Au-delà de l'innocence ...

Ecrit par Jean-François Vincent le 12 août 2011. dans Monde, La une, France, Politique

Au-delà de l'innocence ...


Plantu a parfois le trait féroce, mais il exprime souvent le sentiment d’un grand nombre. Dans le Monde daté du 10 août, il représente Nafissatou Diallo trainant un aspirateur en forme de caméra et aspirant l’imperméable d’exhibitionniste - style pervers pépère ! - de DSK, d’où s’échappent billets de banque, lingerie fine, et préservatif ! D’un côté, la pompe à fric manipulatrice, de l’autre le fétichiste vicelard…Ce que dit ce dessin, c’est que, quelle que soit l’issue des procès en cours, l’image de l’homme est atteinte. Certes, en France, on ferme les yeux sur la vie privée des politiques : tout au plus s’amuse-t-on d’un Félix Faure succombant, en pleins ébats, dans ses appartements  privés de l’Elysée, ou bien encore des frasques d’un Giscard, éméché après une nuit d’ivresse, défonçant un camion laitier au petit matin ; pour ne rien dire du donjuanisme d’un Chirac draguant, malgré son grand âge, une élue socialiste sous les yeux blasés et pourtant courroucés de Bernadette…

Le problème de DSK, c’est cette image, qui lui colle désormais à la peau, de libidineux incontinent, emporté par ses hormones mâles et tombant, tête baissée, dans le piège tendu par la première soubrette venue. C’est sa crédibilité de leader qui est en cause : qui prétend gouverner les autres doit commencer par se gouverner lui-même. Il s’agit moins de puritanisme ou de pudibonderie faux-cul que d’une question de confiance. Un président doit pouvoir gérer ses passions et ses pulsions. Platon dit que l’âme raisonnable, le « nous », doit prendre garde de ne point être tirée vers le bas par l’appétit irascible, le « thumos » et l’appétit concupiscible, l’ « epithumia ». Sarkozy fut - et est toujours - partiellement discrédité par son irascibilité incontrôlable (cf. le « casses-toi, pauv’con »), il ne faudrait pas que DSK le soit par sa concupiscence intempestive…L’innocence, une fois prouvée, ne suffit pas : au-delà de l’innocence, il faut, pour tout(e) aspirant(e) à la fonction suprême, faire la preuve de son sérieux et de son sang-froid, bref se montrer digne de foi, ce qu’exprime, en un mot, l’anglais par le terme « trustworthy » …


Jean-François Vincent


A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (2)

  • Virginie Holtzer

    Virginie Holtzer

    13 août 2011 à 11:12 |
    Cher Jean-François, je crois qu'on ne peut pas mieux dire sur le sujet...

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  • Martine L

    Martine L

    12 août 2011 à 18:28 |
    Juste, de bout en bout, JF, votre petit texte dont la densité et le message fort valent entrée dans l'année de la campagne électorale. En effet, à côté de la représentation de compétences techniques d' un DSK, il y a – pour qui prétend à la plus haute des magistratures – l'incontournable «  donné à voir de la transcendance », qui doit habiller, bien autant que le reste, le président ( et, là, clairement, ça ne le fait pas ! ) ; c'est quelque chose qu'on porte avec soi - image, morale, peut-être , sens de sa fonction , un ensemble de symboles de nature à fabriquer l'imaginaire - , si on ne l'a pas, on peut passer son chemin … du coup – et vous le montrez bien – ça n'est pas «  une affaire de sexe » que les mentalités latines ont tendance à regarder de façon rigolarde, comme «  preuve de virilité », il s'agit à l'évidence de bien autre chose...

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