"Billet du jour" : Le deuxième Vietnam

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 juin 2011. dans Monde, La une, Politique


Vous avez aimé le départ acrobatique, en hélicoptère, des derniers américains de Saïgon ? Vous allez adorer leur fuite hors de Kaboul … La décision de Barack Obama – immédiatement suivie par celle de Sarkozy  - de se retirer d’Afghanistan, préfigure un scénario à la vietnamienne : Richard Nixon, en son temps, n’avait-il pas parlé d’une « vietnamisation » de la guerre ? Avec les résultats que l’on sait : écroulement du régime fantoche sud-vietnamien, qui ne pouvait se maintenir en place que grâce à l’armée américaine, et avènement du communisme dans toute l’ex-Indochine. Les mêmes causes ne manqueront pas de produire les mêmes effets : Hamid Karzai, le proconsul installé par Washington dont le pouvoir se limite peu ou prou à la capitale, repartira dans les fourgons de l’US army ou subira un sort moins enviable s’il décide malgré tout de rester, pour assister, tel le commandant du Titanic, au naufrage de son gouvernement.

Cette défaite militaire et politique, qui, pour les Etats-Unis, sera la deuxième de leur histoire, ne manquera pas de causer la même blessure narcissique, la même flétrissure d’amour propre, le même impossible travail de deuil d’une supériorité qui n’est plus, et dont les superproductions hollywoodiennes (Rambo) ne furent que l’affligeant symptôme.

Au-delà de ce traumatisme collectif que subiront à nouveau les américains, il convient de s’interroger sur deux points. D’abord sur la vacuité des guerres « coloniales », c’est-à-dire les guerres contre une guérilla : français, américains et soviétiques s’y sont, tour à tour, cassé les dents, on ne gagne pas contre un peuple en armes. Ensuite, il faudrait – enfin – admettre que le modèle démocratique à l’occidentale n’est pas universellement transposable. Bush avait voulu faire de l’Irak et de l’Afghanistan des sortes de Suisses orientales. Les Afghans n’en veulent pas. Au début de la guerre, Tony Blair la justifiait en disant que tout être humain aspire à la liberté : c’est faux ! La liberté est une notion géographiquement et historiquement circonscrite et donc relative. Certains, lui tournant délibérément le dos, lui préfèrent d’autres valeurs, en l’occurrence religieuses.

L’occident doit se faire une raison : il n’apporte pas la lumière au monde. Son zèle missionnaire a toujours connu des rebuffades : Christianisme, démocratie et droits de l’homme furent, chacun à son tour et dans bien des endroits, rejetés ou ignorés. Une leçon de structuralisme ?


Jean-François Vincent


A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (3)

  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    25 juin 2011 à 12:56 |
    Vues réalistes s'il en est, de ce bourbier, semblables en tous points aux bourbiers précédents.
    On se demande si l'on peut vraiment, nous occidentaux, plus ou moins sortis, après des siècles de révolutions et d'évolution, vraiment apprécier les buts et les moyens adaptés pour aider ces pays à accéder à ce que l'on appelle la démocratie, sans une évolution culturelle intrinsèque ...
    Inch Allah

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  • Martine L

    Martine L

    25 juin 2011 à 12:27 |
    Excellent billet,et félicitations pour avoir rassemblé l'essentiel dans cette concision percutante .Oui, vous avez raison : l'Occident n'apporte pas la " lumière au monde", mais, veut de façon obsessionnellement pathologique, "libérer le monde, selon son "excellent" modèle " ; un peu colonial, un peu esprit de croisade ; Mais, on peut quand même observer que les objectifs des armées occidentales en Afghanistan : former, pour être autonome, aider, épauler, montraient que les mentalités - bon an, mal an - bougent ...

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  • Yossi Malka

    Yossi Malka

    25 juin 2011 à 03:49 |
    Vous soulevez dans cet article des réflexions importantes qui vont façonner le visage du Monde , pour ce siècle. Parmi elles : la notion de « superpuissance » aura-t-elle encore un sens , d'abord pour l'Amérique!
    Nul doute que les USA subissent en Afghanistan le même sort qu'a subi en son temps l' URSS .
    Si les intérêts étaient différents, ils se rejoignent dans leur tactiques erronées car on ne peut rien imposer à un peuple tribal , qui est à des années lumières de notre conception de la Démocratie .
    On ne pouvait trouver pire que Karzaï , pour échouer: corrompu , en connivence avec son frère dans le trafic de l'opium , prêt à courir plusieurs lièvres à la fois donc non fiable .
    Les Afghans rejettent «  la lumière » de l'Occident , et préfèrent les valises de dollars cash que l'Iran verse régulièrement à Karzaï depuis plus de deux ans .L' Iran achète ainsi son billet d'entrée en Afghanistan , pour s'installer une fois que les troupes de l'OTAN auront quitté .
    C'est un autre exemple de la « contribution » américaine au renforcement de l'influence iranienne dans le monde musulman :( les négociations avec les Talibans , sont dévoilées et nous mettent devant un fait accompli)
    Notre logique ne colle pas avec la politique de la Maison Blanche , au point où on se demande:
    est- ce que c'est pour cela que Obama à été projeté au pouvoir? Toute sa politique a contribué à l'expansionnisme par procuration des iraniens .

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