Présidentielles 2012 - Les espaces politiques (4)

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 février 2012. dans France, La une, Politique

Présidentielles 2012 - Les espaces politiques (4)

 

Après l'espace sarkozyste, puis centriste, et hollandien, sortons du cadre des espaces classiques (de gouvernement potentiel) pour aborder ceux que l'on qualifie souvent de "populistes", ou de "protestataires", et qui sont situés à l'extrême-droite et à la gauche de la gauche (1). Commençons par l'espace centré autour de la personnalité de Marine Le Pen et du FN.

Par rapport à son père, Marine Le Pen ne correspond plus tout à fait au même espace politique. Certes, il y a toujours le cercle d'extrême-droite traditionnel, que Jean-Marie Le Pen avait déjà débordé (notamment lors des Présidentielles de 2002). Mais, la fille Le Pen mord beaucoup plus que son père sur l'électorat protestataire populaire venant notamment de la gauche, en fonction de la crise financière et autre(s) - depuis 2007-2008. Elle concentre donc un cercle d'électeurs, surtout anciennement communistes, qui trouvaient dans le PC à la fois une fonction tribunicienne et une contre-société idéale ("Les lendemains qui chantent"). C'est la notion de "gaucho-lepénisme", phénomène politique déjà décrit par les historiens (d'Histoire immédiate), les politologues, et les journalistes spécialisés dans l'étude des comportements politiques (2).

L'objectif de MLP est celui d'un siphonage électoral inversé par rapport à 2007, pour aboutir à un "21 avril à l'envers". Il lui faut en effet récupérer les électeurs FN partis chez Sarkozy lors des dernières Présidentielles, et attirer les votants potentiels déçus par le sarkozysme (pour de multiples raisons). D'où la modification d'une partie du logiciel idéologique du FN par MLP : Etat protecteur pour les "nationaux" - par exemple. Soit une sorte de "socialisme national…" ? Ceci, tout en gardant les autres bases de l'ancien logiciel du FN (sur l'insécurité, l'immigration, etc.). Elle essaie aussi de rendre son parti plus présentable et - disons - "gouvernementable", avec un soi-disant programme à la place des seuls slogans simplistes antérieurs du FN. Sans oublier ce qu'on nomme la "dédiabolisation" (sur l'antisémitisme - remplacé, semble-t-il, par l'islamophobie - et la Seconde guerre mondiale : affaire du "détail…" et du "Durafour-crématoire"…).

Pour élargir l'audience du FN (33% des français sondés déclarant récemment partager l'essentiel de ses thèmes), MLP fonctionne sur les peurs (comme la droite), mais aussi sur les humiliations (comme la gauche). Elle emploie une tactique dite de "triangulation", cherchant à naviguer sur les terres d'autres espaces politiques, en citant - pêle-mêle - de Gaulle, la Résistance, Jean Jaurès, etc. (3).

MLP sait qu'il lui faut sortir le FN de son ghetto et veut tenter de provoquer l'éclatement de la droite classique aux Législatives qui suivraient une éventuelle défaite de Nicolas Sarkozy pour les Présidentielles à venir. Il y aurait alors en effet, inévitablement, un ralliement progressif - autour de ses thèmes - de la partie la plus à droite de la majorité actuelle (avec comme structure principale la "Droite populaire", forte de son actuelle quarantaine de députés). Mais, il y a un gros risque de grand écart pour MLP - même si elle n'est pas la seule : comment s'ouvrir en direction de cette aile droite de l'électorat de la majorité actuelle sans perdre le soutien de ses électeurs les plus extrémistes (issus des forces basiques rassemblées par son père à l'origine) ? Ceci, puisqu'elle prétend aspirer - à la tête d'une coalition, et à terme - au gouvernement de la France ; ce qui n'était certes pas le cas de son père…

 

 

Jean-Luc Lamouché

 

 

(1)- Précisons qu'au sein de la gauche de la gauche, le "Front de gauche" est susceptible de participer à un éventuel gouvernement fondé sur une coalition déjà constituée PS/EELV. Ou - tout au moins - à apporter un soutien critique, sans participation. Ceci ne peut en aucun cas correspondre à l'extrême gauche.

(2)- Pour les plus importants : Pascal Perrineau, Dominique Reynié, Jean-Yves Camus, et Caroline Fourest.

(3)- Elle n'est d'ailleurs pas la seule à utiliser cette tactique : rappelons-nous, par exemple, de Nicolas Sarkozy par rapport au jeune résistant (communiste… !) Guy Môquet, avec la lettre à lire dans les écoles - sur les conseils d'Henri Guaino.

 

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

Commentaires (2)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    18 février 2012 à 08:35 |
    Marine Le Pen a débarbouillé son parti de la vulgarité au parfum de scandale de son père, tout en laissant intacte sa doctrine et son programme : l’inflexion – plus protectionniste que véritablement anticapitaliste – qu’elle a impulsée n’a fait, au fond, que renouer avec le rêve poujadiste de papa (qui avait été élu, pour la première fois, sur les listes Poujade en 1956) : un état protecteur de l’économie, à la fois contre la concurrence étrangère, à l’extérieur ; et contre l’inquisition fiscale, à l’intérieur (cf. la lutte de Poujade contre le « polyvalent » !).
    Le fait est, malgré tout, que le peu qu’elle a vraiment changé a suffi à la rendre acceptable aux yeux de la droite de la droite ; et c’est là que votre conclusion sonne particulièrement juste : la – probable – défaite de Sarkozy sonnerait, en effet, le glas de l’UMP, salmigondis de circonstance réunissant la carpe centriste et le lapin gaullo-bonapartiste. La Droite Populaire, déjà profondément lepénisée, rejoindrait le FN dans le cadre d’un parti au sigle nouveau ; les anciens ralliés de l’UDF rallierait cette fois le Modem de Bayrou, avec les débris du Nouveau Centre d’Hervé Morin ,en vue de la constitution d’une « troisième force », et l’on verrait sans doute éclore un parti « libéral », avatar du défunt parti de Giscard, puis de Léotard et de Madelin. Un tel scénario d’ailleurs pourrait se réaliser même en cas de victoire de Sarkozy : la constitution lui interdisant un troisième mandat, sa succession serait alors d’ores et déjà ouverte.

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    • Jean-Luc Lamouché

      Jean-Luc Lamouché

      18 février 2012 à 21:39 |
      Entièrement d'accord avec votre commentaire, très pertinent. J'insiste toutefois sur cette sorte de pseudo "socialisme national" que MLP a commencé d'envisager, à la différence de son père. Le mélange détonant entre ces deux notions (aspects sociaux protecteurs d'une part et nationalisme de l'autre) a toujours provoqué des explosions dramatiques au XXe siècle ! Certes, MLP n'est pas fasciste, encore moins nazie... Mais, elle peut développer ainsi un processus dont on ne sait pas jusqu'où il irait. En tout cas, vous devez savoir sans doute que d'anciens cadres du FN - comme Carl Lang, et bien d'autres encore - ont quitté depuis quelque temps déjà ce parti jugé "trop à gauche"...

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