Sic transit gloria mundi ...

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 août 2011. dans Monde, La une, Politique

Sic transit gloria mundi ...

Saint Augustin, dans le livre XVIII de la Cité de Dieu, décrit le décalage des empires d’est en ouest, de Babylone jusqu’à Rome, seconde Babylone…Du XIXème au XXème siècle, la dominance a franchi l’Atlantique ; mais, alors qu’il y a un siècle, rien ne laissait deviner le déclin d’Albion, les Etats-Unis, de nos jours, étale, aux yeux de tous, les stigmates de leur déchéance à venir.


1911. La pax britannica règne. L’empire, si l’on inclut les dominions (qui seront entrainés, comme un seul homme, dans la guerre, en 1914) s’étend du Canada à la Nouvelle-Zélande,  des West Indies (Antilles) jusqu’à Hong Kong. La livre sterling vaut de l’or ; et le budget est en équilibre. La Royal Navy est la première flotte mondiale. L’armée de Sa Majesté peut intervenir dans n’importe quelle région du globe ; et malheur à qui aurait des velléités de dissidence : dans les années 1880, la révolte du Mahdi, messie du Shiisme duodécimain, fut matée – et de quelle manière ! – par Kitchener, donnant lieu à l’une des dernières charges de la cavalerie anglaise, à laquelle participa le jeune lieutenant Churchill ; et au tournant du siècle, les Boeren (en néerlandais, les paysans), Afrikaner descendants de colons hollandais, furent finalement vaincus, malgré l’aide que leur apporta le Kaiser, Guillaume II.

Non décidément, en 1911, comme le chante l’hymne célèbre composé par Wagner en l’honneur de Victoria : « Rule Britannia ! Britannia rule the waves ! » ; Seul un anticolonialiste viscéral comme Clémenceau – quand il s’agit des autres ! – peut ricaner en visitant New Dehli : « ça fera de belles ruines !.. ».


2011. La pax americana règne encore, mais le colosse multiplie les signes de fragilité. Le pays est ruiné, au bord de la faillite. Le déficit est abyssal et le dollar en chute libre. L’US army peut, certes,  intervenir partout ; mais les déboires s’accumulent : après avoir été défaits au Vietnam, les américains s’enlisent des guerres néo/post coloniales (Irak, Afghanistan) qu’ils ne peuvent gagner…Leur puissance tient surtout à l’impuissance de la Russie, à la non puissance de l’Europe et à la non encore puissance de la Chine.

L’Angleterre ne devint  une force moyenne que dans les années cinquante, après Suez ; en 2050, il y aura belle lurette que les Etats-Unis auront disparu de l’échiquier politique du monde…Sic transit gloria mundi.


Jean-François Vincent


A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (1)

  • Martine L

    Martine L

    02 août 2011 à 09:18 |
    Intéressante mise en lumière, de façon concise, mais de nature à fonder une réflexion, de ce que sont les empires et leurs apogées, inévitablement suivis de chutes abyssales. Vous avez justement choisi d'éclairer la grande Angleterre et les USA d'aujourd'hui, observation d'autant plus pertinente que leur destin a été parallèle, dans l'histoire ; votre texte invite à poser la question : et maintenant ? Aire Pacifique Asiatique ? Plus globalement, bloc des Emergents ? Aires, influences ; il faudrait aussi veiller à dénommer le domaine dont on parle : domination financière, culturelle, religieuse ? - politique, on ne s'y risque plus - attention, cependant à ne pas réveiller le système de pensée Huntington qui a fait la preuve de sa nuisance et du coup, démontré que seules, sont valables les interfaces ; les «  bulles » étant largement factices.

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