Monde

Mimoum… Macron et Mimouna : Les trois « M »+1

Ecrit par Ahmed Khettaoui le 25 février 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Mimoum… Macron et Mimouna : Les trois « M »+1

Dans une déclaration à la presse nationale et internationale, lors de sa visite récemment à Alger, Emmanuel Macron qualifie officieusement les crimes du colonialisme français en Algérie comme « actes de barbarie » intolérables sous des gants en soie et en fer, avant d’assommer la salle de conférence de l’Hôtel Aletti à Alger par cette multi-déclaration à double sens…

Citation : Macron – « La France a importé la déclaration universelle des droits de l’Homme en Algérie, mais elle a oublié de la lire ».

Je tiens à signaler dans tout cela que je ne suis ni politologue ni élu à la présidentielle. Je suis qu’un humble digne prénom classique, traditionnel, qui s’ajoute à Mimoun, ce dernier qui veut dire en langage courant algérien : présage ou chance.

Une voix de l’autre rive s’éveille. Elle s’échauffe tel un joueur remplaçant dans une compétition de Rugby : lance dans un cri strident, qualifiant cette déclaration « d’indigne ».

La polémique n’est pas du tout là, tant elle est ailleurs et autrement.

Dans le mythique et la mémoire populaire orale algérienne, notre patrimoine honore et qualifie Mimouna comme étant héros de la naïveté et la sérénité, voire la candeur. Sa traduction en français : Mon Seigneur me connaît et moi je digne à mon Seigneur et je le connais ». Avec cette répétition styliste simple, je traduis cette phrase de Mimouna adressée à son Seigneur et le nôtre.

Mimouna « la naïve » ; cette servante spirituelle, en outre, n’a jamais pratiqué la politique ni la démagogie… Elle faisait toutes ses pierres à base de cette simple phrase, telle une marmite à une seule « sauce » qui se répète à chaque « cuisson » ainsi que son ablution.

Chez les vieux illettrés chez nous aussi, on entend souvent ce mot « macro » qui se répète à chaque fois, signifiant chez eux : malin… or, sa signification et utilisation désignent autre chose.

En somme : Mimoum, Mimouna et mon imaginaire qualifient tout mon bavardage sus cité par un autre « bavardage » voire un soulèvement de sable et d’herbes par des lièvres et qui s’appelle tout simplement selon leur échelle compréhensive, méditative, « campagne électorale », soit ici, ou dans l’autre rive de ce bassin méditerranéen.

Ces 3 « M »+moi, porteurs de turbans, ne connaissent ni « Groupe des huit » ni groupe des sept… ou en abréviation : G8 et G7.

Point à la ligne.

Méditerranée, mer de toutes les crises ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 18 février 2017. dans Monde, La une, Politique

Revue de Politique Étrangère de l’IFRI, Hiver 16/17

Méditerranée, mer de toutes les crises ?

« Méditerranée, une idée d’empire. Du Mare Nostrum romain à l’empire européen sans frontière, qui s’imagine aujourd’hui rongé par les vagues de migrants ».

Formidable sujet que celui de la revue d’hiver. Un espace maritime et ses rives, brassant toute l’Histoire au carrefour de civilisations de première importance, comportant les zones sensibles où bat le plus dangereusement le pouls de la Géopolitique actuelle, charriant les flux de populations, migrants fuyant les guerres ou émigrés clandestins, par voies de terres et bien plus de mer, qui donnent à la Méditerranée cette représentation de tombeau – 10000 morts depuis 2014 – qui pour la plupart d’entre nous signe indéfectiblement cet espace géographique. Méditerranée, zone de tous les dangers, malheurs, et, pour certains, menaces ? Réalité, qui, comme tout ce qui porte un tel niveau de crises, véhicule son lot de fantasmes et de représentations approximatives ou fallacieuses.

Aussi pouvons-nous être particulièrement reconnaissants à la revue PE, qui, tout en mettant sur la table l’état le plus pointu des savoirs géographiques, historiques, géopolitiques, aborde également ce sujet, vaste et mouvant, par des faces moins connues, pour autant parfaitement pertinentes, et garantes de mieux armer nos connaissances. Méditerranée ; a priori, du « connu » ? A voir.

6 solides et copieux articles se partagent ces regards croisés sur La Méditerranée, mer de toutes les crises ? Le point d’interrogation n’étant pas rien dans la problématique. Jean-François Daguzan place d’utiles jalons d’entrée :« Les politiques méditerranéennes de l’Europe : trente ans d’occasions manquées ».

« Jamais le fossé n’a été  plus profond entre les rives de la Méditerranée alors que se dresse un mur physique et mental qui a pour nom : terrorisme, réfugiés, conflits ». L’auteur place le sommet de Barcelone 1995 comme l’ambition type et le ratage classique d’unir le destin de l’UE en plein élargissement et de certains pays riverains, s’étendant jusqu’à Israël, la Palestine, la Mauritanie, la Jordanie, excluant la Lybie. Objectifs de paix, dans cette après-guerre froide, et de coopération économique, se donnant à l’horizon 2020 la possibilité d’une zone méditerranéenne de libre échange (Shimon Pérès en était l’un des inspirateurs, au nom du « New Middle East »). L’échec à venir à bout du conflit Israélo-Palestinien fut une des grandes raisons de sa paralysie. L’UE se rabattit sur « une politique de voisinage » en 2003, ensemble de partenariats bilatéraux entre l’Europe et les pays de la zone méditerranéenne. Dès son arrivée au pouvoir en 2007, N. Sarkozy mena « L’Union pour la Méditerranée », dont l’échec vint d’une volonté affichée de contourner la domination allemande, et de repousser aux calendes l’adhésion de la Turquie. Comme on descendrait des marches, ces stratégies passent, voit-on, d’ambitions de haute voilure, à de « simples » et habituels contrats de coopération entre l’UE et les Etats. Les Révolutions arabes de 2011 changent totalement la donne – les interlocuteurs ont changé, le terrorisme islamiste, et son volet sécurité, colorent tout. En 2016, une nouvelle politique méditerranéenne est amorcée ; on baigne encore dans cette séquence. Plus large, elle s’ouvre vers le Golfe et le Sahel, plus attentive aux nouvelles donnes, le défi démographique, les migrations, le climatique. L’article souligne les défauts réitérés d’une UE menant le bal, dans un modèle de toute puissance, n’ayant pas suffisamment saisi les changements structuraux de ses partenaires méditerranéens (ainsi, d’Israël bunkerisé, de l’Egypte paralysée, de la Tunisie aux prises à ses équilibres, de la Turquie renvoyée dans un rôle de frontière). La puissance supposée de l’UE s’effrite du coup en méditerranée, et montent les voix des pays du Golfe, notamment, sans compter la Chine.

JCALL : Une loi de régulation immorale, contraire aux valeurs du judaïsme et antidémocratique

Ecrit par JCall le 18 février 2017. dans Monde, La une, Politique

JCALL : Une loi de régulation immorale, contraire aux valeurs du judaïsme et antidémocratique

La loi dite de régulation qui vient d’être votée par la Knesset légalise rétroactivement des constructions jusqu’alors illégales implantées sur des terres privées palestiniennes, et trace le cadre juridique de futures expropriations. Elle marque une rupture fondamentale en ce que – pour la première fois depuis l’annexion de Jérusalem – la majorité parlementaire israélienne légifère sur des territoires palestiniens, hors de ses frontières internationalement reconnues. En poursuivant dans cette voie, c’est vers la dissolution d’un État d’Israël juif et démocratique que s’acheminent les dirigeants israéliens.

La condamnation internationale a été unanime, y compris du côté des amis traditionnels, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, France, Suisse, Pays-Bas, etc., et plus largement de l’Union européenne par la voix de Federica  Morgherini. Benjamin Netanyahou n’en a sans doute pas été surpris, lui qui était initialement opposé au vote de la Knesset, comme par ailleurs de nombreux experts juridiques et sécuritaires.

Vouloir pérenniser et légaliser l’occupation, c’est détruire la base même du projet sioniste originel : construire un État pour le peuple juif sur des fondements démocratiques et humanistes. Comme l’a indiqué le procureur général Avichai Mandelblit, le texte ne résistera probablement pas à l’examen constitutionnel de la Cour suprême, auprès de laquelle un recours a déjà été déposé par 2 ONG israéliennes et 17 municipalités palestiniennes.

JCall condamne l’adoption de ce texte et appelle les institutions et organisations juives européennes à se faire entendre, à l’instar des nombreuses associations juives américaines, lesquelles n’ont pas hésité à exprimer publiquement leurs plus extrêmes réserves face à une loi qui, si elle était définitivement adoptée, serait immorale, contraire aux valeurs du judaïsme et antidémocratique.

2) A noter, le lundi 27 février à 20h30, notre rencontre avec Mahmoud Hussein (Bahgat El Nadi et Adel Rifaat) à l’occasion de la parution de leur livre Les musulmans au risque de Daech, chez Gallimard.

Les musulmans au risque de Daech

Bahgat El Nadi et Adel Rifaat, qui signent du pseudonyme commun de Mahmoud Hussein, ont consacré plusieurs ouvrages-clés à réfuter le dogme de l’imprescriptibilité coranique. Selon ce dogme, puisque le Coran est la Parole de Dieu et que Dieu est infaillible, chacune de Ses paroles est vraie partout et toujours. Or, nous disent nos auteurs, la Parole de Dieu se présente comme un dialogue entre Ciel et Terre, elle s’implique dans le temps et certains de ses versets ont une portée strictement circonstancielle…

Ils viendront débattre avec nous de cette question, cruciale pour la compréhension de l’islam d’aujourd’hui.

De nouveaux concepts politiques : postfaktisch, postfactual, posttruth

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 janvier 2017. dans Monde, La une, Politique

De nouveaux concepts politiques : postfaktisch, postfactual, posttruth

Le 19 septembre dernier, suite au dramatique recul de la CDU face à l’AfD (Alternative für Deutschland, extrême-droite) aux élections régionales, à Berlin, Angela Merkel concédait : « On a dit récemment que nous vivions en des temps postfactuels (postfaktischen Zeiten), ce qui veut dire que les gens ne s’intéressent plus aux faits, mais se contentent de suivre leurs sentiments ». Désolée, la chancelière ? Non ! Bien au contraire : « de mon côté, ajoutait-elle, je veux rester fidèle à mon sentiment absolument sincère que nous sortirons de cette phase – à n’en pas douter compliquée – dans un état meilleur que celui où nous étions quand nous y sommes rentrés ».

Émoi dans le landernau politico-médiatique. Der Spiegel se fend d’un article courroucé, Gouverner à la mode postfactuelle : « les humeurs et les sentiments ont davantage d’influence sur la réalité politique que les vérités », déplorait le prestigieux hebdomadaire. Éloge de l’irrationalité ? Voire de la folie ?

 Ce n’est pas la première fois que la politique joue sur les affects, on sait depuis Spinoza que pour diriger la multitude il ne faut pas s’appuyer sur la raison ; mais cette sentimentalité déraisonnable était admise comme un mal nécessaire, inévitable et non pas revendiquée. Merkel ainsi a ouvert une brèche en se ralliant indirectement à ceux – les populistes – qui jouent sur les passions et sur les peurs : elle « comprend », sinon leur idéologie, du moins leurs méthodes.

Mais d’où donc vient le terme ? Pour les Oxford Dictionaries, post truth (la « post vérité ») est le mot de l’année 2016. Casper Grathwohl, le président des Oxford Dictionaries, le définit comme suit : « concept décrivant les circonstances où les faits objectifs influent moins sur la formation de l’opinion publique que les sentiments et les croyances personnelles ». Le vrai, de la sorte, cèderait le pas au vraisemblable, « les médias sociaux, continue Grathwohl, étant devenus la source principale d’information, l’on assiste à une méfiance grandissante vis-à-vis des faits présentés par l’establishment ».

L’actualité de l’automne le confirme. Ainsi Donald Trump avoue, sans ambages, se fonder sur ce qu’il « sent comme vrai ». Suscitant en retour l’ire du célèbre The Economist : « les mensonges d’hommes comme M. Trump ne cherchent pas à convaincre les élites, mais à renforcer les préjugés ».

Autre exemple : lors de la campagne du référendum britannique sur la sortie ou le maintien de la Grande Bretagne dans l’Union européenne, les remainers, ceux qui voulaient rester dans l’UE, s’attaquèrent aux exagérations des leavers, les partisans du Brexit, pour qui – entre autres contre-vérités – la présence du Royaume Uni au sein de l’UE coûterait au pays près de 350 millions de livres sterling par semaine, assertion totalement inexacte. Mais plus ils dénonçaient cette inexactitude, plus ils renforçaient l’hostilité des électeurs à l’égard de l’Europe, par la simple répétition du chiffre mensonger ! « La fragmentation des sources d’information, conclue The Economist, a créé un monde atomisé dans lequel le mensonge, la rumeur et les médisances se répandent à une allure alarmante ».

JCALL - Nous soutenons la conférence internationale de Paris sur le Proche-Orient !

Ecrit par JCall le 14 janvier 2017. dans Monde, La une, Politique

JCALL - Nous soutenons la conférence internationale de Paris sur le Proche-Orient !

Après toutes ces années où se sont succédé entre Israéliens et Palestiniens négociations avortées et périodes de violence, nous accueillons favorablement toutes les initiatives dont l’objectif est de faire progresser une solution à ce conflit. C’est pourquoi nous soutenons l’initiative française de réunir à Paris, le 15 janvier prochain, pour la seconde fois, une conférence internationale sur le Proche-Orient, en présence et avec le soutien de représentants officiels de 70 pays, dont beaucoup de ministres des Affaires étrangères.

L’absence à la précédente séance de cette conférence, en juin, de représentants israéliens et palestiniens était peut-être une étape nécessaire, dans un premier temps, pour permettre aux différentes commissions d’avancer dans leurs travaux, compte tenu du degré de méfiance réciproque existant entre eux, et de leur incapacité, de part et d’autre, à accepter les compromis nécessaires à une solution. Il est regrettable que cette absence persiste lors de la prochaine rencontre car il est évident pour tout le monde, et en premier lieu pour les organisateurs, qu’il sera difficile d’avancer sans la présence des principaux intéressés, qui sont les seuls en mesure de résoudre le conflit.

Depuis le temps que des négociations ont été menées, les paramètres d’une solution sont connus de tous. Cette conférence aura le mérite de s’efforcer de les formaliser afin qu’ils puissent, le jour venu, servir de cadre de référence aux futurs négociateurs. Elle définira aussi l’engagement international pour accompagner les protagonistes dans un processus qui sera long et compliqué. Cet engagement aura, on le sait, des dimensions d’ordre économique et sécuritaire qui seront sans doute indispensables pour qu’Israéliens et Palestiniens tentent enfin le pari de la paix après avoir pris si souvent celui de la guerre.

Il est dans l’intérêt d’Israël, comme  dans celui de la future Palestine, que soit mis fin à un statu quo qui est en train de compromettre lentement la solution à deux États et est source, au sein des deux populations, d’un désespoir dont s’alimentent les extrémistes de tous bords.

La communauté internationale a sur d’autres conflits, on le sait, trop souvent brillé par son absence et son manque de volonté. Comment pourrait-on aujourd’hui lui faire le reproche de prendre une telle initiative, avec le soutien de pays alliés et amis d’Israël ? Donnons à cette conférence toute sa chance.

Au-delà de quelles limites la présence de Juifs est-elle une « occupation » ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 07 janvier 2017. dans Monde, La une

Au-delà de quelles limites la présence de Juifs est-elle une « occupation » ?

La résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU, votée grâce à l’abstention des Etats-Unis, condamne les implantations israéliennes en Cisjordanie ainsi qu’à Jérusalem-Est – ce qui, en soi, n’a rien de nouveau – mais surtout elle « appelle tous les états à faire la distinction, dans leurs relations, entre le territoire de l’Etat d’Israël et les territoires occupés depuis 1967 ».

Or qu’est-ce donc que le « territoire de l’Etat d’Israël » ? Plus encore que les frontières de tous les « pays » artificiellement bâtis par les vainqueurs de 1918 sur les dépouilles de feu l’empire ottoman (Syrie, Irak, Liban, Jordanie), celles de la « Palestine » n’ont jamais été clairement définies, en particulier après le plan de 1947, prévoyant la création d’un état juif et d’un état arabe sur le sol du protectorat britannique. La guerre qui s’en suivit se termina par un armistice, dont la ligne de cessez-le-feu tint lieu de « frontière » non internationalement reconnue et par conséquent sans la moindre valeur juridique. C’est ce que l’on appelle la « ligne verte ».

Par quel miracle l’alyah, le retour de Juifs en Eretz Israël, serait-il légitime à l’ouest de la « ligne verte » et illégitime – pire ! un vol, une spoliation, une « occupation » – à l’Est de ladite ligne ? Les antisionistes radicaux, eux, ne s’embarrassent pas de pareilles subtilités : c’est dès le départ – ab initio – dès l’arrivée des premiers Juifs européens en terre sainte, à la fin du XIXème siècle, que les Arabes qui s’y trouvaient, colonisés par les Turcs (et non indépendants, contrairement à ce qu’on laisse entendre), furent « occupés » par les nouveaux arrivants.

De Gaulle himself ne dit pas autre chose dans sa fameuse conférence de presse de novembre 1967 : « L’établissement d’un foyer sioniste en Palestine soulevait un certain nombre d’appréhensions. On se demandait si son implantation sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu de peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient toujours été, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui et dominateur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : “l’année prochaine à Jérusalem !” (…) Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux Arabes que, pour nous, l’établissement d’Israël était un fait accompli ».

JCALL - Le vote de la résolution du Conseil de sécurité condamnant l’occupation n’est pas un vote contre Israël !

le 07 janvier 2017. dans Monde, La une

JCALL - Le vote de la résolution du Conseil de sécurité condamnant l’occupation n’est pas un vote contre Israël !

JCall salue la résolution votée vendredi soir au Conseil de sécurité. Contrairement à ce qu’a déclaré le bureau du Premier ministre israélien, ce n’est pas une « résolution anti-israélienne », mais une résolution contre la politique d’occupation et de colonisation menée depuis des années par son gouvernement. Elle exprime simplement le refus de la communauté internationale de laisser se poursuivre indéfiniment l’occupation par Israël du territoire sur lequel doit être édifié le futur État palestinien. En introduisant une distinction entre les territoires occupés et celui d’Israël, elle permet de sauvegarder la solution des deux États, et encourage tous ceux qui, en Israël et dans le monde, se battent depuis des années pour la paix.

Cette résolution qui, par ailleurs, condamne aussi tous les actes de violence et de terrorisme contre les civils, a pu être adoptée grâce à l’abstention des États-Unis et au soutien des quatorze autres membres du Conseil de sécurité, dont la France, qui lui a reconnu son caractère équilibré. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les États Unis votent ou laissent voter des résolutions au Conseil de sécurité sur le conflit israélo-palestinien. Depuis 1967 ce fut 47 fois le cas, dont 3 fois sous le mandat de Bill Clinton et 9 fois sous celui de Georges W. Bush.

Adoptée au titre du chapitre 6 de la charte de l’ONU, cette résolution n’aura aucun caractère coercitif et ne constitue qu’une recommandation adressée aux dirigeants israéliens pour leur signifier le consensus de la communauté internationale contre la poursuite de l’occupation et de la colonisation. Après avoir rappelé que « les colonies n’avaient aucune validité légale », l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, a affirmé que l’on ne peut pas à la fois soutenir la solution des deux États et poursuivre la colonisation.

Depuis plusieurs jours, à Jérusalem, on craignait qu’à la veille de son départ, Obama décide de laisser passer en héritage une résolution condamnant la politique de colonisation israélienne. Les initiatives récentes d’une droite israélienne grisée par la victoire de Donald Trump, comme le vote en première lecture à la Knesset d’une loi de régularisation des colonies illégales, les déclarations de ministres appelant au développement de la colonisation et à l’annexion de 60% de la Cisjordanie, risquaient de mettre fin à la solution des deux États, et ont certainement contribué à la décision américaine de ne pas poser de véto.

En déclarant que l’administration Obama a « non seulement échoué à protéger Israël de ce guet-apens à l’ONU, mais elle a pactisé en coulisses avec ses auteurs », le cabinet du Premier ministre israélien semble avoir vite oublié l’accord militaire signé il y a quelques mois, par cette même administration, augmentant sensiblement son aide militaire à Israël pour les dix années à venir.

Les populismes de droite : leurs électorats ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 janvier 2017. dans Monde, La une, France, Politique

Les populismes de droite : leurs électorats ?

Les grands appareils médiatiques, notamment dans le contexte récent de l’élection de Donald Trump aux États-Unis, ont massivement donné une explication moniste, celle de la seule « colère » des peuples (en Occident en général), déçus par l’incapacité des gouvernements placés entre les mains des partis de la droite classique ou de la gauche modérée pour faire face à la crise économique et sociale, qui s’est accélérée depuis 2008 avec la chute de la banque américaine Lehmann Brothers et ses conséquences. Loin de moi l’idée de remettre en cause ces aspects indiscutables de la crise (qui n’est d’ailleurs pas qu’économique et sociale) que nous traversons depuis la fin des « 30 glorieuses », à partir des années 1973-1979 – et initialisée par les deux chocs pétroliers. Mais, parallèlement à cette dimension de « colère », sur laquelle surfent les mouvements et partis populistes (dont l’extrême droite au sens strict), il y a aussi d’autres aspects, très différents (parfois complémentaires), que j’appellerais des tentations de replis et de rejets fondées sur des peurs de l’Autre, du nouveau « barbare » étranger, dans le cadre d’un mécanisme identitariste.

Je vais maintenant aborder la présentation des différents segments électoraux des populismes en prenant des exemples.

Si l’on se penche sur le cas de la France, pour ce qui concerne les segments électoraux du Front National, on peut en distinguer deux types. Il y a d’abord un électorat traditionnel, celui du Midi, sociologiquement « bourgeois », anti-immigration et parfois (de plus en plus depuis La Manif pour tous) coloré d’une certaine dimension culturelle catholique conservatrice ou même réactionnaire. C’est ce segment qu’essaye de récupérer Marion Maréchal Le Pen, la « Duchesse du Vaucluse ». On trouve ensuite un autre segment électoral frontiste, très différent sociologiquement, qui correspond au Nord et à l’Est de notre pays, zones qui furent fortement industrialisées (charbon, acier), économiquement en grande difficulté, voire sinistrées – donc un ancien électorat de type ouvrier (ce qu’on appela la « classe ouvrière » et qui apparaît comme étant en voie de régression ou en profonde mutation). Ce frontisme-là, que le politologue Pascal Perrineau (entre autres) avait appelé le « gaucho-lepénisme », dès l’époque de Jean-Marie Le Pen, s’est nourri de la quasi disparition progressive des bataillons ouvriers et populaires qui votaient essentiellement pour le Parti Communiste. Je rappelle que le Front National est devenu depuis assez longtemps le premier parti « ouvrier » de France, en rapport (mais pas seulement, car la xénophobie et le racisme s’y sont ajoutés) avec les conséquences sociales négatives issues des délocalisations provoquées par la mondialisation néo-libérale. C’est Florian Philippot et le groupe de ses amis, provenant pour la plupart de la gauche chevènementiste (avant tout) et même parfois d’anciens militants d’extrême gauche, qui incarnent cet autre Front National « populaire ». J’ajoute que Marine Le Pen, qui tente de s’implanter durablement dans les anciennes régions de tradition ouvrière du Nord et qui a intégré la tactique et même la stratégie du « groupe Philippot », est forcément plus proche de ce segment électoral frontiste-là que ne l’est sa nièce Marion Maréchal Le Pen – soutenue par ses amis du Bloc Identitaire dans le Midi. Bien qu’il y ait là un risque important d’implosion pour le Front National entre des électorats et des groupes dirigeants aussi opposés, en cas de prise du pouvoir (pour 2017 ou plutôt 2022), ce qui maintient l’unité du parti – aussi bien en ce qui concerne ses électeurs que ses chefs –, c’est le « fonds de commerce » liant l’immigration et l’islam à l’insécurité et au terrorisme. Il faut rappeler enfin que – même si ce phénomène provient du fait que les jeunes votent moins que les gens mûrs ou âgés (notamment retraités) – le Front National représente une potentialité de plus de 30% des électeurs chez les 18-25 ans, par rapport à une moyenne frontiste d’environ 25%...

Le masque de la haine

Ecrit par Brigitte Stora le 10 décembre 2016. dans Monde, La une, Politique

Le masque de la haine

« L’antisionisme est une incroyable aubaine, car il nous donne la permission d’être antisémite au nom de la démocratie ! L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous », Vladimir Jankélévitch (1957)


Je pense que la haine d’Israël qui semble bien être la matrice de l’antisionisme est synonyme d’antisémitisme.
Le débat sur le sionisme eut lieu dans le mouvement ouvrier juif au début du XXe siècle. Les communistes mettaient en avant l’internationalisme, les Bundistes visaient l’autonomie territoriale et culturelle, la majorité des sionistes considéraient que le socialisme passait d’abord par la création d’une nation pour les Juifs. Si j’avais eu 20 ans en 1920, sans doute aurais-je préféré aux drapeaux et aux hymnes nationaux, la bannière rouge de l’internationalisme prolétarien… mais l’Histoire est passée par là. Ce débat est désormais caduc, il a pris fin avec la création de l’Etat d’Israël.
Israël n’est plus un rêve, c’est un pays. L’antisionisme aujourd’hui n’est pas une position théorique sur l’avenir, il est une volonté de destruction de ce qui est. Et cela n’est pas et n’a pas été sans conséquences.
On peut, et c’est mon cas, considérer avec prudence toute forme de nationalisme, y déceler le plus souvent une forme de retrait, voire d’ethnocentrisme. On peut encore et toujours espérer comme Jan Valtin  un monde « sans patrie ni frontières » mais comment expliquer ce « refus » d’un seul nationalisme, celui du peuple juif, ce rejet d’un seul Etat, Israël ?
La critique marxiste du nationalisme a fini par prendre acte de la situation des peuples opprimés, de leur légitimité à une souveraineté nationale. Or, l’antisionisme dit en creux que les Juifs, contrairement aux peuples colonisés, ne sont pas un peuple opprimé mais peut-être bien un peuple dominateur. Et la haine d’Israël renoue avec le passé, avec l’imaginaire de la domination d’un nom. C’est ce nom que vomissaient Céline, Drumont et tous les antisémites bien avant l’existence de l’État d’Israël. Israël tentaculaire, suceur de sang, tueur d’enfants, fauteur de guerres et ennemi de l’humanité, la chose n’est pas nouvelle…
J’ai longtemps milité à l’extrême gauche, l’internationalisme avait encore un sens et la rage et le dépit n’avaient pas encore supplanté la révolte. Ni le Chili, ni la Pologne de Solidarnosc, ni la lutte des Kanaks ou des Sud-Africains n’ont jamais suscité cette étrange solidarité où la haine domine. Aucune « dénonciation » d’un gouvernement ou d’un régime n’a jamais mérité un vocable particulier, aucun pays non plus n’est considéré comme un nom propre auquel on peut accoler l’adjectif d’« assassin ». Or quand on crie dans une manifestation « Israël assassin », on peut se demander qui est désigné ? Un pays, un peuple ou un fantasme ?

The Donald et La Marine ; comparaison fait-il raison ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 novembre 2016. dans Monde, La une, France, Politique, Actualité

The Donald et La Marine ; comparaison fait-il raison ?

Depuis ce jour où l’Amérique, blottie dans ses sondages et dans la suffisance de ses habitudes, a basculé dans quelque chose, dont, chacun de par le vaste monde cherche désespérément le nom, de jour en jour. Depuis, on est au moins sûr que la trouille des grandes invasions – barbares et inconnues pour le moins – diffuse, gagne à la manière des antiques pestes. Quelqu’un chez nous, à Reflets, ne disait-il pas : – c’est pour quand, notre Trumpette à nous ?

L’équation avait été posée bien avant les résultats : en France on agitait le FN et Marine ; idem partout en Europe où la gens populiste en déguisements divers bruissait dans l’ombre des urnes à venir. Les States avaient naturellement ce produit en magasin – une forme d’automatisme propre à l’époque. Le refrain était le même partout : les Populistes arrivent ! La vague nauséabonde déferle ! Depuis le mardi noir américain, les basses ont pris une sacrée ampleur dans le concert... Vrai, évidemment, que le poids du tout en tout d’un Trump sur le podium aux USA, demeurant la première puissance mondiale, notamment, dans les imaginaires de tous, a barre sur un FN annoncé à 30% au premier tour du printemps 17 en France, sur la quasi victoire imminente des pires en Autriche, l’échec sur le fil en Hongrie, le Brexit et ses pulsions folio-économiques ; j’en passe, sans oublier les vagues froides en Scandinavie, Allemagne et le toutim. Ce n’est pas à Reflets du temps, où peu de semaines échappent à un article avertisseur en la matière, que nous vous dirons le contraire… Il y a des parallèles nombreux et récurrents qui s’installent à plus ou moins bas bruit – les « dormants » n’étant pas les moins dangereux.

Ne serait-ce que dans ce franchissement des digues, que peaufine, plus que signe, l’animal roux d’outre Atlantique. Parce qu’enfin – là, on a d’évidentes comparaisons – l’électeur, et son à présent sérieux collègue, l’abstentionniste, beuglait plus qu’il ne passait à l’acte, dans nos années pré-Trump, pré-FN au pinacle. Il poussait d’an en an, davantage et de plus en plus près de la ligne d’arrivée, avec sur son dos ses rancœurs, ses frustrations, ses peurs, bien entendu. Frileux, il craignait par-dessus tout l’extérieur, siège de ses plus prégnantes angoisses. Il poussait, mais – on avait pris l’habitude d’avoir dans l’oreille le bruit du freinage – au dernier moment il n’allait pas plus loin, regagnait ses pénates hostiles en bougonnant, et, parfois, donnait en grognassant le bout de la main à ceux du camp de « la raison », autant dire du réel. Front Républicain chez nous, et ailleurs, Raison/Clinton au pays de l’Oncle Tom (un beau slogan qu’on aurait dû tester). Mais les digues ont cédé, comme avec le Brexit, on a voulu voir le bruit que ça fait quand on renverse la table. Qu’est-ce-qu’on fait après, qu’est-ce-qu’on-fait de ça ? Refrain un brin austère et redondant qu’on entend à présent. Et qui ne fait ni sens, ni programme.

« Les » populismes – plus que « le » populisme –, le problème c’est qu’ils floutent sous la focale, dès qu’on les zoome un peu, alors que dans le regard initial, ils ont l’air de se ressembler tous. Passé le moment des gueulantes, des peurs surtout pas vérifiées, des défilés des laissés pour compte, des vieux métiers qui meurent, du bruit de l’industrie qui s’est fait la malle, et du silence de mort des campagnes en chagrin… passé ce temps du renverser-la table-on-va-bien-voir, tout ce qui se compare donc, dont la grille marche au poil ; quand on mire de plus près, ça change et pas qu' un brin. Justement parce que ces mouvements populistes ne font jamais dans la dentelle, que leur côté protestataire tient bon au lavage, qu’ils brassent trop large et que la déception à venir est comprise dans le package de départ… j’en oublie, forcément.

<<  1 [23 4 5 6  >>