L’été meurtrier du petit prince

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 août 2017. dans France, La une, Politique

L’été meurtrier du petit prince

… De ce « piccolo principe » élu en mai, avec un engouement, un élan, presque un amour de midinette, pas souvent rencontré en pays de France, si ce n’est jadis – voyez comme tourne le vent – pour ce jeune homme de Corse à l’œil aussi sombre que celui du nôtre est bleu…

Les jours – ici entre Mistral, Tramontane et mer chaude comme en Floride – ont succédé aux jours ; incendies inimaginables, sautes de temps quasi bi-polaires un peu partout dans l’hexagone, bouchons au tournant du grand chassé croisé ; la folie aggravée de l’autre Roux – justement posé en Floride, répondant à celle du sombre Coréen ; quelques piqûres de rappel par le terrorisme tapi : l’été 17. Et, nonobstant, la ruche du travail gouvernemental à Paris, dont la densité ne fait pas question, au vu de nos députés (priés de garder la chambre un peu plus) à la veille de déposer aux Prud’hommes la plainte qu’il faut et son titre : « trop, c’est trop »…

Et c’est peut-être ce genre de formule bien populaire, et comprise de tous, qui pourrait résumer cet été, déjà étrange avant sa fin.

On était parti de très haut (attention, pour autant, les chiffres n’avaient rien de faramineux aux lendemains de la Présidentielle), du sommet du manège où l’Histoire a hissé – trop vite probablement – le gagnant de la course, et on glisse forcément, par à-coups, ou forte bordée. L’état de grâce – curieuse formule qui sent sa sacristie égarée en République – passe et s’étiole ; Ronsard et sa rose en savent quelque chose. Baisse importante dans les sondages pour notre Président, la « pire » dit-on, en si peu de temps, plus importante que celle de F. Hollande – une sacrée référence en la matière. Ce qui n’est pas sans agacer, même ceux qui comme moi n’étaient pas « accro » à l’épopée Macron. Car, quand même, qui sont ces gens, ces électeurs, capables de hisser en mai au plus haut du  pavois « leur idole », et de le rejeter, sans attendre le temps décent d’une analyse, et sans laisser le temps au travail de commencer, comme gamin capricieux casserait son jouet au lendemain des fêtes…

Alors d’où vient ce raté – débutant, j’en conviens, mais constant – de la recette-miracle-rien-qu’en-France, qu’on avait dans le pot ?

Assurément d’un excès trop épicé et mille fois trop voyant, de cette verticalité, commandée, pourtant, au père Noël de mai, à corps et à cris. On a vu la pièce tout l’été – un « Prince en Avignon » peut-être – et Jupiter nous sort par les yeux. Ce nom, d’abord, qui, dans un 1er temps, énerve – pourquoi ne pas assumer « roi » ? constitutionnel, s’entend, ou tout bonnement « chef » ? Parce que, sans doute, amis, la République n’a pas de roi, que l’image du chef en France est aussi compliquée que celle du père en séminaire de Lacan, et que ce « dictateur » tenté par certains rigolos fait par trop sourire. Alors, va pour Jupiter (et Junon peut-être ! Il s'en cause à tort et à travers ces jours-ci) qui sent ses belles et sérieuses études humanistes. Certes, la posture (réussie, ô combien à l’image internationale, entre main de Trump et regard droit dans les yeux de Poutine) tient beaucoup du sans doute excellent club-théâtre dans lequel le jeune Président fut élevé, nous ne saurions l’oublier. Mais, foin ; ce fut une belle pièce, une belle soirée, et nous prenons. Par contre, le Jupiterisme passa moins bien la rampe quand il s’est agi de vouloir mettre au pas les médias – comme si on pouvait faire sans eux - ou de virer, entre autres, d’un coup de maître, pas moins de trois ministres de tout premier rang. Un jeu d’échecs grandeur nature. Donc, on en conviendra, trop d’autorité pourrait folâtrer avec l’autoritarisme, ce fleuron de l’« ancienne politique ».

Que dire en se baladant côté programme et surtout – philosophie – du programme. Où en est notre poupon de mai, le « ni Droite, ni Gauche » rebaptisé « Et à Droite et à Gauche » ? Fait ses dents, et navigue entre ses vaccins, le mignon. Signaux détonants, comme le veut son nom à bizarres rallonges – un soupçon d’Aides Pour Le logement épluchées, l’impôt sur la fortune dans le même jet en passe d’être, disons, élagué, des Nationalisations pétant le feu à Saint Nazaire, et le Code du Travail attendant ses ordonnances de fin août, après avoir été, tout ce qu’il y a de discuté, et de mis sur table, en été entrant. Négocié, tenant toutefois d’un tout autre vocabulaire. La Loi de « moralisation de la vie politique » (titre d’origine) qu’à première vue on pouvait supposer glisser tendrement au fond de la gorge, toute en miel, butta sur une réserve parlementaire, dont on cause à l’envi au coin des placettes des Territoires, comme si, à elle seule, elle irriguait tout. Elle énerva par quelques menues incohérences chez les hommes qui la portaient – un Richard Ferrand, un Michel Mercier… car, oui, la loi nouvelle, morale ou pas dans son titre, morale, elle reste dans les têtes. Pas facile d’œuvrer, donc, de mettre en cohérence et en conformité avec ses promesses – éternelle antienne –, pas simple de descendre du nuage, Jupitérien ou autre, il va falloir s'y faire, on marche sur terre, Monsieur le président…

Mais, le plus épineux de l’été, le plus agité médiatiquement et le plus spectaculaire, fut l’Assemblée, ses « En Marche » à l’arrêt, au bout de leur triomphe. Le bec à bec douloureux avec le « boulot » de législateur, le bizutage diront certains, les classes au sens militaire. Cacophonie, couacs et reculades (adaptations, diront ceux qui n’acceptaient pas la moitié de ça dans le précédent quinquennat). Dure réalité, que nous avions soulignée à peine l’élection passée (« l’amalgame selon Macron », article du 20 mai,où l’on pouvait imaginer, et pour certains, souhaiter, un millefeuille / Jeune / expérimenté). Député, c’est un métier, dur, exigeant, fatigant, payé à la hauteur des tâches, et point ne suffira d’être monté dans le wagon de tête, et de s’y asseoir avec quelque suffisance. La « vieille politique » aurait eu son mot à dire, en guise de tutorat ; il y a fort à penser que les poubelles ont été remplies un peu vite. C’est là qu’on se prend à soupçonner la stratégie haute et complexe de notre Président : ces hordes de « En Marche » jetées dans l’arène, nouveaux, nouvelles, parité oblige, sans grande protection, ni beaucoup de formation, n’est-ce pas terriblement violent ? Ou bien, s’est-on cyniquement dit : fi des Parlementaires, faits pour suivre et signer au bas des lois ; ceux qu’on peut affadir, négliger finalement ; seul comptant l’Exécutif, surtout côté Élysée, puisqu’on laisse murmurer que Macron et quelques fidèles suffiraient aux grandes orientations. Et nous, de repiquer le nez dans nos vieux grimoires d’Histoire : disait quoi la Constitution du Consulat en l’An VIII, juste avant l’Empire ? Pleins feux sur l’Exécutif, et le rabot sur tout ce qui subsiste de législatif… pas exactement le ton des discours macroniens de la campagne, lançant les filets sur le Centre et la culture du consensus. On aura compris, en observant les rangs de l’Assemblée, que Macron a pris le risque de refuser tout arrangement avec des anciens, et des partis notamment, porteurs d’expérience et de valeurs – ainsi on sait le sort qui a été fait à Manuel Valls ; ceci au motif-slogan d’un « sortez tous les sortants » au final si peu démocratique. S’appuyer sur les jeunes « Marie-Louise » lui ayant semblé la seule voie à suivre. A-t-il remporté la mise, rien de moins sûr, en tous cas, à ce jour.

A l’arrivée de l’automne, qui risque de ranimer la rue, celle des abstentionnistes mélangée aux autres, protestataires de tous poils et façons, et déçus du Macronisme commençant, on est à la fois devant un constat, celui d’un réel bien vivant et fort contraignant face au verbe et au rêve d’un programme et de stratégies non encore validées ; loin s’en faut. La vie politique, ce qu’elle porte n’est pas dans une planète nouvelle, mais banalement là ; aménagements ou non, et le gouvernement et son chef devront composer avec cette exigence de pragmatisme. On est surtout, et c’était écrit dès la campagne, devant une mue, celle de générations, de pensées, de projets : mais il n’y a pas destruction ou table rase d’un vieux monde, laissant l’entier territoire aux jeunes loups ; il y a – il faut qu’il y ait – le paysage politique français, son Histoire, ses expériences, ses échecs, et ses réussites, dans lequel la jeune meute doit négocier intelligemment sa place ; avec respect et mémoire. C’est ce qu’on voit, d’ailleurs, dans toutes les savanes bien ordonnées.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (7)

  • Lilou

    Lilou

    21 août 2017 à 10:30 |
    Bonjour chers vous. Pas de panique, demain n'est pas encore écrit... Laissons à ce si jeune sourire le bénéfice d'avoir été élu sur un terme de 5 ans... N'Hollandisons pas Jupiter!!!

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    19 août 2017 à 13:13 |
    Oui, les yeux se désillent, les électeurs se réveillent avec la gueule de bois, les paillettes de la fête pré électorale s’estompent et les flons flons du show macronien se dissipent…
    Reste la réalité : de changement, il n’y a point ! Hollande était au centre gauche, Macron est au centre droit ; Hollande était social-libéral, Macron est libéral tout court. A peine une nuance…
    La vraie différence – la seule ! – c’est le style. Hollande était sincère, gentil, consensuel. Jupiter le Ridicule – imitation grotesque de je ne sais quel monarque solaire ou d’un petit caporal trop vite monté en grade – essaye, sans y arriver, de compenser le vide abyssal de son programme par un jacobinisme vibrionnant.
    Ephémère moustique taquinant une Histoire, qui vite – très vite – oubliera son insignifiant passage. En 2022, du « macronisme », il ne restera rien. La bulle aura depuis longtemps éclaté. Elle a déjà éclaté.
    Mais qui alors succèdera à cet histrion ?...

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    • bernard pechon pignero

      bernard pechon pignero

      20 août 2017 à 11:41 |
      On vous a connu, cher JF, plus nuancé dans vos propos et plus prudent dans vos pronostics. Pour ma part, ayant passé un contrat à terme, je m'interdis de le rompre au bout de trois mois au risque de tomber de plus haut. Ce jeune président a toujours pour moi les yeux bleus et un beau sourire. Au reste je me donne quelque temps pour juger. Si tant est que je puisse être juge. Électeur du moins.

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        20 août 2017 à 16:09 |
        Rassurez-vous, cher Bernard, moi aussi j'ai voté pour EM. Mais un pigeon se serait présenté contre MLP, j'aurais voté pour le pigeon...sans pour autant en être un moi-même...

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        • bernard pechon pignero

          bernard pechon pignero

          21 août 2017 à 09:37 |
          Si j’ai bien compris, la différence entre nous est que vous avez passé un contrat avec EM pour descendre MLP tandis que j’ai la naïveté, qui fait sans doute de moi un pigeon, d’attendre également de ce jeune et sémillant tueur qu’il mette ensuite un peu d’ordre dans la baraque.

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          • Jean-François Vincent

            Jean-François Vincent

            21 août 2017 à 10:13 |
            Vous n'êtes pas le seul, Bernard. Quelques 20 millions sont comme vous. La petite musique du "changement" a beaucoup séduit. L'araignée avait bien tissée sa toile...

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    • Martine L

      Martine L

      19 août 2017 à 14:13 |
      J'ai bien peur JF que la réalité soit plus complexe que votre diatribe ; Macron – le Macronisme, c'est un autre problème, quelque chose qui n'est pas vraiment né ; encore dans les limbes – Macron, donc, n'est pas une bulle éphémère, « déjà » crevée, dîtes-vous. Il a été un trop grand recours aux yeux de certains, il a représenté trop de rêves, pour que le désir et les fantasmes qui vont avec, soient déjà morts. Ça risque de venir, quand n'arriveront pas à se rejoindre, ces fantasmes politiques, et la réalité. La chose tiendra en fait dans des questions d'espaces et d'altitudes. Macron n'est pas ridicule, mais inquiétant quant à sa toute puissance, et sa suffisance, d'ailleurs partagée par pas mal des siens. Surdoué qui regarde passer le peuple des fourmis – nous. C'est par là, finalement, que viendra le problème, et notre « petit prince » se fera mal.
      Votre comparaison avec Hollande – je compte revenir à lui sous peu – tient probablement en quelques mots : Macron est moins professionnel mais plus culotté ; il a cette audace que certes, n'avait pas le président normal, qui, par ailleurs savait rester modeste et marcher avec une certaine distance, et ce n'est pas l'humour Hollandien qui surcharge notre Jupiter. L'Histoire tranchera. Question d'éclairage, de mise en scène, et … énormément, de désir – on y revient, on y campe.

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