Législatives 2012 : la "Loi d'airain" ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 19 mai 2012. dans France, La une, Politique

Législatives 2012 : la

 

A la suite des élections Présidentielles de mai 2012 et de la victoire (le 6 mai) du candidat socialiste François Hollande, il va falloir élire – les 10 et 17 juin à venir – une nouvelle Assemblée Nationale. L’argument de la droite, qui a perdu les élections à la Présidence, est le suivant : ne pas laisser la gauche monopoliser « tous les pouvoirs » dans notre pays ; c’est-à-dire la Présidence, le Sénat, la plus grande partie des collectivités territoriales (régions, départements, communes), et – en plus – l’Assemblée, à élire à présent. Tout cela en fonction du vieil adage : « il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier… ». La gauche, au contraire, va insister – et insiste déjà, par la bouche de son nouveau Président François Hollande – sur la nécessaire cohérence du choix à faire par le peuple français : donner une majorité parlementaire au nouvel élu et à son gouvernement (avec Jean-Marc Ayrault, nommé Premier Ministre le 15 mai, jour de l’investiture du nouveau Président).

C’est cette même cohérence que la droite réclamait lorsqu’elle se trouvait politiquement quasiment dans la situation de la gauche : ainsi, par exemple, sous la Présidence de Jacques Chirac, lors de la fameuse dissolution ratée de la Chambre des Députés, en 1997.

Mais alors, qu’est-ce-que cette « loi d’airain » qu’annonce le titre de cette chronique, « loi » ainsi nommée par les politologues, et que rappelait il y a quelques jours – par exemple – Roland Cayrol (universitaire très connu, spécialisé en sciences politiques), durant une des émissions TV de C dans l’air – sur la 5 ? Tout simplement le fait qu’aucun nouveau Président élu au suffrage universel – depuis 1965 (première élection du Président de la République au suffrage universel direct) – n’a été privé d’une majorité parlementaire lors de l’élection législative à suivre. Citons, par exemple, François Mitterrand (en 1981 et en 1988), Jacques Chirac (en 2002), ou bien encore Nicolas Sarkozy (en 2007). Ceci, pour des raisons très simples : l’onction populaire donnée au tout nouveau Président élu, la volonté de lui laisser la possibilité de mener la politique annoncée dans son programme présidentiel, le maintien d’une bonne mobilisation électorale de son « camp » et – au contraire – une certaine démobilisation de celui d’en face, intégrant la défaite antérieure. En somme, si la « loi d’airain » fonctionne à nouveau en juin 2012 (pourquoi en serait-il autrement ?), on ne voit vraiment pas ce qui pourrait empêcher la gauche – avec une campagne menée sous l’autorité nouvelle de Jean-Marc Ayrault – de remporter les élections législatives d’ici quelques semaines.

Mais, attention, pourraient dire certaines et certains ! Des Présidents ont déjà perdu des élections législatives… C’est vrai ! D’abord, François Mitterrand, en 1986. Mais, le cadre était très différent de la situation actuelle, et la « loi d’airain » ne pouvait pas fonctionner aussi facilement : le Président socialiste ne venait pas d’être élu (cinq années s’étaient écoulées depuis mai 1981). L’usure et l’impopularité  de la gauche et du Président provoquèrent la défaite de Mitterrand lors des législatives en question. Et la France connut la « première cohabitation » (1986-1988), avec la nomination – par le chef de l’Etat – de Jacques Chirac comme Premier Ministre. Ensuite, et peut-être surtout, on a connu le célèbre exemple de Jacques Chirac, lors de la dissolution de l’Assemblée en 1997. Mais, il y avait alors, là aussi, une grande différence avec les exemples de la « loi d’airain » signalés plus haut : le Président Chirac avait été élu en 1995, et, contrôlant mal sa majorité (celle élue en 1993, écrasante, donc en fait ingérable pour lui, très rapidement – ce qui n’a rien d’étonnant…), il avait voulu une nouvelle Assemblée à sa main. On connaît les conséquences de cette dissolution manquée pour le chef de l’Etat de l’époque, puisqu’elle entraîna la victoire de la « gauche plurielle » lors des élections en question, puis la « seconde cohabitation » (1997-2002), avec le socialiste Lionel Jospin comme Premier Ministre.

Alors… ? Aucune exception véritable, en fait, jusqu’à présent, à cette règle de la « loi d’airain » mise en valeur par les spécialistes de l’observation de la vie politique française depuis 1965. Mais, pourrait-on avoir – en juin – le premier démenti apporté à cette règle, qui a, jusqu’à présent, parfaitement fonctionné, aussi bien pour la droite que pour la gauche, sous la Vème République ? L’argument, avancé par la droite, de la nécessité de ne pas laisser – pour la première fois de notre histoire – la gauche et ses alliés concentrer tous les pouvoirs entre leurs mains peut-il jouer et faire hésiter un nombre important d’électeurs, avec une démobilisation différentielle de la participation lors des Législatives, en faveur de la droite ? Cela semble très peu probable, au moins pour deux raisons principales : d’abord, l’élection à chaud d’un Président qui apparaît à présent comme un homme « neuf » (alors qu’il était souvent qualifié auparavant de politicien « sans expérience gouvernementale »). Ensuite – et surtout –, parce qu’il n’y a aucune raison de voir l’électorat de gauche et de ses partenaires se démobiliser (même un tout petit peu), car ce peuple-là sait très bien que le pouvoir économique (et à quel niveau !) reste, quant à lui, concentré entre les mains de forces liées généralement aux milieux proches de la droite.

Cela dit, maintenant, tout peut arriver d’ici les 10 et 17 juin prochains : un événement très important, un coup de théâtre, voire même quelque fait qu’on ne peut absolument pas prévoir – même sur une si courte durée. Et votre serviteur ne prétend aucunement être autre chose qu’un simple observateur, et non un « prophète »…, même – cas aggravant, paraît-il – « en son propre pays »…

 

Jean-Luc Lamouché

 

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

Commentaires (6)

  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    21 mai 2012 à 12:51 |
    Tout frais du jour ; entendu ce matin ; frissons d'angoisse à l'idée que si les socialistes passent " à nouveau", c'en sera fini ; tous les pouvoirs seront dans leurs mains ; dictature en vue, donc ; "ah, il cachait bien son jeu, le Hollande madré" ! on rit ! ça fait du bien, mais à part ça, cette terreur socialiste peut quand même se diversifier avec l'élection d'une gauche multiple ; et puis, " tous les pouvoirs", institutionnels, peut-être, mais pas économiques, ni médiatiques ! les honnêtes gens feraient donc bien de ne pas se suicider tout de suite...

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    • Diégo De La Vega

      Diégo De La Vega

      21 mai 2012 à 21:08 |
      Excellente réponse aux arguments fallacieux des tenants de l'UMP, Madame... ! Je ne vais donc rien ajouter à votre propos sur l'essentiel du pouvoir économique et une grande partie du pouvoir médiatique - surtout télévisuel, et avant tout privé... - qui resteront (en cas de victoire de la gauche lors des Législatives des 10 et 17 juin à venir) entre des mains très proches des milieux conservateurs... Effectivement, la "dictature" n'est pas pour demain ! Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon la droite serait déjà morte... Il est vrai qu'après les élections en question, elle risque fort d'imploser...

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    19 mai 2012 à 16:03 |
    La réforme introduisant le quinquennat visait à éliminer de facto la possibilité d’une cohabitation. Par la juxtaposition des deux élections majeures et l’antéposition des présidentielles par rapport aux législatives, l’idée était, en effet, que les électeurs confirmeraient leur choix exprimé seulement un mois auparavant. Il est vrai que le camp battu n’a d’autre perspective à offrir que précisément celle de la cohabitation : même avec des slogans alibi, tels que « ne concentrez pas tous les pouvoirs en un parti » ou « ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier », c’est bien à elle qu’on aboutit en cas de victoire de l’opposition présidentielle. La Majorité présidentielle, quant à elle, a beau jeu de montrer du doigt le danger que présenterait cette réactivation de la dyarchie latente au sein de l’exécutif, faille originelle, jamais surmontée de la constitution de 1958.
    La « loi d’airain » que vous mentionnez serait donc, d’abord et avant tout, la loi d’airain du quinquennat. Mais les électeurs sont quelques fois masochistes, et aiment bien de temps en temps la cohabitation, perçue – bien à tort ! – comme un gouvernement d’union nationale….

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    • Jean-Luc Lamouché

      Jean-Luc Lamouché

      20 mai 2012 à 09:42 |
      Vous signalez des éléments très pertinents. Mais, sur un point fondamental, je pense que vous oubliez un fait plus qu'important : pour que les citoyennes et les citoyens soient tentés par la "cohabitation", il faut qu'il y ait eu une usure du Président de la République ainsi que de l'action gouvernementale. Aucune "cohabitation" - depuis 1965 - n'a eu lieu à la suite de l'élection d'un nouveau Président. Tout s'est passé, jusqu'à présent, comme si nos concitoyens voulaient d'abord voir si le nouvel élu allait réussir dans la politique qu'il avait annoncée... C'est cela la "loi d'airain"... Je ne vois pas comment cela pourrait changer... Mais, on verra... !

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        20 mai 2012 à 17:01 |
        On en est passé pas si loin en 1988 : deuxième élection de Mitterrand, suivie d'une dissolution qui donne une majorité relative, et d'une cohabitation "interne" au PS, Miterrand-Rocard...

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        • Jean-Luc Lamouché

          Jean-Luc Lamouché

          21 mai 2012 à 06:21 |
          Le cas de figure que vous citez n'est pas comparable aux éléments signalés dans ma chronique. En effet, il me semble très exagéré de parler d'une cohabitation "interne" à la gauche entre Mitterrand et Rocard après les Présidentielles de 1988, malgré l'hostilité politique et personnelle entre les deux hommes. Il y a toujours eu des "sensibilités" différentes au sein du PS, comme d'ailleurs dans le cadre de l'UMP actuelle. Une véritable "cohabitation" ne peut être effective qu'entre un Président de gauche - par exemple - et une majorité parlementaire de droite, entraînant la nomination d'un Premier Ministre de ce "camp" là. Dans l'autre cas (que vous citez), des arrangements sont possibles et la France peut être gouvernée.

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