"AUDIN, La Disparition"

Ecrit par La Rédaction le 07 février 2011. dans France, La une, Histoire

"Reflet du jour"


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Le 11 juin 1957, Maurice Audin, jeune mathématicien et militant anticolonialiste, est arrêté à Alger par des parachutistes français. Les officiers qui les encadrent assurent à sa femme, Josette Audin, qu’elle le reverra bientôt. Le lendemain, Henri Alleg, directeur du quotidien alors interdit « Alger républicain » est arrêté aussi. Hormis les soldats et les tortionnaires, il est le dernier à avoir vu Maurice Audin vivant. Le 1er juillet (soit 3 semaines plus tard !), Josette Audin est informée par les autorités militaires de « l’évasion » de son mari lors d’un transfert.

Elle comprend immédiatement qu’elle ne le reverra jamais : le jeune professeur est mort sous la torture, comme le montrera plus tard l’historien Pierre Vidal-Naquet dans l’enquête qu’il publie en mai 1958.

Le document que nous diffuse LCP-Public sénat est construit autour du témoignage précis et incontournable de Mme Audin. C’est l’histoire, encore actuelle, d’un combat pour la vérité : celle de l’assassinat d’un jeune Français opposé au colonialisme, celle de la torture systématique utilisée par l’armée « républicaine » française à cette époque, celle de l’acharnement de l’état à nier, encore aujourd’hui, les faits et à les dissimuler en dépit de l’évidence sinistre.

Le 26 mai 2004,  le Conseil de Paris inaugure une place Maurice Audin dans le 5ème arrondissement à Paris. L’historien Pierre Vidal-Naquet, présent lors de l’inauguration, a tenu à clarifier les choses. Dès 1958, il avait déjà tenté de rétablir la vérité à travers un livre intitulé « L’Affaire Audin ». Il a réaffirmé que « Maurice Audin a été assassiné le 21 juin, entre les mains des officiers paras qui l’ont arrêté le 11 ». En qualité d’historien, il a rappelé que cet événement s’était produit « en pleine bataille d’Alger », dans une situation de violence extrême. Mais, a-t-il précisé, « c’est justement en période de crise que se mesure le respect des Droits de l’Homme proclamés en 1789 ». Quarante-neuf ans après les faits, les historiens ont fait leur travail. Mais la justice n’a toujours pas fait le sien. Car « la République », regrette Pierre Vidal Naquet, « n’a pas reconnu l’assassinat de Maurice Audin ». Mais si « l’affaire s’est terminée sur un non-lieu, ajoute l’historien en s’adressant à la foule, « l’affaire Audin n’est pas morte ».


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Commentaires (8)

  • Maurice Lévy

    Maurice Lévy

    08 février 2011 à 11:31 |
    Maurice Audin a sacrifié sa vie, son brillant avenir de jeune mathématicien, sa famille et ses trois jeunes enfants, en prenant le parti d’aider une nation à conquérir son indépendance.
    Personne ne peut ni ne doit oublier son courage et son abnégation.
    L’Algérie l’a inscrit parmi ses héros.
    A nous, Français, de lui vouer notre mémoire. Ce sera la juste compensation pour la belle famille qu’il a fondée …
    Halte au silence criminel !
    A quand la reconnaissance nationale de son sacrifice ???

    Simone & Maurice Lévy

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  • houhou

    houhou

    08 février 2011 à 00:42 |
    La France n'a pas attendu longtemps après la libération pour se comporter de manière barbare comme s'il y avait en cette armée de facettes. LE 8 Mai 1945, l'armée française massacrait sans retenue dans la région de Sétif et en 1947, la France se livra à un véritable génocide à Madagascar.

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  • Jacques PETIT

    Jacques PETIT

    07 février 2011 à 23:16 |
    C'est un dégât collatéral de la fin de la colonisation en Algérie , ,Maurice Audin n'était rien d'autre qu'un anticolonialiste,pur et dur , qui avait pris courageusement position pour la révolte algérienne pour l'indépendance,en pacifique , non violent . Des illuminés de l'Algérie française,pas toujours dans la régularité des procédures se sont conduire comme des barbares;et la République Française ,hier et aujourd'hui les a couvert,et les couvre encore pour notre HONTE .

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  • OLIVIER EYQUEM

    OLIVIER EYQUEM

    07 février 2011 à 22:30 |
    J'ai lu "La Question" à l'époque où elle se vendait sous le manteau. J'ai plongé dedans comme dans un bain de vérité, je l'ai absorbée comme un contrepoison. Le derniers mots d'Audin torturé à son ami Henri Alleg : "C'est dur, c'est très dur" (je cite de mémoire) m'ont fait trembler de rage des nuits entières, et ils m'ont habité depuis l'âge 15 ans. Ce livre est le SEUL tombeau que je considère digne de Maurice Audin. Nous sommes quelques milliers à veiller sur ce tombeau. Je vais peut-être surprendre ou choquer certains, mais je me contrefous des "aveux" que pourrait passer aujourd'hui l'État français au sujet des crimes commis en Algérie, sur Audin, Alleg, Djamila Boupacha et tant d'autres. Avouer se MÉRITE ; et requiert un courage et une dignité inaccessibles aux tortionnaires. Qui serait assez naïf pour croire sincères des aveux aussi tardifs ; qui pourrait les penser dictés par la contrition, alors que le simple souci de VÉRITÉ historique est encore impuissant à les susciter? Battons-nous, encore et encore, pour cette vérité, mais sachons qu'on a franchi ces années-là un cap dans l'ignoble et l'inexpliable, au-delà duquel seul le SILENCE peut nous consoler.

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    • Martine L

      Martine L

      08 février 2011 à 10:06 |
      J'ai ressenti, apparemment quelques années après vous, les mêmes émotions ; Alleg était venu pour une causerie dans le cadre de " peuple et culture" ; cela a correspondu à quelque chose de fort dans mes engagements citoyens .Merci, Olivier, pour la force de votre beau message.

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  • gilles josse

    gilles josse

    07 février 2011 à 20:54 |
    Triste histoire !

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    07 février 2011 à 20:05 |
    Il est triste qu’à peine vingt après les horreurs nazies, des français aient succombé des suites des mêmes pratiques gestapistes infligées, cette fois, par d’autres français…Ici point d’idéologie, au sens strict, mais une simple notion machiavélienne : la fin justifie les moyens.

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  • Martine L

    Martine L

    07 février 2011 à 18:54 |
    Il est des noms qui résonnent avec une sonorité particulière dans tous nos devoirs de mémoire - celui de Maurice Audin est dans mon patrimoine d'historienne, de militante, de citoyenne - Je crois me souvenir du geste très fort et combien symbolique de la famille Audin , refusant la légion d'honneur d'un état qui, à cette heure demeure bien confus face à cette mémoire là . Dans cette famille, le sens de l'honneur et des valeurs citoyennes doit être une seconde peau .

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