RAMSES-IFRI 2017 : Un Monde de ruptures

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique

Collectif, sous la direction de Thierry de Montbrial et Dominique David, Dunod, 345 pages, septembre 2016, 32 €

RAMSES-IFRI 2017 : Un Monde de ruptures

Ouvrage prospectif de référence de l’IFRI, la revue Ramses (rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies), publiée chaque année, est un cadeau pour chaque citoyen. Et quel cadeau ! Un livre s’ouvrant sur le monde d’aujourd’hui, au bord de celui de demain ; des clefs – bien entendu – « des » et non « les », pour s’y retrouver un peu dans l’univers en chemins sinueux dans lequel nous vivons ; cet environnement qu’on s’accorde tous à trouver de plus en plus complexe, mouvant, et difficilement lisible souvent. D’où la place éminente et grandissante qu’occupe la géopolitique, et plus en retrait, la géo-économie, qui peut diriger les guerres ; toutes qui, au temps ancien de mes études, ne faisaient que  murmurer. Or, qui, aujourd’hui, dit géopolitique, dit – notamment – IFRI.

« Un Monde de ruptures » est le titre judicieux du numéro 2017, et le dessin de couverture d’une mappemonde fracturée en multiples morceaux va dans ce sens. Rupture(s), mais encore ? Où, qui, comment ? L’équipe a ciblé 3 axes : le Terrorisme, le Moyen orient, la Crise européenne.

Dans une longue et brillante introduction, titrée « Perspectives », Thierry de Montbrial, fondateur et président de l’IFRI, donne le ton dès les premiers mots : « Le rêve d’une mondialisation heureuse se dissipe… mais le phénomène polymorphe de l’interdépendance continue de s’approfondir ». Positionnement clairement posé d’entrée : une mondialisation de rêveurs avec abolition des frontières demeure à exclure ; restera un monde de « Nations, d’États et leurs interactions… démultipliées sous l’effet des technologies dont les axes sécurité collective et rapports de force (demeurent essentiels) ».

En regardant de plus près, la Chine – à tout seigneur… – continue de prendre le tournant de l’après-croissance à tout va, doit s’insérer dans la diplomatie internationale et prendre en compte l’environnement. La Russie de Poutine, pour laquelle l’Extérieur renforce l’Intérieur, a réussi son retour sur les grands théâtres, au Moyen-Orient, et en Syrie notamment. Arrêt sur image dans le Golfe, pris entre la menace de la renaissance iranienne, et l’incarnation du Wahhabisme dans Daech, mais à moyen terme, devant faire face au déclassement à prévoir des états dont la puissance économique est mono-dépendante du pétrole. La chute des prix des hydrocarbures étant, nous dit T de Montbrial, « un des phénomènes les plus importants de la période ». Est examiné ce « pivot vers l’Asie », axe majeur de la diplomatie américaine, alimentant aussi bien « la lutte pour le maintien de la suprématie », que « la promotion d’une mondialisation américaine ». Le Moyen-Orient d’aujourd’hui était le sujet phare du numéro d’été de la revue politique étrangère de l’IFRI ; qu’en sera-t-il demain ? L’Iran, une partie de la Syrie, l’Irak et le Liban, soutenus par la Russie, seraient une partie possible de la scène, tandis que la Turquie, Israël, l’Arabie Saoudite et l’Égypte en seraient l’autre partie, soutenus par les Occidentaux. Un nouvel équilibre – pas de nature à faire renaître l’antique Guerre froide – axé sur une réconciliation Turquie/Israël, l’amélioration des relations turco-russes, mais aussi de celles entre Moscou et Washington, et la persistance d’un Iran réintégrant la communauté internationale. Quant à l’Afrique qui devrait, martèle Ramses, s’affirmer « comme le continent en développement complémentaire de l’Europe », de nombreuses zones d’ombres et questions en limitent la prospective. Toute une partie de ce texte introductif est légitimement consacrée au devenir de l’Europe en tant qu’union, tant l’afflux des réfugiés, et le coup de tonnerre du Brexit (« le génie du référendum est sorti de la bouteille ») alimentent des rejets, déceptions bruyantes, et déstabilisations en cours. S’il y a bien un endroit dans le monde sur lequel la lunette en 2017 doit rester braquée, c’est ici, en Europe. L’IFRI alerte sur plusieurs points, entre autres la nécessité vitale d’un couple franco-allemand bien vivant, prendre acte qu’on a, côté frontières, supprimé les intérieures, sans renforcer la frontière extérieure de l’UE, que les confusions réfugiés/immigrés sont dangereuses, que – l’Allemagne le sait plus que d’autres – notre démographie vieillissante a besoin d’arrivées extérieures… Certes « le scepticisme n’est pas un rejet radical mais plutôt un appel à une révision générale », et on s’achemine vers les cercles concentriques d’une union à plusieurs vitesses, mais la terrible face noire de la mondialisation qu’est Daech – présent sur 5 continents ! – vient, en Europe aussi et surtout, brouiller la visibilité de l’avenir 2017.

Vient ensuite le cœur de la revue, un triptyque 2017 : Sécurité, combattre la terreur, fort ensemble très attendu, d’articles dirigés par Corentin Brustlein. Moyen-Orient, Monde arabe, de la division au chaos, partieorganisée par Denis Bauchard et Dorothée Schmid, tandis que Philippe Moreau Defarge chapeaute Le projet européen a-t-il un avenir ? Chaque article est architecturé selon une problématique pertinente annoncée comme d’usage à l’IFRI par un abstract précieux. Ainsi, de Marc Hecker, que nous connaissons bien par la revue PE, ce « l’état de la menace terroriste ; les recompositions de la mouvance djihadiste », dont personne ne peut se passer pour lire notre actualité.

Suit encore dans ce riche Ramses une partie abondante appelée « Le monde en questions », sorte de planisphère animé de problématiques et de questions. Façon plus que moderne d’aborder « le dessous des cartes ». Plusieurs articles dans chaque thème, là aussi de « migrations » (« Les migrations face au défi identitaire de l’Europe » de Christophe Bertossi et Jan Willem Duyvendak), à États Unis (« A quoi ressemblerait une présidence Trump ? » demande Laurence Nardon) en passant par  Énergie Climat (« La COP, un an après », le bilan de Carole Mathieu), parmi d’autres ! Enfin, n’oubliez pas « Repères », une chronologie, le monde en cartes, et en chiffres. Quand on vous dit que ce Ramses est un cadeau !

Fruit du travail pointu, d’équipes de chercheurs, ce Ramses 2017 sera à l’évidence l’outil, d’étudiants, d’autres chercheurs, de journalistes, de politiques, tous ceux qui ont le Monde au cœur de leur travail, mais sa pédagogie très efficace (plusieurs vidéos accessibles vous sont en sus proposées) en fait l’outil du citoyen tout simplement, de l’honnête homme de demain. Ce n’est pas sa moindre qualité.

 Plus qu'un simple livre, ce numéro 2017 de RAMSES,  un viatique - de chevet, pourquoi pas. Se nourrir d’un ou deux chapitres, régulièrement, pourrait être une posologie, pour  comprendre mieux le monde, et  en avoir moins peur.  Quel plus beau projet citoyen, dans les temps que nous traversons…

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

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