France

ISF ; Emmanuel et le yacht

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 octobre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

ISF ; Emmanuel et le yacht

Serions-nous des gauchistes excités, mieux des Guevaristes bavant de haine, ceux qui n’ont pas avalé il y a une pincée d’heures le discours des Macroniens de Bercy, dévoilant – prière de chausser de bonnes lunettes – le comment du début d’assassinat de l’Impôt sur la Fortune ; le nôtre, puisqu’il paraît que nous, français, étions une peuplade sentant encore les coupeurs de tête de l’An II avec cet outil, fiscal et bien plus politique.

De quoi s’agissait-il ? D’attaquer l’ISF (ce que nous savions, notons-le, en votant pour le président Macron), de lui rogner ce qui lui restait d’ailes, à cet oiseau – majestueux quand même et peint des trois couleurs plus quarante-huitardes que tout le reste des républiques – né dans l’ombre non moins politiquement épique du premier François Mitterrand, en 1982. Et certains d’ores et déjà de glapir, que cet impôt n’eut de cesse, depuis, d’être épluché voire vidé par diverses lois, hélas pas toutes de Droite sonnante et trébuchante… Vrai, et que je te tricote des exemptés plus vite que des assujettis, des passe-droit fleurissant en parfois aussi grand nombre que ce que notre fisc républicain faisait rentrer dans ses caisses. Vrai, car qui dit impôt, dit, chez nous, astuce pour y échapper, dans ce peuple qui décidément ne s’est jamais vraiment amouraché de ses institutions fiscales…

Mais… il s’agirait là de bien autre chose, non de baisser tel taux ou de rehausser tel seuil, mais bien d’isoler cet impôt, en l'amoindrissant. La  taxe nommée à présent, en affichant haut sa casquette, « impôt sur la fortune immobilière », permettrait de sortir du dispositif des pans considérables d’anciens assujettis. Une flopée ? non, carrément une foule. Tous ceux qui collent leurs « éconocrocs » (comme dit mon fils, né pile avec l’ISF, qui ignorait visiblement qu’il y ait eu un avant, et qu’un après soit, comme il dit joliment, « légitime ») dans les outils bancaires type placements, assurance-vie et le toutim ; ça fait du chiffre. Plus spectaculaire, et sujets des agitations actuelles un peu partout ; sujet de conversation on ne peut plus consensuel, à « droite et à gauche », « points de détail » de l’inénarrable député LREM Barbara Pompili aux dents longues, les signes extérieurs de richesse, ce haut symbole de la justice quelque part en nous tous irait nager dans d’autres eaux beaucoup moins froides que celles de l’impôt sur la fortune. Voyez, ainsi une voiture de luxe, un jet privé, un cheval de course, et bien sûr un yacht (je ne dis « un » que par facilité). Hors jeu, tout ça, hors prélèvement. L’autre soir, dans le journal de la « gauchiste » Anne-Sophie Lapix, une petite addition-soustraction au tableau noir jouait avec quelques chiffres : le prix d’un yacht, son ISF avant la réforme Macron ; en face, ce qui serait demandé à son propriétaire (0 ct d’euro) dorénavant. Bouche bée des spectateurs, vaguement écœurés au point d’en poser la fourchette ! Quelqu’un, soutenant il est vrai fortement notre gouvernement, de me rétorquer : encore un bashing des médias !… Car le motif invoqué de ces prouesses réformatrices échappant à grands coups d’ailes à la morale la plus élémentaire, tient en un credo vieux comme la Droite libérale : on peut ainsi espérer (j’aime ce mot qui sent sa rationalisation économique) le retour des fonds planqués à l’étranger, mieux, l’arrivée en terre de France de tous les exilés de la City londonienne sous le vent aigre des suites de son Brexit. Bref, on peut aussi se demander si quelques bricoles type république bananière n’auraient pas un succès plus rapide et en rien moins sûr...

FN : retour vers le passé ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 octobre 2017. dans La une, France, Politique

FN : retour vers le passé ?

La relative déconvenue frontiste à la présidentielle (malgré les quelques 10 millions d’électeurs qui votèrent Marine Le Pen au second tour, celle-ci a fini très loin de la barre des 40% qu’elle s’était fixée comme critère de succès) a, bien entendu, suscité une chasse au bouc émissaire : comme cela ne pouvait être le chef (la cheftaine), ce devait être le lieutenant.

Mais, au-delà des règlements de comptes internes, ce qui a été mis en cause à travers la personne de Florian Philippot, c’est toute une stratégie : cette tonalité anticapitaliste et sociale qui a contribué à bâtir le lepénisme « rouge », post-communiste et ouvrier, du nord de la France. Ladite stratégie a d’ailleurs porté ses fruits : 5 des 8 députés FN à l’assemblée nationale (y compris Marine Le Pen elle-même) ont obtenu leur victoire dans cette région. Plus précisément, sur un plan idéologique, Philippot avait réussi à décaler la focale du parti, de l’immigration (ou l’« identité », nouveau nom donné à la question raciale) à l’euro, symbole d’une souveraineté perdue et possiblement retrouvée par une sortie des traités européens. L’on parlait moins des « étrangers » – des immigrés et de leurs descendants au phénotype noir ou maghrébin – au profit de sujets plus « respectables » : la monnaie, l’Europe, l’économie… la « dédiabolisation », de fait, ce fut ça : non point un véritable aggiornamento (comme celui-ci impulsé par Gianfranco Fini, en Italie, qui réussit à « défasciser » authentiquement le vieux Movimento Soziale Italiano de Giorgio Almirante, en le transformant en mouvement conservateur d’inspiration néo-gaulliste), mais bien un maquillage purement cosmétique : tout le fond xénophobe du Front demeure ; simplement l’on discute d’autre chose…

Cette ligne politique, déjà très contestée avant les élections, a soulevé un tollé après. Le Pen père himself, Jean-Yves Le Gallou, Gilbert Collard, voire Robert Ménard, le maire de Béziers, ont tiré à boulets rouges sur elle et donc indirectement sur son instigateur. La fameuse « refondation » entreprise en vue du futur congrès se présente, avant tout, comme un retour aux fondamentaux idéologiques. Philippot, dépité et démissionnaire suite à la décision de Marine Le Pen de le démettre de sa fonction de stratège-en-chef, évoque un « retour en arrière », une « rediabolisation », un FN « rattrapé par ses vieux démons », « quel gâchis ! » s’exclame-t-il.

En réalité, les lepénistes ont bien identifié la faille majeure du plan Philippot : la sortie de l’euro les coupe des milieux économiques et de la droite « classique » ; or le problème majeur de tout parti, dans le cadre d’un scrutin majoritaire, réside dans l’existence d’un réservoir de voix au second tour : le FN n’en a pas. Il faut, par conséquent, essayer de bâtir une coalition avec la frange dure des Républicains – emmenée peut-être par Laurent Wauquiez. Et ce qui bloque une telle coalition, ce ne sont point les thèmes identitaires (desquels les plus droitiers peuvent parfaitement s’accommoder), mais l’économie. Déjà Marine Le Pen avait dû mettre la pédale douce sur l’euro pour bénéficier du désistement de Nicolas Dupont-Aignan. Paul-Marie Couteaux, grand apôtre d’un programme commun des droites, l’a clairement énoncé : pour qu’un tel programme puisse voir le jour, il convient d’abandonner le technique, le technocratique, le trop cérébral ; il faut se concentrer sur l’émotionnel, sur ce qui prend aux tripes, sur la France et son identité.

Un accord « rouge-brun » avec les Insoumis étant électoralement impossible, la doctrine Philippot menait inévitablement dans une impasse, c’est-à-dire dans une opposition ad vitam aeternam. Car, dans la famille Le Pen, la grosse, l’énorme différence entre papa et fifille, c’est que cette dernière veut réellement gouverner et non plus se contenter du ministère de la parole.

Il fallait donc sacrifier Philippot sur l’autel du réalisme. La « rediabolisation », loin d’être passéiste, ménage, au contraire, l’avenir.

 

Front National : sa sociologie politique

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 27 septembre 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Front National : sa sociologie politique

Depuis la relative « défaite » du Front National lors de la phase électorale de l’année 2017, en raison d’un score décevant (environ 34% des suffrages exprimés lors du second tour des présidentielles face à Emmanuel Macron), et en liaison directe avec un débat catastrophique pour Marine Le Pen contre le candidat du mouvement En Marche, rien ne va plus au sein du parti d’extrême droite français. Ceci est d’ailleurs tout à fait normal étant donné ce qui vient d’être dit. Mais, il y a autre chose à préciser : c’est le fait qu’en général l’extrême droite est toujours divisée en de multiples chapelles. Or, avec Jean-Marie Le Pen, puis sa fille Marine, sans oublier Marion Maréchal Le Pen, la « sauce » de l’unité avait pris. Pourquoi ? Eh bien principalement pour deux raisons : d’abord un contexte de « crise systémique » (ou globale), dont profite le Front National, et ensuite la présence effective d’un chef (ou d’une cheffe) vu(e) comme étant charismatique. J’ajoute que si rien ne va plus au sein du Front National – avec récemment l’éviction/départ de Florian Philippot –, c’est lié à des considérations au demeurant fort intéressantes de sociologie politique, notamment électorale.

C’est à ces questions que je vais m’intéresser en essayant de les analyser.

Il y a en réalité deux fronts nationaux sur le plan sociologique et géographique, qui ont certes en commun plusieurs thématiques : sur l’immigration, l’identitarisme, le sécuritarisme, et le nationalisme. Mais ils sont aussi totalement opposés à plusieurs niveaux, dont ceux liés à la sociologie électorale. Le premier Front National, dans l’ordre chronologique, celui du sud, et surtout du sud-est, bourgeois, ou « petit blanc », est avant tout « identitaire » et notamment de culture catholique « traditionnaliste » voire « intégriste ». Le second Front National, toujours chronologiquement, apparu plus tardivement, dans les régions du nord et du nord-est, un parti frontiste à coloration « sociale », celui des régions populaires sinistrées économiquement par les conséquences négatives de la mondialisation ultra-libérale, puis néo-libérale, avec un chômage qui n’a pas été assez combattu par la création d’emplois nouveaux. Il y a là un danger extrême d’éclatement, à terme, pour le Front National. Et ceci d’autant plus que deux dirigeants (très opposés, et même hostiles l’un par rapport à l’autre) incarnaient cette dichotomie : Marion Maréchal Le Pen (dans le prolongement des positionnements idéologiques de son grand-père Jean-Marie), en ce qui concernait le Front National du sud et du sud-est, et Florian Philippot pour l’autre Front National du nord et du nord-est.

Or, quel est le Front National qui peut être vu comme ayant été mis en échec par rapport au score réalisé par Marine Le Pen lors des élections présidentielles d’avril-mai 2017 ? Evidemment celui du sud et du sud-est, tenté, au niveau d’une partie de son électorat, par le vote pour François Fillon (malgré le Fillongate et le Penelopegate), avec le fer de lance, du type passerelle ponctuelle sur le plan idéologique, des catholiques réactionnaires de « Sens commun ». Là est le problème crucial, voire le déclin potentiel, pour le Front National, au profit de la droite dure qui s’organise actuellement autour de Laurent Vauquiez, d’Eric Ciotti, etc. Par contre, et alors qu’il vient de partir (évincé ?), Florian Philippot (qui, ne faisant pas partie de la PME des Le Pen, était perçu par beaucoup comme un corps étranger qu’il faudrait éliminer à tout prix un jour) a représenté une « ligne » qui a fait progresser le Front National en voix et en % des suffrages exprimés dans les régions du nord et du nord-est, à base populaire. Voilà pourquoi « Le Vieux » (Jean-Marie Le Pen) aurait tort de se réjouir du départ de Florian Philippot, car c’est la « ligne » de ce dernier qui aurait pu faire encore progresser l’extrême droite frontiste sur une base quasiment « néo-mussolinienne » (des origines), version 2017…

En marche ?… Arrière !…

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 septembre 2017. dans La une, France, Politique

En marche ?… Arrière !…

Le masque – enfin ! – est tombé. Macron, ce n’est pas « ni la droite, ni la gauche » (comme les fascistes d’antan) ; pas plus que « et la droite, et la gauche », mais la droite point barre. Et, sur le plan économique, non point la droite, mais bien l’extrême droite, le libéralisme extrême et triomphant… Libération, le 1er septembre dernier, faisait sa Une avec une photo de notre petit Jupiter serrant amoureusement la main du patron des patrons, et entre les deux compères un gros titre, parodiant, au choix, les Charlots ou François Ruffin : « merci Macron ! ».

En effet, Gattaz a plein de raisons d’être reconnaissant. Qu’on en juge : plafonnement des indemnités en cas de licenciement ; inversion des normes – le point le plus contesté de la loi El Khomry – chaque entreprise pouvant, grâce à des accords internes, « bricoler » son propre droit du travail, en vertu de pactes léonins passés entre l’entrepreneur et des représentants – pas forcément syndiqués – des salariés ; enfin (mais la liste n’est pas close), appréciation de la santé d’une multinationale sur le seul bilan de sa filiale française. En clair, une firme, florissante sur le plan mondial et qui veut « dégraisser » en France pour maximaliser ses profits, pourra le faire en toute quiétude…

Mais avec « Jupi » (l’abréviation sied mieux à la – petite – envergure du personnage), la préférence patronale s’accompagne d’un mépris d’airain. Le vendredi 8 septembre, n’a-t-il pas déclaré, à Athènes : « La France n’est pas un pays qui se réforme », ajoutant pour faire bonne mesure qu’il ne céderait « rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ». Réponse immédiate des cortèges de manifestants du 12 septembre, qui ont rassemblé au minimum 200.000 personnes : « Les fainéants en marche ! », « Plutôt fainéant que dirigeant », ou encore « Aide-soignante épuisée, mais pas fainéante ».

Jupi a tout bonnement embrayé sur les politiques d’austérité, recommandées par le FMI, la Commission européenne et Angela Merkel ; et ce alors même que Edouard Philippe admettait que « le droit du travail n’est pas le principal facteur du chômage ». Il s’agit en réalité de mesures à visée purement psychologique, destinées à satisfaire les employeurs et à attirer les investisseurs. La « flexi-sécurité » scandinave s’est vue amputée de son second membre.

L’état de grâce a ainsi pris fin. La flagrante imposture du changement – évidente dès le début, mais qui a néanmoins berné tant de crédules naïfs – laisse la place à un oxymore divertissant par son ridicule : le libéralisme dirigiste. Macron n’a pas hésité à chausser les bottes du jacobinisme pour imposer son laissez-faire social. Il charge, ordonnances à l’appui, pour aller plus vite.

Schumpetérien assumé, il régule pourtant la dérégulation. Il organise non le progrès mais la régression ; il planifie non une avancée mais un rétropédalage…

Cependant politiquement tout se paiera. Dès les inévitables soubresauts de la rue, la droite « constructive » le lâchera, les socialistes ralliés aussi. Sa majorité amateuriste et dilettante s’ébrouera tel un essaim de moineaux affolés.

Restera Jupi seul face à la colère d’un peuple trompé. Le petit roi sera alors tout nu…

Jean-Luc Mélenchon est-il de gauche ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 septembre 2017. dans La une, France, Politique

Jean-Luc Mélenchon est-il de gauche ?

Ceux qui qualifient Jean-Luc Mélenchon comme étant le chef français de « la gauche radicale », ou de « la gauche de la gauche », ou encore de « l’extrême gauche », se trompent en très grande partie, en tout cas à mon avis. Je vais donc tenter dans cette chronique,  plutôt spécialisé – par mon enseignement antérieur, mes conférences, et d’autres activités – dans le domaine de l’Histoire contemporaine (depuis 1789), et notamment en ce qui concerne l’Histoire immédiate (liant l’Histoire et l’Actualité), de le démontrer. Il va de soi que je ferai le maximum pour essayer d’être le plus honnête possible sur le plan intellectuel, même si je suis moi aussi – comme vous toutes et vous tous – un citoyen, et que, dans ces conditions, je ne puis vous assurer d’une totale objectivité, un concept qui n’existe d’ailleurs pas, car étant soit chimérique, soit hypocrite.

Faisons très attention à ne pas caricaturer, car il y a en effet, incontestablement, dans l’idéologie de Jean-Luc Mélenchon, un certain nombre d’éléments qui sont liés à ce qu’était le socialisme marxiste orthodoxe français depuis Jules Guesde à la fin du XIXe siècle (et non celui, humaniste et réformiste, de Jean Jaurès), et aussi le communisme de Vladimir Ilitch Lénine et celui de Léon Trotski, etc. Je voudrais préciser avant toute chose qu’il ne faut pas mélanger l’idéologie personnelle de Jean-Luc Mélenchon avec celle d’une partie importante des Insoumis, même si une majorité d’entre eux ont été subjugués plus ou moins inconsciemment par la personnalité de celui qui est devenu un peu comme une sorte de « gourou » aux yeux de ses « fans » ; pensons ainsi, sur ordre de Jean-Luc Mélenchon lui-même, à la mise en place d’une chaîne YouTube (« pour ne pas avoir à répondre aux journalistes », dixit), aux meetings de l’entre-soi, et à l’hologramme, tout ceci pour la dernière campagne électorale de 2017.

Prenons des exemples de cette radicalité « socialo-communiste » (au sens large de ces termes) classique, de type marxiste, que l’on peut trouver dans le mélenchonisme. En premier lieu, on a, en son cœur, un anticapitalisme radical et même relativement jusqu’au-boutiste (mais que l’on retrouve aussi dans le Front National de Marine Le Pen, au niveau de la tendance « sociale » qui s’est organisée autour de Florian Philippot). En second lieu, il faut rappeler le principal slogan lancé par Jean-Luc Mélenchon depuis au moins 2012 : « La révolution par les urnes » ; une « révolution » qui se structurerait immanquablement – comme au Venezuela de Nicolas Maduro – par la réunion d’une « Constituante », aboutissant à la mise en place d’un nouveau régime (appelé la « VIème République »). En troisième lieu, on trouve chez Jean-Luc Mélenchon la volonté de générer des dépenses tous azimuts, ceci en rapport avec une relance par la seule consommation (comme François Mitterrand entre 1981 et 1982), donc sans rapport avec celle par l’offre ; ce qui risquerait de la rendre très problématique au niveau des aspects éventuellement positifs de ses résultats économiques et sociaux. En somme, le chef des Insoumis propose une politique de type néo-keynésienne extrêmement traditionnelle et qui fut l’une des grandes caractéristiques du socialisme français et des gauches hexagonales et européennes, en gros de 1945 jusqu’aux conséquences de la crise économique, avec le premier choc pétrolier en 1973, puis le second en 1979 ; tout ceci étant mâtiné d’une certaine dose de marxisme-léninisme plus ou moins archaïque.

Le nouveau paysage de la droite « classique »

Ecrit par Jean-François Vincent le 13 septembre 2017. dans La une, France, Politique

Le nouveau paysage de la droite « classique »

Le séisme « macronien » a certes fait exploser en vol le PS, mais la droite non – encore ! – lepéniste s’est éparpillée « façon puzzle »…

Il y a d’abord les ralliés, qui s’intitulent eux-mêmes, de manière euphémique, les « constructifs », et que d’aucuns appellent les « destructifs ». 35 députés, emmenés par Thierry Solère, ancien porte-parole de François Fillon, qui laissa tomber celui-ci quand il maintint sa candidature alors qu’il avait pourtant juré ses grands dieux qu’il jetterait l’éponge en cas de mise en examen. 12 d’entre eux ont voté la confiance à Edouard Philippe, les autres s’abstenant.

Leur credo ? « Nous, élus de la droite et du centre, avons décidé de travailler de façon constructive, libre et responsable avec le gouvernement. Ensemble nous voulons que la France réussisse sa modernisation pour ne plus perdre de temps et adapter enfin notre pays à un monde en perpétuelle mutation. Nous espérons transcender durablement les vieux clivages politiques, moderniser l’action publique et retisser le lien de confiance indispensable entre le citoyen et l’élu, tant nous sommes persuadés qu’il est crucial de régénérer notre vie démocratique ». Il faut dire que l’action centro-libérale du nouveau gouvernement les y aide. Mais, dans ce cas, pourquoi, tout bonnement, ne pas intégrer, avec armes et bagages, la République En Marche ?

Il y a surtout Laurent Wauquiez, candidat quasi investi – et seul en lice – à la présidence de LR, lors de son prochain congrès qui se tiendra en décembre. Son orientation ? A droite toute ! « Etre de droite n’est pas une maladie honteuse », avait-il affirmé dans une interview au Monde le 13 juillet dernier. On le soupçonne d’être un sous-marin de Sarkozy dont il revendique l’héritage, « pour moi, c’est le modèle », avait-il proclamé. Il effarouche les plus modérés, tel Xavier Bertrand, qui constata, dans un entretien au JDD : « il court après l’extrême droite ».

Alors Wauquiez, un « bébé Buisson » ? Il a rompu avec un long compagnonnage très « buissonnier » lors de l’affaire des écoutes des conversations élyséennes. Il a, à cette occasion, dit de Buisson, sur BFM-TV : « c’était quelqu’un qui était dans les équipes de 2007, qui a trahi Nicolas Sarkozy. Dans ce livre (N.B. La cause du peuple), c’est la haine qui l’a emporté sur la vérité ».

Mais il a pris pour conseiller l’un des fils spirituels de Buisson, Guillaume Peltier, créateur du courant La France Forte. « La droite de Peltier, écrit Renaud Dély, dans son livre La Droite brune, UMP-FN, c’est celle des hussards, celle qui prend des risques pour s’affirmer. D’ailleurs, en élève consciencieux de la droite « buissonnière », Peltier n’en finit pas de réciter les leçons de son gourou. Un gourou même après la défaite. Si Nicolas Sarkozy n’avait pas mené une telle campagne, il en est sûr, Marine Le Pen aurait atteint 25% des voix au premier tour et le chef de l’état ne se serait pas qualifié pour le second ». Avec Wauquiez à la manœuvre, le rêve de Buisson a des chances de se réaliser : bâtir une union des droites, à l’instar de ce qui avait uni socialistes et communistes à l’époque du programme commun…

Loi travail ; faudrait-il rester Schumpeterien ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 06 septembre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Loi travail ; faudrait-il rester Schumpeterien ?

Il n’en pouvait mais, dans la matinale de France Inter, Thomas Piketty, face à Léa (Salamé) qui tirait des petits missiles du genre : – êtes-vous comme Macron, Schumpeterien ?

D’abord, on sourit – ce vieux Schumpeter de nos grimoires ! Puis on se souvient de deux ou trois choses qui nous avaient agacés dans notre jeunesse quand même assez marxisante ; la « destruction créatrice », par exemple, le titre de ce livre : Le capitalisme peut-il survivre ?, et c’est là – bon sang, mais c’est bien sûr ! – qu’on se prend l’évidence en pleine figure devant le café matinal : Macron ne peut être QUE de ce côté-là de la balance des théories économiques. Pile pour lui et les siens, cousu pour eux, ce discours vieux comme l’Europe d’antan. Immensément vieux, mais – en même temps – en capacité, une fois ripoliné, de reprendre du service, descendu du grenier, et – même – de finir dans le flou du soir qui tombe, comme neuf de chez neuf…

Schumpeter – petite fiche de révision ; n'est-on pas en pleine rentrée scolaire – est un économiste « politique », de l’ancienne Autriche-Hongrie, né fin XIXème ( la même année que Keynes ! L'année de la disparition de Marx! En même temps, disait l'autre !) parti aux USA – temple du capitalisme en marche – où il finira sa vie dans les années 50. Pas vraiment classable, le bonhomme et sa vision, dans les écoles économiques, mais regrettant suffisamment que le capitalisme peine à la tâche (raisons politiques et sociales) pour qu’après sa disparition, un Milton Friedman, chantre du libéralisme le plus dur (dont les Chiliens du temps d’Allende, et quelques autres, ont conservé un cuisant souvenir) reprenne haut et fort son flambeau.

On lui doit plein d’ouvrages et – mondialisation libérale débutant son spectacle - à la veille de sa mort, il était en passe de prendre la présidence de la « nouvelle association internationale d’économie ». Intéressantes, pour autant, les analyses, fouillées, sur les mécanismes / innovations (il est un peu le père du mot) / progrès techniques et technologiques / croissance. Tout ça, cependant, comme si le monde s’arrêtait aux portes des usines – les grandes, américaines, de préférence, se lançant à la conquête économique de la planète –, comme si le libéralisme était le seul modèle sérieux et viable, comme si le train ne pouvait quitter les rails – un seul sens au voyage, évidemment. Trois mots vaguement importants, n’existaient visiblement pas chez Schumpeter : ouvrier-employé-personnel. Un seul être était vivant au milieu des machines innovantes, l’entrepreneur – c'est même le titre d'un de ses livres - (ça sonne du coup formidablement actuel, ce discours). Pour autant, quant à moi, j’ai le souvenir d’une certaine fascination pour ce système de pensée, facile à comprendre et à retenir – les systèmes étant les préférés de nos mémoires, lycéennes du moins… Depuis – on l’aura remarqué – le monde a tourné – mal, quelquefois, et la moustache de Schumpeter a quitté la scène. Jusqu’à notre Macron, son programme teinté de sacrifices – faisables mais obligatoires – sa loi travail et sa dame Pénicaud campant sur tous les Danone de ses expériences.

Rendre à Hollande…

Ecrit par Martine L. Petauton le 30 août 2017. dans La une, France, Politique

Rendre à Hollande…

… Ce qui revient au travail du quinquennat précédent, mais particulièrement à lui, ce président vilipendé de tous bords, et largement au-delà, pendant toute ou presque sa tâche au somment de l’état. C’est ce qu’on entend – musique qui accroche progressivement en mode « forte » – ce qu’on lit – ciel ! Jusqu’en couverture de magazine, ce qui fait sujet d’importance dans maints débats – d’experts, madame !

Vrai qu’un quinquennat arrivant derrière un autre – dans le jeu classique et démocratique des alternances, s’entend –, tout ne peut être jeté, poubellisé, renié, genre table rase, dans l’ensemble du travail précédent. Je l’écris d’autant plus, que nous, gens de Gauche (et que dire de la Droite) n’avons pas toujours pratiqué ce sport, fin, il est vrai.

Ce qui ne manque pas d’étonner ici, en Macronie triomphante, vu le discours – il y a des gens bien partout, et on se doit de travailler avec tout le monde – coloré consensuel en marche, qui a empli, de ce côté-là de l’échiquier, le verbe politique d’E. Macron, durant sa campagne, et même un peu avant. Ainsi, du monde fréquentable partout, hors les champs maudits du Hollandisme passé ? Ils sont légion, les politiques de tout premier rang, ou plus derrière, qui ont payé depuis le vent des Législatives leur « estampillage » Hollande, au point de se voir refuser le gîte et le couvert dans la morne plaine de Waterloo et particulièrement dans le groupe majoritaire ; humiliation et déni de l’Histoire en bandoulière. En son temps, l’Inquisition avait des pratiques qui commençaient un peu comme ça ; refuser, ne plus connaître, transfigurer les faits. En un mot, être sectaire, et stigmatiser à tout va.

Or… l’Histoire persiste. Dans ces champs – en continuant la métaphore – E. Macron a fait ses premiers pas, grandi et fait ses lettres, à l’ombre du maître qui tenait seigneurie en ces lieux, F. Hollande. Ce champ, il en connaît le noueux de la barrière, le goût de chaque brin de son herbe de saison en saison ; c’était un peu son jardin à lui. A présent, on passe toutes sirènes hurlantes devant l’entrée, en glapissant : quid de ce coin ?

Rappel tenace : tant au plan personnel pour E. Macron, sorti quasi ex nihilo de l’ombre par Hollande, que politique en se voyant projeté en un temps record dans la lumière, élu, désigné par le prince : conseiller très écouté, ministre de premier rang, hissé au plus haut du pavois politique ; de refrain en refrain, Hollande chante. Ceci, en combien de mois ? Une météorite, un homme « fait » par un autre, incontestablement. Qu’on m’entende bien : les qualités incontestables, vérifiables, plutôt rares, d’un E. Macron, nul ne les conteste, même pas moi, mais quand F. Hollande disait aux derniers temps de son mandat, juste avant que ne démissionne assez peu élégamment le ministre des finances :– il sait ce qu’il me doit – on peut l’entendre d’abord comme le résultat du « nez » inspiré de Hollande ayant dégotté et évalué à la juste aulne, cette perle rare, qui, sans son mentor président, aurait dû mûrir en cave quelque temps de plus. L’apprentissage… celui dont les équipes au pouvoir nous saturent de Journaux Télévisés en articles, sa valeur, le tuteur lentement passant au jeune, les savoirs, puis les rênes, on sait pertinemment que c’est l’image de Hollande et son poulain, qui surgit : le premier plus social, l’autre plus naturellement libéral, mais les deux mutualisant face aux difficultés de réformer le pays. Alors, n’oublierait-on pas vite dans le fracas des victoires le poids de l’enseignant, la valeur de la formation et du parrainage ? Même un Bonaparte savait saluer la Révolution et ses enseignements.

Car, qu’on me contredise si j’ai la mémoire qui  flanche - comme aurait chanté feu notre Jeanne - ou diront certains, un brin malveillante, pas un souffle, pas un murmure, ni de Macron, ni des siens, n’ont ranimé depuis Mai ces « racines » pourtant bien peu contestables. Et, pourtant il y aurait eu là, signal de ce « gouverner autrement » porté par les bannières marchantes. Simplement, dire, uniquement à bon escient, loin de toute courtisanerie inutile : - oui, je lui dois, c’est par lui, et grâce à lui que… Mais… durs, apparemment la gratification, le souvenir, et le souci du lignage, chez notre prince du Louvre qui voudrait avoir tout inventé, tenir le monde dans ses seules mains, et être né, tout harnaché, un soir du mois de mai 2017. Ça finit par sentir un peu son adolescence, et ce « tuer le père » de manuel de psycho… là aussi, trop, c’est trop.

Panthéonisation de Simone Veil ou constitutionnalisation de l’IVG ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 30 août 2017. dans La une, France, Politique, Société

Panthéonisation de Simone Veil ou constitutionnalisation de l’IVG ?

Comme chacun sait, les institutions civiles ne sont que les clones d’institutions ecclésiastiques antérieures, qu’elles entendent concurrencer. De même qu’il existe – sans rire ! – un baptême « républicain » et un mariage « célébré » à la mairie, de même la panthéonisation est l’avatar laïc de la canonisation. De fait, Simone Veil connut une apothéose immédiate, un peu comme saint Jean-Paul II, pour qui les foules massées sur la place saint Pierre, criaient, dès l’annonce de son décès : « santo subito ! », saint tout de suite ! D’ailleurs, la sainteté laïque possède la même – et curieuse – faculté de propagation que son archétype religieux : la petite Thérèse de l’enfant Jésus « sanctifia », par une sorte de solution de continuité, ses parents, Louis et Zélie Martin, canonisés eux aussi. Idem pour Antoine Veil, panthéonisé par la grâce de sa femme et simultanément avec elle…

Mais à qui – ou plutôt à quoi – au juste, est échu cet honneur de la République ? A la courageuse déportée qui survécut aux camps de la mort ? A la militante féministe qui alla jusqu’à renverser une carafe d’eau sur la tête d’un de ses fils qui tenait des propos misogynes ? Non, sans la loi de 1974, jamais Simone Veil ne reposerait dans la fameuse ex-église, transformée en temple à la mémoire des grands hommes. A travers elle, c’est bien le droit à l’IVG que l’on a voulu honorer.

Mieux, comme l’a dit le philosophe Raphaël Einthoven au micro d’Europe 1 le 6 juillet dernier, il s’agit « d’un équivalent symbolique d’une inscription de l’IVG dans la constitution ». L’idée, à vrai dire, mûrit depuis quelque temps. Elle faisait officiellement partie du programme de Jean-Luc Mélenchon, dans la campagne des présidentielles. Dans un discours du 18 mars, prolongé dans son blog, il proclame : « la liberté de conscience a un pendant évident, une liberté fondamentale : celle de disposer entièrement et absolument de soi ; il est donc temps d’inscrire dans la constitution le droit à l’avortement, car le corps de chaque femme lui appartient absolument et exclusivement ». Et d’ajouter, pour faire bonne mesure : « je proposerai que le droit à l’avortement soit inscrit dans la constitution, ainsi que le droit de mourir dans la dignité. Les deux droits ont une racine commune : disposer de soi en seul propriétaire de soi ».

Le parallèle entre suicide et avortement frappe, en effet, par sa pertinence. Les deux furent des délits, les deux furent dépénalisés – le suicide en 1810 ; avant, sous l’Ancien Régime, la peine consistait en une profanation du cadavre, « le corps était pendu par les pieds à un gibet et, après son exposition, jeté à la voirie avec les cadavres pourrissant des chevaux » écrit Georges Minois dans son Histoire du suicide (Fayard, 1995, p.165).

Mais « dépénalisés » signifie-t-il « exaltés » ? A supposer que l’on considère le fœtus comme faisant partie intégrante du corps de la mère (ce qui ne va pas de soi, cf. ma chronique à ce sujet), avorter consiste, d’une manière ou d’une autre, en une mutilation, une atteinte grave à l’intégrité corporelle. « Nulle femme ne se fait avorter de gaité de cœur » disait Simone Veil. Quant au suicide, il s’identifie au meurtre de soi-même (cf. l’allemand « Sebstmord »). Comment une mutilation volontaire ou un meurtre, non moins volontaire, pourraient-ils s’ériger en nouveaux droits de l’homme ?

Il y a un saut qualitatif infrangible entre la simple tolérance et l’exaltation. Ni l’automutilation, ni l’auto-meurtre ne sont des biens en soi. Ce sont des maux. Les dépénaliser était nécessaire pour ne pas ajouter une douleur supplémentaire et une stigmatisation à une misère humaine déjà existante.

Mais les glorifier relève de l’obscène…

L’été meurtrier du petit prince

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 août 2017. dans La une, France, Politique

L’été meurtrier du petit prince

… De ce « piccolo principe » élu en mai, avec un engouement, un élan, presque un amour de midinette, pas souvent rencontré en pays de France, si ce n’est jadis – voyez comme tourne le vent – pour ce jeune homme de Corse à l’œil aussi sombre que celui du nôtre est bleu…

Les jours – ici entre Mistral, Tramontane et mer chaude comme en Floride – ont succédé aux jours ; incendies inimaginables, sautes de temps quasi bi-polaires un peu partout dans l’hexagone, bouchons au tournant du grand chassé croisé ; la folie aggravée de l’autre Roux – justement posé en Floride, répondant à celle du sombre Coréen ; quelques piqûres de rappel par le terrorisme tapi : l’été 17. Et, nonobstant, la ruche du travail gouvernemental à Paris, dont la densité ne fait pas question, au vu de nos députés (priés de garder la chambre un peu plus) à la veille de déposer aux Prud’hommes la plainte qu’il faut et son titre : « trop, c’est trop »…

Et c’est peut-être ce genre de formule bien populaire, et comprise de tous, qui pourrait résumer cet été, déjà étrange avant sa fin.

On était parti de très haut (attention, pour autant, les chiffres n’avaient rien de faramineux aux lendemains de la Présidentielle), du sommet du manège où l’Histoire a hissé – trop vite probablement – le gagnant de la course, et on glisse forcément, par à-coups, ou forte bordée. L’état de grâce – curieuse formule qui sent sa sacristie égarée en République – passe et s’étiole ; Ronsard et sa rose en savent quelque chose. Baisse importante dans les sondages pour notre Président, la « pire » dit-on, en si peu de temps, plus importante que celle de F. Hollande – une sacrée référence en la matière. Ce qui n’est pas sans agacer, même ceux qui comme moi n’étaient pas « accro » à l’épopée Macron. Car, quand même, qui sont ces gens, ces électeurs, capables de hisser en mai au plus haut du  pavois « leur idole », et de le rejeter, sans attendre le temps décent d’une analyse, et sans laisser le temps au travail de commencer, comme gamin capricieux casserait son jouet au lendemain des fêtes…

Alors d’où vient ce raté – débutant, j’en conviens, mais constant – de la recette-miracle-rien-qu’en-France, qu’on avait dans le pot ?

Assurément d’un excès trop épicé et mille fois trop voyant, de cette verticalité, commandée, pourtant, au père Noël de mai, à corps et à cris. On a vu la pièce tout l’été – un « Prince en Avignon » peut-être – et Jupiter nous sort par les yeux. Ce nom, d’abord, qui, dans un 1er temps, énerve – pourquoi ne pas assumer « roi » ? constitutionnel, s’entend, ou tout bonnement « chef » ? Parce que, sans doute, amis, la République n’a pas de roi, que l’image du chef en France est aussi compliquée que celle du père en séminaire de Lacan, et que ce « dictateur » tenté par certains rigolos fait par trop sourire. Alors, va pour Jupiter (et Junon peut-être ! Il s'en cause à tort et à travers ces jours-ci) qui sent ses belles et sérieuses études humanistes. Certes, la posture (réussie, ô combien à l’image internationale, entre main de Trump et regard droit dans les yeux de Poutine) tient beaucoup du sans doute excellent club-théâtre dans lequel le jeune Président fut élevé, nous ne saurions l’oublier. Mais, foin ; ce fut une belle pièce, une belle soirée, et nous prenons. Par contre, le Jupiterisme passa moins bien la rampe quand il s’est agi de vouloir mettre au pas les médias – comme si on pouvait faire sans eux - ou de virer, entre autres, d’un coup de maître, pas moins de trois ministres de tout premier rang. Un jeu d’échecs grandeur nature. Donc, on en conviendra, trop d’autorité pourrait folâtrer avec l’autoritarisme, ce fleuron de l’« ancienne politique ».

Que dire en se baladant côté programme et surtout – philosophie – du programme. Où en est notre poupon de mai, le « ni Droite, ni Gauche » rebaptisé « Et à Droite et à Gauche » ? Fait ses dents, et navigue entre ses vaccins, le mignon. Signaux détonants, comme le veut son nom à bizarres rallonges – un soupçon d’Aides Pour Le logement épluchées, l’impôt sur la fortune dans le même jet en passe d’être, disons, élagué, des Nationalisations pétant le feu à Saint Nazaire, et le Code du Travail attendant ses ordonnances de fin août, après avoir été, tout ce qu’il y a de discuté, et de mis sur table, en été entrant. Négocié, tenant toutefois d’un tout autre vocabulaire. La Loi de « moralisation de la vie politique » (titre d’origine) qu’à première vue on pouvait supposer glisser tendrement au fond de la gorge, toute en miel, butta sur une réserve parlementaire, dont on cause à l’envi au coin des placettes des Territoires, comme si, à elle seule, elle irriguait tout. Elle énerva par quelques menues incohérences chez les hommes qui la portaient – un Richard Ferrand, un Michel Mercier… car, oui, la loi nouvelle, morale ou pas dans son titre, morale, elle reste dans les têtes. Pas facile d’œuvrer, donc, de mettre en cohérence et en conformité avec ses promesses – éternelle antienne –, pas simple de descendre du nuage, Jupitérien ou autre, il va falloir s'y faire, on marche sur terre, Monsieur le président…

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