Douce France

Ecrit par Bénédicte Fichten le 05 juillet 2014. dans France, La une, Politique, Littérature

Douce France

J’ai demandé à mon ami Charly s’il voulait vraiment que je critique son ultime pamphlet : la dernière fois que j’ai écrit pour un webmag, ça a été un « bins » pas possible. Sous peine de poursuites, il a fallu retirer l’article : le responsable lui-même dût s’en mêler. Bref. Charly a répondu : « oh que oui ! » ; alors, j’y vais. Car ça y est, il a encore frappé ! La plume d’oncle Charly a encore virevolté, tentant de toucher ses cibles.

Rappel-Extrait de cet « Écrire libre », en mai dernier, relatif aux propos de ce jour : « Que François Hollande ait remanié les choses, choisi Manuel Valls, accepté Ségolène Royal, donné Bercy à Arnaud Montebourg, et conservé la très attaquée Christiane Taubira est pour moi un véritable coup de maître et une preuve de haute intelligence ». Voilà pour le cadre.

Le pamphlet, maintenant : on fera aisément le lien entre « Le coup du Père sang-froid » et « Les larmes de Marianne » également chroniqué ici-même, qui soulignent tous deux, par le biais de couvertures très parlantes, le destin d’une République décidément bien peu chanceuse : après les pleurs, en effet, coule désormais le sang de cette Belle aux cheveux d’or, victime encore (p.199, Charly écrit : « il devient beaucoup plus intéressant de tirer sur la République, plutôt que de braquer une banque »). Il est vrai : nous autres français devons tous avoir honte du « score du FN pour notre république lors des dernières européennes » (p.10), c’est une véritable leçon à tirer pour la France. Je l’ai déjà souligné : François Hollande aurait dû, en premier lieu, s’attaquer au problème de l’emploi (« L’emploi est la seule priorité qui vaille », p.47), mais pour tout le reste ?

J’aurais, au départ, voulu voir quelqu’un d’autre à la Présidence ; à présent, je le soutiens. Si j’avais une tendresse pour Valérie Trierweiler dont le parcours est intéressant, il m’est toujours paru évident que le chef de l’État devait prendre garde à l’esprit compétitif de Ségolène Royal. Je crois, très sincèrement, que ce dernier écoute les Français et reste véritablement honnête dans ses choix. Sans doute, découvrant les réalités du pouvoir, a-t-il perdu un peu sa verve au profit du professionnalisme, mais il est digne, en tout cas. Il a commencé par une erreur ; son « mea culpa » a vite suivi : mieux valait, sans doute, définitivement, pour le toujours « couple parental » mettre les différends de côté et faire avec les descendants (également engagés). Bien entendu, la vie politique restera un jeu – dangereux – où tous les coups sont parfois permis (exemple : « Juppé (…) a été condamné à 14 mois  de prison avec sursis et un an d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts dans l’affaire des emplois fictifs du RPR », p.37), mais je ne m’inquiète pas pour l’ancienne compagne du Président, qui avait, à mon avis, bien trop de caractère pour s’installer à l’Élysée simplement pour faire des galas de charité, chanter la Marseillaise ou se faire tirer les traits. Elle a ce qu’elle souhaite, rester journaliste (par ailleurs, elle s’est, en plus, à l’heure des « au revoir », offert le plaisir de partir en voyage avec une actrice : quand je disais que tous les coups étaient permis et que les femmes n’envient rien aux hommes ! J’en suis à peu près sûre…). Voilà pour repositionner les choses. No comment ensuite alors sur : « Il semble que le normal se retrouve entre deux chaises après avoir couru deux levrettes en même temps » (p.87), qui fait sourire mais semble bien mal placé eu égard à la situation évoquée plus haut…

Honnêtement, dès maintenant, je dois dire que Le coup du « Père sang-froid » m’a déçue : bien sûr, François Hollande fait partie des plus confortablement installés. 1 : Cela ne l’empêche pas de penser aux moins chanceux ; d’abord il va régulièrement au devant des gens (et les a côtoyés, achetant son pain comme tous ou ayant fait, sans doute un jour, le plein d’essence), mais surtout le phénomène nommé « empathie » qui permet de se mettre à la place des autres, lui permet de les comprendre et de résoudre une partie de leurs problèmes ; 2 : Soyons sérieux, par ailleurs ! Concernant le poste : ou on souhaite qu’un Président de la République conserve sa stature et son autorité, son pouvoir, et on lui accorde – malgré tout – d’être différent des autres, ou on le considère comme tout le monde, et on ne peut, alors, rien exiger de lui plus que d’un autre. C’est la question de la fonction qui est ici posée. Il représente quelque chose : qui souhaite, alors, le voir prendre le métro ou habiter un deux-pièces dans les mauvais quartiers ?! Oui, il faut bien, d’une façon ou d’une autre, que la notion de respect puisse s’appliquer : pour le Président d’ici, salaire et lieu de résidence, équivalents à la fonction – à ses tâches – en font partie (p.14). Remarquez que ce dernier ne parle pas du « peuple » à tout bout de champ (par opposition aux « pourvus », p.259, ou « nantis »)… comme Charly, si négatif, et finalement quelque peu condescendant (?). Honnêtement, la France n’a-t-elle pas besoin d’autre chose ?!

Je lis encore (p.16) : « dans les qualités incontestables de l’homme politique se trouve le mensonge » : je suis lassée ; n’est-ce pas là discours rabâché ?! Puisque leur rôle est de parvenir à convaincre, il est naturel que les politiques sachent s’exprimer, parfois en plaidoyer. François Hollande a entendu la colère des Français, choisissant le rigoureux Manuel Valls ; il a récemment mis tous les moyens pour celer l’union européenne par la commémoration de la Première Guerre mondiale et le jardin aux Fleurs dédié à la Reine mère d’Angleterre, s’est attaqué aux régions afin de poursuivre le plan des économies budgétaires, ce n’est pas rien ! Si ce n’est pas rien, alors, n’oublions pas de le dire…

S’ensuit, alors, dans le texte, une note d’humour personnelle : « je me suis dit qu’arrivé à mon quinzième ouvrage, il était temps d’annoncer, moi aussi, l’étendue de mon patrimoine », qui nous fait, bien sûr, sourire, sans nous attrister cependant. Si, bien qu’étant au chômage, le Tribunal lui a enjoint de poursuivre, ces trois pensions alimentaires (p.18) dont parle l’auteur, ne les devait-il pas – du verbe « devoir » – ? Sans compter « la demi-part des parents divorcés, qui a aussi sauté », dit-il : eh oui, la question, alors, serait plutôt : pourquoi t’es-tu marié ?! L’esprit est contradictoire, car Charly dit ensuite ceci : « Il est trop facile, dès que l’on évoque les richesses de certains, de dire que l’on n’aime pas les riches, que l’on est jaloux de leur réussite » (p.19). En effet, que dire alors d’autre du chef de l’État, par exemple, précédemment nommé, ou de ces écrivains privilégiés p.216 : « Pour les grands auteurs, tout est payé, le Novotel ou le Westminster. Pour les grands auteurs, ce sont de grandes réceptions pour les déjeuners » : tout cela n’est-il pas légitime, Charly ?!

Pour ceux qui en ont déjà lus, le sujet des pamphlets est d’esquisser le paysage politique du jour, tout en tentant de deviner le nom du prochain candidat à la présidentielle. Élément intéressant : il semble depuis quelques années – et cela avait été souligné dans un précédent pamphlet – que les clivages gauche-droite s’estompent ; en effet, lorsque la situation devient vraiment grave ou sérieuse : gommer les divergences et s’allier paraît être une heureuse idée… L’auteur du « Coup du Père Sang-froid », amalgamant partis et candidats de droite et de gauche – UMP et PS – va même plus loin : « le PS glisse vers le centre et la droite » p.45. Je ne suis donc pas, personnellement, surprise de la façon de faire de notre nouveau Premier Ministre (les cohabitations existent, de toute façon, depuis longtemps : « situation de quasi-cohabitation » p.242, selon l’auteur). Ainsi, la « social(e)-démocratie », forme de capitalisme auquel on apporterait des correctifs sociaux – basés sur la solidarité entre les classes –, est une définition qui sied plutôt bien à notre nouveau gouvernement. Cette mouvance de centre-gauche qui se signale par une alliance de « réformisme » et de « réalisme » tendrait à l’efficacité économique et sociale : voilà la France actuelle… (« Hollande a recomposé l’échiquier politique du pays en s’orientant vers le centre-gauche », p.25). À ce sujet, alors, question candidat à venir, il y aurait bien toujours l’autre François, malheureusement : « les larmes de Bayrou, puis son explosion de joie digne d’une victoire à la présidentielle, mais juste pour avoir remporté la mairie de Pau. Il est sensible » (p. 241) inclinent à douter de sa carrure pour 2017…

Notons ensuite, p.23, un trait d’humour à propos du maire de Paris, qui peut faire sourire : « Oui, ce n’est pas très français, mais en même temps, comme Valls, elle est espagnole ! Sauf, que – erreur outrancière – Manuel Valls et Anne Hidalgo, incarnations des plus admirables réussites d’intégration, sont tous deux français !!! Attention, donc, aux très mauvais amalgames, même pour la rime. Il semble que « prendre de la hauteur rend sourd » (p.24) : je ne sais pas à quoi cela correspond, mais j’avoue que ces petites phrases me permettent, malgré tout, de continuer d’apprécier la littérature de mon ami Charles, pour la forme, même si je ne suis absolument pas d’accord avec cette idée des « prétentieux qui ne doutent de rien » (p.24), et souvent, donc, avec le fond. Seule « l’affaire Leonarda » (« le couac », p.93) en est un contre-exemple. À ce sujet, je dirai juste que François Hollande aurait mieux fait de se taire : on peut soutenir un certain nombre de personnes et combattre l’injustice, mais pas dans n’importe quelles circonstances, et surtout pas à tout prix (apprentissage de son rôle).

Charly, qui se nomme lui-même « contestataire, rebelle », se plaint ensuite des taxes et hausses du pétrole (p.29). Je n’ai pas ce souci : très écolo, j’utilise ma propre énergie en combustible (comprenez, je marche et porte mes paquets). Et oui, des solutions existent ; quand on est retraité, en plus… Désolée, j’ai pris au pied de la lettre : « Attention, amis journalistes ou écrivains, l’autocensure est la pire des censures ! ». Par ailleurs, d’après lui, il y aurait beaucoup d’« indolents qui oublient que le travail est la seule valeur » ; « c’est le travail qui a quitté la France et le président en est plus que responsable » (p.30) : j’ai déjà donné mon avis là-dessus ; il me semble que la société change depuis quelque temps : de nouvelles orientations de carrières et vocations, avec une multiplication des auto-entreprises, par exemple, dessinent un nouveau paysage de l’emploi. Or, toutes ces modifications n’entrent pas forcément correctement dans les stats d’autrefois. La preuve p.31 : « cinq ans après, trois pour Sarko et deux pour Hollande, le chômage a continué sa triste et forte progression, la dette a poursuivi la sienne, alors que les richesses du pays ont augmenté au même titre que les pauvres chez lesquels le Front National a poursuivi son expansion. Cherchez l’erreur ».

Nous savons, tous, maintenant comme auparavant, que la « voie débile de la rigueur » (p.31) n’est absolument pas la solution ! Même s’il semble, malgré tout, que certains secteurs français se portent plus que bien (l’aéronautique et le sport, par exemple, ou les industries de pointe) ; cessons, alors, de compter les gouttes du verre à moitié-vide ! Ainsi, je réfute ; non, Charly, je ne te dis pas bravo, lorsque tu exprimes (p.32) : « depuis deux décennies, la France finit par se résigner à l’avènement du FN » : il n’en sera jamais question ! La résignation est la pire lâcheté, et il existe – fort heureusement – encore des gens pour résister, combattre et faire front. « Il est probable que notre plus grosse erreur de vote fut celle de mai 2007 ; » « 6 mai 2007. Ségolène Royal est élue présidente de la république française. C’est tout le destin du pays qui aurait été changé » (p.33-34) : fort possible ; mais comment ? Personne ne le saura jamais. Dans tous les cas, on ne refait pas l’Histoire, l’idéal étant maintenant de faire en sorte que les choses s’apaisent, en orientant différemment la pente. « Ségolène, revient !!! », nous crie Charly (p.35), non sans humour, comme dans cette note : « l’histoire du Carlton (…) restée dans les cartons » (p.36) : n’était-ce pas Manuel Valls ou Arnaud Montebourg que l’on aurait finalement dû mieux regarder ? Peu importe, alors, puisqu’ils occupent tous deux des fonctions importantes. Alors, non, Charly (« La période 2012-2017 sera bien plus difficile et même dramatique », nous dit-il p.37) ! François Hollande n’est pas même à la moitié de son quinquennat ; laissez-lui le temps de prendre ses marques, de constater, de comprendre. Et d’agir.

Malgré tout, il est de ces petites évocations qui nous font sourire dans la façon de dire de ce pamphlétaire : « Sont sortis de la naphtaline Pasqua, Longuet et quelques autres figures de la droite » (p.38), et qui, d’une certaine façon, nous font oublier tout le reste. Car il m’est impossible de le suivre lorsqu’il évoque Juppé et DSK pour 2017 (p.38) : trop vieux, eux aussi (voyez les nouveaux rois Philippe de Belgique et Felipe VI d’Espagne !). Si « Le FN a vraiment progressé lorsque le Pen grand-père ne fut plus seul et lorsque sa fille et sa petite-fille sont venues arrondir les angles du vieux granit » (p.41), c’est que la France, aussi, a besoin de se renouveler. Je ne crois, personnellement, pas plus en J. F. Copé (p.42) qu’en Nicolas Sarkozy : après avoir fait couler tant d’encre – et de sang ? – ils ont eux-mêmes définitivement tourné leur page ! Décidément, notre pamphlétaire (pas très visionnaire) ? remplit bien son rôle ; j’éclate de rire : « Quitte à être original, Jean-Luc pourrait le faire (p.43) ». Oui, très très original, Charly ; excentrique !?! La question posée p.45 et 85 est judicieuse : « Pourquoi Marine et pas Jean-Luc ? ; « Pourquoi le vote des ouvriers se réfugie-t-il dans le bleu marine, plutôt que dans le rouge de la gauche de la gauche ? ». Je ne suis personnellement absolument pas sûre que seuls les ouvriers votent FN, mais si ce choix des européennes a été fait, c’est peut-être parce qu’un profil féminin marquait sans doute, en l’instant, une volonté de changement et qu’il faut de nos jours un candidat représentant la France – entendez un peu chauvin, ce qui n’est évidemment pas en désaccord avec l’Europe !!! – ? Les leçons ont été données : trois ans nous séparent de 2017 ; il y a, certes, encore du chemin à faire.

« Et si… la France abandonnait l’euro ? », lit-on à la p.48 : laissez-moi rire, ou plutôt : voilà une partie de la réponse pour votre avenir : « 60% des Français ne veulent pas abandonner l’euro ». Et encore, c’est sans compter nos enfants mineurs qui n’ont, pour la plupart, jamais vu de billet en francs. Soyons sérieux ! « Rien ne prouve que le pays irait à la catastrophe » (p.50) : Réac, Charly ? Franchement… ! Par contre, alors même que le sommet se réunit à Bruxelles, il est certain que, parmi les divergences – différences – au sein de l’Union européenne, figurent la langue, la monnaie, la religion dominante, la culture (anglo-saxonne, autre), le mode de gouvernement (monarchie ou pas), le système politique, le passé militaire : ça fait beaucoup de choses. L’idéal serait bien de créer des sous-groupes au sein de cette union (lesquels ?) en fonction des principaux axes, avec un pays membre nommé à sa tête. Charly écrit : « Je suis convaincu que le débat devrait s’ouvrir en France avant que nous n’ayons définitivement rencontré le mur » (p.50) : c’est vrai. Voici ; débat ouvert et lancé. L’idée étant aussi, entre autres, de soupeser l’apport des pays d’Europe et ce qu’ils retirent en avantages de l’« Union ». Contrée latine d’origine, la France me semble aussi proche de l’Angleterre, de l’Allemagne, de la Belgique, de la Suisse et des Pays-Bas que du Portugal, de l’Espagne, de la Grèce et de l’Italie par ses racines : son attrait en la matière est immense. Et si on évaluait mieux les choses ? De tous temps, les pays ont fait des pactes – économiques ou autres – avec d’autres (pour exemple, l’Algérie apportait le pétrole). Que l’on commémore la paix et renouvelle les alliances est une chose ; je pense, en tout cas, avec Charly, qu’« il est vraiment temps de cesser de ras(er) les murs lorsque Angela tousse » (p.261)… « Imaginez que sous une telle pression, il se mette à faire du rentre-dedans à Angela ? » (p.271) : les relations internationales, c’est cela aussi, mais cesser d’admirer l’Allemagne et les « efforts que ce peuple a faits pour la santé économique de son pays » serait plus que raisonnable ; contrées latines et de l’est ont, par ailleurs, d’autres beautés – notamment touristiques – à faire valoir, et la France, pays fondateur de l’Union européenne, reste, qu’on le veuille ou non, l’une des plus puissantes…

Des constats ont été faits : la République, toujours en souffrance ou en danger, est menacée par l’avènement du FN : cependant, François Hollande a notamment su résoudre ses problèmes « vie publique-vie privée », ce qui nous permet de croire en une nouvelle fonction présidentielle ; loin des anciens clivages (gauche-droite), il a également su bien s’entourer : reste, avant 2017, à diminuer le chômage et doper la croissance (redorer le blason de la France dans l’Union européenne étant chose faite) : rien n’est une mince affaire.

Ce qui nous permet de changer véritablement de sujet (je dis « nous », en réalité parlant de l’auteur, car la suite pourrait être mise entre parenthèses) : « Il y a les gens normaux et les gens exceptionnels qui sont persuadés d’être des gens exceptionnels, ce qui peut parfois aider à le devenir » : amusant ; et pas tout-à-fait faux (un exemple est alors donné en la personne d’Anne-Sophie Lapix, pour ne pas la nommer). Une remarque, au passage, nous émeut : « Lorsque les mecs de 100 kgs parlent, ceux de 60 se taisent » : cette vérité est-elle applicable aux filles ? Intéressant : tango Charly se met ici à la place des invités de la présentatrice. Le but (je crois) : l’autodérision : « ma mère. Ma première lectrice (…). Ma meilleure cliente » ; et : « La censure existe en France, je l’ai rencontrée, c’est l’autocensure et en ce qui me concerne, elle est matérialisée par maman ! ». Évidemment, la censure existe : il n’y a qu’à aller sur Facebook où quelques modérateurs sévissent ; sur les webmagazines où j’ai moi-même personnellement eu à plusieurs reprises des difficultés à faire passer un texte, et, pas plus tard qu’il y a 15 jours, une discussion avec un responsable multimédia au sujet d’une photo sujette à caution : tant que la morale existera, la censure s’appliquera aussi. Censurer, c’est adapter un objet aux besoins de la société et à son entourage. Pour ma part, j’ai plus ou moins censuré la promotion de mon premier roman, « Lettre sans mots », parce qu’un directeur de collection m’avait demandé de poser un geste amoral : faire en sorte que deux personnages se recoupent. Certes, il s’agissait d’une fiction, mais comme tout le monde cherchait à faire en sorte que j’endosse la vérité du personnage principal, alors ça en devenait, par rapport à ma vie privée, à mes yeux immoral. Résultat : le livre n’a pas été médiatisé (de toute évidence, sans doute également, n’étais-je pas tant intéressée par cela !).

Pour changer – encore – de sujet, le pamphlet met ensuite en avant la comparaison (p.62) entre le monde  médical et le monde politique, « résultante de l’incompétence qui nous entoure, dans nombre de domaines » ; « la réaction du peuple est celle du “tous pourris !” » : avis très personnel. « En tout cas, je ne pourrai être accusé d’avoir contribué au déficit de la sécu ! ajoute notre ami. Moi non plus, même s’il m’arrive – quand-même – de temps à autre de passer par le corps médical. Enfin, pour notre plus grand bonheur : « Vous voulez un autre exemple du génie médical ? Mon père était tuberculeux et à 18 ans, les médecins l’ont informé qu’il lui restait un an à vivre. Décédé à 81 ans… ». En effet ! En tout cas – autre sujet encore – ici, on frise la notion de « caste » ! Encore un peu et Charly parle de « populace », même s’« ils (les politiques) deviennent autistes à tous ces bruits qui ne remontent pas de la rue, des quartiers, de la vraie vie ; tant ils sont enfermés dans leurs bulles, avec toute une équipe de fusibles formatés à leur pensée unique » (p.69) : son avis. C’est là que se dresse notre tableau à venir, selon Charly : « Soit Le Pen (…) au deuxième tour de la présidentielle de 2017, face au normal (…) ou face au candidat de la droite (…). Ou (…) une révolution » p.69. J’ajouterai : soit un autre candidat (charismatique ?) de centre-gauche.

Enfin, pour détendre l’atmosphère, voilà que notre auteur lance son annonce « Meetic » ou « Badoo » ou autre : « je fais les courses, j’organise les repas, je fais la cuisine (Hummm, pas mal ! : ça c’est moi qui l’écris), je passe l’aspirateur, je m’occupe de la vaisselle avec le Mielle, je lave mon linge et le repasse ». Évidemment, pas de chance, rien à voir avec « ces dirigeants, qui vivent servis en permanence par une armada de conseillers, de chauffeurs, de blanchisseurs, de cuisiniers, de maîtres d’hôtel, de servantes, et autres soubrettes » p.132). Après quoi, Charly s’adjoint – enfin ! – notre accord amusé lorsqu’il précise : « Voilà, c’est comme cela que l’on peut devenir un grand auteur, en commençant par parler de soi à la troisième personne, afin de créer une sorte de distance imposant le respect avec ce personnage étonnant et exceptionnel qui se raconte si bien ! » (p.73). Qui sait, jeune retraité ?!

Et cela continue, à propos des « tweets » : « France 2 ébaubi par une stupide nouveauté pour portable qui va diffuser des odeurs à réception des SMS. Même si l’on écrit sur le trône ? » (p.82). Ola, ça bosse dur dans les chaumières, hein, Charly tango ? La réflexion suivante, bien qu’intéressante, m’indispose : « Deux outils dans la boîte à François : un tournevis pour la serrer et un emporte-pièce pour les crans de la ceinture… », p.100 ; « Il manque dans ta boîte à outils un marteau et une faucille », p.103 : Chasteté communiste ?? Compliqué : et pourquoi pas l’enclume ? Je ne vois pas le rapport entre ce sujet et la scène politique. « Où est le Obama français », s’interroge-t-il ; j’ajoute : bonne question ! Sauf que le Président de la Maison blanche l’aura quittée en 2017… Là, un instant, le pamphlétaire cède la place au poète : « Heureusement, ils n’ont pas encore taxé l’air que nous respirons et celui de la mer qui ravit pendant les longues promenades, pieds nus, sur les plages de la mer du Nord. Ils n’ont pas encore taxé la beauté des couchers de soleil, le ravissement de ses levers », à quoi il ajoute : « Parfois avec bien peu, il est possible de se faire de grands plaisirs » : l’amour et l’eau fraîche ! Et voilà que l’on trouve, dans ce texte fourre-tout, un remake du Guide Michelin, « l’évolution de la restauration » (p.152), quelques notes inutiles, et cependant amusantes : « Attention, sur les routes du Nord de la France, il y aura du brouillard et lorsqu’il y a du brouillard, on voit moins bien » (p.164). Ah, comme tu es maintenant loin, marié à la Champagne, homme de Picardie ! C’est à ce moment précis que la « conversation » au sujet des « people » se relance :

Nous apprenons, alors, la véritable admiration de notre auteur pour Nicolas Bedos (très bôf), ainsi que pour Anne-Sophie Lapix (encore !), même si cette phrase : « les présentateurs vedettes des grandes chaînes ont autant de mal à comprendre les problèmes de fins de mois des petites gens, eux qui cumulent des hauts salaires et des vacances à profusion » (p.192) nous étonne. Charles Duchêne aime certains belges ; pour ma part, j’aurais plutôt souligné Amélie Nothomb. Enfin, voilà, paraît-il : « pour se taper une meuf connue, il faut soi-même être un artiste célèbre et réciproquement » : où vas-tu trouver tout ça, Charly ?! Est-ce l’eau fraîche qui tape sur le système ? Heureusement, avec lui, le sourire est toujours au coin de la page. P.184 : « Nikos se lance dans une confidence : ma compagne était enceinte. J’avais les larmes aux yeux parce que j’avais reconnu les traits de mon père sur l’échographie. Ceux qui ont déjà vu une photo d’échographie ont le droit d’éclater de rire (…) ». En effet : comment faire autrement ?! Charly, en tout cas, semble n’avoir, lui, plus grand-chose à faire d’autre que de s’installer devant son écran (« un dimanche après-midi pour regarder “on n’est pas des cobayes” » (p.232) nous guidant, en effet, sur son activité principale. Ami, c’est à toi que je m’adresse : ne ferais-tu pas mieux, finalement, t’adoubant des marques du nouveau PS, de repartir à la conquête des électeurs de salons ?!

Heureusement, la p.186 apporte un léger rectificatif au sujet du Premier Ministre : « il doit en faire, des heures ! Phrase qui ne peut qu’être bien reçue, tandis que de l’ancien Président, on découvre l’héritage : – En tout cas, ce n’est pas le bilan de Nicolas Sarkozy (p.176-177) qui changera quelque chose – ; « Sarko a lancé la mode du “parler  populaire”, c’est une chose dont il a eu l’initiative, il faut la lui reconnaître » (à ce sujet, je dois dire que les « bombasse » et « connasse » (p.218) du vocabulaire pamphlétaire n’emporte pas vraiment mon adhésion…).

Très honnêtement, ce que l’on a envie de noter, surtout, c’est : « le second trimestre 2013 est en croissance » (p.194). Nous aimons également : « l’industrie du tabac s’effondre, ainsi que l’armada de taxes qu’elle engendre. Pire, le nombre des cancers du poumon et de la gorge sont aussi en chute vertigineuse ! Les comptes de la sécurité sociale redeviennent positifs » (p.216) : parfait ; enfin une belle lueur… Que dire ensuite de : « Valls a ainsi nommé quarante-deux conseillers ! » (p.221). Il est vrai, notre nouveau Premier Ministre met de l’ardeur à l’ouvrage, et ce, il me semble, avec beaucoup de courage.

Enfin, d’une certaine façon, je ne peux qu’aller dans le sens de Charly qui écrit, à propos de ce dernier : « Hollande a fait entrer le loup dans sa bergerie », même si je désapprouve qu’il ait un « ego surdimensionné » : ou alors, avec modestie et humilité, est-ce possible ? Pour conclure, alors, j’ose récuser l’affirmation : « Nos dirigeants de droite d’abord et soi-disant de gauche, maintenant nous y conduisent. Dans le mur » (p.263) ! Restons prudents, cessons plutôt tous d’être pessimistes, et retroussons nos manches. Je me souviens, avec Arnaud Montebourg, de son soutien aux femmes, et « on peut reconnaître que la représentation paritaire (hommes-femmes) est tenue dans la version gouvernementale de Valls ». Alors enfin, souligne-t-on : « C’est là où tous s’interrogent sur l’homme providentiel et le fameux : QUI ? » p.200. Je crois qu’il s’agit plutôt, concernant l’avenir de la France, de bon sens (non de Providence…). François Hollande, à la « petite main fine, tiède et douce » (p.281) n’a pas été inactif (p.265) : ne serait-il pas simplement un Président sérieusement gentil ? Il a, entre autres, participé au grand débat pour les droits de l’homme aux Nations Unies – Sachez que l’homosexualité est encore condamnée à mort dans certains pays… Prendre parti était la moindre des choses pour la France ; sa vie politique peut-être en a pâti ? Peu importe.

Le 4 mai 2014, « Le retournement économique arrive », nous dit-il. Nous l’espérons aussi. « Je ferai en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire », nous a-t-il adressé : pour l’instant, il me semble, qu’avec toutes ses excuses, François Hollande dise vrai. J’ai été très déçue par ce pamphlet rempli de coquilles : cher ami Charles, vous avez de vrais soucis d’orthographe et de liaison négative ! Pour la peine, copiez-moi 100 fois cette règle : « n’en n’ont jamais » n’existe pas. Quand l’heure est grave, le pessimisme n’est plus de rigueur ; c’est le verre plein qu’il faut voir ! L’autoroute ne sera pas bleu marine, car la France est intelligente : j’en appelle aux Compagnons et « Marianne » des quatre coins du pays ! La République française a un tout autre visage et portera, toujours, je l’en conjure, dans son regard, ces trois mots accolés : « Liberté, égalité, fraternité ».

 

À propos de l’Europe, de la crise et de l’actualité politique :

Le Coup du Père Sang-froid (Pamphlet), Charly, JB Diffusion, ISBN 971092509014, 13 €

L’Orange-Bleu (Roman), Bénédicte Fichten, Éditions Myriapode, ISBN 9782359450286, 17 €

A propos de l'auteur

Bénédicte Fichten

Bénédicte Fichten

Rédactrice

Bénédicte FICHTEN est née et vit à Lille. Auteur passionnée, elle a étudié les Lettres jusqu'au master. Elle est également Secrétaire de l'Association Des Auteurs du Nord.

 

L'amour, parfois absent, souvent absolu, est le fil conducteur de ses romans qui tentent de mettre en exergue les relations humaines, notament par le biais de la sexualité.

 

 

Commentaires (2)

  • Martine L

    Martine L

    05 juillet 2014 à 22:21 |
    Il y a dans votre long texte, Bénédicte quelque chose de rare et pour le moins d'original ; c'est ce qui explique que nous soyons ravis, à RDT, de le publier en bonne place. Mais, on hésite : texte littéraire ( incontestablement par sa forme et son format, sa syntaxe et son rythme ) ? politique ? Mais bien sûr, par les sujets abordés, tous de la plus brûlante actualité pour l'État et la conduite de ses affaires. Habile et percutante galerie de portraits des Grands et moins grandes, parfois de notre République, également. Mais aussi, critique littéraire du livre de Charly, virulente et pointilleuse – « match point » à sa façon... et j'en oublie sans doute. Au bout – et, en vous lisant avec plaisir, on finit par avoir une petite idée de la «  boîte » où classer votre texte : Saint Simon ( en moins méchant !), Le Cardinal de Retz ( dont on nous parle dans Reflets cette semaine) – parfois ! Talleyrand ( en moins tordu), ou quelques miettes de Madame de Sévigné ? Il y a de tout ça dans cette façon de poser le regard sur le sérieux du monde, et aussi de la ruelle de nos Précieuses, peut-être ! Votre manière, Bénédicte, va sans aucun doute agacer les dents de plus d'un, pour qui – on ne parle pas de politique comme ça ! Mais, foin ! Continuez ! Cela ressemble peut-être à ce qui se nomme : «  chroniquer » !

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      05 juillet 2014 à 22:40 |
      Je fais partie du "plus d'un"...

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