En marche ?… Arrière !…

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 septembre 2017. dans France, La une, Politique

En marche ?… Arrière !…

Le masque – enfin ! – est tombé. Macron, ce n’est pas « ni la droite, ni la gauche » (comme les fascistes d’antan) ; pas plus que « et la droite, et la gauche », mais la droite point barre. Et, sur le plan économique, non point la droite, mais bien l’extrême droite, le libéralisme extrême et triomphant… Libération, le 1er septembre dernier, faisait sa Une avec une photo de notre petit Jupiter serrant amoureusement la main du patron des patrons, et entre les deux compères un gros titre, parodiant, au choix, les Charlots ou François Ruffin : « merci Macron ! ».

En effet, Gattaz a plein de raisons d’être reconnaissant. Qu’on en juge : plafonnement des indemnités en cas de licenciement ; inversion des normes – le point le plus contesté de la loi El Khomry – chaque entreprise pouvant, grâce à des accords internes, « bricoler » son propre droit du travail, en vertu de pactes léonins passés entre l’entrepreneur et des représentants – pas forcément syndiqués – des salariés ; enfin (mais la liste n’est pas close), appréciation de la santé d’une multinationale sur le seul bilan de sa filiale française. En clair, une firme, florissante sur le plan mondial et qui veut « dégraisser » en France pour maximaliser ses profits, pourra le faire en toute quiétude…

Mais avec « Jupi » (l’abréviation sied mieux à la – petite – envergure du personnage), la préférence patronale s’accompagne d’un mépris d’airain. Le vendredi 8 septembre, n’a-t-il pas déclaré, à Athènes : « La France n’est pas un pays qui se réforme », ajoutant pour faire bonne mesure qu’il ne céderait « rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ». Réponse immédiate des cortèges de manifestants du 12 septembre, qui ont rassemblé au minimum 200.000 personnes : « Les fainéants en marche ! », « Plutôt fainéant que dirigeant », ou encore « Aide-soignante épuisée, mais pas fainéante ».

Jupi a tout bonnement embrayé sur les politiques d’austérité, recommandées par le FMI, la Commission européenne et Angela Merkel ; et ce alors même que Edouard Philippe admettait que « le droit du travail n’est pas le principal facteur du chômage ». Il s’agit en réalité de mesures à visée purement psychologique, destinées à satisfaire les employeurs et à attirer les investisseurs. La « flexi-sécurité » scandinave s’est vue amputée de son second membre.

L’état de grâce a ainsi pris fin. La flagrante imposture du changement – évidente dès le début, mais qui a néanmoins berné tant de crédules naïfs – laisse la place à un oxymore divertissant par son ridicule : le libéralisme dirigiste. Macron n’a pas hésité à chausser les bottes du jacobinisme pour imposer son laissez-faire social. Il charge, ordonnances à l’appui, pour aller plus vite.

Schumpetérien assumé, il régule pourtant la dérégulation. Il organise non le progrès mais la régression ; il planifie non une avancée mais un rétropédalage…

Cependant politiquement tout se paiera. Dès les inévitables soubresauts de la rue, la droite « constructive » le lâchera, les socialistes ralliés aussi. Sa majorité amateuriste et dilettante s’ébrouera tel un essaim de moineaux affolés.

Restera Jupi seul face à la colère d’un peuple trompé. Le petit roi sera alors tout nu…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (4)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    24 septembre 2017 à 11:23 |
    Et voilà! Nous ne sommes plus trés loin la fin tragi-comique que je prophétise : la "rue" est en ébulliton, les "black bog", nouveau nom des "autonomes" saccagent (je suis actuellement à Paris et je viens de voir les dégats)...peut-être, le début de l'éclatement de la "bulle", je veux dire du "macronisme"...

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  • Martine L

    Martine L

    20 septembre 2017 à 14:56 |
    D'où ça sort ce «  Jupi » ?? de Mediapart, du Canard ou d'ailleurs ? Rigolo ça fait Bambi mais, plaisanterie mise à part, les Flambi et autres je ne sais qui ne me plaisent guère : façon peu démocratique de respecter une haute fonction. Evitons, à mon avis. Pour autant, et pour consolider votre hargneuse manière d'égratigner le chef ( pertinente, toutefois, et légitimement démocratique), on ne peut que rétorquer – mais cette idée de se faire nommer Jupiter ( et de l'accepter, donc de la valider), c'est sans doute la première grande bourde du jeune homme et ça fait tâche en en disant long sur lui...

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      20 septembre 2017 à 15:23 |
      "Jupi" c'est moi qui l'ai inventé! "Jupiter" me paraissait trop élogieux, compte tenu du grotesque du personnage. Quant à la fonction, elle a déjà été si dévaluée, et par les intéressés eux-mêmes (rappelons-nous de Giscard et son accordéon!)...et pour ce qui concerne la bourde, ce n'est ni la première, ni la plus grosse que Macron ait commise.

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      • Martine L

        Martine L

        20 septembre 2017 à 17:24 |
        Alors chapeau bas pour ce Jupi ; ça va faire flores...

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