Unions Nationales en France

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 avril 2018. dans France, La une, Politique, Histoire

Unions Nationales en France

Je voudrais d’abord préciser qu’il ne faudrait pas confondre la notion liée à des moments d’unions nationales avec celle de gouvernements d’union nationale. En effet, ces derniers furent très rares dans notre pays, et ne regroupaient pas tous les partis politiques (ceux perçus comme extrémistes, à gauche comme à droite, n’en firent jamais partie). Par contre, notre pays connut de nombreux moments où le peuple français se retrouva dans les rues pour manifester en communion par rapport à un événement grave, comme pour ces dernières années dans les cas de réactions face au terrorisme islamiste. Je vous propose de commencer en 1789, au début de la Révolution française, et de remonter jusqu’à nos jours, en liant ainsi l’Histoire et l’Actualité, ce qui constitue le principe de base des « Racines d’Actu », dont vous trouverez plusieurs exemples dans le cadre des chroniques que j’ai publiées pour Reflets du Temps depuis sa création comme site en 2009.

Le 14 juillet 1790 eut lieu la Fête de la Fédération, le premier anniversaire de la Prise de la Bastille. Cette fête symbolique se déroula sur le Champ-de-Mars de Paris. Louis XVI y assista et y prêta même serment à la Nation et à la loi, ceci dans un vrai climat d’union nationale, en présence des députés des 83 départements français de cette époque. Cet événement est fêté, tous les 14 juillet, depuis l’année 1880 (IIIe République), en tant que Fête nationale française et bien sûr par rapport à celle de la Prise de la Bastille. Par la suite, il y eut bien sûr la célèbre nuit du 4 août 1789. Ce fut la séance de l’Assemblée nationale constituante au cours de laquelle on vota la suppression des privilèges féodaux (certes uniquement rachetables, mais…). Débutée le 4 août à six heures du soir, elle se prolongea jusqu’à deux heures du matin. A côté des privilèges féodaux, il y eut l’abolition de tous les privilèges des ordres, des provinces, des villes, et des corporations, à l’initiative du futur Club des Jacobins, dans une ambiance de surenchère à la fois fraternelle et liée à la peur face à ce que l’on pouvait savoir du phénomène dit de la « Grande Peur » ; cette dernière fut un mouvement de jacqueries et de révoltes engendrées par une peur collective, qui se produisit essentiellement du 20 juillet 1789 au 6 août 1789, tout en se prolongeant au-delà de cette dernière date.

Beaucoup moins connu, il y eut, toujours pendant la Révolution, l’épisode du « baiser Lamourette ». Adrien Lamourette était un prêtre lazariste, favorable à la Révolution. Rallié à l’Église constitutionnelle, il devint le premier évêque constitutionnel de France. Elu député, il fut le célèbre instigateur du fraternel « baiser Lamourette », qui réconcilia temporairement les partis, lors de leurs premières grandes divisions. Le 7 juillet 1792, à l’Assemblée législative, en plein débat, âpre, sur la « patrie en danger », il proposa en effet à ses collègues élus de s’embrasser en signe de réconciliation, et provoqua ainsi un court moment de réconciliation entre les partis, avec des embrassades. Cet épisode très ponctuel rappelle évidemment l’ambiance et les embrassades de la nuit du 4 août 1789. On peut considérer Lamourette comme un ancêtre de la future démocratie chrétienne, ou du progressisme chrétien en général. Demandons-nous au passage si tout ce qui fut lié à la « patrie en danger » ne représenta pas également un moment relatif de cohésion nationale, mais bien sûr uniquement pour les partisans de la Révolution, en raison du comportement hostile de Louis XVI envers celle-ci (dès sa tentative de fuite à Varennes en juin 1791), et des nobles qui avaient commencé à émigrer ; en tout cas, il y eut le célèbre discours de Danton à l’Assemblée nationale le 2 septembre 1792 : « Il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée… ».

Un autre grand moment d’unité nationale (mais beaucoup plus large) fut celui qui se produisit en juillet 1830 lors de la période dite des « Trois Glorieuses ». Les 27, 28, et 29 juillet 1830, la France connut en effet un espoir collectif très important avec la Révolution de 1830. Elle permit de passer du régime politique de la Restauration (monarchie d’origine légitimiste, fondée sur le drapeau blanc à fleurs de lys), qui avait duré de 1815 à 1830, sous les règnes de Louis XVIII et de Charles X, à celui de la monarchie de Juillet (orléaniste, acceptant le drapeau tricolore et donc des éléments issus de la Révolution de 1789), avec Louis-Philippe, « Roi des Français ». Mais la dernière partie du règne correspondit à un raidissement qui provoqua la chute de ce régime. Un nouvel espoir, encore plus important, se fit jour, en Février 1848. Il avait abouti à la Révolution de 1848 ; une révolution pacifique, fondée sur ce que l’on appela « L’esprit de Février ». La Seconde République en sortit et fut proclamée à l’Hôtel de ville de Paris. Une démocratie politique se mit en place dans le cadre d’un consensus extrêmement large. En effet, l’Eglise catholique alla jusqu’à bénir les « arbres de la Liberté » que l’on planta alors un peu partout en France ! Mais des mesures économiques et sociales progressistes n’ayant pas suivi, et les Ateliers Nationaux ayant été un fiasco total, on en arriva aux catastrophiques – car sanglantes – journées de juin 1848, le petit peuple parisien se révoltant, ce qui entraîna une forte répression, et – à terme – la prise du pouvoir par Louis-Napoléon Bonaparte. Celui-ci, après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, finit alors par installer en 1852 le système du Second Empire (autoritaire), sous le nom de Napoléon III.

Après la guerre civile de la Commune (en 1871), malgré la proclamation de la IIIe République le 4 septembre 1870, il fallut attendre l’année 1875 pour retrouver une période de consensus assez large, avec la rédaction et le vote de la Constitution d’un nouveau régime. Ce fut la IIIe République, qui dura de 1870-1875 jusqu’à 1940, au moment où Philippe Pétain et Pierre Laval, profitant de la défaite de la campagne de France contre les armées hitlériennes, lui tordirent le coup en installant un système d’extrême droite axé sur la « Révolution Nationale ». Avant cela, il faut insister sur un temps particulier d’unité nationale française, lié à l’éclatement de la Guerre de 1914 : « L’Union Sacrée ». Tous les grands partis politiques participèrent (plus ou moins) au gouvernement y compris des socialistes (après l’assassinat de Jean Jaurès), malgré des réticences de plus en plus grandes pour ces derniers, surtout à partir de 1917 (boucherie nationaliste, mutineries de soldats). On doit signaler que l’aile extrémiste du Parti Socialiste SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) aboutit ainsi à la naissance de la SFIC (Section Française de l’Internationale Communiste), qui devint le PCF (ou Parti Communiste Français) ; ceci se produisit lors de la rupture, ou « schisme », du Congrès de Tours, en 1920, en rapport avec l’attitude à avoir à l’égard du léninisme en Russie.

A certains égards, après la victoire de la France en 1918, on pourrait considérer le Bloc National (fondé sur la « Chambre bleu horizon ») comme une sorte de gouvernement d’union nationale, mais uniquement de toutes les droites ; donc… Un autre moment d’unité nationale fut celui de la Libération, en 1944-1945, avec un enthousiasme assez général. Cela dit, comment ne pas dire le nombre de « Résistants de la dernière heure » et passer sous silence le fait que l’immense majorité des Français, gaullistes à la Libération, étaient pétainistes en 1940 ; certes en rapport avec une image de Pétain qui n’était plus la même à la fin de la Guerre, le « vainqueur de Verdun » étant devenu le « collaborateur avec les nazis ». Après les guerres coloniales (Indochine et Algérie), puis les divisions de mai 1968, il y eut notamment la ferveur nationale liée à un grand événement sportif : la victoire de l’équipe de France – dite black-blanc-beur – lors de la coupe du monde de football en 1998 ; mais le soufflet positif retomba.

Il faut enfin en arriver aux années 2000 pour retrouver des moments d’unité nationale en France. D’abord, il y eut – même si leur impact retomba relativement rapidement – des réactions collectives face au terrorisme islamiste, avec « L’esprit du 11 janvier 2015 », fondé sur le slogan « Je suis Charlie », dans la mesure où le pays était touché au cœur de son système démocratique à travers la liberté d’expression. Ensuite, il ne faudrait pas oublier l’aspiration à l’union nationale sur le plan politique, à la suite de l’échec de la lutte contre la crise, à la fois de la part de la droite classique et de la gauche de gouvernement ; une union nationale qui regrouperait « les plus compétents », à droite, au centre, et à gauche (en coupant « les deux bouts de l’omelette », c’est-à-dire en excluant l’extrême droite et l’extrême gauche). C’est d’ailleurs de cette aspiration, et d’une situation politiquement bloquée que sortit la montée, puis la victoire d’Emmanuel Macron en mai 2017 lors des élections présidentielles puis la considérable majorité parlementaire qu’il obtint aux législatives qui suivirent.

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

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