La droite aux abois

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 mai 2012. dans France, La une, Politique

La droite aux abois

Les quelques six millions et demi de voix hurlant « TROP ! » (d’immigrés, d’étrangers, etc…) ont fini par faire sauter les derniers verrous de réserve, d’embarras, de gêne qui dissuadaient encore la droite dite républicaine de s’allier avec l’extrême-droite. Et il ne s’agit même plus d’afficionados acquis par avance à la cause (la « Droite populaire »), mais de caciques, de vieux routiers, certes renouant avec leur jeunesse, mais quand même : un respectable ministre de la défense ex-giscardien, ex-néolibéral, s’exprimant dans Minute – tout un symbole ! – pour dire tranquillement que Marine Le Pen n’ayant jamais – à la différence de son père – été condamnée pour propos racistes ou diffamatoires, il n’y avait aucune raison de ne pas discuter même de « sujets difficiles » avec elle…

Le chef, lui-même, dans ses ultima verba, n’a-t-il pas dit que le FN était désormais « compatible » avec la République ? La messe est dite ; sitôt le chef enterré, on se pressera pour faire partie de la nouvelle coalition (extrême) droitière, le Rassemblement Bleu Marine : parfum de vacances, sable chaud, fascisme BCBG, très rive gauche, à l’image de ce grand magasin chic, dont ce pourrait être le nom de la nouvelle collection d’été… Oui, incroyable mais vrai, le « TROP ! » s’est imposé naturellement, comme allant de soi, la révolution culturelle de la droite s’est accomplie en quarante-huit heures.

Désormais le front du « TROP ! » va du maurassien Patrick Buisson aux quadras de l’UMP. Les centristes se taisent, Bayrou fait encore la moue, mais pour combien de temps ? Le vieux rêve des anciens du Fig Mag, Louis Pauwels et Patrice de Plunkett : la réunion de toutes les droites est en marche. Pauwels, au moment des manifestations estudiantines contre la loi Devaquet, en 1986, avait forgé une expression qui avait connu son heure de gloire, le sida mental ! N’est-ce pas d’une pathologie de ce genre dont est atteinte la masse des « TROP ! », une psycho-immuno-déficience par rapport aux virus de la peur et de la haine ?

En attendant, le bar de la plage va ouvrir, et la nouvelle droite recomposée de se presser pour déguster le nouveau cocktail tricolore à dominante très bleu.

 

Jean-François Vincent


A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (2)

  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    14 mai 2012 à 19:10 |
    J'aime la photo : un double "ZERO" et rien d'autre.
    Je ne veux pas lui consacrer plus de deux lignes ... M.L.

    Répondre

  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    07 mai 2012 à 08:57 |
    Bien d'accord avec vous, JFV. D'abord, il y a eu la terrible formule à propos du FN "compatible avec la République" (formule employée par Nicolas Sarkozy). Nuançons : tant que le parti d'extrême-droite respecte le jeu parlementaire (obtenir des députés dans la future assemblée à élire en juin), on ne peut aucunement le situer hors du cadre légal ; mais, en aucun cas on ne peut dire - comme le "candidat sorti" - que ses thèmes et ses thèses soient "compatibles avec la République" (rejets, exclusions, peurs, haine, xénophobie, racisme, etc.)... Ensuite, il y a aussi ce que vous appelez la "révolution culturelle" de la droite, qui vient de commencer, avec la tactique (voire même la stratégie) employée par Nicolas Sarkozy (échec ponctuel ?) et qui provient de son "gourou" Patrick Buisson (ancien de "Minute" et maurassien venant de l'extrême-droite). Enfin, il y a bien cette idée de la "réunion de toutes les droites" - comme vous dîtes. Mais, j'ajouterais une nuance : une réunion de... "toutes les vrais droites... !" (selon Buisson et beaucoup d'autres), c'est-à-dire de toutes celles qui, après le départ des restes de la "droite républicaine" (vers le centre ?), accepteraient sans hésiter une alliance avec le Front National à plus ou moins long terme.

    Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.