du 11 novembre dernier : « l’islamisme n’est pas un problème grave ». Pire, Plenel a soutenu Medhi Meklat à une époque où les milieux « informés » connaissaient déjà les tweets ignominieux que ce dernier envoyait sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps ; des tweets dans le genre de « il faut enfoncer un violon dans le cul de Mme Valls », ou bien il convient de « casser les jambes de Finkielkraut », voire « les blancs, vous devez mourir ASAP (as soon as possible) ».

Pourquoi la gauche devrait se reconnaître dans le pari de Macron

Ecrit par Pierre Windecker le 28 octobre 2017. dans La une, France, Politique

Pourquoi la gauche devrait se reconnaître dans le pari de Macron

On pouvait lire dans le n° du 3 octobre de Libération deux contributions hostiles à la politique socio-économique de Macron. Celle d’Albert Ogien affirmait qu’au nom d’une efficacité économique prétendue, on renonçait à des dépenses qui seraient favorables au bon fonctionnement de l’Hôpital, de l’Ecole ou de la Justice. Celle de Guillaume Duval dénonçait une politique fiscale qui consisterait à prendre aux plus pauvres pour donner aux plus riches. On reconnaît là des griefs habituels. C’est une première raison de revenir sur ces articles.

Leurs conclusions mériteraient certainement d’être discutées et contestées. A celle de l’article d’Albert Ogien, on pourrait opposer, par exemple, le dédoublement des CP, l’extension du programme Erasmus, l’augmentation des crédits alloués à la Justice ou à la Défense dans le prochain budget. De telles mesures prouvent que l’effort pour faire baisser la dépense publique ne signifie pas nécessairement un assèchement des ressources consacrées au bien commun. A la conclusion de l’article de Guillaume Duval, on pourrait opposer la suppression élective de la taxe d’habitation, l’augmentation de la prime pour l’emploi, la suppression de la part salariale des contributions sociales. De telles mesures montrent que, loin d’instituer un système de vases communicants entre la poche des pauvres et celle des riches, la réforme fiscale comporte un élément redistributif en faveur des rémunérations les plus modestes.

Mais ce qui devait frapper le plus dans ces deux articles était autre chose que les griefs qu’ils contenaient : c’était l’objet même du raisonnement. Non pas son enjeu conscient et revendiqué (la justice distributive et la sauvegarde d’un bien commun), qui est juste. Mais l’extension trop petite qui était spontanément retenue pour situer sa mise en jeu. Non pas le ballon lui-même. Mais l’idée qu’on se faisait d’avance du terrain de jeu. Comme la plupart des opposants « de gauche » à Macron raisonnent précisément de cette façon, c’est là qu’il est vraiment utile de regarder de près.

Dans le souci du bien commun et, partant, d’une certaine justice (re)distributive qui animait les auteurs de ces articles, on reconnaît l’exigence que la République soit aussi la « République sociale ». Il faut commencer par le dire clairement : sans cette dimension qui ne vient pas s’ajouter à elle du dehors, mais lui est essentielle, la République ne peut pas exister – quand cette dimension se rétrécit, la République ne se porte jamais bien.

L’hégémonie culturelle est-elle passée à droite ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 octobre 2017. dans La une, France, Politique, Culture

L’hégémonie culturelle est-elle passée à droite ?

Ce concept fut élaboré par Antonio Gramsci, un des leaders du PCI (fondé en 1921, un an après le congrès de Tours !) et condamné à vingt ans de prison par le régime mussolinien. Dans ses Quaderni del carcere (carnets carcéraux) et surtout dans Il materialismo storico, paru en 1966, Gramsci renverse et inverse le schéma marxiste de l’infrastructure économique déterminant les superstructures idéologiques : c’est, au contraire, cette dernière qui façonne les mentalités et influe à la fois sur le pouvoir politique et sur le modèle de production. Autrement dit, la bataille des idées précède et préfigure celle des urnes ; en vue de remporter la seconde, il faut d’abord gagner la première : « L’homme, écrit-il dans son Materialismo storico, n’est pas dirigé par la force seule, mais aussi par les idées, la fondation d’une classe dirigeante est l’équivalent de la création d’une Weltanschauung (vision du monde en allemand) ».

En 1981, se tint le XVIème colloque du G.R.E.C.E, groupe de recherches et d’études pour la civilisation européenne, dirigé par Alain de Benoist, le pape de l’extrême droite anti libérale et néo païenne, sur le thème « Pour un gramscisme de droite ». Un des participants, le docteur Wayoff, ouvrit le débat : « Pour nous, être gramscistes, c’est reconnaître l’importance de la théorie du pouvoir culturel : il ne s’agit pas de préparer l’accession au pouvoir d’un parti politique, mais de transformer les mentalités pour promouvoir un nouveau système de valeurs, dont la traduction politique n’est aucunement de notre ressort ». Alain de Benoist, de son côté, expliqua de cette manière la victoire de la gauche en mai 81 : celle-ci, au fond, n’a été que le fruit de la domination intellectuelle des marxistes pendant les années 50/60 et de l’influence sociétale de la révolution culturelle de mai 68. D’où un véritable programme de reconquête des esprits : « Répétons-le, ce n’est pas au niveau de la politique politicienne que nous nous situons. C’est au niveau des idées, au niveau du lent travail de transformation des idées du temps, que nous avons choisi de nous situer ».

Le processus, pour tout dire, avait déjà commencé. Robert Hersant avait fondé, en 1978, le Figaro Magazine, supplément culturel hebdomadaire du journal, destiné à jeter un pont entre la droite et l’extrême droite. Il plaça à sa tête, en 1980, l’inénarrable Louis Pauwels, l’auteur de la fameuse formule du « sida mental » lors des manifestations étudiantes de 1986 contre la loi Devaquet. Parallèlement, Yvan Blot, membre du GRECE et futur cadre du Front National, avait créé, en 1974, le Club de l’Horloge, Think Tank réactionnaire, visant à rallier à la cause hauts fonctionnaires et intellectuels. Bruno Mégret fut l’un d’eux.

Lorgnette, balance et premiers de cordée. Où va le Macronisme ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 octobre 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Lorgnette, balance et premiers de cordée. Où va le Macronisme ?

Il était là, comme dans l’Ancien monde tellement brocardé par les siens, copié-collé des ancêtres, tous ces présidents, assis, raides, coiffés des drapeaux, sur l’immuable fond d’écran des jardins élyséens. Tout pareil. Sévère, pas une mèche ne bougeant, l’œil à peine plus glacé que d’habitude. Plus jeune – cette blague – qu’un Giscard, plus beau gosse qu’un Sarko, plus enfant bien élevé de retour de sa messe de communion qu’un Hollande, plus tout ça et le reste, mais, Président de la vieille Vème, en face d’une brochette de journalistes de la TV du soir (existe-t-il du reste d’autres journalistes ?), même d’un Pujadas ressuscité et tiquant sur presque tout ; dents longues de bêtes longuement affamées ; un parfum de fauves – petits – juste avant l’arène : la première parole-TV de Jupiter, nous dit-on ; réservez votre soirée…

Que tous ces experts bavards, cherchant à épuiser le sujet – pourquoi parle-t-il, maintenant, là ?? – rentrent un peu à la niche ; un Président sous la Vème et avec nos institutions, c’est « normalement » quelqu’un qui nous convoque, nous ses administrés – traînant les pieds ou sautant de joie – de temps à autre, événement grave ou suivi des affaires courantes. Pourquoi faudrait-il couper le son au Président, rouage principal et de loin de notre vie politique. Moins on vous entend, plus on vous écoute ? À d’autres ! La politique passe par la parole, et, ce depuis les pierres chaudes des agoras antiques ; il suffit qu’elle soit de qualité, pratiquée à bon escient. Point barre.

Alors, celle-là ? personne n’ira contester que l’homme au gouvernail soit autre chose qu’intelligent, cultivé, réactif, plus deux ou trois autres babioles. Mais, a-t-on appris autre chose que ce qu’on subodorait, savait, pressentait, et déjà ressassait. Bref, le système macronien, où en est l’entreprise ? Flash-back, retour sur images, pieuses ou moins ; ce qu’on voulait faire, chemins et obstacles, honnête reddition de comptes à l’employeur – nous ! Et l’œil bleu vissé sur l’horizon ouvert, ce qu’on pourrait faire demain ; genre, haut-les cœurs les Éclaireurs, chers à mon enfance…

A priori, apprendre que la montagne est haute, le chemin escarpé – du Raymond Barre pur sucre – qu’on doit consentir tous les efforts présents en magasin, n’est en rien un scoop, et n’a pas justifié cette soirée devant la TV. Tous adultes et vaccinés des rêves fous d’antan, on convient peu ou prou de s’arrimer à quelque chose de raisonnable et de patient. Jusqu’à un certain étiage, et en pesant ce « peu » et ce « prou » ; « à quel prix ? » lit-on partout. Le vote de mai ne stipulait-il pas en bas du contrat du donnant-donnant ? (à moins qu’écrit en minuscule – vous savez les contrats ! – n’aient été précisées ces opérationnalités à perpette, que vous ne connaîtrez pas, même assorti d’une espérance de vie d’un siècle). Obligeant, nonobstant, le Président à cet exercice vieux comme changeurs médiévaux : balance et lorgnette.

Macron et les territoires

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 octobre 2017. dans La une, France, Politique

Macron et les territoires

Jupiter devrait redescendre sur terre, et peut-être assez vite : il gouverne un pays – voyez-vous ça – où sont des territoires !

Communes (mille fois trop de ces confettis, certes), départements (faisant double emploi souvent, certes), Régions (un échelon pas vraiment bien fini, certes). Mais…

Incontournables comme leur longue Histoire, doublant la grande, ces découpages administratifs, si souvent en attente de changements annoncés à grands coups de cymbales, pour finir dans le pschitt de bricolages de couturière, rapetassés (certes) plus que réformés. Mais, eux et leur (immense, certes) armée de fonctionnaires territoriaux, leur population « locale », celle des fins fonds de l’hexagone, ayant en fond d’écran quasi constant ce bras levé contre « eux, là-haut » ; entendons Paris, l’Exécutif et ses Chambres législatives plus ou moins suiveuses ou grondantes… eux, ces territoires de la république, existent et font plus que bouger ces temps-ci ; ils sont peut-être la première vraie menace d’envergure visant la geste Jupitérienne. Chanson vieille comme l’Ancien Régime et la Révolution rassemblées : Centralisation, Jacobinisme, Décentralisation à couleurs plus ou moins Girondines… ah, Emmanuel, quand on dérange l’Histoire !

Incontestable aussi – en même temps ! – ces territoires en France n’ont jamais fonctionné au top ; loin s’en faut, et le récit de leurs manquements, quand ce n’est pire, vaut son pesant de chroniques. Sans doute dus, ces grincements, ces x ajustements inappropriés, à la naissance du Jacobinisme, successeur, presque frère, mais aussi ennemi juré de la centralisation de l’Absolutisme. Probablement à mettre au compte, également, d’un temps trop long de son existence, subi plus que choisi, cahotant du XIXème en XXème très avancé, progressivement figé dans l’ambre, comme un vêtement de grand enfant qui finirait par lâcher les coutures sur l’adulte devenu qui l’endosse. Souvenons-nous de ces manifs des années 70, toutes colorées sus à la centralisation parisienne. Exigences de libertés locales en mal de reconnaissance, et certes, les Bretons, les Basques, et Corses réunis, mais pas que : les affiches « OC vivra » hantent encore nos mémoires, et frétillent toujours en pas mal de lieux. Alors, la Gauche arrivée enfin aux affaires, ne pouvait qu’aller dans ce sens, dès 1982, même si le vieux lion Gaston Deferre, à l’Intérieur, méfiant, à moins que profondément jacobin, mitonna dans le pot d’importantes demi-mesures visant à décentraliser, mais pas tout, et surtout pas complètement ; mixte réussi sur le papier ; autre chose dans la réalité (ne vit-on pas tous dans un – qui fait quoi, constant ?). Depuis, d’autres trains de mesures ont remanié, bricolé, toujours à demi, le tissu administratif local, jusqu’à cette – prétentieuse et bien mal placée dans le calendrier, pardon,  ami François ! Réforme des territoires du quinquennat précédent, accouchant avant tout de hautes bannières encolérées au fronton des hôtels de région, frémissant à l’idée de leur disparition, au nom de regroupements devant coûter moins cher, et rendre dix fois plus de services… On connaît le reste !

Surfant – un peu à la va-vite – sur la réalité territoriale et le supposé mécontentement des électeurs, le candidat Macron et le président qui suivit n’eurent de cesse de pourfendre en cet hexagone territorial des signaux de « l’ancien monde ». Macron, lui-même, jamais passé par la moindre case d’élection locale (son seul succès n’est-il pas d’avoir été tout droit, tout neuf, élu président de la république), portait haut dans le ciel jacobin-parisien ces évaluations à la fois d’insuffisances, voire d’inutilité, de ces territoires lointains, lents, d’un autre siècle. Tout bon !

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