Monde

RAMSES-IFRI 2017 : Un Monde de ruptures

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique

Collectif, sous la direction de Thierry de Montbrial et Dominique David, Dunod, 345 pages, septembre 2016, 32 €

RAMSES-IFRI 2017 : Un Monde de ruptures

Ouvrage prospectif de référence de l’IFRI, la revue Ramses (rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies), publiée chaque année, est un cadeau pour chaque citoyen. Et quel cadeau ! Un livre s’ouvrant sur le monde d’aujourd’hui, au bord de celui de demain ; des clefs – bien entendu – « des » et non « les », pour s’y retrouver un peu dans l’univers en chemins sinueux dans lequel nous vivons ; cet environnement qu’on s’accorde tous à trouver de plus en plus complexe, mouvant, et difficilement lisible souvent. D’où la place éminente et grandissante qu’occupe la géopolitique, et plus en retrait, la géo-économie, qui peut diriger les guerres ; toutes qui, au temps ancien de mes études, ne faisaient que  murmurer. Or, qui, aujourd’hui, dit géopolitique, dit – notamment – IFRI.

« Un Monde de ruptures » est le titre judicieux du numéro 2017, et le dessin de couverture d’une mappemonde fracturée en multiples morceaux va dans ce sens. Rupture(s), mais encore ? Où, qui, comment ? L’équipe a ciblé 3 axes : le Terrorisme, le Moyen orient, la Crise européenne.

Dans une longue et brillante introduction, titrée « Perspectives », Thierry de Montbrial, fondateur et président de l’IFRI, donne le ton dès les premiers mots : « Le rêve d’une mondialisation heureuse se dissipe… mais le phénomène polymorphe de l’interdépendance continue de s’approfondir ». Positionnement clairement posé d’entrée : une mondialisation de rêveurs avec abolition des frontières demeure à exclure ; restera un monde de « Nations, d’États et leurs interactions… démultipliées sous l’effet des technologies dont les axes sécurité collective et rapports de force (demeurent essentiels) ».

En regardant de plus près, la Chine – à tout seigneur… – continue de prendre le tournant de l’après-croissance à tout va, doit s’insérer dans la diplomatie internationale et prendre en compte l’environnement. La Russie de Poutine, pour laquelle l’Extérieur renforce l’Intérieur, a réussi son retour sur les grands théâtres, au Moyen-Orient, et en Syrie notamment. Arrêt sur image dans le Golfe, pris entre la menace de la renaissance iranienne, et l’incarnation du Wahhabisme dans Daech, mais à moyen terme, devant faire face au déclassement à prévoir des états dont la puissance économique est mono-dépendante du pétrole. La chute des prix des hydrocarbures étant, nous dit T de Montbrial, « un des phénomènes les plus importants de la période ». Est examiné ce « pivot vers l’Asie », axe majeur de la diplomatie américaine, alimentant aussi bien « la lutte pour le maintien de la suprématie », que « la promotion d’une mondialisation américaine ». Le Moyen-Orient d’aujourd’hui était le sujet phare du numéro d’été de la revue politique étrangère de l’IFRI ; qu’en sera-t-il demain ? L’Iran, une partie de la Syrie, l’Irak et le Liban, soutenus par la Russie, seraient une partie possible de la scène, tandis que la Turquie, Israël, l’Arabie Saoudite et l’Égypte en seraient l’autre partie, soutenus par les Occidentaux. Un nouvel équilibre – pas de nature à faire renaître l’antique Guerre froide – axé sur une réconciliation Turquie/Israël, l’amélioration des relations turco-russes, mais aussi de celles entre Moscou et Washington, et la persistance d’un Iran réintégrant la communauté internationale. Quant à l’Afrique qui devrait, martèle Ramses, s’affirmer « comme le continent en développement complémentaire de l’Europe », de nombreuses zones d’ombres et questions en limitent la prospective. Toute une partie de ce texte introductif est légitimement consacrée au devenir de l’Europe en tant qu’union, tant l’afflux des réfugiés, et le coup de tonnerre du Brexit (« le génie du référendum est sorti de la bouteille ») alimentent des rejets, déceptions bruyantes, et déstabilisations en cours. S’il y a bien un endroit dans le monde sur lequel la lunette en 2017 doit rester braquée, c’est ici, en Europe. L’IFRI alerte sur plusieurs points, entre autres la nécessité vitale d’un couple franco-allemand bien vivant, prendre acte qu’on a, côté frontières, supprimé les intérieures, sans renforcer la frontière extérieure de l’UE, que les confusions réfugiés/immigrés sont dangereuses, que – l’Allemagne le sait plus que d’autres – notre démographie vieillissante a besoin d’arrivées extérieures… Certes « le scepticisme n’est pas un rejet radical mais plutôt un appel à une révision générale », et on s’achemine vers les cercles concentriques d’une union à plusieurs vitesses, mais la terrible face noire de la mondialisation qu’est Daech – présent sur 5 continents ! – vient, en Europe aussi et surtout, brouiller la visibilité de l’avenir 2017.

« ...Si vous aimez Israël, vous n’avez plus le droit de vous taire ! »

Ecrit par JCall le 01 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique

« ...Si vous aimez Israël, vous n’avez plus le droit de vous taire ! »

C’est par ces mots que commence l’appel adressé par plus de 500 personnalités israéliennes aux Juifs du monde entier*, leur demandant de les rejoindre « afin de développer une action coordonnée pour mettre fin à l’occupation et bâtir un nouvel avenir, dans l’intérêt de l’État d’Israël et des générations futures ». Parmi les signataires se trouvent des écrivains comme Amos Oz et David Grossman, des artistes comme Achinoam Nini (Noa), David Broza et Ohad Naharin, le Prix Nobel Daniel Kahneman, des anciens généraux, une vingtaine d’anciens ambassadeurs, des anciens ministres et des députés, une cinquantaine de récipiendaires du Prix Israël, 160 professeurs d’université…

C’est la première fois depuis la création de l’Etat qu’un groupe comprenant d’aussi éminentes personnalités israéliennes s’adresse aux Juifs de la diaspora pour les associer à leur combat contre l’occupation. Afin de conforter cette démarche, un sondage récent réalisé auprès d’un échantillon représentatif des Juifs israéliens montre que plus des trois quarts d’entre eux pensent qu’Israël a une responsabilité sur le destin des Juifs dans la diaspora – et que, réciproquement, ces derniers ont une responsabilité à l’égard de l’Etat d’Israël.

Le résultat de ce sondage n’est pas une surprise pour nous. C’est ce même sentiment de solidarité à l’égard de l’Etat d’Israël qui nous avait conduits à lancer l’appel de JCall en 2010. Les motivations qui furent alors les nôtres restent toujours d’actualité, au seuil de cette nouvelle année juive qui marquera le cinquantième anniversaire de la guerre des Six Jours. Cette guerre, qui pour le peuple d’Israël fut avant tout une guerre de défense, a eu pour effet qu’Israël est depuis lors en situation d’occupant à l’égard d’un autre peuple. Et l’occupation infligée au peuple palestinien depuis 1967 mine la société israélienne, mettant en danger, à terme, les valeurs de justice et de démocratie sur lesquelles cet Etat s’est construit.

JE NE SUIS PAS ISLAMOPHOBE, JE SUIS LIBRE

Ecrit par Kamel Daoud le 03 septembre 2016. dans Monde, La une, Politique

avec autorisation de la cause Littéraire

JE NE SUIS PAS ISLAMOPHOBE, JE SUIS LIBRE

Trêve. Le sujet est aujourd’hui une explication et un remerciement. D’abord il me faut expliquer pourquoi je choisis de me reposer. Et ma raison première est ma fatigue. Ecrire c’est s’exposer, comme a dit un collègue, mais c’est aussi s’user. Il y a en Algérie une passion qui use, tue parfois, fatigue ou pousse à l’exil immobile (rester chez soi, dans sa peau), ou à l’exil qui rame (partir ailleurs).

Nous sommes passionnés par le vide en nous, mais aussi par notre sort. Cela nous mène à des violences qui ont parfois l’apparence d’une folle affection ou d’une exécution sommaire par un peloton de désœuvrés. Ou à des procès permanents de « traîtrise » du bout des lèvres. Les verdicts des Algériens sur eux-mêmes ont la force des radicalités. Et, durant des années de métier, j’ai subi cette passion. J’ai fini par incarner, sans le vouloir, les contradictions de l’esprit algérien, ses affects, passions et aveuglements. Palestine, religion, femme, sexe, liberté, France, etc.

J’ai parlé, parce que libre, de ces sujets parce qu’ils m’interrogeaient et pesaient sur ma vie. Cela a provoqué des enthousiasmes et des détestations. Je l’ai accepté jusqu’au point de rupture ou l’on vous traite de harki et de vendu ou de sioniste.

Puis j’ai vécu le succès jusqu’au point où les récompenses dans le monde me faisaient peur chez moi à cause de notre méfiance et de nos haines trimbalées comme des chiens domestiques. J’ai écrit jusqu’au point où je me sentais tourner en rond ou être encerclé.Et j’ai donc décidé, depuis quelques mois, d’aller me reposer pour essayer de comprendre et retrouver des lectures et des oisivetés.

Il se trouve que cette décision, prévue pour fin mars, a été précipitée par « l’affaire Cologne ». J’ai alors écrit que je quittais le journalisme sous peu. Et ce fut encore un malentendu : certains ont cru à une débandade, d’autres ont jubilé sur ma « faiblesse » devant la critique venue du Paris absolu et cela m’a fait sourire : si pendant des années j’ai soutenu ma liberté face à tous, ce n’est pas devant 19 universitaires que j’allais céder ! Le malentendu était amusant ou révélateur mais aussi tragique : il est dénonciateur de nos délires.

 

Le droit du plaidoyer libre et insolent

Dans l’affaire « Cologne », j’ai fini par comprendre que je n’étais que le déclencheur de quelque chose qui couvait et qui attendait. Le délire était si rapide et si disproportionné qu’il est devenu plus intéressant que mes propos. J’ai donc décidé d’arrêter et de ne pas répondre car c’était inutile pour la lucidité. Amusant donc, mais clinique, surtout. Ce que j’ai écrit sur nos liens malades avec le désir, le corps et la femme, je le maintiens et le défends cependant.

Ce que je pense de nos monstruosités « culturelles » est ce que je vis, par le cœur et le corps, depuis toujours. Je suis algérien, je vis en Algérie, et je n’accepte pas que l’on pense à ma place, en mon nom. Ni au nom d’un Dieu, ni au nom d’une capitale, ni au nom d’un Ancêtre. Et c’est pourquoi les immenses soutiens et messages de solidarité que cela a provoqué m’ont ému, ils témoignaient d’un désir de partage, de compréhension.

L’enjeu était plus grand que ma petite personne : pouvoir dire librement, sans tomber dans la compromission au nom d’une culture, d’une race ou d’une connivence ; pour me soutenir, certains ont mis de côté leurs convictions car il s’agissait de liberté. Et certains ont témoigné de leur honnêteté en refusant les inquisitions et les récupérations. Et certains ont saisi qu’il s’agissait d’un droit chez moi, chez les miens, que de m’élever contre ce qui nous abaisse au nom d’une croyance. Le postcolonial ne doit pas être cécité et la « différence » ne doit pas excuser la barbarie. Je ne suis pas islamophobe, je suis libre.

Il se trouve aussi qu’avec le temps on s’use : on finit par comprendre que derrière la hargne de certains se cache quelque chose de presque irréparable. La maladie de notre âme. Une incapacité secrète à accepter le monde, à le conquérir, à admirer les réussites de ses propres enfants. Le doute lié à l’enfantement. Le soupçon face au succès. Les procès d’intention et de croyances. Nous, les Algériens, nous souffrons de l’étrange maladie de l’enfermement et quand l’un des nôtres saute le mur de la camisole, et nous revient avec d’autres mondes sous l’aisselle, on le lapide ou on l’isole ou on le soupçonne. L’indépendance précède encore la guérison dans notre histoire.

Vers la « trumpisation »

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 août 2016. dans Monde, La une, Politique

Vers la « trumpisation »

Trump a annoncé la couleur lors de son discours d’investiture : « Je suis le candidat de la loi et de l’ordre ». De ça on se doutait ; plus inquiétante, la suite : « Construisez le mur ! » Le mur, contre qui ? Pêle-mêle les musulmans, les hispaniques, les homosexuels, les pro-avortement, etc., etc.

Ne serions-nous pas, en France, engagés sur cette voie-là ? Dans le sillage du dernier attentat de Nice, la radicalisation, non seulement de la classe politique, mais encore de l’opinion dans son ensemble s’est accentuée. Déjà le lendemain, à Nice, des « non blancs » ont été pris à partie, aux cris de : « rentre chez toi ! ». La ratonnade pointe à l’horizon. L’islamophobie a abattu le masque dérisoire de la défense de la laïcité, elle apparaît désormais – et crûment – pour ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : un racisme anti arabes.

Alors certes, cette évolution à l’israélienne se comprend : de même que là-bas, la suite ininterrompue d’attentats et d’agressions en tout genre a provoqué une paranoïa qui a porté au pouvoir une coalition de droite (le Likoud) et d’extrême droite (les petits partis religieux), de même les pertes en vies humaine – sans précédent, près de 250 morts en un an et demi – hystérisent les Français et font exploser les dernières inhibitions éthiques qui empêchaient certains d’adhérer à la thématique lepéniste.

La droite « républicaine », à cet égard, se borne à suivre ses électeurs, voire les électeurs en général. Un sondage publié par le Figaro montre que 81% des personnes interrogées approuvent « un renforcement des contrôles et la limitation des libertés publiques ». De là, les délires d’un Guaino (installer des lance-roquettes sur les places), mais aussi et de manière beaucoup plus significative, les propos du député Éric Ciotti : « si vous aviez vu les cadavres sur la promenade des Anglais, vous ne me poseriez pas cette question (quid de l’état de droit ?). Parce que eux, ils n’en parlent plus de l’état de droit ».

Le signal est clair : si les gens veulent de la sécurité à n’importe quel prix, ils l’auront. Le pouvoir a bien perçu la dérive et paraît désemparé, « on bascule je ne sais pas où, mais on y va » murmure-t-on dans le staff élyséen. De toute évidence, le discours humaniste et rationnel devient inaudible. Le peuple n’a cure des « valeurs »…

Donc Trump – pardon Marine le Pen – l’année prochaine ? Sans doute pas, mais la tendance lourde ne saurait être ignorée : l’époque des droits de l’homme est bien révolue. La demande sociétale d’un sauveur qui prémunisse contre le risque de mort éclipse toute autre préoccupation.

Nulle manipulation dans tout ça (même si la caisse de résonance médiatique aggrave les choses), la trouille déferle sur la France. Ne compte plus que l’urgence de sauver sa peau.

Le risque étant, bien entendu, de perdre les deux : et la vie et – en prime – son honneur.

L’Europe au défi des populismes

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 août 2016. dans Monde, La une, Politique

Revue de Politique Etrangère de l’IFRI

L’Europe au défi des populismes

Le dossier principal de la Revue, cet été, s’annonçait de toute première importance, et fera du reste l’objet d’un prochain article (Moyen Orient, le nouveau « Grand Jeu »), mais notre propre Une de fin d’été, par sa composition et ses préoccupations se devait de cibler le sujet de Contrechamps : L’Europe au défi des populismes.

Deux forts articles dressent remarquablement l’état des lieux en ce domaine charriant les peurs de tout démocrate. Jean-Dominique Giuliani examine l’Union face à ces menaces, tandis que Georges Mink s’arrête sur le cas de l’Europe centrale, particulièrement la Hongrie et la Pologne.

Extrémismes, populismes, nationalismes à l’assaut de l’Europe

Leçon en tous points limpide et brillante, de Jean Dominique Giuliani, président de l’institut Robert Schuman et Européen convaincu, à l’optimisme non moins ardent. Le paradoxe est posé d’emblée : « L’Europe reste un modèle pour le reste du monde… et les sociétés européennes sont en proie à des doutes profonds ». C’est par ces failles, à l’œuvre depuis longtemps, que s’infiltrent les menaces actuellement affichées des populismes (opposant systématiquement le peuple aux élites, aux dirigeants et aux partis de gouvernement) et autres nationalismes (subordonnant tous les problèmes à la domination hégémonique de la nation).

Implantation grandissante dans le paysage européen de ces composantes menaçantes qui existent pour autant ailleurs dans le monde : depuis le début des années 80, du Parti autrichien de la liberté, à Le Pen au second tour de 2002, au Vlaams Belang belge, jusqu’au parti pour l’indépendance du Royaume Uni (et au Brexit d’hier)… Chemin d’ascension sinueux, de réussite à 2 chiffres aux élections, participation à des coalitions en marge des grands partis classiques, notamment conservateurs, mais pas seulement, jusqu’à leur visibilité actuelle en passe de devenir champions à part entière (Europe centrale, France, Royaume Uni, Finlande, Slovaquie, Autriche). L’image des populismes gagne en carrure et en puissance et se banalise dans l’opinion. Communication arc-boutée sur un discours antisystème, de rejet de « la classe dirigeante, fondé sur la proximité des politiques conduites quelles que soient les alternances ». Le « syndrome TINA – there is no alternative » étant assimilé à « tous pareils ».

Ces partis populistes se nourrissent évidemment des défauts de l’Union, fabriquant à un rythme industriel les europhobes, émergeant avec un discours brutal, du peuple des eurosceptiques. Imperfections de tous ordres, tant dans sa construction : son « refus de la puissance met à mal l’Europe dans les rapports de force internationaux », que dans son fonctionnement : « juridique, diplomatique et non politique, lointaine, inaccessible au commun des mortels… organisée à travers un rapport indirect à ses citoyens ». Plus de 30 partis populistes, nationalistes, extrémistes, pavoisent actuellement, amplifiant leur audience par les réseaux sociaux à la « parole libérée », et immédiate, surfant sur la Crise et montant en puissance exponentielle avec la peur des Réfugiés arrivant en Europe. C’est cette carte-là – un énorme potentialisateur – dit J-D. Giuliani, qui est la plus efficace pour effrayer, et forme la trame constante et porteuse de ces discours. Poids des images circulant en boucle, des peurs archaïques, des projections diverses d’« invasions ». On ajoutera au tableau l’arme des référendums utilisés de plus en plus, rêvés par les populistes et souverainistes comme substitut à la démocratie représentative, et ne seront pas négligés les « ennemis » supposés de l’Union, avec au premier titre, selon cet article, Poutine et la Russie, qui « n’aime pas l’Europe et a décidé de l’affaiblir par tous les moyens », argumentation qui mérite débat, mais qui est convaincante.

Dear British brothers,

Ecrit par Lilou le 09 juillet 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Dear British brothers,

Mais que vous est-il arrivé dans cette volonté affirmée de nous quitter ? Je réécoute en boucle depuis l’annonce du Brexit The Green Fields of France et ne vous comprends toujours pas… Me reviennent en mémoire nos batailles passées et nos arcs-en-ciel par tous les temps, overseas, dans notre si beau village du monde rien qu’à nous. Je nous revois souriant de nous tous aux 4 coins du monde où nous avons ferraillé d’amour, de bières et de rêves. Je vous revois amis de Bombay et de Curitiba, frère et sœur de burnt oak, compagnons de fortune de Twickenham ou d’Anfield Road, je ris éternellement de ces barriques de Stellenbosh descendues méthodiquement sous l’air diaboliquement bon de Don’t take me home et de celui si doux de Will Grigg’s on fire. Je songe à nos moqueries de Covent Garden et de Stonehenge où nous n’avions pas encore atteint l’âge de ne surtout pas rire de tout avant que de commencer à vieillir. Vous me l’avez toujours dit, je suis parfois plus Anglais que vous. Votre vote me confond dans une infinie rage de vous perdre dans nos communautés de valeurs.

1er juillet 1916, il y a un siècle exactement ou tout juste hier plus sûrement, à 7h28, commençait l’assaut furieux de la Somme. Je repense souvent à nos pèlerinages ensemble à Albert, à Thiepval, dans le Bois de Delville, puis le lendemain sur le Mort Homme et la Côte 304. Je me sens aujourd’hui bien seul de vous voir nous quitter au milieu de ces ruines et ces champs de souvenir qui me rappellent que nos ancêtres ont construit ensemble notre Europe. Je me sens très seul de constater que l’individualisme nationaliste béat, de ce contre quoi vos ancêtres ont combattu il y a 1 siècle, vient de triompher. Vous êtes partis en claquant la porte avec vos vociférations d’un autre âge et votre haleine pleine de haine contemplative. Je n’aime pas les portes qui se ferment, ni votre souffle à méchante haleine, cela me fait trop penser à des cœurs qui se brisent et à des marins de passage préférant Macao à Singapour…

Britons et frères vous fûtes, Britons et frères vous resterez. Mais bon, comprendrez-vous toujours que ce qui vous entoure, nous l’avons construit ensemble et que vous refusez d’en faire plus ? Et que cela m’est insupportable ?

With love, and forever yours… Deeply…

En Colombie la paix, et maintenant ?

Ecrit par Alexis Brunet le 09 juillet 2016. dans Monde, La une, Politique

En Colombie la paix, et maintenant ?

Suite à la signature historique du cessez-le-feu définitif entre le gouvernement colombien et les Farc, des doutes subsistent.

Dans un restaurant bon marché de Santiago de Cali, troisième ville du pays, on ne pouvait pas dire que l’émotion était palpable lors de la retransmission des accords de paix à la Havane, le jeudi 23 juin. Tandis qu’apparaissaient à l’écran Juan Manuel Santos, le président colombien, Rodrigo Londoño Echeverri alias Timochenko, dirigeant des Farc, Raul Castro, Ban Ki-Moon pour l’Onu ou encore Enrique Peña Nieto, président du Mexique, l’attitude des clients frôlait l’indifférence ou presque. Il est vrai que la veille, la Colombie était éliminée de la Copa America par le Chili.

Un traité de paix sans précédent

La signature de la paix de Santos souhaite pourtant mettre fin à plus de cinquante ans de guerre entre le gouvernement colombien et une guérilla bien ancienne, les Farc. D’inspiration dite marxiste, ce mouvement est officiellement né en 1967 de paysans fuyant la répression de l’armée. Dans un contexte où quelques dizaines de propriétaires contrôlaient alors les terres du pays et ses millions de paysans, et où toute action politique était réprimée par la force, il n’y avait malheureusement pas de grande alternative à la voie des armes.

Pendant cinquante ans, le gouvernement et les Farc se livrent alors une guerre sans merci, avec son lot d’horreurs et exactions. Huit millions de victimes en tout, dont le plus grand déplacement de population interne au monde (de nouveau depuis cette année, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés), et ce devant la Syrie. A la fin des années 80, un accord permet pourtant aux Farc de participer à la vie politique du pays. Les guérilleros retirent alors leurs treillis pour fonder le parti Union patriote. Mais la tragédie suivant son cours, ce dernier verra des dizaines de ses membres assassinés par des groupes paramilitaires, avec l’appui de certains membres du gouvernement.

La suite est un sanglant festival d’extorsions, enlèvements et massacres du côté des Farc, bombardements et massacres du côté du gouvernement. A quoi s’ajoute le rôle des paramilitaires, milices sanguinaires de citoyens garants de l’ordre, qui ont tué selon les estimations cinq fois plus de colombiens que les Farc, rappelons-le. Mais dans un pays où la censure médiatique n’a rien d’exotique, les outrances des Farc indigneront beaucoup plus l’opinion que celles des groupes paramilitaires d’extrême droite, qui sont moins relayées.

Et maintenant ?

Le traité signé le 23 juin à Cuba, après plus de trois ans de pourparlers, met en place un cessez-le-feu définitif entre le gouvernement et les Farc. Il a été conclu que ces derniers pourraient maintenant participer à la politique du pays de façon légale, sans les armes, et qu’ils livreraient toutes ces dernières à l’Etat sur une période de six mois, en vue de leur destruction. Si l’évènement a été éclipsé en France par le « Brexit », l’accord de paix est à juste titre à qualifier d’historique. Et dans un pays fort militarisé où en dix ans, près de 80 millions de dollars ont été dépensés dans la guerre, les sommes dégagées pourraient enfin servir à ce à quoi l’argent d’un Etat devrait avant tout servir : l’éducation, la santé, la culture et qui sait, subventionner des associations, voire des syndicats type CGT.

Sous le feu des projecteurs : l’Inde et ses viols collectifs

Ecrit par Martine L. Petauton le 02 juillet 2016. dans Monde, La une, Littérature

Sous le feu des projecteurs : l’Inde et ses viols collectifs

Depuis quelques années, les mots « viol collectif » sont, dans les média et l’imaginaire occidental, habillés à la manière indienne. Ainsi, ce grand pays dépassant le milliard d’habitants, crevant les records de croissance économique, nous inondant de ses produits made in India, dans une familiarité quotidienne ; cette Inde – foin de ses disparités multiples qui devraient nous faire dire : les Indes, serait un Janus modernité (morale ?) socio-économique, face aux archaïsmes de je ne sais quelles pulsions reculées particulières – tiens donc, à ces pays qu’on nomme « des Sud » après qu’ils aient si longtemps porté le drapeau du sous-développement tiers-mondiste. Rien de bien net, de fait, pense-t-on à l’envi, dans ces gens là, en mutation de tous poils. De là, à dire : que du normal ; un pas, pas plus.

Pourtant les données chiffrées semblent chanter autre chose, puisqu’il apparaît qu’une femme en France serait violentée toutes les 7 minutes, pas loin de ça pour les femmes américaines ou britanniques, tandis que nos Indiennes le seraient toutes les 20 minutes…

Alors, loupe médiatique ? Agencement complotiste politique ? Il y a certes de l’installation de représentations nouvelles et pas forcément bienveillantes ni honnêtes sur un tissu ancien où moulinait la femme, la caste, et même l’épouse jetée sur le bûcher mortuaire du mari, qui traîne dans les opérettes. Cependant… La montée considérable des faits de nature agression sexuelle est réelle, croisant du reste les villes dites modernes aux campagnes reculées. Pour autant, les motivations ou les formes sont différentes. Depuis 2012 (une femme violée dans un bus à Delhi, décédée de ses blessures, entraînant les plus importantes manifestations de rues de l’Inde actuelle), les agressions ont proliféré ? ou, bien plus, ont été rendues publiques, au même rythme que les articles, reportages et lois (durcissement des sanctions en 2013). Prise de conscience assez formidable de femmes et d’hommes qui « bougent » et font bouger, partout sur l’immense sous-continent. Avec plus ou moins de réussite, des reculs, mais aussi une dynamique que nous ferions bien d’étayer et d’encourager. La démocratie indienne en marche est à ce prix et a besoin de tous.

 

Avec l’autorisation de La Cause littéraire : Treize hommes, Sonia Faleiro, Actes Sud, 2016

Un furieux désir de referendum

Ecrit par Martine L. Petauton le 25 juin 2016. dans Monde, La une, Politique, Histoire

Un furieux désir de referendum

23 Juin 2016 ; c'est fait – et, à l'inverse des derniers sondages, Great Britain a posé son « out », son « leave » aux sonorités d'amour déçu, sur la table, la nôtre. Une histoire démarrée en 1973 – le Moyen Age – prend un tournant. Pour des Anglais non nantis de tous horizons, apeurés du fond de leur île, «  leur ennemi c'est la finance », et à la mer, la City. Pour l'UE, l'effet domino est probablement le danger le plus évident. Début en langue française dès cette nuit, par la voix d'une Marine Le Pen, exigeant un France(exit) dans l'instant.  Car, dans la foulée, fleurit de-ci, de-là, un goût prononcé pour entrer dans cet exercice, qui vient d'accoucher en Angleterre, vieux comme le monde contemporain mais à la couleur  furieusement rajeunie : « referendumer », comme naguère on partait herboriser à la saison des pollens. Et, comme souvent, quand on s’entiche de ce qu’on baptise novelleté, foin de tous les autres outils…
Enfin, dire « soi-même » ce qu’on veut, ce qu’on pense de… ailleurs que  chez soi, ou à son bureau, autrement qu’au comptoir – petit blanc ou café noir. Être consulté, bref exister… sur une idée, un projet, pas une simple binette à poser sur un banc, sec et propice à la sieste – au fond de l’amphithéâtre mystérieux, comme hors du réel – d’une Assemblée législative quelconque. Brandir son moi dans son vote. « Referendumer » ; yes or no ? Il faut prendre en compte – en ce domaine, comme en plein d'autres, dans nos sociétés européennes bousculées, ces pulsions, ces emballements, ces désirs de, sans queue ni tête pour autant, qui ne s'arrêtent plus à la raison adulte et réfrénante leur disant – attention !  - On y va, on verra bien, on marche ! répondent des foules de révoltés, d'indignés aux sauces infinies, voulant tout et son contraire, tout de suite, et d'abord qu'on les entende ! D'où le formidable envol de l'envie de referendum ; comme au Mac Do, quelque chose d'une nourriture, quoi ? moins net. « Referendumer », être citoyen, à bas coût.
Rêve au plus profond de chaque citoyen, considéré en son chacun comme suffisamment important pour qu’« On » le regarde de là-haut et qu’on lui demande – enfin – son avis. Referendum ; du mot « referre » en latin, rapport ; ce qui doit être rapporté. Votation populaire pleine qui n’aura d’effets que si le « oui » l’emporte. Décisionnel, et non simplement consultatif, ce procédé fréquemment présent dans la boîte à outils des démocraties contemporaines, mais pas toujours ; utilisé au « coup par coup » et non ritualisé dans le mécanisme institutionnel, le referendum semble gagner en valeur en ce début XXIe, en Europe, notamment. Est-ce parce que nos « vieilles » démocraties représentatives perdent, elles, en lustre, s’étiolent, rentrent dans une ombre terne, que la montée des violences politiques et de l’abstentionnisme corroborent un peu partout ? Incontestablement. Au diapason aussi de ces rêves à allure de vertiges, de pouvoir fort – à tout le moins d’autorité martelante – qu’on ne peut qu’entendre, partout.

Le coût du statu quo et les attaques contre la démocratie

Ecrit par JCall le 25 juin 2016. dans Monde, La une, Politique

Le coût du statu quo et les attaques contre la démocratie

Un « statu quo » plus dangereux que jamais
La Guerre des six jours, en juin 1967, fut d’abord pour Israël une guerre d’autodéfense, face à une coalition arabe qui menaçait l’existence du pays et ses habitants. Mais ce fut aussi, par la force des choses, une guerre de conquête au terme de laquelle l’armée israélienne dirigée par le général Itzhak Rabin acquit le contrôle de territoires situés au-delà de la « ligne verte » définie par les accords d’armistice de 1949.
Certains de ces territoires furent ensuite évacués par Israël : le Sinaï, restitué à l’Égypte suite à l’accord de paix signé en 1978 par le premier ministre israélien Menahem Begin et le président égyptien Anouar El Sadate, et la bande de Gaza, évacuée unilatéralement en 2005 à l’initiative du gouvernement que dirigeait Ariel Sharon. On attend toujours l’homme d’État israélien qui sera capable d’effectuer le retrait de Cisjordanie et le partage de Jérusalem, parachevant le processus de paix israélo-palestinien lancé en 1993 sous la direction du vainqueur de 1967, Itzhak Rabin.
À ceux qui croyaient que Benyamin Netanyahou pourrait être cet homme-là, en vertu de l’adage selon lequel seul un dirigeant issu de la droite peut effectuer les concessions que la droite avait précédemment dénoncées, l’épreuve des faits a jusqu’ici apporté démenti sur démenti. Non seulement l’actuel premier ministre n’a jamais su prendre les décisions qui s’imposaient, mais il s’est lancé – et a lancé le pays – dans une course en avant folle et, à certains égards, suicidaire. Le maintien de l’occupation fait que bientôt Israël sera confronté à une alternative désastreuse : soit devenir un État où les Juifs seraient minoritaires dans leur propre pays, soit mettre en place un régime discriminatoire qui déshonorerait Israël et le transformerait en une arène de guerre civile.
La récente initiative française appelant à l’organisation d’une conférence internationale avant la fin de l’année avec la participation des Israéliens et des Palestiniens – initiative que nous avons soutenue dès son annonce et qui est devenue, après avoir reçu le 20 juin le soutien du conseil européen des affaires étrangères, une initiative européenne –, et simultanément des essais de réactivation du « Plan de paix arabe », auraient pu donner au gouvernement israélien une occasion ou un prétexte pour changer sa ligne de conduite. Hormis une tentative rhétorique de « jouer » l’une des initiatives contre l’autre, M. Netanyahou n’a pas saisi la perche qui lui était tendue. Il a exprimé quelques vagues assurances à destination des médias internationaux, tout en envoyant des messages de fermeté à l’usage du public israélien.
M. Netanyahou apparaît ainsi comme un adepte du procédé que l’on a longtemps reproché – à juste titre – aux dirigeants palestiniens : tenir des discours différents à des publics différents. Naftali Bennett qui « marque » Netanyahou à droite en espérant prendre un jour sa place, a cruellement insisté sur ce point quand il a déclaré : « On ne peut pas être pour Eretz Israël [dans le langage de Bennet, cela signifie « pour l’intégrité d’Eretz Israël », c’est-à-dire pour la pérennisation de l’occupation] en hébreu, et mettre en place l’État de Palestine en anglais ». Commentant cet échange, le quotidien israélien Haaretz publiait le 7 juin un éditorial intitulé « Netanyahou parle en hébreu », qui s’achevait sur ces mots : « Si Netanyahou veut que nous le croyions, il doit dire à la population ce qu’il a l’intention de faire ». On ne saurait mieux souligner l’ambiguïté qui est aujourd’hui le signe distinctif de la politique israélienne. Une ambiguïté dont les Palestiniens – et, dans le long terme, les Israéliens – paieront le prix.

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