Qui Mélenchon veut-il tuer ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 juin 2017. dans France, La une, Politique

Qui Mélenchon veut-il tuer ?

… Car il ne peut s’agir maintenant que de meurtres en suspens ; de raison ou mieux de politique, plus du tout.

De Jean-Luc Mélenchon, tout ou presque a été dit, depuis ce temps si long où nous l’avons côtoyé, nous, gens de gauche, ici ou là. Je ne reviendrai pas sur ses – immenses – talents, d’intellectuel, d’analyste politique et sociétal, d’orateur, le meilleur et de loin qu'a porté notre République depuis F. Mitterrand. Je l’ai écrit comme tant d’autres. Son verbe et sa syntaxe parfaite, ses références historiques millimétrées, ses envolées – si XIXème – son socialisme tripal et résonnant comme peu d’entre celui des autres en sincérité quasi amoureuse, son œil aux reflets sombres n’invitant guère à la blaguette, ce côté sérieux, solide, presque professionnel, qui, moi, me convenait, ainsi que cette émotion à peine contenue, bellement visible quand il s’agissait de pointer le doigt sur le fasciste tournant le coin de la rue… J’ai voté moult textes aux congrès de mon PS, portant sa signature, et pas une seconde je ne le regrette. C’était jadis, et François, le nôtre, avait en rangeant nos votes ce sourire tolérant et amène, qui le définissait, et ce léger haussement d’épaules devant nos enthousiasmes de gauchistes du parti… sans doute, le connaissait-il déjà de l’intérieur, tellement mieux que nous.

Depuis longtemps – sous les ponts de notre gauche… – mes chemins « mélenchonesques » ont divergé et tout le quinquennat passé, sont probablement sortis définitivement de son territoire. Sans quand même tuer symboliquement ce drôle de lointain cousin en partance pour les quatre cents coups, ni, quelque part, le quitter du regard, inquiète, forcément inquiète.

Mais, aujourd’hui… j’hésite : chagrin ? non, je ne lui porte plus assez d’intérêt ; colère ? ça, oui, et de toutes les couleurs et formes ; cela devient fatiguant. Peur, peut-être ? pas faux ; où dérive-t-il ? Où va-t-il finir ? Soucis – continuons la métaphore – qu’a la famille en apprenant justement les frasques de ce cousin, vilain petit canard qui un jour atterrira en taule ??

Dans ses discours actuels au parfum de harangue violente, les coups n’en finissent pas de pleuvoir sur son ancien parti, son ancien premier secrétaire, ses anciens camarades – pourtant, quasi tous à terre, on en sourirait presque. Vous l’avez entendu, ahuris comme nous tous, commencer le 7 mai son allocution par ce « enfin, voici fini le pire quinquennat de la Vème… », et ne visiblement plus avoir l’énergie pour appeler au vote anti Le Pen. De fait, et sans vouloir tomber dans la psychanalyse de bazar, cette hargne à « tuer les siens » ayant un peu à voir avec se tuer soi-même, ce chantier intime, ce travail, comme on dit, a quelque chose de poignant, mi-Shakespearien, mi-tragédie antique. C’est ainsi qu’il s’acharne consciencieusement, depuis, boxeur halluciné ; on l’entend presque penser qu’il faut encore cogner, que tout ça n’est pas mort, ou pas assez. Il poursuit ses « adversaires préférés », ses ennemis, allez ! Il faut qu’il en accepte le mot, voire le sens, partout où « se les faire » semble le seul mot d’ordre, étriqué, forcément et contre productif, on le suppose aisément.

Regardez Marseille où il se présente (parachuté ? « Partout chez moi, en république ! » répond-il avec superbe), circonscription où peu de FN vaquent, mais tenue de belle lurette par un socialiste. La carte des législatives à venir est panachée de France Insoumise bataillant avec de vraies balles contre les restes du PS, et il n’y a bien que notre Benoît – plus naïf que lui on meurt – pour bêler les désistements futurs. Apothéose, ces derniers jours, le chef des Insoumis accuse notre ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, d’avoir « assassiné » le pauvre jeune militant écolo des manifs contre le barrage de Sivens, en 2014, Remi Fraisse… plus deux ou trois allégations de même gabarit en guise de dessert (« Cazeneuve, le gars qui a fait gazer, matraquer… »). Cazeneuve porte plainte, et avec lui, la République.

Jusqu’où ira la haine de Mélenchon ? Qui, dans son viseur ? Sachant que le ton et les mots, qu’il emploie à présent partout, dépassent une simple opposition politique : le Parti socialiste – ce qu’il en reste – une évidence. Bien qu’ayant été militant de ce parti, ministre de Jospin – excellent, au demeurant - sénateur ; bien qu’ayant rallié la candidature de F. Hollande au second tour de 2012, avec de la hauteur de vue, et une loyauté que je veux espérer n’avoir pas été  de façade, l’astre Mélenchon et son Parti de Gauche, devenu France Insoumise, quasi porteur du mot Résistance, passa maître on le sait en un constant travail de sape au cœur des frondeurs, contre le quinquennat, figure de proue du Hollande bashing. Hollande a été constamment sa cible première ; il se murmure qu’on aurait là une non-reconnaissance amère traînée de loin, jamais digérée (deux ou trois choses que je sais me font dire, peut-être). Mais s’il n’y avait que ça ! Il y a aussi – carrément – la gauche à tuer ; celle de gouvernement, bien sûr, la Vallsienne, mais pas que, la sociale démocratie – les sociaux traîtres de nos cauchemars – Mélenchon revendiquant avec conviction frisant l'obsession maladive, être la Gauche, la seule, la vraie, celle qu’il dispute, tel l’aigle, à quelques survivants communistes apeurés par ses cris.

En le voyant, il y a peu, gesticuler en bonimenteur – encore  talentueux - de foire, un ami me disait : il y a du Mussolini en ce bonhomme, plus que du Déat, plus mutique, mais dans tous les cas, et par malheur, un itinéraire de gauche peut déraper dans le pire, voilà le théorème…

Frissons. Il est des cas où la toxicité des choses ou des gens ne signale qu’un possible, en l’état du moins : s’abstraire et s’éloigner, puis, faire son deuil.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (4)

  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    12 juin 2017 à 14:29 |
    Je vais commencer mon commentaire en rappelant le passé trotskiste de Jean-Luc Mélenchon, même s'il est certes bien loin d'avoir été le seul, au sein du Parti Socialiste issu du congrès d'Epinay, à avoir connu ce type d'itinéraire politique ; mais, chez lui, cela laisse de très fortes traces. Il y a également sa fascination maladive pour Robespierre et Saint-Just, à l'époque de la Terreur... même si la France de cette époque devait se défendre face aux têtes couronnées européennes... Et puis, pour Mélenchon, comment taire l'existence de ses "idoles" de l'époque contemporaine proche : Fidel Castro, Hugo Chavez, et tous les bolivariens plus ou moins péronistes (mêlant la faucille et une partie de la croix gammée) ?! Oui, cet homme, aigri et ravageur, me fait "peur", comme à vous, l'auteure de cette chronique, car, en un an et demi, ce politicien, devenu populiste ("Qu'ils s'en aillent tous !" était l'un de ses slogans, rappelant le "Sortons les sortants !" du Général Boulanger... !), a évolué progressivement du souverainisme vers le nationalisme. Si ce n'est plus du Chevènementisme, que trouve-t-on désormais dans les positionnements du chef des Insoumis... ?!
    La faute suprême de Mélenchon fut effectivement celle du 7 mai dernier, lorsqu'il n’appela pas expressément à voter... contre Marine Le Pen ! Oui, il y a bien chez lui des aspects du "Mussolini" des origines, à mi-chemin entre des thèmes économiques et sociaux d'extrême gauche et d'autres d'extrême droite nationaliste : un "social-nationaliste", pour tout dire... Faisons le bilan de ce que le "Lider Maximo" des Insoumis voulut, par étapes, soumettre, puis "dégager"... ! Il y eut d'abord la mise au pas de ce qui reste du Parti Communiste, les cadres ayant voté contre un ralliement à la candidature de Mélenchon, puis les adhérents pour, par peur de voir un candidat communiste faire un score ridicule... On assista ensuite à la farouche détermination qu'employa le chef des Insoumis à se débarrasser de ses "ennemis" - François Hollande (auto-empêché, avec l'aide de Mélenchon, un des agents des différents Hollande-bashing, avec l'aide des "Frondeurs" du Parti Socialiste), puis Manuel Valls -, et même de ses "amis" éventuels (Benoît Hamon et ses alliés écologistes)... donc du Parti Socialiste... ! Je me pose une question en ce qui concerne "Mélenchon le destructeur" : quel est son état psychologique ? Je sais ce que ce questionnement peut avoir de potentiellement grave (même si je n'ai pas utilisé l'expression "état psychiatrique")... Mais, ce qui me fait écrire cela, c'est la différence entre le "Doctor Jean-Luc", "grand sage" de la campagne des présidentielles, et le "Mister Mélenchon" du 7 mai, sortant un sondage-maison de ses cartons, qui était censé le placer en première position pour le second tour, un Mélenchon halluciné, hyper-violent, celui d'avant la campagne électorale... D'où mon interrogation finale : à quoi Jean-Luc Mélenchon peut-il donc servir, un vrai questionnement pour moi, ancien soutien des motions qu'il présentait au sein du Parti Socialiste, notamment en compagnie de son ami de l'époque, Julien Dray... ?!

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      12 juin 2017 à 18:43 |
      Mélenchon, comme César, aspire à la royauté; mais comme il est partisan d'une démocratie directe/participative, il se retranche derrière les "insoumis", dont il est le chef incontesté...

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      • Martine L

        Martine L

        13 juin 2017 à 09:20 |
        " dont il est le cesar incontesté..." lol

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    10 juin 2017 à 19:01 |
    Qui veut tuer Mélenchon? D’abord, comme vous le dites vous-mêmes, les « sociaux-traitres », c’est-à-dire dans la terminologie du léninisme qui infecte encore sa solide carcasse, quelqu’un dont la virginité marxiste a déjà été salacement déflorée par l’irrésistible pénétration des « puissances d’argent ». Mais au-delà, l’ennemi, ce sont précisément ces « puissances d’argent », qu’il identifie à l' « oligarchie », honnie et maintes fois dénoncée par lui.
    Celle-ci n’est pas d’ailleurs sans rappeler les « optimates » de la fin de la république romaine, la classe sénatoriale que combattaient les « populares » (qui loin de faire partie de la plèbe, appartenaient eux aussi - comme Mélenchon! - à la même caste), les ancêtres des populistes actuels - de droite comme de gauche - qui flattent les vices populeux et populaciers.
    Au fait, le plus célèbre des populares n’était autre que César himself…

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