Faut-il encore un Parti Socialiste dans le bateau (« ivre ») ?

Ecrit par Lilou le 07 avril 2018. dans France, La une, Politique

Après le « changer la vie », le « continuer la vie » ?

Faut-il encore un Parti Socialiste dans le bateau (« ivre ») ?

On ne refait jamais sa vie, on la continue seulement comme dirait le Suisse*. Oui mais bon, faut bien avouer que pour le parti socialiste, la question est maintenant de savoir, et ça urge grave, comment on doit se réembarquer sur le navire historiquement en charge d’éclairer le progrès social et dorénavant dans la quête permanente de colmater ses fuites. La question, d’une infinie superficialité même, se prolonge pour les moins noyés dans un désespérant « si on doit se réembarquer » sur cet Inodus ramenant des 4 coins du monde les éparpillés des années de guerre civile de la rue de Solferino.

Faut dire qu’au parti socialiste, les derniers repas de famille ont été animés, presque meurtriers pour la plupart d’entre eux. Sans remonter aux obus de 420 mm tirés dès la disparition corps et biens de François (l’ancien), faut quand même se souvenir de tous ces tiraillements (à la culotte) de 2007 et de la candidature des désirs d’avenir, de tous ces plaquages assassins visant les carotides de 2012, puis de tous ces empoisonnements et égorgements de 2012 à 2017 pendant le règne de François (le jeune) à côté desquels les sautes d’humeur de l’ami Borgia passèrent pour des querelles de scouts imberbes. Grande famille pourtant à 200.000 adhérents en 2009, moitié moins aujourd’hui, des sections entières qui ont déserté les élections des fédéraux, un petit tiers à la Pagnol pour l’élection du premier d’entre eux le 28 mars dernier… Jaurès est mort, Blum aussi, Rocard nous a quittés, moi-même (en toute humilité) je ne me sens déjà plus très bien, mais la détestable impression d’aller pourtant mieux que notre si chère maison de Solferino n’a jamais été aussi riche de sens sous les ors du temps qui passe, et qui pour le parti socialiste broie en laissant beaucoup de cœurs se fermer sur le chemin de l’oubli.

Changer la vie qu’ils disaient pour 1981 un peu comme l’avait déjà évoqué Arthur Rimbaud dans sa vierge folle pensant certainement là à Agathe et à tous ses impossibles. On a tellement changé la vie que l’on repart de l’année zéro, une fois de plus. C’est curieux chez les Socialistes ce besoin systématique de faire la révolution tous les 20/30 ans et de constater qu’à chaque fois, il ne reste plus une tête à couper et de ne jamais lire Baudelaire ; Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe, Loin du noir océan de l’immonde cité, Vers un autre océan où la splendeur éclate, Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ? Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe ? 1920, 1936/40, 1969/72, 2002, 2016/18… Que de bons moments de franche camaraderie. Mais à la longue, c’est pénible.

Alors que faire maintenant ? Repartir pour une tournée générale qui se terminera forcément un jour ou l’autre par des baffes en rafales de 12 ? Il paraît que l’idée d’un changement de nom est dans l’air comme si le nom même de « parti socialiste » était devenu vulgaire et que l’on voulait ainsi montrer sans trop le dire qu’on cède aux incantations fascisantes de Zemmour l’éternel. Ça commence mal. Pourquoi-pas aussi se prendre la tête avec une plateforme qui réfléchirait à un nom marketing de l’espace et à durée variable, avec logo changé aussi. D’un bonheur l’autre nous diront-ils… Oui, je cultiverai peut être à ce moment-là cette autre parabole de l’instant : on comprend que le bonheur est parti au bruit qu’il fait en claquant la porte… Vous la voyez, vous, la gerbe anniversaire à Tonton, à PMF ou au père Léon avec écrit dessus autre chose que « Socialiste » avec tout à côté un poing et une rose comme totem d’éternité ? Et puis serait-ce là, dans ce changement patronymique, toute la stratégie pour reconquérir l’idée du progrès social de l’avenir ? Non, ça commencerait mal… Enfin, que ceux qui veulent tenter l’aventure y aillent créer leurs machines à brasser du vent, des querelles et des idées mortes. On a bien vu pendant la dernière présidentielle que les éoliennes avaient eu le vent en poupe… Et on a bien vu aussi que cela avait parfaitement fonctionné pour continuer de s’enfoncer façon « communistes » sous Mitterrand, ou façon « Frondeurs de tous pays, unissez-vous, et chantez maintenant » !

Je comprends très bien la volonté affichée de vouloir rassembler, même si méchamment d’aucuns pourraient dire que ça sera plus simple dorénavant de se compter tellement les rangs se sont clairsemés. On ne part jamais mieux ainsi comptés et unis. Mais ne pourrait-on pas chez les Socialistes compter aussi sur une farouche envie de revenir sur des principes et des idées où les constats étaient partagés, débattus certes, mais où les réflexes étaient de poser les choses sur la table sans avoir à tailler les couteaux (dans le dos) pour un bouge dans lequel on se donnera l’illusion du bonheur. L’impression qui est donnée au chaland fait état de mauvaises rencontres, de confidences sur l’oreiller faussement rendues publiques, d’une incapacité à lire l’état des besoins, d’une incompétence à moderniser la vieille maison tout empêtrée qu’elle fut à ne projeter son projet au choix minimaliste ou démagogique qu’en 150 caractères « bien sentis ». Rassembler, oui, sans aucun doute, mais bon, avant de se compter, fermons les portes et soldons les comptes une bonne fois pour toutes. L’avenir n’a pas de prix, et ce serait une erreur que de ne pas se dire les choses pour laisser ce tapis avec de la poussière dessous.

Je ne suis pas dans ce tiers à la Pagnol, je n’étais pas dans ces 200.000 adhérents de 2009… Ma carte, je l’ai rendue dès 2008 où j’ai bien senti que le PS s’empêtrait vers des culs de basse fosse. A un camarade premier secrétaire d’une section à qui je m’en étais ouvert, il m’avait été répondu que l’objet serait le pouvoir, et non le projet et qu’il faudrait ces hommes plutôt que ces autres pour jouir du temps retrouvé. Oui cul de basse fosse… Et maintenant à 6 ou 7%... Y a pas à dire, les temps sont rudes, et les hommes devenus mous.

Quand nous reverrons-nous ? Moi qui cultive la faiblesse mélancolique de croire encore qu’il existe un espace pour un parti socialiste assumant enfin une vraie démocratie sociale ? Quand ?

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A propos de l'auteur

Lilou

grand voyageur, arpenteur du monde, donc découvreur.

 

Professeur d'histoire géographie, donc, passeur.

Commentaires (5)

  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    08 avril 2018 à 12:27 |
    Il y a déjà longtemps que le socialisme démocratique européen est sur la défensive, donc en recul, et même en échec. C'est parce qu'avec une croissance molle, la redistribution juste des richesses produites n'est plus vraiment possible. Un PS du type des "Borgia", bien évidemment ! Un seul exemple : Ségolène Royal aurait dû devenir la première femme présidente de la République en France, si les "éléphants"... ! et je l'ai soutenue. Depuis très longtemps, le socialisme français est déchiré entre son surmoi "révolutionnaire" marxiste dans l'opposition et les reniements auxquels il se livre dans "l'exercice du pouvoir". Il y a là quelque chose de l'ordre de la schizophrénie, sur le plan politique.
    Changer le nom du PS ne servirait selon moi strictement à rien. Le problème maintenant - pour ce qui reste de ce parti - va être de savoir quel créneau tactique et stratégique il va occuper et si ce sera possible. J'ai appartenu au PS de 1975 jusqu'à 2006. Il est divisé, et même éclaté. Prenons les cas de Stéphane Le Foll et d'Olivier Faure (auxquels je conserve toute ma sympathie et que je considère comme des gens bien), face à la pseudo-aile gauche du parti, regroupée autour d'anciens "frondeurs"... Tout le monde se souvient du fait que Le Foll et Faure avaient été qualifiés de "Macron-compatibles". Olivier Faure avait même déclaré, après mai 2017, qu'il fallait "aider le nouveau président à réussir !".
    Pour moi, c'est donc très clair. La "démocratie sociale" à laquelle vous avez fait allusion dans votre chronique - et même si cela peut apparaître comme une action à mener de longue haleine - ne pourra passer qu'en renforçant l'aile gauche de la majorité macronienne, faite essentiellement, à l'Assemblée des députés, d'anciens militants rocardiens issus de la "deuxième gauche" ; des "constructifs de gauche", en somme. Pour moi, il n'y a pas d'autre voie. François Hollande mena une politique "sociale-libérale" non assumée, et Emmanuel Macron, lui, en mène une totalement assumée... J'aurais souhaité Manuel Valls comme chef de l'Etat, et je l'ai soutenu à fond (pour sa verticalité et la laïcité, etc.) pendant les primaires de la gauche de gouvernement ; mais, vous savez dans quelles conditions il fut battu, avec 43% des suffrages contre 57% à Benoît Hamon... Ce qui reste du PS actuel ne pourra donc, à mon avis, qu'éclater, à plus ou moins long terme, entre les "Macron-compatibles" et ceux qui rejoindront Benoît Hamon et son nouveau "machin" du type PSU, et indirectement LFI de Jean-Luc Mélenchon, soit le pire, avec ce dernier et ses "sociaux-nationalistes"... !

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  • Sara Bernheim

    Sara Bernheim

    08 avril 2018 à 09:28 |
    Lilou, si je vous avais en face de moi, je vous dessinerai la palette des sentiments par laquelle me fait passer votre article ET votre réflexion (et non, ce n’est pas la même chose : votre écriture fait vibrer mais votre constat glace… jusqu’à peut-être la phrase finale sur laquelle je vais revenir...) Car à faire état des impasses, que gagnons-nous ? La fin du commentaire de Martine L parle mieux à mon irréductible constructivisme optimiste : « Nous sommes encore vivants ! »
    « Quand nous reverrons-nous ? » demandez-vous avec une mélancolie qui, si elle ne s’exprimait au temps de la certitude dans le futur, aurait des accents de défaitisme. Agathe en sa fusée vous répondrait peut-être par cette autre interrogation : « Quand partons-nous pour le bonheur ? »
    Pour ne pas être absents à « la vraie vie » comme cette Vierge folle rimbaldienne évoquée, pour « être au monde » comme le dit le jeune fou, donc, je préférerais que nous nous tournions cette fois vers le Cyrano de Rostand qui lui interroge les actions : « Et que faudrait-il faire ? » Car au cul-de-sac de l’espace politique actuel, je ne voudrais me résigner : ni renoncer au doux nom qui évoque en latin le « compagnon » - celui qui partage certes galères et miettes, mais aussi les joies et les étoiles – ni rester dans les murs qui enferment – car c’est une illusion de fidélité et d’amour que le geste qui prive de liberté et se réfugie dans un passé moribond – comme le sait bien la jolie Marthe de Char.
    Alors quoi ? Mais revenons à nouveau vers Cyrano ! Il ne se contente pas de rêver de justice et de beaux mots : il se bat et fait réellement sa vie avec ses vers, il invente une zone de liberté non encore foulée et, comme lui, nous fonderons des actes plein de panache, nous trouverons les voies vers cette démocratie sociale que vous rêvez, et comme Michaux, nous bâtirons « des villes avec des loques », nous ! Peut-être que cela ne passera plus par les partis mais par de nouvelles formes non encore inventées entre associations et actions libres et solidaires… Je veux croire que nous trouverons des voies pour faire entendre nos voix mieux qu’aujourd’hui. ET je veux croire que dans nos silences du jour, quelque part, nous sommes entendus.

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  • Lilou

    Lilou

    07 avril 2018 à 20:14 |
    Non Jean François, je ne vous suis pas. Nous n'avons rien à attendre de l'effondrement des autres, ce brillant Giscard de gauche compris. Non, nous ne construirons rien sur des ruines qui en plus ne nous appartiennent pas. La gauche est beaucoup de choses, mais surtout pas un espace, à moins de vouloir placer ses pions pour une élection... Commençons donc par sortir des lieux communs, ce sera là un bon début; Et puis pensons aussi les choses sans trop d'anachronisme, vous parlez d'un temps vieux comme la gauche où la propriété privée c'était le vol (Proudhon), puis à un autre, actuel où 60% des Français sont propriétaires... Oui, des mots, c'est bien, mais des faits cohérents, c'est mieux...

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  • martineL

    martineL

    07 avril 2018 à 14:44 |
    Je commencerai ce jour, par saluer le petit groupe d' « irréductibles » qui siègent en congrès autour de leur nouveau premier secrétaire Olivier Faure, pondéré, prudent, matois aussi, je veux le croire, quand il le faudra. Ce n'est pas si facile de s'afficher encore sous la rose et son poing ; tous les anciens PS partis il y a 1 an dans les soutes d' E Macron, à la vitesse d'une drôle de lumière, ne me contrediront pas. Je suis d'accord avec votre beau et salutaire texte ( qui donne envie, ce qui manque souvent partout ces temps-ci) : il ne suffira pas de rassembler, les siens puis la Gauche, comme disait un certain . Il ne suffira pas de changer de nom ( pas question de descendre encore plus bas en faisant cette mini manœuvre peureuse ; j'y suis personnellement profondément hostile ; on est bien assez sans repères!) Il ne suffira pas d'un congrès croupion après des primaires qui, ouf, ont quand même évité les frondeurs... il faudra longtemps encore parler entre nous – ceux qui croient encore à un espace social démocrate ici et après demain. Dessiner quelque chose, qui oscillerait entre protection ferme des acquis sociaux ( cheminons, cheminots), balance équitable entre offre et demande, même si ce qui est à distribuer pèse de moins en moins lourd, mais le mini pécule pourrait s'étoffer ( par ici, Macron et son début de croissance!). Définir, certes une ligne, précise et adaptée à la société, mais pas moins un discours, capable de se faire à nouveau entendre par les gens qui ont vocation à nous parler. Ça, c'est pas gagné ; la confiance ! L'envie ! Et puis après, des saisons après, rassembler et parler à toute la Gauche. Mais, bon, on est encore vivants !

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  • Jean-Francois Vincent

    Jean-Francois Vincent

    07 avril 2018 à 13:13 |
    Certes, la préoccupation la plus immédiate du parti socialiste – ou de ce qu’il en reste – n’est pas un éventuel changement de nom (bien qu’il soit pour le moins incongru de persister à se définir à partir d’un mouvement qui historiquement visait l’abolition de la propriété privée, alors que 60% de la population de ce pays est constituée par des propriétaires !). Non, LE problème majeur en vue de la reconstitution d’une gauche social-démocrate est un problème d’espace politique : quel espace y-a-t-il entre la France Insoumise, avatar de feu le parti communiste et catalyseur de la gauche marxisante, d’une part, et, d’autre part, Macron, qui a fait une OPA sur les centres ? Réponse : il n’y en a pas, ou si peu…la conclusion s’impose donc, pour qu’un tel espace se crée, il faudrait que l’un des deux blocs qui prennent le PS en étau, se fissure. Or le plus friable des deux est, sans nul doute, la République en Marche. Mais pour l’instant, et malgré la rapidité – voire la brutalité – avec laquelle le gouvernement agit, la majorité présidentielle tient bon.
    L’usure, puis l’effritement du « macronisme » prendra du temps. Et en attendant, il n’existe aucun avenir pour un hypothétique clone du PS (comme ce dernier fut le clone de la SFIO).

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