Faut-il reconnaître un état "palestinien" ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 septembre 2011. dans Monde, La une, Politique

Faut-il reconnaître un état


Pour reconnaître un état, il faut, au moins, deux conditions : un territoire spécifique doté d’une population identifiable et un « futur » gouvernement offrant un minimum de garanties à la communauté  internationale. Qu’en est-il pour la « Palestine » ?

Celle-ci est issue du démembrement de la partie arabe de l’empire ottoman (en fait, une colonie turque), tel qu’imaginé par les accords Sykes-Picot de 1916, et avalisé par le traité de Sèvres de 1920. Aux Britanniques était donné en « mandat » (de fait, un protectorat) toute la partie méridionale de l’ex-empire. Trois entités furent ainsi constituées : l’Irak, érigé en royaume et donné à Fayçal, fils d’Hussein d’Arabie ; tant qu’à la Jordanie (s’étendant de part et d’autre du Jourdain), elle fut divisée en deux : la Transjordanie, créée en émirat et offerte à Abdallah, autre fils d’Hussein, et la Cisjordanie ou Palestine (du nom latin dont Hadrien baptisa la région) administrée directement par les Anglais, les deux autres principautés étant des espèces de dominions à l’autonomie limitée. La Transjordanie, devenue elle aussi royaume en 1946, occupa la Cisjordanie, au moment de la guerre de 1948, puis l’annexa le 24 avril 1950.

A cette époque, nulle question d’un état « palestinien », qu’il aurait  pourtant été possible de créer dès 1949. La notion de « palestinitude », d’autochtonie palestinienne, chère à Shlomo Sand, était encore totalement étrangère aux mentalités : le nationalisme pan arabe triomphait avec le parti Baas et la tentative nassérienne de former une République Arabe Unie, regroupant, de manière éphémère, en 1958, l’Egypte et la Syrie. Ce n’est qu’après la guerre des six jours qu’on commença à parler de « palestiniens », désignant par-là les habitants de la partie de la Jordanie occupée en 1967, ainsi que ceux de la bande de Gaza, lesquels étaient précédemment… Egyptiens ! L’Egypte s’étant approprié ce territoire au moment de la guerre de 1948. Comme toutes les entités arabes issues de l’empire Ottoman, la Palestine/Cisjordanie de 1920 était parfaitement arbitraire dans son existence : il n’y a pas plus de « palestinitude » qu’il n’y a d’« irakitude » ou de « koweititude ». L’identité palestinienne s’est forgée sous l’occupation israélienne, honnie, alors que celle de Transjordanie avait été acceptée. La « Palestine », si elle existait, serait un état tout aussi artificiel qu’en son temps Israël : elle serait créée ex nihilo par une volonté purement politique.

Cette volonté politique est-elle, en l’occurrence, souhaitable ? Elle le serait – peut-être – si le futur gouvernement « palestinien » s’engageait à respecter la charte de l’ONU, qui, dans son préambule invite à « proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites ». Or, après son alliance avec le Hamas, Mahmoud Abbas est allé jusqu’à déclarer, le 29 mai 2011, devant la Ligue Arabe : « la Palestine doit être purifiée de toute  présence juive ». Il est on ne peut  plus clair que le futur état ne tolèrerait non seulement aucune des colonies installées en Cisjordanie, mais encore aucun juif où qu’il se trouve : le futur état « palestinien » serait un état « judenfrei », un état pur ethniquement, à la mode nazie. Au mieux, ce serait une nouvelle déportation, au pire, un nouveau génocide. Non, il ne faut pas qu’un tel état voie le jour. Ni aujourd’hui, ni jamais.


Jean-François Vincent


A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (5)

  • Kaba

    Kaba

    27 septembre 2011 à 14:19 |
    Le choix de deux Etats est un choix d'Israël. La raison ? La même qui conduisit de Gaulle à choisir l'Algérie indépendante et musulmane. Dans un Etat unique, les Juifs seraient minoritaires à terme -peut-être même déjà aujourd'hui.
    La démarche de Mahmoud Abbas lui donne une stature devant son peuple. Elle est donc une oeuvre de paix parce que le Fatah, au contraire du Hamas, a choisi cette voie. A moins que personne ne veuille de la paix...

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    24 septembre 2011 à 10:56 |
    L’identité palestinienne s’est fait jour sur la scène internationale à la proclamation de l’Etat d’Israël et la guerre israélo-arabe qui s’ensuivit. Les réfugiés palestiniens en étaient les signes les plus visibles, renforcés par l’apparition de nombreux mouvements de libération nationale dont le Fatah d’Arafat. L’Autorité palestinienne,reconnue par Israël avec des hauts et des bas est l’œuvre historique d’Arafat. Tout bien considéré l’Etat palestinien sera probablement l’œuvre de son successeur Mahmoud Abbas.

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  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    23 septembre 2011 à 18:01 |
    Excessif, sans aucun doute, passionnel et passionné , probablement ! On reconnait, là, cher JF, l'homme de tribune d'opinion que vous aimez être . On ne peut mettre en doute, ni votre sincérité,ni vos convictions.Je vous remercie pour - disons, les deux tiers de votre texte argumenté ; la partie historique, notamment - ensuite, nous divergeons clairement ; les Palestiniens ne sont pas une entité fantasmée et il y aura un état palestinien, un jour ! forme et modalités à voir ! ce qui, pour le moment me semble signifier que le moment " n'est pas venu", c'est, surtout le fait de vouloir imposer sa construction de l’extérieur.

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  • alain jugnon

    alain jugnon

    23 septembre 2011 à 17:08 |
    L'Etat israélien existe contre l'arabe, contre son autre, son étranger : si l'on veut penser qu'un Etat palestinien serait sans juifs et donc "nazi", alors il faut dire clairement qu'Israël est déjà un Etat "nazi" et raciste. On peut dire cela ? l'arabe, prolétaire, déporté, colonisé par Israël est quelque chose en effet comme le "musulman" des kapos... ou pas ?

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      23 septembre 2011 à 17:46 |
      Alain, si l'on peut - de manière polémique, car la chose est discutée - parler de "déportation" pour l'exode arabe de 1948, il n'est pas possible de dire que des cisjordaniens ou des gazouis aient expulsés massivement depuis. Par ailleurs, il existe des citoyens israéliens arabes qui envoient des députés à la Knesset. Leurs conditions de vie méritent, certes, d'être améliorées; mais rien à voir avec la "dhimmitude" dont ont souffert pendant des siècles juifs et chrétiens vivant en terre musulmane.

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