Emmanuel Macron : Quel jeu ! Quel pot

le 17 février 2018. dans France, La une, Politique

Emmanuel  Macron : Quel jeu ! Quel pot

Aux cartes, c’est bien « quel jeu ! » qu’on dit autour de la table ? la tasse de tisane à la main, et derrière les carreaux, la pluie du dimanche d’hiver. C’est bien comme ça qu’on dit, n’est-ce pas ? Et souvent, on ajoute ce « quel pot ! » qui fait s’esclaffer l’assemblée… Certains – j’en connais – me diront que je suis bien la dernière à pouvoir parler cartes, et surtout « jeu », car plus mauvaise joueuse que moi, on n’en fait guère sur tout le territoire ; quant à s’y connaître en bon jeu ! même avec juste un peu, je finis généralement la partie, plumée.

Il n’empêche, je vais – j’insiste – continuer la métaphore. Parce que de bon jeu, bonne pioche, bon karma et le toutim, il s’agirait peut-être aussi de ça, avec les premiers mois du quinquennat Macron.

Je serais cependant, si j’en restais là, un poil malhonnête, car ce serait balayer d’un revers de main coléreuse (or, à RDT, on sait réfléchir avant l’invasion des bouffées émotionnelles, tant en chroniques qu’en commentaires…) ce qui tient au talent considérable et sans cesse révélé du petit jeune homme-président ; ses intuitions, l’habileté de ses manœuvres, sa rapidité à corriger, quand d’aventure il se trompe, son niveau tant intellectuel que culturel, ses aptitudes impressionnantes en terrain politique où pourtant il est bien neuf ; bref, ce serait négliger cet étonnant élève qui nous arrive après avoir sauté avec ses bottes de sept lieues tant de classes ; cela ne serait pas digne, je crois, du professeur que j’ai été… Ce serait – je ne les oublie pas – mépriser l’important travail d’Edouard et de son équipe, des Nicolas et son NDDL, Nicole, et ses prisons et autre Marlène et ses femmes ; leur sérieux, leur bonne volonté, leur intégrité.

Tout, incontestablement, compte dans l’addition, mais… comme il y a les lunes pleines et celles à moitié vides avec leur – énorme – influence sur la taille de nos poireaux, et peut-être même leur goût, il faut dans tout bilan faire place à ce qu’en historiens on nomme à tous bouts de champ le fameux « contexte » ; en d’autres termes, en compagnie de quoi, bons, mauvais points, solide ou foutue monture, on avance, on gère, et finalement, on vit.

Et c’est là, qu’on parle de chance, de facilités à tout le moins, de cartes avec lesquelles se joue la partie, et bien sûr du fameux « Quel jeu ! Quel pot ! ».

C’est que son jeu, à notre Emmanuel-président, c’est du rare, et depuis le début de la partie !

Faut-il parler poker – force argent circule et rentre en caisse France, par avions vendus et investissements promis – ? simple tarot – poignée d’atouts, finesse du lancer du « petit », que, moi, je négociais si mal, nombre de rois que Jupiter tient forcément bien en mains ? médiocre belote – non, là, c’est quand même trop peuple… mais, par contre, la Réussite ! pas celle des mémères, mais les cartes d’un De Gaulle ; pas mal pour le jeune et son toupet n’ayant pas le mal de l’altitude.

En politique intérieure, rappel rapide sur les prémices du jeu historique : une présidentielle qui a profité dès avant l’élection, de la mise à terre via les primaires, et du parti socialiste – dehors Valls, et des Républicains en gloire annoncée – et pan Fillon. Avant même le début du jeu, les cartes étaient magiques dans la main du « seul rempart contre Le Pen »… Qui ne s’en souvient, à gauche en particulier. Une élection de second tour, pas si brillante que prévue, amoindrie par l’abstention, et qui aurait peut-être dû être traitée à cette aulne, et d’entrée (de jeu) « servir » (son mot du Louvre) la totalité de ce que le jeune Jupiter appellera vite « son peuple »…

Sur la table du jeu, plus grand-chose ne surnagea à ce Waterloo politique du printemps 17 : Républicains se relevant avec peine, Socialistes en mort cérébrale (non, ne débranchez pas !!), flot des LREM, certes un peu Marie-Louise, mais sang neuf innombrable ; une France Insoumise vite « soumise » à l’inquiétante caractérialité de son chef… bref, sur la morne plaine, opposition clairsemée, ayant perdu les armes et leur mode d’emploi, ainsi que les chevaux ah ! les chevaux…

C’est plus facile – ne croyez-vous pas – de taper le carton quand ceux qui vous font face, avec en mains des 6, 8, 10 noirs de trèfle, plus un minuscule valet, sont désespérés au point d’avoir envie de balancer le jeu sur la table et d’aller aux fraises, champignons, selon saison. Comme je connais, moi, la jamais gagnante, cet état d’esprit !

Vous allez me dire – et la stratégie ? C’est évident qu’il en a dans la manche, là, E. Macron, mais que serait-elle sans ce jeu démentiel qui décourage l’adversaire (regardez les rues clairsemées des ordonnances sur la loi travail) et lui lie les mains avant que de commencer à jouer.

Mais à l’extérieur ? s’époumonent déjà nos Macroniens, et je ne convoque pas les Macronolâtres qui fleurissent pourtant comme jonquilles sous neige. Pareil, mon capitaine ! Quelle planète différente quand on fait face à un Trump, probablement un « cas », celui-là, unique dans l’Histoire ? Qui oserait ne pas consentir ici à notre président le tableau d’honneur, ou – allez ! les Félicitations, direct ? Le reste – Poutine, coi, mais madré, à Versailles, le tour doré des Émirats et l’œil frisant sur l’Arabie, la Chine et le manteau rouge de la première dame, on peut y voir en dehors du jeu fabuleux, un retour – bravo Dame Brigitte – du club Théâtre de La Providence (vous avez vu le nom !) et du savoir tomber, et se redresser, et bouger, et réciter, et faire des mines, qu’apporte un tel enseignement à haute dose (moi-professeur, je serai malhonnête, si…).

Bref, E Macron, son jeu… quel jeu ! Quel pot ! Ce serait pour autant bien peu citoyen que de lui souhaiter de se retrouver en slip, comme au poker, malgré son jeu ! Mais, les fanfaronnades, genre – voyez comme on est fort et comme on réussit tout – ont du mal à passer. Il est des succès largement préparés par d’autres en amont, qu’il faudrait savoir partager pour gagner les galons d’honnête joueur ! Vous souvenez-vous de ce film Redford/Newman, L’arnaque ? c’était des cartes et des mauvais joueurs…

Et puis, dans une après-midi d’hiver, fusse-t-elle  neigeuse ou pluvieuse ( et la pluie, ces temps-ci !!), après la tisane, on redistribue les cartes et il y a d’autres parties, jusqu’à la tombée de la nuit ( et la fin du quinquennat). Quand on a moins de jeu, faut voir le niveau du joueur, sa stratégie, ses façons de se sortir des mauvaises pioches, et même, la manière dont il faut faire bonne figure pour mieux tromper l’adversaire. C’est plus compliqué ; l’expérience est requise, et peut doubler l’enthousiasme et le culot du p’tit surdoué.

Et – vous savez quoi ! Moi, oui, moi, je peux même espérer un sacré jeu,  un jour ; quel pot !

Commentaires (3)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    17 février 2018 à 13:10 |
    Oui, Macron est un enfant prodige de la politique. Mais, au fait, pourquoi ? Pour avoir fait passer le bon vieux centre droit des familles pour un ovni idéologique révolutionnaire, grâce à l’inénarrable « et, et » ? Pour avoir « bluffé » la fachosphère en réhabilitant une fonction présidentielle mise à mal, il est vrai, par une certaine médiocrité des présidents successifs depuis François Mitterrand ? Ah ! L’extase d’un Patrick Buisson face à une transcendance à nouveau « incarnée » par un homme qui – enfin ! – a compris que tout pouvoir vient d’en haut, aux fins de servir le « bien commun » !…Pour avoir démoli les partis de gouvernement qui ont alterné à la tête de l’état depuis 37 ans ? Pour avoir ainsi créé un champ de ruines qui lui donne carte blanche en vue d’imposer des « réformes » socialement régressives, en le libérant de toute opposition crédible ?

    Vous faites bien d’évoquer le film « L’arnaque ». Macron, en effet, pourrait jouer, sur la scène politique, le rôle de Paul Newman - l’arnaqueur ! - avec dans celui du maffioso/pigeon, nous : nous tous, les gogos, qui avons, par trouille, voté pour le seul qui pouvait nous éviter Marine le Pen…

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    • Jean-Luc Lamouché

      Jean-Luc Lamouché

      20 février 2018 à 08:24 |
      Monsieur, votre référence au "centre droit", pour ce qui se passe en France depuis mai 2017, montre, pour moi, formé en autodidacte à "l'histoire du temps présent", à quel point vous n'avez toujours rien compris au fait que la majorité qui s'est regroupée autour d'Emmanuel Macron, appuyée sur la société civile, se structure autour de quatre familles de pensée, allant du centre droit juppéiste jusqu'à la sociale-démocratie d'un Manuel Valls - qui vient d'annoncer, avec ses soutiens, lui l'apparenté au groupe LREM, la création du PSR (Parti Social-Réformiste), pour contribuer, avec d'autres (comme le groupe Gauche Républicaine et Démocratique), à structurer l'aile gauche de cette même majorité... Au fait, je soutiens cette démarche vallsienne... Cela dit, pas d'étonnement, pour moi, que de constater que vous êtes à nouveau dans la caricature. Vous parlez de "l'inénarrable"... "et, et", mais vous oubliez un point fondamental : le fait que tous les instituts de sondages français (les meilleurs au monde) nous disent depuis des années et des années le désir massif de nos compatriotes de voir se coaguler tous les humanistes progressistes allant du centre droit jusqu'au centre gauche, et même une partie de la gauche - ce qui n'est pas rien...
      Toutefois, le pire n'est pas là, de mon point de vue, pour ce qui vous concerne, sur le plan de "l'analyse politique". Votre façon plus qu'insidieuse de faire passer Emmanuel Macron comme étant un chouchou de la "fachosphère" est à proprement parler scandaleuse, je dirais même ignominieuse, car vous lancez cette attaque basse en toute connaissance de cause ! Et puis, franchement, ce "Jupiter" de Macron (n'est-ce-pas ?), reconnaissez le fait que vous lui donnez vraiment un pouvoir qu'il n'a pas : il aurait tout "démoli" sur son passage avec la foudre de ses éclairs ?! Laissez-moi rire... surtout si l'on compare vos dires avec ceux de l'auteure de cette chronique, faisant passer, quant à elle, le Président français, uniquement comme étant l'homme du coup de "pot", ce qui est, selon moi, également largement faux (attendons pour voir) - même s'il a effectivement très bien su tirer parti d'une situation, d'un "alignement des planètes", comme ont pu le dire certains observateurs. Je serais bon "joueur" (c'est le cas de le dire !) si cet homme soi-disant uniquement d'une situation devenait - ce que nous pouvons tous souhaiter pour la France - l'homme de la situation, car vous (comme moi), aujourd'hui, nous n'en savons rien... ! J'ajoute que je ne peux que m'étonner lorsque vous mettez en cause l'action d'Emmanuel Macron, en parlant de "réformes"... "socialement régressives". Pourquoi... ?
      Dîtes-vous bien que votre cher DSK, ce malade sexuel, aurait tout à fait pu les faire passer, d'une autre façon ; ce même DSK, dont je ne comprends toujours pas que vous vous en soyez entiché, lui, un social-libéral à la Gerhard Schröder, ou à la Tony Blair, voire un Manuel Valls, et même un Emmanuel Macron, en "pire"... ! Depuis que votre "champion toutes catégories" a disparu (au fait, DSK vient de déclarer, même si personne ne l'écoute plus, que le PS étant mort, il fallait créer un nouveau parti de "centre gauche"... !), vous êtes incapable de nous dire quel est votre choix dans l'offre politique actuelle non frontiste ou de droite dure identitaire : pas les sociaux-nationalistes de LFI (Jean-Luc Mélenchon), pas les sociaux-utopistes de Génération(s) (Benoît Hamon), pas les sociaux-archaïques de l'ancien PS devenu "Nouvelle Gauche" (qui pourraient ne pas choisir Stéphane Le Foll d'ici quelques semaines, pour la fonction de Premier secrétaire)... Mais alors, pour vous, qui, et quoi, Monsieur ? Une suggestion, alors, pour finir mon commentaire : peut-être devriez-vous relire "Le coche et la mouche"... ?!

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        20 février 2018 à 21:53 |
        Je m'abstiens, Monsieur : rien dans l'offre politique actuelle - absolument rien - ne saurait me convenir...

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