Rendre à Hollande…

Ecrit par Martine L. Petauton le 30 août 2017. dans France, La une, Politique

Rendre à Hollande…

… Ce qui revient au travail du quinquennat précédent, mais particulièrement à lui, ce président vilipendé de tous bords, et largement au-delà, pendant toute ou presque sa tâche au somment de l’état. C’est ce qu’on entend – musique qui accroche progressivement en mode « forte » – ce qu’on lit – ciel ! Jusqu’en couverture de magazine, ce qui fait sujet d’importance dans maints débats – d’experts, madame !

Vrai qu’un quinquennat arrivant derrière un autre – dans le jeu classique et démocratique des alternances, s’entend –, tout ne peut être jeté, poubellisé, renié, genre table rase, dans l’ensemble du travail précédent. Je l’écris d’autant plus, que nous, gens de Gauche (et que dire de la Droite) n’avons pas toujours pratiqué ce sport, fin, il est vrai.

Ce qui ne manque pas d’étonner ici, en Macronie triomphante, vu le discours – il y a des gens bien partout, et on se doit de travailler avec tout le monde – coloré consensuel en marche, qui a empli, de ce côté-là de l’échiquier, le verbe politique d’E. Macron, durant sa campagne, et même un peu avant. Ainsi, du monde fréquentable partout, hors les champs maudits du Hollandisme passé ? Ils sont légion, les politiques de tout premier rang, ou plus derrière, qui ont payé depuis le vent des Législatives leur « estampillage » Hollande, au point de se voir refuser le gîte et le couvert dans la morne plaine de Waterloo et particulièrement dans le groupe majoritaire ; humiliation et déni de l’Histoire en bandoulière. En son temps, l’Inquisition avait des pratiques qui commençaient un peu comme ça ; refuser, ne plus connaître, transfigurer les faits. En un mot, être sectaire, et stigmatiser à tout va.

Or… l’Histoire persiste. Dans ces champs – en continuant la métaphore – E. Macron a fait ses premiers pas, grandi et fait ses lettres, à l’ombre du maître qui tenait seigneurie en ces lieux, F. Hollande. Ce champ, il en connaît le noueux de la barrière, le goût de chaque brin de son herbe de saison en saison ; c’était un peu son jardin à lui. A présent, on passe toutes sirènes hurlantes devant l’entrée, en glapissant : quid de ce coin ?

Rappel tenace : tant au plan personnel pour E. Macron, sorti quasi ex nihilo de l’ombre par Hollande, que politique en se voyant projeté en un temps record dans la lumière, élu, désigné par le prince : conseiller très écouté, ministre de premier rang, hissé au plus haut du pavois politique ; de refrain en refrain, Hollande chante. Ceci, en combien de mois ? Une météorite, un homme « fait » par un autre, incontestablement. Qu’on m’entende bien : les qualités incontestables, vérifiables, plutôt rares, d’un E. Macron, nul ne les conteste, même pas moi, mais quand F. Hollande disait aux derniers temps de son mandat, juste avant que ne démissionne assez peu élégamment le ministre des finances :– il sait ce qu’il me doit – on peut l’entendre d’abord comme le résultat du « nez » inspiré de Hollande ayant dégotté et évalué à la juste aulne, cette perle rare, qui, sans son mentor président, aurait dû mûrir en cave quelque temps de plus. L’apprentissage… celui dont les équipes au pouvoir nous saturent de Journaux Télévisés en articles, sa valeur, le tuteur lentement passant au jeune, les savoirs, puis les rênes, on sait pertinemment que c’est l’image de Hollande et son poulain, qui surgit : le premier plus social, l’autre plus naturellement libéral, mais les deux mutualisant face aux difficultés de réformer le pays. Alors, n’oublierait-on pas vite dans le fracas des victoires le poids de l’enseignant, la valeur de la formation et du parrainage ? Même un Bonaparte savait saluer la Révolution et ses enseignements.

Car, qu’on me contredise si j’ai la mémoire qui  flanche - comme aurait chanté feu notre Jeanne - ou diront certains, un brin malveillante, pas un souffle, pas un murmure, ni de Macron, ni des siens, n’ont ranimé depuis Mai ces « racines » pourtant bien peu contestables. Et, pourtant il y aurait eu là, signal de ce « gouverner autrement » porté par les bannières marchantes. Simplement, dire, uniquement à bon escient, loin de toute courtisanerie inutile : - oui, je lui dois, c’est par lui, et grâce à lui que… Mais… durs, apparemment la gratification, le souvenir, et le souci du lignage, chez notre prince du Louvre qui voudrait avoir tout inventé, tenir le monde dans ses seules mains, et être né, tout harnaché, un soir du mois de mai 2017. Ça finit par sentir un peu son adolescence, et ce « tuer le père » de manuel de psycho… là aussi, trop, c’est trop.

Depuis le début du quinquennat, et son été chaotique, les faits économiques d’une amélioration, tant en croissance qu’en chiffres du chômage, ont persisté de mois en mois – depuis le début 2017, en fait. Un redressement qui prendrait ses marques en solidité, et qui fait s’interroger : – et si Hollande avait eu raison, pour l’inversion de la courbe ? À quelques semaines près, sur la ligne d’arrivée, s’interrogeait le titre d’un grand quotidien, il y a peu. En même temps, donc, que poursuivre en ce sens, consolider, peaufiner le chantier, l’équipe Macron/Philippe s’honorerait de se retourner – et faire se retourner – sur la source : le travail du quinquennat précédent avec notamment Valls (le honni bis) au gouvernail. Car confisquer à son seul profit le projet et les efforts des autres – fonctionnement, concédons le, si banal  un peu partout – ce n’est ni moral, ni probablement productif.

La mémoire serait courte en France, mais les retournements, déceptions, abandons, pas moins ; fréquents et prompts, et bien sûr assassins.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (5)

  • bernard pechon pignero

    bernard pechon pignero

    31 août 2017 à 14:59 |
    Le bilan objectif, historique du quinquennat Hollande se fera progressivement, en son temps et il serait bien étonnant que ce fût le fils adoptif qui eût le moindre intérêt à le faire. Quant à l'élégance ou la simple reconnaissance... nous sommes en politique, chère amie, ne rêvons pas.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    30 août 2017 à 13:55 |
    Rendre à Hollande ce qui est à Hollande, et à Jupiter ce qui est à Jupiter ? Pour prolonger votre métaphore néotestamentaire…oui, de même que Lionel Jospin, en son temps, avait réclamé un « droit d’inventaire » sur le legs mitterrandien, de même, une opération successorale analogue s’impose à l’orée de l’ère « macronnienne ». Et c’est précisément ce que EM ne fait pas, probablement gêné par le parricide inaugural de son règne.

    Hollande, dans ce qu’il laisse à la postérité, a un passif et un actif.

    Le passif ? Incontestablement le naufrage du parti qu’il a dirigé, directement en tant que premier secrétaire, puis indirectement en tant que président de la république. Certes, il n’en porte pas la seule responsabilité, mais il en porte la responsabilité principale : depuis le tournant immédiat de la rigueur – à la différence de Mitterrand, il n’a même pas « essayé » - jusqu’au livre – non relu ! - de « confidences » journalistiques, en passant par Cahuzac - l’arroseur arrosé - qui l’a berné jusqu’au bout sur sa prétendue innocence, et le pas de deux – un en avant, un en arrière – au sujet de la déchéance de la nationalité ; au fil de tous ces impairs ou de ces maladresses, il a déçu, puis dégoûté et finalement révolté sa base militante. Injustement d’ailleurs, car il s’agissait d’erreurs tactiques et non pas stratégiques.
    Mais ces erreurs, ces faux pas, ont occulté l’indubitable actif du bilan : une gestion économique libérale/orthodoxe mais humaine – sociale – dont il récolte, hélas pour lui trop tard, les fruits ; une politique étrangère à la fois hardie et victorieuse (le Mali) ; enfin, sur le plan idéologique, un Bad Godesberg acté : la « pause » de 1983 a été théorisée et la cuti post marxiste définitivement virée.

    Au total, les « nuitdeboutistes » et autres révolutionnaires à la chandelle qui vociféraient hargneusement – et vainement ! – dans les rues de Paris éprouveront à l’égard de Hollande une nostalgie contrite lorsque Jupiter leur sortira sa version hyper libérale – et impitoyable - de la loi El Khomry.

    C’est par contraste avec le pire que le moins mauvais se distingue…

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    • Jean-Luc Lamouché

      Jean-Luc Lamouché

      03 septembre 2017 à 19:12 |
      JFV, je ne puis vous suivre sur de nombreux points, sauf en ce qui concerne les aspects les plus positifs de la politique (vue globalement) menée par François Hollande, tout en reconnaissant - comme vous - ses échecs. Je vais me limiter à exprimer mes deux désaccords essentiels. D'abord, le fait que vous ne pointez pas ce qui m'apparaît comme étant la principale cause de l'échec en question - surtout si l'on entend les journaleux et les journalistes, bombardant sur le thème du "désastreux quinquennat" de ce tout juste bon à avoir été "Président du Conseil Général de la Corrèze" (propos de Marine Le Pen et de la partie la plus dure de la droite, etc)... ! Cette cause fondamentale, en réalité, touche avant tout au domaine des "représentations" (ce qui est le plus difficile à changer : les mentalités des personnes... !). En effet, progressivement, de plus en plus de Français se sont dits, à propos de François Hollande : "Il ne fait pas... Président !" ; une sorte "d'erreur de casting", en somme... Voilà le point central, dans lequel François Hollande lui-même a eu d'ailleurs, par pudeur et par idéologie (il avait en tête le modèle des premiers ministres de la sociale-démocratie scandinave), une part très importante de responsabilité, avec son thème du "Président normal". Et pourtant...
      Ensuite, mon autre désaccord concerne toujours la façon dont vous percevez, d'une manière butée, la politique globale (et notamment économique et sociale) du Président Emmanuel Macron. Et ce que je vais écrire, je le ferai avec d'autant plus de sérénité que je suis maintenant un électron libre sur le plan politique, lui ayant effectivement apporté mon soutien pendant les présidentielles puis les législatives de 2017 avec mon clavier d'ordinateur (ici et dans facebook), mais un soutien exigeant et critique ; ceci d'ailleurs tout comme une bonne partie du groupe parlementaire "Nouvelle Gauche" (députés provenant de l'ancien PS, en fin de cycle, donc à refonder). Décidément, vous qui avez porté aux nues DSK, vous êtes dans une contradiction absolue puisque vous avez reconnu face à cet argument, il y a déjà quelque temps, lors d'un de nos échanges, que la "grande différence" c'était le fait que DSK continuait de "se dire de gauche"... Je n'écrirai pas "Lol !", car ce serait désobligeant pour vous et que je vous apprécie à la fois sur le plan intellectuel et humain ; mais reconnaissez que votre défense uniquement "sémantique" (face à la comparaison que je faisais) ne tient pas la route ! Et puis, pour finir, je vais vous dire une chose : le Bad Godesberg et la fin du "surmoi marxiste", pour le socialisme démocratique français, c'est peut-être indirectement sous le (ou les) quinquennats d'Emmanuel Macron qu'ils finiront de se produire... Nous verrons bien... face à l'extrême droite affaiblie (mais qui guette), à Patrick Buisson/Laurent Vauquiez (prêts à souper avec le "diable", et sans "petite cuillère" !), et enfin aux sociaux-nationalistes bolivariens mélenchonisés...

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      • Jean-Francois Vincent

        Jean-Francois Vincent

        03 septembre 2017 à 21:22 |
        Je vous concède qu'entre social-libéralisme de DSK et l'hyperlibéralisme de Macron il n'y a pas une énorme différence. Deux malgré tout. DSK n'a jamais prétendu initier un changement radical, du jamais vu. En cela, il était plus beaucoup plus franc que Macron. Par ailleurs, j'arrivais à percevoir - un peu - de social chez DSK, je n'en vois pas la plus petite trace chez Macron.
        Mais soit, dont acte! Je me repens d'avoir été excessivement straus-kahnien...lol!

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        • Martine L

          Martine L

          03 septembre 2017 à 22:56 |
          c'est à dire, JF, que DSK était encore largement "bridé" par un PS puissant, et que notre Macron a largué toutes les amarres avec un lieu si peu fréquenté à l'origine, et avec son mentor ( on revient donc à ma chronique)

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