Alles ist Hin ?/Tout est foutu ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 13 janvier 2018. dans Monde, La une, Politique

Alles ist Hin ?/Tout est foutu ?

« Ein Rechtsrutsch ! » titre la Neue Zürcher Zeitung, un coup de barre à droite ; tel est bien le verdict des urnes en Autriche : 31,5% pour l’ÖVP (chrétien-démocrate), 26% pour le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs, officiellement « libéral », en fait, depuis sa fondation, en 1956, par Georg Haider – lui-même fils de SS – refuge des anciens du parti nazi). Une coalition ÖVP/FPÖ s’est formée, scellée à Kahlenberg, cette colline du Wienerwald qui domine Vienne et la vallée du Danube, et où – symbole ô combien parlant ! – Jean III Sobiewski, roi de Pologne, battit, en 1683, les armées ottomanes, mettant fin ainsi au siège de la capitale… A la tête du nouveau gouvernement, Sebastian Kurz, 31 ans, plus jeune encore que Macron ; il assume sans complexe l’alliance bleu-noir et a offert à ses partenaires des ministères régaliens : l’intérieur, les affaires étrangères et la défense ; plus, pour le leader du FPÖ, Heinz-Christian Strache, un poste de vice-chancelier.

Strache représente la ligne dure du parti. Il a fréquenté 17 années durant la « Burschenschaft » Vandalia. Burschenschaften, ces associations pangermanistes d’étudiants, nées au XIXème siècle, et pratiquant les « Mensuren », des simulacres de duels, où les deux adversaires s’affrontent sans casque protecteur (à la différence de l’escrime classique), mais sans intention de tuer ou de blesser grièvement. Une école de courage et de virilité dont les traces sur le visage – les balafres – sont arborées avec fierté. Lors de présentation de l’équipe au président fédéral, Alexander van der Bellen, un écologiste, celui-ci refusa de serrer la main de Strache…

Le programme ? Avant tout xénophobe. « Islam ist kein Teil Österreichs » vocifère Strache, l’Islam ne fait pas partie de l’Autriche. L’hostilité aux migrants d’ailleurs fait ici consensus, et ce bien au-delà de l’extrême droite ; cette hostilité constitue la raison majeure, fondamentale de la victoire de la coalition droitière : les envahisseurs, toujours venus de l’est, hantent les mémoires. Toujours ils assiègent et doivent être repoussés. Par conséquent, parmi les propositions de Sebastian Kurz, figurent, en première position, un renforcement des contrôles aux frontières et une diminution de l’aide sociale aux réfugiés, laquelle va passer de 924 à 520 euros. Vienne, de la sorte, se rapproche du groupe de Višegrad, comprenant la République tchèque, la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie, nations appelant à une fermeture complète de leurs frontières, sous l’égide de régimes autoritaires, tels ceux de Jaroslaw Kaczynski, à Varsovie, ou de Viktor Orbàn, à Budapest.

Il y eut déjà, en l’an 2000, une alliance ÖVP-FPÖ, sous la houlette du chrétien-démocrate Wolfgang Schüssel. Mais là, tollé général ! 250.000 opposants manifestèrent devant le parlement ; Bruxelles menaça de suspendre l’appartenance du pays à l’Union européenne, le ministre des affaires étrangères belge de l’époque, Louis Michel (le père de l’actuel premier ministre, Charles Michel), allant jusqu’à dire : « l’Europe peut se passer de l’Autriche ! »… Cette fois-ci, rien de tel : à peine 5000 manifestants et une réaction – plus que mesurée – de Jean-Claude Juncker, président de la Commission bruxelloise, dans son message à Kurz : « je vous souhaite un grand succès en vue d’établir un gouvernement stable et pro-européen ». Les temps ont changé, l’extrême droite, partout en Europe, fait désormais partie du paysage politique, elle est devenue un interlocuteur « respectable », incontournable…

Alors, tout est foutu ? Pas vraiment. En dépit de leurs origines historiques, ces mouvements ne sont pas les clones de leurs prédécesseurs : Strache n’est pas plus Hitler que Marine Le Pen ne ressuscite Pétain. Ni le troisième Reich, ni l’Italie fasciste ne constituent leur modèle. Celui-ci doit plutôt être cherché du côté de la Russie poutinienne : un nationalisme fort et peu soucieux de démocratie. Orbàn et Kaczynski en sont les illustrations. Die Welt a raison d’affirmer que ce qui se passe actuellement au bord du Danube ne ressemble « ni à une révolution, ni à un austrofascisme ».

Mais néanmoins la vigilance s’impose…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

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