Monde

I can’t breathe

Ecrit par Ricker Winsor le 19 novembre 2016. dans Monde, La une, Ecrits, Politique, Actualité

I can’t breathe

I feel like I can’t breathe, drowned by the tsunami that just befell my country and the whole world. All of a sudden everything is up for grabs, including a woman’s right to choose, steps to combat climate change, NATO alliances, trade agreements, immigration, just about everything. But I won’t talk about all that ; so much has been said and is known by the reading public. Over the last eighteen months the brightest writers and thinkers had intellectually tied up Trump and thrown into the scrap heap of history. They were all wrong.

What has been thrown out is an approach to life that is egalitarian, compassionate, and respectful, an ethos based on the humanitarian ideals of a liberal democracy. Not too long ago all political combatants could be found in the shelter of that umbrella no matter what their differences. No more.

This debacle has been characterized as a « revolt against the elites » but it is more like revenge against « those who think they are better than us », those who worked to improve their minds through education and got ahead using their brains. It comes out of deep anger and resentment and a serious sense of inferiority. How else could the populace turn their backs on Trump’s blatant disrespect for : women, Muslims, Mexicans, and those who prepare and do their homework (e.g. Hillary and the debates). Our new leader thinks it is ok to grab women « by the pussy ». « When you are a star you can do anything you want » he said. He laughs at the disabled and, well, no need for me to go through the long list. What kind of message does this send to young people trying to grow up ? « Nice guys finish last » is what it says ; it is ok to bully anyone to put yourself forward, to win the race.

I get invited to certain occasions at the American Consulate here in Surabaya, East Java, Indonesia, the second biggest city. And today I was invited to witness the final day of the election. I prepared myself to answer questions about how I felt, never for a minute believing that Trump could win. I prepared my thoughts like this : « I am honestly disgusted that a man like Trump could actually have gotten this far in the election process. That fact itself discredits America and debases, if not annihilates, the idea of American exceptionalism ».

Now what do I do ? Our new chief has a majority in the House of Representatives and in the Senate. Checks and balances are minimal. He also won decisively, very decisively. All of the bruhaha about every woman in America standing against him, the surge of Latinos voting, the blacks and minorities being involved and taking a stand, never happened. A lot of them voted for Trump.

It is important to say something about Hillary Clinton beyond how she has been portrayed and the consequent vague or not so vague opinion of her. Even those who are dismayed by the existence of Trump often expressed dislike or suspicion about Mrs. Clinton. Based on what ? Nothing, only lies and bullshit. She is of my generation, the idealists, the ones who dreamed of « open borders », of everyone « getting along », of equal opportunity and service. Her whole life has been dedicated to that. I witnessed it all, and not from so far away because of university connections. She is one of « us » the sixties generation that fought for civil rights, for women’s rights, for Vista, for the Peace Corps, for inner city programs. We fought against that ill-considered debacle, war in Viet Nam. And yet, through a steady campaign that would make Joseph Goebbels smile from hell, where he no doubt dwells, the « no nothings » polluted the spring until they created « Crooked Hillary ».

JCALL - Quelles perspectives après l’élection de Trump

Ecrit par JCall le 19 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique

JCALL - Quelles perspectives après l’élection de Trump

Réunion sur le combat des ONG israéliennes pour la paix

Comme la majorité des Juifs américains qui ont voté pour elle (1), nous aurions préféré l’élection d’Hillary Clinton à la Maison Blanche. Une semaine après, il nous est toujours difficile d’imaginer comment la première grande puissance du monde sera dirigée à l’avenir par un homme qui semble, au vu de ses déclarations de campagne, pour le moins imprévisible. Mais aux Etats-Unis, comme ailleurs, son discours, construit sur la peur et le rejet de l’autre, et qui s’adresse plus à l’émotion qu’à la raison, a convaincu une population tentée par le repli sur soi. La question que se posent maintenant tous les éditorialistes et les dirigeants du monde c’est de savoir si le président Trump tiendra les promesses du candidat Trump. Il est évidemment impossible d’y répondre, bien que depuis quelques jours le nouveau président tienne un discours plus modéré. La constitution de son équipe sera sans doute une première indication.

En Israël, la droite s’est tout de suite réjouie de ce résultat et des belles promesses faites par le candidat Trump, comme celle de déplacer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Déjà des voix en son sein commencent à se faire entendre appelant à accélérer les programmes de colonisation qui avaient été mis en veilleuse par peur des critiques de l’administration d’Obama ou, tout simplement, à enterrer définitivement la solution des deux Etats. L’autre promesse du candidat Trump, espérée par Netanyahu, c’est la révision de l’accord sur le nucléaire iranien qui avait été soutenu, rappelons-le, par une majorité des Juifs américains et avec le soutien actif de JStreet. Une telle décision, si elle était prise, aurait sans doute le soutien des monarchies du golfe et des régimes autocrates musulmans, mais serait lourde de conséquences pour la région.

La question qui inquiète Netanyahu concerne l’hypothétique « legacy » qu’Obama pourrait laisser dans les deux derniers mois de son mandat sur le Proche-Orient : fera-t-il une déclaration définissant, comme Clinton en son temps, les paramètres pour une solution du conflit ? ou se contentera-t-il de ne pas s’opposer à une éventuelle motion présentée au Conseil de sécurité ? ou soutiendra-t-il le projet français de conférence internationale s’il devait se confirmer ? On peut s’attendre à ce qu’Obama ne veuille pas prendre le risque d’une initiative que son successeur soit obligé de dénoncer.

Dans tous les cas, il est certain que nous entrons dans une période d’instabilité. Par contre nos fondamentaux eux restent stables. Le conflit ne sera résolu que le jour où une majorité des deux peuples en sera convaincue et qu’elle poussera ses dirigeants à prendre les décisions difficiles. Devant le peu d’entrain de la classe politique israélienne à s’atteler aujourd’hui à cette question, la société civile reste la seule à se mobiliser, au travers de ses ONG, pour la mettre au cœur du débat public. C’est pourquoi nous avons invité à Paris Avi Buskila, le nouveau directeur de Shalom Arshav (La Paix Maintenant), et Yuval Rahamim, le directeur du Forum des ONG israéliennes pour la paix. Venez les rencontrer au cercle Bernard Lazare lundi 28 novembre à 20h30 (2).

Nous comptons sur votre présence.

Un éléphant, ça trumpe, ça trumpe…

Ecrit par Jean-François Vincent le 12 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Un éléphant, ça trumpe, ça trumpe…

L’éléphant, le symbole du Grand Old Party, le plus vieux parti des Etats-Unis, celui d’Abraham Lincoln et des anti-esclavagistes du XIXème siècle, le parti qui « vira » à droite à partir des années 30 et de Roosevelt ; ce parti rejoint-il maintenant le chœur de tous ceux qui – en Europe et ailleurs – prônent le repli identitaire ?

Passons sur l’extrême médiocrité de la campagne – frasques sexuelles de Trump, correspondance privée de Clinton, néo puritanisme affolé et avidité de nouvelles croustillantes… le fond est ailleurs.

Aucune des mesures inouïes proposées par le candidat républicain – comme l’érection d’un mur à la frontière mexicaine ou l’interdiction d’accès au sol américain pour les musulmans étrangers – mesures qui avaient suscité doutes et réprobation, voire défections, au sein même de son camp ; tout cela n’aura pas suffi : la pression était trop forte.

Au fait, la pression de quoi ?

Les explications pullulent bien sûr : sentiment de déclin, paupérisation des classes moyennes (le syndrome du « petit blanc »), menace terroriste… allons plus loin. Frédéric Lordon a raison au moins sur un point : la politique est une affaire d’affects. D’affects plus que de raison. Ce sont les sentiments plus que la rationalité, le cœur – ou les tripes – plus que la tête qui guident les électeurs.

Or si l’affect de gauche est la colère, l’affect de droite est la peur. Une peur du chaos, en France, en 1968, qui a donné à De Gaulle une chambre introuvable ; une peur du djihadisme, en Espagne, en 2008, qui a porté à nouveau au pouvoir un PSOE, par ailleurs discrédité.

La peur. Peur du déclassement – individuel et collectif – peur de l’Arabe (terroriste ou non), peur qu’à terme, le salut au drapeau ou la dinde du Thanksgiving ne soient menacés. Peur de ne plus être soi-même (ou ce que l’on croit être).

L’Amérique avait besoin que quelqu’un la rassure, comme les Hongrois qui ont ont élu Orbàn ou les Autrichiens qui s’apprêtent à élire Norbert Hofer ; de même qu’en 1933, les Allemands – eux aussi – n’avaient de cesse que quelqu’un les rassure…

La protection, économique (protectionnisme), physique (sécurité publique), culturelle (identité nationale), focalise les aspirations. Le reste, justice sociale, droit des minorités, en un mot tout ce qui concourt à l’égalité, passe au second plan.

L’inégalité suscite l’affect colère, lequel provoque un soulèvement, voire une révolution. L’affect peur au contraire suscite un besoin de protection, un souci de conservation.

La conservation, le contraire de la révolution. Ou alors une révolution nationale ? Conservatrice ? Bref, avec un sénat et une chambre des représentants à l’unisson, une révolution « neo con »…

Trump. Etonnés ? moi, non plus...

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Trump. Etonnés ? moi, non plus...

On sait  déjà qu'aux States, les sondages pédalent plus qu'à leur tour dans le maïs des grandes plaines. Il y a eu des précédents ; encore tout chaud notamment la présidentielle - Bush fils / Al Gore - en 2000, et visiblement cet immense territoire, ce continent – disent nos instituts de sondeurs européens, ne se prête guère aux pourcentages affinés, versus quasi scientifique, qui donneraient le résultat, pile juste avant la ligne d'arrivée. Plein de voix autorisées nous en rebattaient les oreilles depuis de longs mois, pourquoi aurait-il fallu que les tout derniers de ces sondages échappent à la règle ?  Alors, pourquoi ces cris de surprise effarée et pleurs suicidaires à notre matin-gueule de bois de certains, à leur nuit américaine, là-bas, dont les lampions annoncés se sont limités aux rues ( bien fréquentées) de N.Y, métropole éduquée XXL, multiculturelle depuis des lustres, ouverte aux vents de l'Atlantique et de la Mondialisation active, à prétention généreuse ; fanion d'une Amérique  se voulant résolument moderne,  qui parle au reste du monde bâti de la même chair : « notre » Amérique à nous.  Décidément, partout, le mot « représentation » campe ces temps-ci en haut de la liste... 

Sauf que d'autres Amériques, il en est plein – et, au final, davantage, au vu des résultats de cette présidentielle. Les États Unis ne sont pas toujours « un pays », mais généralement « des » pays. Ça ne date pas de ce sinistre 8 Novembre.

 Il faut avoir quitté la géante pomme de l'Est, Manhattan si petite, et le minuscule Greenwitch village de dessins animés, simplement avoir pris ces turnpikes qui n'en finissent pas de tracer l'immensité, avoir mangé un morceau – vraiment particulier - dans ces relais au bord de nulle part, au milieu des gens qui ne sont pas de N.Y, pas plus que de L.A ou de Frisco , pour ressentir qu'il existe un peuple américain en dehors de celui de nos imaginaires. Celui à qui Trump, cet étonnant spécimen du « populaire », a parlé, susurré - oreille,  cœur,  ego, et pourquoi pas, couilles,  dans chacun de  ses meetings.  Il faut avoir, même vite, mis le bout de l'orteil  dans ces terres de l'Amérique de tous les jours, une autre que celle des films, des livres et des chansons, fussent-elles celles du barde nobélisé. Avoir, sous un ciel blanc de chaleur plombée, par exemple, dans le bleu-rose étrangement layette de Miami, vu ces «  vieux et vieilles américains » de Floride, saturés d' héliotropisme dans leur parc-à personnes-âgées-apeurées, garantis sans émigrés, enfants, ni parfois, animaux.   Mauvais goût définitivement hors concours. Et que dire de tous ces vrais-faux Cow-boys des Grandes Plaines, plus blancs et racistes épais qu'on ne peut l'imaginer, territoires plus perdus que nos villages du Cantal, ceux qu'on voit si bien dans «  Brokeback mountain », ce film-chef d’œuvre qui dit Trump avant Trump... Étrange peuple, de notre point de vue, et différent, vivace ou plus assourdi depuis toujours ou presque, tout au long de l'Histoire américaine, depuis  1945, au bas mot. Petites classes moyennes agrippées à l'avoir, à cet américan dream du pionnier ayant posé son sac, d'une way of life, dessinée par la voiture, le réfrigérateur en attendant l'ordinateur. Ils ont cahoté  au rythme de la croissance généreuse,  et des inquiétudes des interventions ou des initiatives dans les guerres de ce qu'ils nomment en iliens qu'ils sont, le « rest » du monde, se sont trouvés immergés dans la crise des « Subprimes », ont chuté en 2001 avec les Tours... Comment de tels marqueurs auraient-ils pu s'effacer, ni même s'amoindrir – en vrai, ou via les TV et réseaux sociaux, dans la cacophonie actuelle des migrations, du terrorisme, menaces cauchemardesques d'invasions définitives... Tout le bruit de la victoire de Trump est là, mais était perceptible dans son raffut bien avant la nuit du 8 ; non ?

CETA ; Incorrigible Belgique

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

CETA ; Incorrigible Belgique

Grand émoi dans le plat pays, la Belgique avait dit « non » au traité de libre échange avec le Canada. La Belgique ? Plutôt la Wallonie. Paul Magnette, son ministre président, clôturant comme suit le débat : « Nous avons toujours dit que nous n’avions jamais été contre d’avoir un accord avec le Canada. Mais nous ne voulons pas – ni maintenant, ni plus tard – d’arbitrage privé. Les conflits entre multinationales et Etats doivent être tranchés par des juridictions publiques ». C’était la raison officielle : des juridictions commerciales, parallèles, supranationales, suspectes de partialité envers les grands groupes d’outre-Atlantique. En réalité les Wallons, dont les industries traditionnelles (charbonnage, textile, sidérurgie) sont – tout comme celles du nord de la France – en pleine déconfiture, craignent de perdre toujours plus d’emplois.

Bref, l’Europe institutionnelle, après le Brexit, était à nouveau en berne. Cinq ans de négociations menées par la commission de Bruxelles pour rien…

Une histoire belge, en quelque sorte. Le royaume, en effet, se compose d’un gouvernement fédéral et de quatre « entités fédérées », dotée chacune d’un exécutif et d’un corps législatif : la communauté flamande, la communauté française (sic !), la communauté germanophone (Eupen) et la région de Bruxelles-capitale. L’horreur « communautariste » pour un Français républicain ! Une « réunion de concertation intrabelge » réunissant tous les protagonistes s’était tenue mardi dernier. En vain, Magnette n’en démordait pas… et sans unanimité, pas de « oui » possible.

D’où une cascade de conflits avec à la clef le spectre – à nouveau ! – de la partition. Conflit d’abord entre Charles Michel, le premier ministre démocrate-chrétien, et le socialiste Paul Magnette. Michel cherchant encore, à l’heure où j’écris ces lignes, un compromis de dernière minute. Conflit ensuite à l’intérieur des socialistes européens : le PS français soutient le traité et le président du groupe socialiste à l’assemblée de Strasbourg, Gianni Pitella, a vertement critiqué son camarade wallon : « C’est évident que si une petite communauté est capable de tenir en otages 500 millions de citoyens de l’UE, il y a un problème clair dans le processus de décision et le système de mise en œuvre en Europe ». Conflit enfin et surtout avec les Flamands, chauds partisans du Ceta. Bart De Wever, le leader du N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie, indépendantiste, très à droite) et bourgmestre d’Anvers, a déclaré tout de go : « Magnette double Syriza sur sa gauche ; le PS porte atteinte non seulement à La Flandre, mais également à l’Europe et au monde du commerce » – Syriza, le parti très radical du Grec Alexis Tsipras – et De Wever d’ajouter « Wat een hovaardigheid ! », Quelle arrogance !

Bref les Belges, tel un vieux couple qui ne s’entend plus mais ne veut pas divorcer, s’entredéchirent comme d’habitude. Au-delà d’un énième Clochemerle, la question se pose de la démocratie en Europe : une seule région a-t-elle le pouvoir de bloquer le continent tout entier ? Le principe de subsidiarité confie aux états les ratifications des traités. Aux états, mais pas aux régions, fussent-elles autonomes. La flagrante contradiction entre le droit européen et le droit constitutionnel belge devrait, d’une manière ou d’une autre, pouvoir se trancher. Et si, au final, la meilleure solution ne consistait pas à faire ratifier le Ceta par le parlement de l’Union, en lieu et place des parlements nationaux ?

Poutine populaire en France ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 22 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique

Poutine populaire en France ?

Depuis quelque temps déjà, un phénomène qui peut apparaître comme extrêmement curieux se développe au sein de certains segments de la classe politique et de l’opinion publique françaises : une montée de la popularité du dictateur nationaliste russe Vladimir Poutine. Et ceci malgré l’agression (déjà ancienne) contre la Géorgie, l’annexion de la Crimée et maintenant les bombardements en Syrie, surtout sur Alep, correspondant à la volonté du chef russe de soutenir à bout de bras le régime du sanguinaire Bachar El-Assad, pour des causes sur lesquelles nous serons amenés à revenir. Je vais devoir évoquer les manifestations, les causes, les conséquences politiques et enfin géopolitiques (régionales et mondiales) de ce phénomène – dangereux jusqu’à un certain point pour la paix du monde.

D’abord, en ce qui concerne les manifestations de cette popularité (certes relative) de Poutine, on peut constater un croisement de soutiens à son égard dans notre pays. Il s’agit en premier lieu de celui du Front National de Marine Le Pen, dont le parti est assez largement financé – au nom du nationalisme partagé par Russie Unie et le parti frontiste – par les banques russes, à la demande expresse de Poutine. On a en second lieu le soutien du Parti De Gauche de Jean-Luc Mélenchon et d’une fraction du Parti Communiste – en rapport avec l’idée que la Russie de Poutine constituerait une espèce de « contrepoids » face à « L’Empire américain » (« l’atlantisme ») et à ses alliés « sionistes », comme à l’époque de l’URSS. Enfin, même au sein de sympathisants de la droite classique, un certain nombre de « politiques » et d’électeurs potentiels sont fascinés par la personnalité de Vladimir Poutine.

Ensuite, pour bien cerner les causes de la montée de cette popularité, il faut commencer par remonter de plusieurs décennies dans le temps. Une partie de l’opinion publique française regrette l’époque de la Guerre froide, dans la mesure où tout semblait simple : on était soit pro-américains (capitalisme libéral, économiquement et politiquement), soit pro-soviétiques ; ce qui évitait de se poser des questions de « complexité », puisqu’il fallait choisir son « camp » (celui du « bien » contre celui du « mal »). Pour de nombreux anciens (ou actuels) électeurs communistes (ou influencés par lui), ou du Front De Gauche en général, la Russie de Poutine est toujours vue – dans le cadre d’un réflexe de type pavlovien – comme une sorte de prolongation de ce que fut l’URSS jusqu’au début des années 1990. Plus étonnante – à première vue – semble être la popularité de Poutine dans l’électorat du Front National. Et pourtant, en réfléchissant un peu, on comprend que l’image d’autorité du chef russe séduit des nationalistes français en mal d’autoritarisme dans une société française travaillée par le message du « Tous pourris ! », comme du « Qu’ils s’en aillent tous ! » de Jean-Luc Mélenchon, qui dérive de plus en plus vers le nationalisme.

Shimon Peres : vis pacem, para bellum

Ecrit par Jean-François Vincent le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Shimon Peres : vis pacem, para bellum

Shimon Peres est probablement le plus populaire de tous les hommes politiques israéliens, à l’intérieur comme à l’extérieur, voire jusque chez les Palestiniens. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, a tenu à assister personnellement à ses obsèques.

Il restera, bien sûr, comme une colombe : prix Nobel de la paix 1994, initiateur avec Yitzhak Rabin des accords d’Oslo, artisan la même année du traité de paix avec la Jordanie, fondateur en 1996 du Centre Peres pour la paix. La paix, toujours la paix donc.

Mais si Peres était pacifique, il n’était en rien pacifiste.

En tant qu’adjoint au ministre de la défense, il fut le père de l’arme atomique israélienne, maître d’œuvre du projet « Dimona », qui le vit négocier, au nom d’Israël, à Sèvres, dans la banlieue parisienne, la livraison d’un réacteur nucléaire civil ; lequel permit la fission d’uranium et de plutonium, indispensable à la fabrication de la bombe.

Sur le plan militaire, il coordonna en 1956 la riposte franco-anglo-israélienne à l’occupation par Nasser du canal de Suez ; et en 1996, il fut, cette fois en qualité de premier ministre, à l’origine d’une guerre – baptisée « opération raisins de la colère » – contre le Hezbollah libanais, en réponse au bombardement par celui-ci du nord du pays, au moyen de roquettes de type Katioucha.

Devenu président, Peres, bien que n’ayant plus qu’un rôle représentatif, approuva l’offensive « plomb durci » contre la bande de Gaza, dont le coût matériel et humain fut considérable. « Nous ne comprenions pas, expliqua-t-il dans un discours devant l’Agence Juive à Jérusalem, et nous ne comprenons pas encore maintenant, pourquoi, après avoir évacué Gaza, ses dirigeants commencèrent à tirer des milliers de missiles contre nos civils. Pour quelle raison ? Dans quel but ? ». Parallèlement, Peres soutint le – très controversé – blocus de Gaza : « Israël lèverait le blocus, affirma-t-il, si le Hamas montrait quelque intérêt à faire la paix ».

D’où l’épitaphe, mi-figue, mi-raisin, que lui réserva le quotidien de gauche Haaretz : « si Israël se trouve au bord d’un abyme moral, peut-on lire dans son numéro du 28 septembre, Peres y a sa part. Si c’est un pays en route vers l’apartheid, il en fut le co-fondateur ».

Jugement sévère. Peres était avant tout un réaliste, conscient de ce qu’un compromis est très difficile avec les leaders palestiniens actuels, en particulier ceux du Hamas, et plus difficile encore avec l’allié du Hamas, via le Hezbollah : l’Iran.

Ainsi qu’il l’écrit lui-même dans ses mémoires : « La paix ressemble beaucoup à l’amour. C’est un processus romantique. Il faut y vivre, il faut s’y investir, il faut y croire. De même qu’on ne peut imposer l’amour, de même, on ne peut imposer la paix ».

Si tu veux la paix, prépare la guerre. Oui, M. Peres, vous avez eu raison.

L’adieu à Shimon Pérès, homme de sécurité et homme de paix

Ecrit par JCall le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

L’adieu à Shimon Pérès, homme de sécurité et homme de paix

Shimon Pérès, qui vient de nous quitter à l’âge de 93 ans, a consacré toute sa vie au service d’Israël. Durant cette longue et remarquable carrière, la sécurité et le développement de l’Etat juif ont toujours été ses objectifs majeurs. Mais sa perception de l’ordre des priorités a nettement évolué au fil du temps : autant le jeune Pérès passait pour un « faucon », autant le Pérès de l’âge mûr était devenu un combattant de la paix. Cette évolution reflète une prise de conscience de l’impérieuse nécessité de la paix, et aussi une inquiétude croissante face aux phénomènes négatifs apparus au sein de la société israélienne, travaillée par les logiques perverses de l’occupation et de la répression – à telle enseigne que vers la fin de sa vie, selon le témoignage de l’ancien dirigeant travailliste Ouzi Baram (Haaretz, 28 septembre 2016), Pérès en était venu à penser que « le gouvernement de la droite tourne le dos aux principes démocratiques d’Israël ».

Si Shimon Pérès a passé la première partie de sa carrière dans le domaine de la défense nationale, c’est parce que David Ben Gourion lui avait très tôt confié des tâches de premier plan. Avant même la naissance de l’Etat, ce jeune homme de 24 ans, arrivé treize ans auparavant de sa Pologne natale, était responsable des achats d’armes pour la Haganah. Quelques années plus tard, âgé de 30 ans à peine, il devint directeur général du ministère de la défense. En 1959, à l’âge de 35 ans, il passa du statut de fonctionnaire à celui d’homme politique et entra au gouvernement comme ministre adjoint de la défense. Il y resta jusqu’en 1965.

Durant cette longue période, Shimon Pérès initia et géra des projets majeurs pour la sécurité du pays, notamment la diversification des contrats d’achat d’armements à l’étranger, la création des industries militaires et des industries aéronautiques, ainsi que le développement de la capacité nucléaire israélienne avec la centrale de Dimona.

Pérès est ensuite ministre de la défense dans le premier gouvernement d’Itzhak Rabin, entre 1974 et 1977. C’est dans ce cadre qu’en décembre 1975 il facilite la création de la première « implantation » israélienne en Cisjordanie, trente familles appartenant à la mouvance nationaliste religieuse s’installant dans une base militaire proche de la ville de Naplouse. Ainsi naîtront les colonies d’Elon Moreh et Kedumim. Les colonies d’Ofra et Ariel bénéficieront elles aussi de l’aide de Shimon Pérès. Ce dernier dira par la suite son regret ; il avait sous-estimé, expliquera-t-il, la volonté des colons de faire de l’occupation des territoires un acte irréversible. Il est vrai qu’à cette époque le phénomène de la « colonisation » israélienne en Cisjordanie est encore très marginal, et est souvent vu à travers le prisme du contrôle militaire qu’en l’absence d’un règlement politique global Israël veut exercer sur les territoires. La création d’implantations juives en Cisjordanie ne prendra réellement son essor qu’après la venue au pouvoir du Likoud, en 1977. La question de l’avenir politique de la Cisjordanie passera alors au premier plan des préoccupations des dirigeants travaillistes, y compris Shimon Pérès.

08 octobre 2016 - Colombie : la triste victoire de la résignation

Ecrit par Alexis Brunet le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

08 octobre 2016 - Colombie : la triste victoire de la résignation

Les espoirs de paix douchés

Faisant voler en éclats les sondages qui annonçaient ces dernières semaines une large victoire du « oui » au référendum sur la paix avec les Farc, le « non » l’a emporté sur le fil dimanche dernier. Si j’étais dubitatif sur la crédibilité de ces sondages, j’ai aussi été déconcerté par l’annonce du résultat.

Santos, le président colombien, aurait pu faire passer son traité de paix avec les Farc sans consulter le peuple. Il a souhaité lui donner plus de poids en organisant un référendum. Il s’est sans doute imaginé un peu naïvement qu’on préfère une paix – même imparfaite – à une guerre. Sauf que non. L’accord n’a aucune valeur légale. Six ans de négociations pour rien. Un plan de paix de près de trois cents pages, que peu de Colombiens ont lu, pour rien. Des signatures et annonces à tout va pour rien. Les colombes et le Prix Nobel envolés. Vu ainsi ça pourrait prêter à sourire. Sauf qu’il s’agit de la tentative la plus aboutie de mettre un terme à un bien vieux et sale conflit qui s’envole avec. Pourquoi les Colombiens ont-ils rejeté cet accord dans l’isoloir ? Beaucoup ont eu peur qu’il permette aux Farc d’accéder un jour au pouvoir. L’ancien président Alvaro Uribe – grand vainqueur de ce coup de théâtre – qui n’a cessé de clamer ces derniers mois que cet accord ouvrirait la porte à une dictature communiste de type Venezuela ou Cuba, y est pour beaucoup. Il ne s’agissait pourtant que de cinq députés et cinq sénateurs des Farc qui auraient fait leur entrée dans l’arène politique. Et à moins d’un coup d’Etat, imaginer Timochenko – guide suprême des Farc – qui doit se contenter d’un taux de popularité de 3%, être couronné un jour premier roi communiste de Colombie revient à envisager que nous serions bientôt dirigés d’une main de fer par Nathalie Artaud. Une hypothèse mensongère et grotesque donc, mais qui a porté ses fruits.

Les Farc mènent le bal

L’ironie de cette histoire, c’est que la possibilité ou non de voir renaître un plan de paix est soumise au bon vouloir des Farc. Ces derniers ont affirmé à plusieurs reprises avant le vote que si le « non » l’emportait, ils ne retourneraient pas à la table des négociations. Santos a aussi dit que les hostilités reprendraient. Uribe a répété pendant des mois que cet accord devait être modifié. Sauf qu’invité aux négociations à la Havane quatre ans durant, il n’a jamais voulu y mettre les pieds. À l’annonce des résultats, tandis que Santos a affirmé vouloir lutter pour la pacification de son pays jusqu’à la fin de son mandat, Timochenko a annoncé maintenir sa volonté d’aller jusqu’à la paix. Reste à voir si les coéquipiers de ce dernier acceptent de reprendre des pourparlers et sous quelles conditions. Beaucoup de Colombiens ont estimé que ce traité n’était pas assez dur envers les Farc, et doutent de la bonne intégration des guérilléros dans la société civile. Mais ces derniers ont-ils vraiment intérêt à accepter d’aller docilement en prison – et avec le sourire – alors qu’ils n’ont jamais perdu leur guerre ?

Le migrant et les deux Europe

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Le migrant et les deux Europe

L’autre ne fait décidément plus recette en Europe… et cela, même si, quelques centimètres avant le précipice, le projet de Victor Orban, le Hongrois, a butté hier sur l’abstention massive (près d’1 Hongrois sur 2 n’a pas voté) avec pour conséquences la non-validation juridique de la consultation. Mais on sent bien que c’est reculer pour mieux sauter, demain n’est plus sûr. La falaise d’Etretat est pilonnée patiemment à sa base…

Ce 2 octobre, en Hongrie, à l’abri de murs hérissés de barbelés, gardés par des chiens et des milices, Victor Orban voulait consolider un pouvoir largement populiste, si ce n’est fascisant, en faisant voter non à la question simpliste de son référendum :« Voulez-vous que la Hongrie accepte des réfugiés venus de Syrie ? »(on aura compris que la phrase est modulable à toutes autres origines de migrants). Sur le total exprimé, pas moins de 95% se sont prononcés pour ce « non ! » Le pays, à ce titre, peut devenir un modèle générique que d’autres déclineront à l’envie : ceux qui s’opposent aux « hordes » venues d’ailleurs, aux « invasions barbares », à ceux qui ne sont pas comme nous, en ça ou en ça, à l’ailleurs simplement. Ceux qui « en ont » ! Ceux que l’étrange étranger transit. Prototype de gens, de pays qui prônent la fermeture, le mur, la frontière de fer, comme seuls viatiques et programmes… Hongrie des grandes plaines où passèrent les Huns, où mugissait Gengis Khan en son temps. Unique ?? ou, malheureusement, première de cordée dans une foule de semblables ?

Cohérent, en tous cas, le petit pays nageant avec les autres de l’Est en dehors du communisme, partageant avec certains voisins cette signalétique, hors du système soviétique, dont il a souffert, hésitations multiples sur les voies « démocratiques » à choisir, adhésion à l’UE, moitié pour avoir une identité, moitié pour les mannes diverses et trébuchantes. Comme ailleurs – plus qu’ailleurs – un penchant pour des pouvoirs forts en gueule, une fabrication sur le tard et à la va-vite d’un type-hongrois mitonné à l’ombre d’un récit national (lisez donc les livres d’histoire des petits), insistant sur une identité, y compris chrétienne, dont les façons de vivre ne sauraient cohabiter avec d’autres, et surtout pas des musulmans. Ce qui correspond aussi au « sentiment national » des frères polonais, actuellement. Résumons : racisme, nationalisme, lecture pour le moins originale des valeurs des Lumières droits-de-l’hommiste et du christianisme, vision lointaine et fantasmée de l’UE à laquelle ce dimanche un défi – signe d’un pouvoir dangereusement hargneux – avait été lancé ; a été bel et bien lancé. Comme un autre Brexit qui aurait sonné au soir du 2 octobre… voilà ce qui se cuisine à l’Est. Un Est dans les 28, pourtant, car, chaque pays de l’union n’a-t-il pas accepté l’obligation de recevoir et de traiter au mieux des Droits de l’homme son quota de migrants ? La Hongrie européenne, de facto, également, mais la Hongrie de Orban s’autorise autre chose – schizophrénie curieuse. Au nom du pouvoir souverain de son peuple aux opinions évidemment mouvantes, comme c’est le cas de tous les peuples, ce peuple tout d’un coup idolâtré, en capacité de s’affranchir du Droit de la collectivité à laquelle il appartient. Référendum bonapartiste à la clé, qui ficherait à la poubelle des engagements du vivre ensemble, à plusieurs. Colocation à la hongroise, particulière. Modèle futur de vie dans une Europe à plusieurs vitesses et cercles, image de moins en moins floue de ce choc à venir entre le projet collectif et les valeurs et le repli sur un souverainisme encore frétillant. Pour lors, UE dont les « diktats » passant au-dessus de la tête des peuples serait devenue insupportable – ce que dit le vote de Budapest du jour – pour ces pays nouveaux adhérents, dont on analyse sans fin chez nous la faible maturité politique, la difficulté d’accepter la dose de collectif que porte l’UE, ceci au nom de leur récente histoire et de leur besoin inextinguible de libertés. C’est d’une autre Europe que la nôtre, dont parlent – même – certains intellectuels de ces pays d’Europe Centrale – laissons de côté la prétendue « populace » propre à tous les fascismes. On y dessine une Europe ferme, arc-boutée sur sa « civilisation » chrétienne, sur des frontières moins poreuses, militairement défendues. A l’intérieur, nous tous, à l’extérieur, les autres. On se croirait revenu au fameux choc de civilisations et à ses bulles, au siège de Vienne, au XVIème siècle, face à Soliman ; un monde en morceaux bien délimités. Un univers, des mentalités qui disent bruyamment : tout sauf cette globalisation, des marchandises – passe encore – mais des hommes ! Halte là. J’entendais dans un sujet TV, un responsable hongrois, tout sourire, présenter son pays comme le fer de lance de la défense de l’Europe, façon / poussez-vous de là, on s’en occupe…

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