Une attaque en règle contre la santé

Ecrit par Jean Le Mosellan le 06 juillet 2010. dans France, Santé

Cet article fait suite à une chronique d’abonné du “Monde.fr” publiée à la une du site le 1er juillet

Une attaque en règle contre le système de santé s’est produite le 1er juillet, jour de départ des Français en vacances, avec le soutien étonnant du Monde.fr, par son exposition à la Une du site, avec un  titre on ne peut plus accrocheur La mort et le PIB sonnant comme un polar d’été. Sauf qu’on ne s’y marre pas.

Pour faire sérieux l’auteur a fourni des références aussi vagues que possibles à son travail. La part de 11% du PIB affectée aux dépenses de santé, par exemple, a été donnée par le CNPS dont les lecteurs ne savent pas qu’il se rapporte au Centre National des professions de santé, d’audience plutôt confidentielle. Pour dramatiser, l’auteur prétend tenir de la Sécu le chiffre de 80% du montant électivement consacré à la dernière année de vie.

Nous n’avons pas les records en matière de dépenses de santé. Nous sommes derrière les Etats-Unis, la Suisse et bien d’autres pays, notamment du Nord de l’Europe. L’INSEE le confirmerait facilement. Et sans doute le CNPS aussi.

Quant à la prétention de déclarer un patient dans sa dernière année de vie, avec l’intention de l’y abandonner éventuellement, il y a l’arrogance de l’ignorance. Quelques exemples le montreront facilement. Contrairement à ce qui a été sous-entendu, la dernière année de vie n’a souvent rien à voir avec l’âge avancé du patient.

Ainsi tout le monde sait que Lance Amstrong, coureur cycliste atteint à l’âge de 25 ans de cancer du testicule avec métastases au cerveau et aux poumons, a été après  guérison sept fois vainqueur du Tour de France. Ce coureur a eu de la chance d’avoir eu des médecins qui croyaient en ce qu’ils faisaient.

Jean-Pierre Chevènement, victime d’un arrêt cardiaque en 98 lors d’une intervention chirurgicale, de pronostic extrêmement réservé, est sorti du coma après plusieurs jours. Il n’y eut personne dans le personnel soignant pour déclarer que sa dernière heure était venue.

J’ai fait moi-même opérer une patiente atteinte d’un volumineux lymphosarcome gastrique avec métastases ganglionnaires, pour laquelle, en accord avec le chirurgien, j’ai annoncé à la famille 6 mois de survie, mais qui a survécu plus de 15 ans avec l’aide de la chimiothérapie, et qui est décédée d’une autre affection.

Il est courant de nos jours que les malades gardent en chimiothérapie leur système de perfusion à demeure en sous-cutané plusieurs années, parfois 10 ans. Le traitement de tels malades reste onéreux, mais déclarer dès le diagnostic posé qu’ils sont en dernière année de vie relèvent d’une méconnaissance totale des possibilités actuelles.

Que des économistes ultra-libéraux cherchent à éliminer les moteurs de déficits du Gouvernement ou de la Sécu cela pourrait s’expliquer, mais que des médecins leur prêtent main forte, le geste est ressenti comme une trahison commise à l’encontre du Code de déontologie médicale, prescrivant le respect des malades dans nombre d’articles.

Ce Code est du reste largement inspiré du Serment d’Hippocrate, que prêtent tous les médecins à la soutenance de leur thèse. C’est en son nom qu’ils promettent d’exercer la médecine.

A propos de l'auteur

Jean Le Mosellan

Jean Le Mosellan

Membre du Comité de rédaction et rédacteur

Médecin

Auteur de nombreuses chroniques au "Monde.fr"

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