La Peur des Roulants

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 août 2010. dans Racisme, xénophobie, La une, France

La Peur des Roulants

Serait-elle revenue ?..

Camps de Rroms pris d'assaut ; grands moyens : 100 policiers pour arrêter 40 Rroms ! Bruits de bottes et haussement martial du menton, dans la torpeur estivale ; rafles (quel autre mot ?) ; police poussant les troupeaux d'hommes, femmes et enfants vers des avions dont les moteurs chauffent déjà. Images venues d'un autre temps ; souvenirs noirs de populations toujours stigmatisées : « les » gens du voyage, ici ; « les » Maliens, là et, bien entendu – valeur sûre, entre toutes – là-bas, « les » Juifs, ces plus étranges des étrangers supposés ...

On agite à nouveau la peur de l'Autre, du différent ; on désigne, on stigmatise, au bout, on discrimine. On ressuscite ce qui fait l'homme - avec deux ou trois plus jolies choses - et, ce, depuis les confins de l'Histoire humaine : ceux de la caverne d'à côté ne sont pas moi, et donc je « les » compare, je « les » redoute, j'en ai peur, et de monter des barrières autour de mes trois pierres !

Alors, quand en plus ces autres sont des « bougeants », ou supposés tels, c'est encore une autre histoire : celle de la peur ancestrale ; celle aussi qui se cristallise - époques et lieux confondus -. Chez l'installé, le sédentaire, contre le nomade, le passant inconnu, « l'installé nulle part » , lit-on dans ce vieux texte du XVIIème siècle que cite J.Delumeau, dans son incontournable « la Peur en Occident ». Celui qui vient d'ailleurs, mais d'où ? Qui va plus loin, mais où ?

Souvenirs surgis du fond de mon enfance dans les campagnes Bourbonnaises.  Années 50 ; l'été, juste avant  la batteuse ; la ferme de mes grands-parents était au bout du village ; après nous, c'étaient les champs et les creux chemins sombres, bordés de ces haies (les bouchures) qui compartimentaient le bocage, avant le Remembrement. Ca bruissait d'oiseaux, de renards et autres bêtes sauvages - on parlait encore des loups - Les rumeurs y faisaient leur nid, à l'abri du bruit lourd des roues lentes des charrettes …

Sur la nuit, ouverte, la fenêtre de l'endroit où je dormais - mal, car envahie des bruits du dehors - J'avais, quoi ? Dix ans, pas plus. Sur le chemin empierré qui partait, là-bas, vers les gorges du Cher, notre rivière, a résonné, ce soir-là, un pas « qu'on ne connaissait pas » a dit mon grand-père ; murmurant, comme un sombre diagnostic : «  un roulant ! » C'est resté en moi, comme l'image même de la menace, de l'inconnu ; et l'écho de ce pas, la nuit, la campagne noire ont incarné la peur irrationnelle, archaïque, qu'heureusement, les études, les rencontres, les voyages, les valeurs ont ensuite fait voler en éclats !

Ces « mauvais passants », « roulants », Romanichels, Bohémiens, Gitans; « va-nu-pied »;  on vous apprenait à vous en  méfier – voleurs de poule – tous ! Bonimenteurs, surtout les femmes ! Donc, peu fiables ; dont on ne savait rien. D'où « ça » venait ? Quelles étaient leurs origines familiales ? (On disait, chez moi : « d'où « ça » tenait ?), de quoi vivaient-ils ? On dirait aujourd'hui que leur traçabilité était brouillée ! On les tenait donc à distance, on leur disait deux mots - pas trop après la tombée du jour - on ne les « asserrait » pas à l'intérieur ! Mais, souci - lui aussi venu du fond des âges - il fallait accueillir quand même le pauvre hère des chemins, et mon grand-père le dirigeait vers un coin de grange (en ayant pris les précautions nécessaires pour prévenir les dangers des allumettes et autres briquets, qui – on le racontait dans chaque village – avaient mis, ici ou là, le feu au fenil)

Quoiqu'il en soit, je n'ai jamais « vu de près » un de ces Bohémiens, que j'aurais tant aimé écouter raconter sa vie sur les chemins d'autres régions, et, qui sait ! De l'étranger ! La petite fille que j'étais, curieuse de l'ailleurs et des autres, en est restée frustrée, plus d'un été … avant que de compenser ce besoin dans l'Histoire et la Géographie.

Nos campagnes - Bourbonnais, Auvergne, Limousin - étaient si pauvres et âpres , qu'on peut penser que les paysans sédentaires s'y accrochaient peut-être plus qu'ailleurs, à leurs quelques biens, et, du coup, portaient une jalouse attention aux « passants des chemins » ; les plus beaux livres nous le racontent : ceux de Pourrat, par exemple ; il faut aller respirer dans le « Gaspard des montagnes », ces peurs rampantes devant ces inconnus qui tournent le coin du chemin, et, moins célèbre, mais combien magnifique, dans « la terre des autres » de Martial Chaulanges, sur la Corrèze ancienne, relisez ces belles pages au parfum de bruyères, qui campent ces « brigands des grands chemins »,qui alimentaient les veillées, auprès des cantous où claquaient les châtaignes …

Et, qu'est d'autre, au fond, la « Grande Peur » de juillet 1789 ? Mon historien de mari me rappelait, fort à propos, l'opposition – agriculteurs / éleveurs, dans la conquête de l'ouest américain.

Redouté, dans toute l'Histoire, le « sans domicile fixe » est la cible privilégiée des états, gouvernements, institutions, en quête d'ordre, et, par effet prétendument induit, de sécurité. D'Elisabeth 1ère, dans l'Angleterre du XVIème siècle, qui fabriqua ses « poor house » pour « ramasser », dans les rues et les campagnes, ces populations dangereusement glissantes et tenter de les fixer ; jusqu'à notre Convention Jacobine et Montagnarde, qui, dans sa Constitution de juin 1793 (jamais appliquée, mais fort démocratique) insista pour réserver le droit de vote aux seuls hommes étant domicilié quelque part...

Partout, il y a donc, ceux qui sont là, travaillent là ...et, se reproduisent là, et ceux qui apparaissent comme de « nulle part » et passent.

En Afrique, dans ce Mali, pauvre entre tous, que j'ai parcouru cet hiver, j'ai pu observer la même chose ; des ethnies sédentarisées, se méfiant de ces autres qui l'étaient moins : les « Mandingues » du nord, redoutés par les « Dogons » de la falaise, dressant les haies d'épineux devant leurs pauvres cases et leurs trois moutons ! Quand à l'image fascinante, et crainte du Touareg du Sahel, protégé (caché ?) par ses voiles, elle incarne plus que d'autres, le fantasme du nomadisme, assimilé au danger du « rôdeur » .

L'errance, donc, peur absolue, mélange d'ignorance et d'incapacité à  maîtriser ; le Gitan, si bien chanté par Mouloudji (*). Mais, ne peut-on y voir encore autre chose ? Rejet, parce que désir, aurait dit Freud ; vision de ce qu'on rêve d'être : le partir, l'aventure, l'absence de lois … refusé par un moi social, raisonnable - la fable « le loup et le chien » - en quelque sorte !

Aussi, quand on amalgame, actuellement Rroms (civilisation ancienne, incarnée dans une culture, une langue des plus répertoriées ), gens du voyage - autre chose ! - ; quand on désigne, d'un même geste Manouches, Gitans ; quand on ficelle le tout, on ne peut que s'attendre à voir planer l'ombre noire du bouc-émissaire, avec, au bout, le Juif errant de tous les fantasmes, de tous les pogroms... frère du Tsigane à Auschwitz ou ailleurs !

C'est ce que soulignent, en un élan unanime de républicanisme, ces voix différentes qui s'élèvent actuellement, pour contester les événements de l'été.

On dit au président, que, sous couvert de crise économique, et - c'est pire - de problème de popularité, un tournant se prend ; un haut risque de dresser les populations les unes contre les autres, de cliver (ça, il sait faire !)  … Bref, de fendre un peu plus le tissu républicain ; ceci, après l'épisode de l'identité nationale !

Alors, « les » Rroms, « les » gens du voyage, « les » roulants, ou « des » citoyens ?

 

Dans Télérama du 28 Août au 3 Septembre, voir l'excellent article de fond «  les boucs émissaires » de Marcel Courthiade .

(*) : Mon Pote le Gitan (Mouloudji, Yves Montand...)

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (14)

  • Martine L

    Martine L

    17 juin 2014 à 08:31 |
    Et voilà qu'on y revient ! la peur des roulants et les si faciles Roms ! massacre à la haine ordinaire de ce gamin laissé - pire qu'un animal, dans un caddy ! Fait divers ? ou plutôt fait éminemment social et politique ; pauvre mais vraie petite " nuit de cristal" à la hauteur de ces précaires du 93, victimes de la peur, recherchant le bouc-émissaire à portée de poing, passant outre tous les marqueurs d'une société évoluée ; les institutions, par exemple ! retour aux barbares des origines dans le climat politique actuel qui bien entendu, fait le plus doux des nids à de telles pulsions

    Répondre

  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    27 août 2012 à 09:47 |
    avez vous remarqué combien le cas des Roms focalise, rassemble tout ce qui signe la relation entre républicains honnêtes ( l’extrême droite étant évidemment hors concours ) et l' émigration ( concepts et fantasmes ).Douleurs particulières aux périodes de crise, comme aujourd'hui, la peur de ces " roulants" plane. M Valls, espérons le, avec son républicanisme âpre et rude, mais fort respectable, saura peut-être poser les questions et désigner quelques réponses.

    Répondre

  • Martine L. Petauton

    Martine L. Petauton

    31 août 2010 à 15:03 |
    Je ne saurais oublier la belle chanson " mon pote le gitan", que je n'aurais pas retrouvée sans L.M ! qu'il en soit remercié ; je dédie, du coup, et le texte et la chanson à tous les gitans des Saintes Maries qui ont ensoleillé mon enfance!

    Répondre

  • Martine L.Petauton

    Martine L.Petauton

    29 août 2010 à 09:40 |
    Evidemment, J.F. ne me vient pas l'idée de vous "embarquer" chez les Frontistes ! sinon, "reflets du temps" ne serait pas notre maison commune !
    Pour autant, je ne vois pas les gens, comme des groupes, mais, incontestablement,comme autant d'individus différents et - homo sapiens-sapiens - le groupe n'étant perçu que dans ses aspects culturels ; du coup, je n'ai pas souvenir d'avoir ressenti du rejet vis à vis d'un groupe, par contre, vis à vis d'individus! bien sûr que si!( et j'ai pas mal voyagé )
    Quant à l'"anonymat" de nos contributeurs ; retournons à notre charte : pseudo, ou initiales - si c'est constant - sont, admises

    Répondre

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    28 août 2010 à 20:02 |
    @ Martine & l'anonyme SL
    Une généralisation, chers amis, eut été une THEORIE sur les Roms, comme il y en a eu pendant la période nazie. Si l'espression d'une simple impression subjective est une généralisation, alors nous généralisons tous!
    A partir d'impression - vraie ou fausse - sur un individu, nous portons un jugement sur lui - juste ou injuste - généralisation? Ce qui est vrai des individus, l'est aussi des groupes humains. N-y-a-t-il aucun groupe humain qui vous ait fait mauvaise impression? Je dis bien mauvaise impression, sans que, pour autant, vous ayez théorisé sur eux? Si, en toute honneté, vous me répondez non, si vous avez eu toujours et partout une bonne impression sur TOUS les groupes humains que vous avez rencontrés, je vous croirai; mais alors vous êtes très proche de la sainteté, tant vous mettez en pratique le commandement :"tu aimeras ton prochain comme toi-même"!
    Quant au piège tendu par Sarkozy, Martine, je ne pouvais pas y tomber: il s'adresse à l'électorat lepéniste dont je ne fais pas partie; j'ai simplement voulu dire que, dans cette optique (la récupération de l'électorat lepéniste) la cible était bien choisie : c'est un fait - et non une généralisation! - que les Roms ne sont guère aimés et pas seulement par les lepénistes...Injustice? Sans doute, comme tous les sentiments, bons ou mauvais!

    Répondre

  • SL

    SL

    28 août 2010 à 18:25 |
    Le second commentaire à l’article est tout à fait remarquable. J’ai d’abord cru à une ironie poursuivie sur tellement de lignes qu’elle en perd tout son humour, mais à la relecture, plus de doutes, le monsieur est sérieux ! Si l’expression est correcte, les connaissances sur les travers du fonctionnement cognitif de l’homme sont vraiment nulles.
    Le monde est vaste, multiple, complexe, on le sait. On sait aussi que notre cerveau est capable de petites, de plus grandes choses, mais quand même pas de pouvoir traiter de manière instantanée l’hyper complexité de notre environnement. On devrait donc savoir la conséquence : on simplifie, on se plante. C’est à cette conclusion que sont arrivés tous les chercheurs en psychologie sociale qui ont étudié le problème du stéréotype. Ici, l’auteur du petit commentaire nous offre un cas d’école. Les stéréotypes nous permettent au quotidien de fonctionner de façon économique (c’est-à-dire de ne pas toujours repartir de la connaissance zéro des choses), en simplifiant la réalité. Comment se forment-ils ? Plusieurs auteurs ont mis en évidence les mécanismes de formation des stéréotypes, mécanismes que l’on retrouve superbement à l’œuvre dans la genèse de la morale de la célèbre fable « La Rom et les raisins ».
    Tout d’abord, les biais négatifs dans le souvenir, qui font que l’on retient davantage les traits négatifs. Ce que l’on a retenu de la femme au sol, c’est sûrement pas ce qu’elle a fait de mieux.
    Ensuite, l’importance des jugements polarisés, qui fait que l’on retient les traits très marqués et peu nuancés plutôt que les traits neutres. Là encore, la Rom aux raisins a bien évidemment marqué des points sur tous les autres Roms croisés avant et après dans notre vie. Si on en retient une, c’est elle.
    Enfin, le processus de généralisation, qui étend les traits observés chez une personne à l’ensemble des membres du groupe auquel on la pense appartenir.
    Les biais à l’origine de la formation des stéréotypes sont cognitifs, mais ces derniers n’auraient sûrement pas la vie aussi longue si leur fonction n’était pas aussi sociale. Les stéréotypes sont indissociables de la différenciation des groupes sociaux. Ils visent à exagérer les différences entre les groupes et à minimiser les différences à l’intérieur de chaque groupe. Pour faire simple, on retient la Rom qui nous ressemble le moins, nous français souchien, et on ne retient pas ses congénères un peu moins bizarroïdes qui remettent en cause notre différence. On n’est pas de cette espèce, mince !
    Le commentaire en question ne susciterait que le désarroi s’il était seulement un témoignage naïf de la méconnaissance que l’homme peut avoir de lui même et des dangers qu’il fait courir par sa médiocrité. Mais malheureusement, les stéréotypes sont graves et ignorer notre tendance à les créer c’est ignorer la part d’assassin qui est en nous. Je ne pense pas que cela soit tolérable. La conséquence directe du stéréotype social, c’est la discrimination. Au mieux la souffrance de ceux qui les subissent, au pire la fin de cette souffrance par les grands moyens. On a connu. Alors non, on n’a pas toujours le droit de se tromper et d’ignorer nos erreurs et nos faiblesses.

    Répondre

    • Martine L. Petauton

      Martine L. Petauton

      28 août 2010 à 19:57 |
      élève S.L.il me semble avoir déjà - dans des temps éloignés,où se perd la mémoire - utilisé mon stylo, pour un 20 ! voulez- vous que je recommence ? Vous apportez,par cette magistrale définition du stéréotype, ce qu'il fallait, comme éclairage scientifique à ma chronique ; merci! la"rom au raisin" risque de passer dans la langue!

      Répondre

  • Myriam Nessim

    Myriam Nessim

    28 août 2010 à 18:22 |
    ET moi j’ai connu quelques Juifs qui étaient obsédés par le fric, quelques Arabes menteurs et des noirs qui sentaient pas bons.
    Quel monde infâme. Mais du moment qu’il n’y a pas de racistes, tout va bien non ?
    Bien à vous Martine L. Petauton. Bravo pour votre chronique

    Répondre

  • Eric Thuillier

    Eric Thuillier

    28 août 2010 à 12:50 |
    Je ne doute pas une seconde, chère Martine, de votre sincérité, je la reconnais et la salue. Cependant votre texte comme bien d'autres lus en ce moment me semble entrer dans la catégorie de ceux qui sèment la confusion plus qu'ils n'éclairent. J'ai eu envie de chroniquer cette actualité «romanesque» qui me semble jeter une lumière crue sur le niveau des débats dans notre pays (et sans doute dans les autres) qui ressemble à une confrontation de faux témoignages, j'ai renoncé tant cette croisé de chemins me paraît dense et impossible à dénouer sans remonter toutes sortes de fils qui entraineraient trop loin. En voici rapidement quelques uns.

    D'abord pour rester au plus près de votre propre témoignage, il me semble que vous confondez dans vos souvenirs de petite fille les gitans, institutionnalisés sous le titre de « gens du voyage » et ce que Gaston Couté nommait les «chemineux», institutionnalisés eux sous le titre de SDF. Vous ajoutez ensuite dans votre texte des références à des populations africaines
    dont les expériences culturelles me semble à mille lieues (c'est aussi vrai géographiquement)
    de celles dont nous parlons. Essayons de dresser des constats de ce que nous connaissons – y compris par l'expérience personnelle comme le fait Jean-François – avant d'invoquer, dans une position surplombante et au fond arrogante, un ensemble d'autres comme un monolithe.

    Il va de soi que l'utilisation par Sarkosy de l'évènement initial (qu'il ne faut pas perdre de vue : le saccage d'un commissariat par une troupe de roms) est irresponsable, indigne d'un homme d'Etat dont la fonction est plus de rassurer que d'affoler. Pourquoi cet événement qui aurait du être un traumatisme passager pour les gens de la commune qui l'ont subit devient un événement traumatisant pour une communauté nationale : voilà un premier registre de question en relation avec le faux témoignage et avec la perversité de ce qu'on nomme l'information qui de plus en plus, encourage à des actions destinées à faire l'ouverture du «20 heures»

    Nul doute que c'est par bonne volonté qu'on oppose à cette absurde dérive sécuritaire d'autres faux témoignages. Celui ci par exemple : la proportion de délinquants chez les roms est la même que chez les autres. Tout le monde sait que c'est faux et la négation de l'évidence ne fait qu'entretenir la méfiance envers les discours officiels. C'est plus compliqué d'expliquer que les gitans sont un peuple admirable dont toute l'humanité a besoin. Çà n'a pas plus de chance d'être entendu que la simple jérémiade complaisante mais au moins c'est vrai. Mieux vaux être mal compris que clairement identifier comme menteur.

    Plus profondément encore, au delà des gesticulations des uns et des autres, les uns tolérants les autres non, il faut dire que notre société, compte tenu de son niveau et de ses principes d'organisation, est par nature hostile au mode de vie des gitans. Et ce qui la rend hostile c'est le niveau de confort (certes mis à mal ces derniers temps) que nous voulons préserver. Un confort qui est la résultante de la folie capitaliste et du désir d'émancipation. Excusez je dis trop vite mais je suis persuadé que notre société ne deviendra pas accueillante en répandant une culture de l'accueil (c'est à dire en s'illusionnant sur le potentiel de l'éducation) mais en réfléchissant avec courage sur sa constitution. Au delà des discours, la haine de l'autre est inscrite dans nos sociétés.

    Puisque j'y suis, je dois faire part de mon admiration pour les gitans, peuple de tradition orale qui résiste bien mieux que nous, fiers de nos deux mille ans de traditions écrites. Deux mille ans qui n'ont rien opposé aux cinquante ans de bagnole de TV et de supermarché qui nous ont sorti de nous même alors que les gitans ont gitanisé la bagnole, la TV et le supermarché.
    Des gitans auquel je dois, il faut le dire aussi, une période de difficulté professionnelle suite au pillage répété du cuivre dans mon atelier.

    Bon, finalement c'est plus long que je pensais et comme je pars quinze jours en vacances je ne continuerai pas à participer à un débat qui, s'il a lieu, me paraît très important. Mes amitiés à tous.

    Tiens çà me revient à l’instant, longtemps j’ai eu un copain archi qui m’appelait : mon spot le gitan.

    Répondre

    • Lamouche

      Lamouche

      28 août 2010 à 14:43 |
      merci, Eric, de ce gros travail ; vous nous dites, en fait, que toute analyse, écriture, texte historique, est du domaine du"récit" ; donc, de la représentation ; c'est vrai

      Répondre

  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    27 août 2010 à 21:31 |
    Vous avez bien fait d'en parler. Et dire que c'est le Chanoine du Latran en titre qui a donné l'ordre de leur faire des misères.

    Répondre

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    27 août 2010 à 20:21 |
    Moi aussi j'ai des souvenirs de Roms, des souvenirs parisiens...Bien sûr, il s'agit d'instantanés, non d' une étude scientifique; mais ce sont ces instantanés qui déterminent une impression sujective - bonne ou mauvaise...Dans le cas des Roms, elle fut mauvaise.
    J'ai vu des équipes de femmes et d'enfants sillonner les rues pour faire la manche et redonner ce qu'ils avaient récolté - sans rien garder pour eux - à un homme (père? mac?)...Bref, de la pure exploitation. J'ai vu - et c'est plus scandaleux encore - une touriste japonaise donner une grappe de raisins à une matrone; et la femme - furieuse - de jeter la grappe par terre de rage, en insultant la japonaise : ce qu'elle voulait, c'était exclusivement de l'argent...
    Je ne généralise pas; mais ce type de comportements laisse des souvenirs déplaisants. Alors, bien sûr, la manoeuvre du gouvernement est patente : récupérer l'électorat frontiste. Bien sûr, cette manoeuvre est une pantalonnade absurde, puisque, citoyens européens, les expulsés peuvent revenir dès qu'ils le souhaitent. Mais reconnaissons que la cible est bien choisie : par des comportements tels que ceux que j'ai décrits et dont j'ai été le témoin oculaire, les Roms n'engrangent pas un grand capital de sympathie.
    Tant que lesdits comportements ne changeront pas, la compassion à l'égard des Roms restera ce qu'elle est : faible.

    Répondre

    • Martine L.Petauton

      Martine L.Petauton

      28 août 2010 à 16:10 |
      Réponse à J.F.V.
      C'est quand on se défend de généraliser, qu'on GENERALISE de la façon la plus absolue et insupportable
      Votre réaction s'inscrit, de fait, dans ce fleuve qui dit, puis porte à croire !TOUS LES Maghrébins sont fainéants ; LES Auvergnats sont radins ; LES Asiatiques, de « bons » immigrés ,car « laborieux » et « obéissants »; au bout, de sinistre mémoire, il y avait CES Juifs, qui « avaient les doigts crochus », étaient tous richissimes, donc...De la même veine, évidemment, nous obtenons, dans ces étranges syllogismes, LES Rroms, voleurs de poules, qui - c'est mon propos- par leur statut de « bougeants » sont toujours en bonne place dans ce podium des hiérarchies catastrophiques!
      L'ennui – et, vous le savez bien – c'est que dès que se met en marche la généralisation, suit immanquablement la mécanique raciste ! Et, ce, de façon irréversible...; Mes petits élèves de collège, ne s'y laissent, bien que très jeunes, pas prendre : «  tous les garçons bruns, à cheveux courts, sont des terribles ? «  ( ils se gondolent ! ) ; «  tous les 5ème A sont les pires du collège ? » («  non! Madame, forcément, pas tous! «) ; tous les Romanichels sont des voleurs ? «  ( ils ne rigolent plus) » c'est du racisme ! «...
      Vous écrivez que N.Sarkosy, par ses manœuvres actuelles, tend un piège des plus grossiers ; comment se fait-il, alors, que vous sembliez être un des premiers à y tomber ? 

      Répondre

  • Stéphane Giraudon

    Stéphane Giraudon

    27 août 2010 à 20:05 |
    Merci Martine L. P.
    Cette chronique est un acte essentiel de civisme. Depuis Vichy nous n'avions pas passé de telles lignes symboliques !
    Bravo

    Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.