Le PS ne peut-il gagner une élection que par rejet de l'autre ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 12 mai 2012. dans France, La une, Politique

Le PS ne peut-il gagner une élection que par rejet de l'autre ?

 

François Hollande est donc le deuxième président socialiste de la Vème république. Seulement le deuxième en 54 ans ! Paradoxe. Il y eut des poussées – suivies de reflux ! – de la gauche aux législatives tout au long des années 60-70, des victoires retentissantes aux municipales, et ce dès 1977 ! Mais aux présidentielles, pour qu’un socialiste puisse gagner, il semble que deux conditions soient nécessaires : il faut d’abord qu’il y ait un président sortant qui se représente (1981, 1988, 2012), en dehors de ce cas de figure, peu ou pas d’espoir (1969, 1974, 1995, 2007). Il faut ensuite – 1988 étant à part puisque c’était un socialiste qui sollicitait un second mandat – que ce président sortant soit l’objet d’un rejet à caractère personnel.

L’homme Giscard finit par être honni, suite à toute une série d’affaires (les diamants de Bokassa en particulier), mais surtout du fait d’une attitude hautaine et méprisante qui blessa beaucoup de monde, à commencer par son premier ministre, Chirac. Mépris. Serait-ce là l’origine du rejet ? Il est frappant de remarquer l’usage du mot par les deux hommes, Giscard et Sarkozy. Le 27 novembre 1979, à une question d’Alain Duhamel sur les diamants, Giscard répond par ces mots : « Enfin, à la question que vous m’avez posée sur la valeur de ce que j’aurais reçu comme ministre des finances, j’oppose un démenti catégorique et, j’ajoute, méprisant ».

Autre affaire, mêmes propos ou presque : le 12 avril 2012, dans l’émission Des paroles et des actes, Sarkozy est interrogé sur d’éventuels subsides reçus de Liliane Bettencourt. Réaction indignée du candidat : « sur la médisance, sur les ragots, sur la méchanceté, sur  la volonté de détruire et de démolir, permettez-moi d’opposer le mépris le plus cinglant ».

A ce mot – le mépris – correspond une attitude commune et persistante des deux présidents battus, aristocratisme de pacotille dans un cas, complexe de supériorité (reflet d’un complexe d’infériorité ?) dans l’autre. En 1981 comme en 2012, il a fallu un degré de saturation inouï par rapport au sortant pour que le corps électoral surmonte une réticence quasi instinctive à confier la magistrature suprême à un socialiste. Le pourquoi de cette réticence ? Une vieille réputation d’incompétence économique, une non moins vieille crainte de spoliation de la part non seulement des plus riches, mais également de tous ceux qui possèdent fût-ce un peu…

Oui, il faut une aversion, une quasi haine de l’homme qui a fait preuve de tant de morgue pour le faire battre à tout prix, et ce, quelles qu’en soient les conséquences. François Hollande a parfaitement compris tout cela. La vertu cardinale de son quinquennat sera l’humilité. Au fond, c’est ce qu’il cherchait – maladroitement – à exprimer par le qualificatif de « normal ». Hollande, le président « normal » auquel l’homme de la rue peut s’identifier.

Les français ont une passion pour l’éloquence, le brio intellectuel, la culture ; mais le mépris – cette surestimation de soi qui induit une sous-estimation des autres – est, en politique, une faute mortelle. Même des présidents orgueilleux et très imbus d’eux-mêmes, comme de Gaulle ou Mitterrand, ont évité cet écueil. C’est cet échouage qui a permis, par deux fois, à un socialiste d’accéder à l’Elysée.

 

Jean-François Vincent

 

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (4)

  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    21 mai 2012 à 11:55 |
    A propos de l'élection des deux Présidents socialistes sous la Vème République (Mitterrand en 1981 et François Hollande en 2012)...
    D'abord, effectivement, sur la forme, il y eut le "rejet à caractère personnel", fondé sur le mécanisme du "mépris". Mais, entre le "mépris" de Valéry Giscard d'Estaing et ce que vous appelez la "morgue" de Nicolas Sarkozy, il me semble qu'il y a une différence de niveau. Oui, Giscard d'Estaing fit une sorte de "complexe de supériorité" (il avançait des chiffres faux lors des conseils des Ministres, que personne ne finit par oser relever...). Mais, avec Sarkozy, on a franchi un pas, au niveau des symboles et des comportements : ses Ministres, ses conseillers, ses collaborateurs, étaient traités comme de simples organes de diffusion de la "pensée" Présidentielle. Hollande, lui, a su jouer - depuis un an au moins, lors de la campagne électorale et dans les premiers pas de son action - sur "l'humilité", par effet de contraste. Plus de "bling-bling" (notamment), et au contraire un Président - homme "normal", un peu à la Scandinave... ?).
    Ensuite, sur le fond, viennent les politiques menées par les Présidents de droite sortants (ici, pour Giscard d'Estaing et Sarkozy). Et là, il faut, par exemple, reconnaître qu'au début de son septennat, Giscard envisagea la mise en place d'une "société libérale avancée", issue en partie des événements de mai 1968 ; il n'était donc pas un tenant véritable de ce qu'on finit par appeler un peu plus tard "l'ultralibéralisme". Sarkozy, quant à lui, pose un vrai problème, puisque n'ayant eu aucune colonne vertébrale "idéologique" face à la situation économique et sociale de la France : projet originel ultralibéral anglo-saxon, puis discours quasiment "socialiste" de Toulon, ensuite "pragmatisme" revendiqué, et enfin alignement - par Patrick Buisson interposé - sur les principaux thèmes de "La Gorgone" du FN... : MLP. C'est aussi cette politique de "zigzag" qui a perdu le Président sortant/sorti... !

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      21 mai 2012 à 12:52 |
      il est à noter d'ailleurs que l'hyperprésidence de Sarkozy s'est accompagné d'un activisme sans précédent des conseillers et du staff élyséen. Aurait-on vu Attali, conseiller spécial de Miterrand, ou Bérégovoy, du temps où il était secrétaire général de la présidence, tenir des conférences de presse, comme le firent Guaino et Guéant? Il semble que cet homme, en apparence si sûr de lui-même, avait besoin de "béquiiles" pour avancer...

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      • Jean-Luc Lamouché

        Jean-Luc Lamouché

        23 mai 2012 à 12:35 |
        Assez d'accord avec vous... Mais, vous remarquerez qu'il y a un conseiller "gourou" dont les grands médias parlèrent peu, malgré son poids de plus en plus important dans les choix ultra-droitiers de Sarkozy pour les Présidentielles : Patrick Buisson... ! Comme aurait dit le regretté Pierre Desproges : "étonnant, non... ?...

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  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    13 mai 2012 à 11:26 |
    Le nouveau président ne l'a-t-il pas dit, au coin de sa campagne ? " pour élire le nouveau, il faut d'abord se débarrasser de l'autre" ; dans une France globalement de droite, il a fallu ici, hier, utiliser la mayonnaise de l'anti-autre ( mais, cela a nécessité les infinies compétences à se faire rejeter et de Giscard, et de Sarkosy). Cependant, cela n'a été vrai que pendant la première partie des campagnes ; ensuite, et peu à peu, est venu le temps de l'adhésion. Vrai, également cette fois ci : on a davantage de gens qui disent avoir voté Hollande, pour ses idées, que d'électeurs maniant le seul rejet.

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