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Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 avril 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

Parce que l'homme, on peut l'espérer, est aussi bâti de mémoires, celles des grandes guerres, des Hiroshima et du Viet Nam, celle – si près, si loin peut être, des villages kurdes de Sadam, de Damas, enfin – été 2013, en Août, au mitan des plages, quand la bagatelle des 1500 morts – déjà Sarin,  s'étala en une et, que la voix de Hollande – notre honneur - fut hélas seule à tonner.

Alors, ce coup-ci ( car Bachar-l'infâme glisse ses horreurs de coup en coup, du moment que ça bouge pas trop ; tuant comme un sale gamin qui profite de ce qu'on ne le voit pas à la récré), après Alep cet hiver, l'entrée dans l'été par l'aspersion d'un quartier dit « rebelle » au Sarin – 10 mm sur la peau suffisant à  provoquer des séquelles définitives.

 En finir avec un nid d'opposants ? Impressionner un adversaire qui n'en finit pas de mourir ? Ou voir et mesurer la capacité – la volonté - de résistance des autres en face, cet « Occident » globalisé... Le cerveau tordu de Bachar Al Assad n'en finit pas de nous sidérer.

Même scénario, ou peut s'en faut, qu'en 2013, profitant pour avancer de quelques cases sur cet échiquier de malheur, d'une situation internationale  devenue d'une autre teinte : l'appui, pensé sans doute sûr de la Russie et de l'Iran ; le changement Obama / Trump ; le premier étant vécu comme couard incapable de quitter sa tanière ; le nouveau ayant eu il y a peu, d'amènes propos sur Bachar, comme à vrai dire sur tout dictateur ; l'UE au pire de sa « décomposition  démocratique », Hollande sur le départ ; une Le Pen quelque peu fascinée, sous l'égide de son mentor en géopolitique , Poutine. Bref, un excellent créneau.

C'était sans compter avec, ce qui, de fait, est presque le seul vrai tangible de l'élection surprise de Donald Trump ; sa santé mentale. On le sait – un peu tard - l'homme est un narcissique médical, prisonnier de coups de sang non maîtrisés et d' affects désordonnés. Un compulsif aux manettes. Revoyez ces dernières 48 h : les images – beaucoup d'enfants - accompagnant les faits circulent en boucle sur les chaînes d'infos – seules validées par la Maison blanche. Choqué, bombardé d'émotionnel, Trump sombre – comme nous tous, mais d'une toute autre place - dans un compassionnel déchaîné et immédiat, et décide, que contrairement à tout ce qui a accompagné et fait sa campagne et sans doute son succès, on allait « sortir » de chez soi, armé de pied en cap et « intervenir ». Ce qui signifie d'habitude, quand on est un chef d'état, un protocole, éloigné de toute précipitation. On consulte les instances internationales, on essaie  de convaincre le conseil de sécurité ( ce qu'a fait du reste sa ministre, photos à la main), on consulte, à tout le moins on avertit ses alliés ( F. Hollande baragouine en regardant ailleurs, qu'il a ( aurait) été prévenu 1 h avant, ce dont on peut douter, à peser son mécontentement visible). Or, là, intervention en solo pur des États Unis, au débotté. Foin de la coalition ; quelle coalition ?? Attaque aérienne ciblée, certes, mais dans la foulée, autant dire, réaction « personnelle » du compulsif, pas mécontent dans le champ militaire, comme dans quelques autres depuis son élection, d'utiliser tous les jouets que le pouvoir lui a remis. J'entends ça et là quelques trémolos sur le Trump nouveau ; on me permettra d'y voir le même. Exactement, et dans un « jeu » qui peut légitimement inquiéter.

Pour autant, et comme en géopolitique, la fin compte bien autant que les formes et les moyens, faut-il attendre de vrais résultats des évènements du jour ? De nature, par exemple à infléchir le cours de la guerre en Syrie, voire de reposer les rapports internationaux ? Assad reculant, transi de peur, et préparant ses valises ? Probablement pas, d'autant que l'allié russe – l'Iranien, pas moins, s'est immédiatement porté à son secours, convoquant le post factuel, en renversant le récit – ce seraient les rebelles qui couveraient de tels entrepôts de gaz...

Quant à ceux à qui plaisait – le Munichois étant une espèce consubstantielle à l'homme, et hélas éternelle – l'idée d'une planète où les Grands, USA, Russie, se seraient « entendus », vaille que vaille, ces évènements là sont de nature à les faire déchanter.

L'avenir demeure donc  bien embrouillé, sur le théâtre syrien et j'entendais, hier, notre précédent ministre des Affaires étrangères – Laurent Fabius, un très bon cru ! commentant les évènements du sinistre Août 2013, en ces termes : - plusieurs hypothèses se présentent ; toutes se discutent avec les autres ;  parmi elles,  il n'y en a qu'une que je réfute absolument, celle qui dirait qu'il ne faut rien faire...

Décompositions démocratiques Revue de Politique Étrangère de l’IFRI

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Décompositions démocratiques Revue de Politique Étrangère de l’IFRI

Remarquable(s) contenu(s) pour ce numéro de printemps de PE. Deux très forts angles d’attaque sur des préoccupations de chacun de tout premier plan : les décompositions démocratiques – Europe et USA, et la Russie, ou plutôt nous et la Russie. Les deux dossiers étant fondamentaux, ce sera donc deux recensions pour Reflets du temps, cette semaine et la suivante.

Quatre articles nourris sont consacrés à ces « décompositions démocratiques », titre fort pertinent, dont tous les jours ou presque, on entend le bruit de la menace, des peurs qui accompagnent, plus peut-être que les analyses distanciées. D’où le précieux du dossier.

Laurence Nardon(Trump et la crise de la démocratie américaine), spécialiste des USA, cale son téléobjectif dans les recoins d’une Amérique devenue Trumpiste. Elle revient sur les causes de ce qu’on présente comme « l’échec du système politique américain avec l’élection de cet homme d’affaires à la personnalité narcissique et impulsive », prouvant que de fait le dysfonctionnement était à l’œuvre depuis plus d’une décennie, par les institutions et le rôle de l’argent. Blocage du mécanisme de séparation des pouvoirs, morcellement du paysage médiatique, et montée en puissance des réseaux sociaux, dérive droitière du parti républicain, tandis que les démocrates évoluaient, eux, vers la gauche, « captation du processus démocratique par les plus riches, et mobilité sociale entravée, au point que la société serait aussi inégalitaire à présent qu’à la veille de la crise de 29 »… C’est donc sur ce « terreau » que les thèmes populistes et protestataires de Trump ont pu prospérer auprès de petits blancs déclassés, subissant de plein fouet les effets de la désindustrialisation, et goûtant aux thèmes identitaires. Fort intéressante est l’analyse d’un éventuel « fascisme » de l’épopée Trump, « révolutionnaire » en période 1, puis réactionnaire et conservateur, une fois au pouvoir. Les références historiques ne manquant pas, les éléments comparatifs, ailleurs qu’aux States, s’invitant presque naturellement dans la lecture, l’outil de réflexion sur notre réel que propose L. Nardon devient d’une brûlante actualité, en associant Trump et son élection au « post verity », soulignant notamment combien les faits (qu’on dit d’usage têtus) semblent n’avoir que peu d’importance au regard du récit véhiculé par Trump lui même. Et l’Europe et notre campagne présidentielle de s’afficher en fond d’écran…

Sabine Sauruggers’attaque à un gros morceau, celui de L’Union Européenne (Crise de l’Union Européenne ou crises de la démocratie ?). Utile déroulé historique démontrant que les crises de la démocratie sont anciennes dans l’UE, que les choix ont privilégié le recours aux experts, et les politiques de régulation, que l’élection du Parlement européen, et la complexité aggravée des institutions, n’ont pas enrayé l’abstention des Européens électeurs (58% en 2014). La citoyenneté européenne a été mal saisie et a mal fonctionné. La volonté d’inclure d’autres acteurs non étatiques, économiques et civiques, par exemple, originalité qui aurait pu déboucher sur une démocratie associative, n’a que peu réussi. Bref, l’UE, contrairement à l’image que nous véhiculons, ou qu’on veut nous donner, a tenté de remédier à ses difficultés. Europe vivante jusque dans ses maladies. Ce qui creuse si dangereusement son déficit démocratique actuel c’est « la politique d’asile et d’immigration, et le système économique et financier », autant dire la perception de la « passoire » et du « gouffre ». Il nous suffit de voir à quel point l’image dégradée de l’Union, son utilité interrogée, alimentent les colères des partis protestataires, « chez nous », et ailleurs, pour comprendre que la partition raisonnable et hiérarchisée entre fantasmes et réalité risque d’avoir du mal face aux opinions : « dès lors que la démocratie est critiquée et rejetée dans ses fondements mêmes, les perfectionnements apportés au système démocratique ne suffisent pas à susciter l’adhésion citoyenne ».

« Orban et le souverainisme obsidional » est le sujet décliné par Paul Gradvohl, élargissant son propos à la Pologne et la Tchéquie. Obsidional se disant d’une ville assiégée, on a là une composante d’impression de menaces extérieures, se « consolant » par le recours à un passé mythique et s’articulant à des pratiques des temps communistes, sans négliger des résurgences religieuses chrétiennes. « Exceptions propres à l’Europe centrale, ou éléments précurseurs qui se diffusent ailleurs ? », voilà la problématique de l’article, examinant le retour au passé et l’identitarisme forcené (« l’humain n’est plus le nord magnétique, il est remplacé par le national ») qui renforce la politique férocement anti-réfugiés. Est observée l’importance de la paranoïa face aux média ; est souligné dans les heures récentes le rapprochement économique avec la Russie. Autre façon de narguer et de s’éloigner de l’UE, à laquelle on est pourtant rattaché ! L’auteur, dans une longue conclusion, appelle à soutenir les résistants d’Europe centrale (« le contrat Hongrois nucléaire avec la Russie pourrait être bloqué »), et demande à l’UE une vigilance particulière face à ces territoires du souverainisme obsidional.

Place de la laïcité dans la République et la position des partis à l’égard des tentations communautaristes

Ecrit par JCall le 01 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Rencontre avec Laurent Bouvet, cofondateur et animateur du Printemps Républicain, mardi 28 mars à 20h30 au Cercle Bernard Lazare

Place de la laïcité dans la République et la position des partis à l’égard des tentations communautaristes

La question de la place de la laïcité dans la République et la position des partis à l’égard des tentations communautaristes font partie des sujets qui sont au cœur de la campagne présidentielle.

Pour nous éclairer sur ces questions, JCall organise mardi 28 mars à 20h30 au Cercle Bernard Lazare, 10 rue St Claude dans le 3ème, une rencontre avec Laurent Bouvet, cofondateur et animateur du « Printemps Républicain », mouvement de citoyens « déterminés à défendre et promouvoir, dans le débat public, la République et ses principes : l’égalité, la laïcité, la solidarité et la souveraineté ».

Laurent Bouvet est Professeur de Science politique (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et codirecteur du master « Métiers du politique et gouvernance territoriale ».

Observateur actif de la scène politique, Laurent Bouvet intervient souvent dans les médias et les réseaux sociaux, pour analyser et commenter les mutations douloureuses des différentes composantes de la Gauche française, et en particulier ses compromissions communautaristes.

Il publiera son dernier livre La Gauche zombie (Lemieux Editeur) le 21 mars.

Parmi ses ouvrages précédents : L’Insécurité culturelle (Fayard, 2015), Le Sens du peuple (Gallimard, 2012), Le Communautarisme. Mythes et réalités (Lignes de Repères, 2007).

Vous pouvez le retrouver sur son blog https://laurentbouvet.net/

 

CBL, 10 rue Saint Claude, Paris 75003 (M° St Sébastien-Froissart).

PAF 5 €. Entrée gratuite pour nos adhérents à jour de leur cotisation.

Réservations indispensables à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Rejoignez-nous et donnez-nous les moyens de développer notre action

http://fr.jcall.eu/adhesion

JCall, le réseau juif européen pour Israël et pour la paix, est une initiative de citoyens juifs européens favorables à la solution « 2 Etats pour 2 Peuples ».

Profondément attachés à l’existence et à la sécurité d’Israël, ils voient dans la poursuite de l’occupation en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est une menace pour l’identité de cet Etat.

Ils sont à l’origine de l’Appel à la Raison lancé au Parlement Européen le 3 mai 2010 et signé depuis par près de 8000 personnes dont Daniel Cohn-Bendit, Alain Finkielkraut, Bernard Henri Lévy, (…).

Voir le texte de l’appel et nos informations sur notre site http://www.jcall.eu

JCall France :

Web : http://www.jcall.eu

Facebook : page « JCall »

Mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Adresse postale : JCall, 21 rue des Filles du Calvaire, 75003 Paris (France)

 

Mimoum… Macron et Mimouna : Les trois « M »+1

Ecrit par Ahmed Khettaoui le 25 février 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Mimoum… Macron et Mimouna : Les trois « M »+1

Dans une déclaration à la presse nationale et internationale, lors de sa visite récemment à Alger, Emmanuel Macron qualifie officieusement les crimes du colonialisme français en Algérie comme « actes de barbarie » intolérables sous des gants en soie et en fer, avant d’assommer la salle de conférence de l’Hôtel Aletti à Alger par cette multi-déclaration à double sens…

Citation : Macron – « La France a importé la déclaration universelle des droits de l’Homme en Algérie, mais elle a oublié de la lire ».

Je tiens à signaler dans tout cela que je ne suis ni politologue ni élu à la présidentielle. Je suis qu’un humble digne prénom classique, traditionnel, qui s’ajoute à Mimoun, ce dernier qui veut dire en langage courant algérien : présage ou chance.

Une voix de l’autre rive s’éveille. Elle s’échauffe tel un joueur remplaçant dans une compétition de Rugby : lance dans un cri strident, qualifiant cette déclaration « d’indigne ».

La polémique n’est pas du tout là, tant elle est ailleurs et autrement.

Dans le mythique et la mémoire populaire orale algérienne, notre patrimoine honore et qualifie Mimouna comme étant héros de la naïveté et la sérénité, voire la candeur. Sa traduction en français : Mon Seigneur me connaît et moi je digne à mon Seigneur et je le connais ». Avec cette répétition styliste simple, je traduis cette phrase de Mimouna adressée à son Seigneur et le nôtre.

Mimouna « la naïve » ; cette servante spirituelle, en outre, n’a jamais pratiqué la politique ni la démagogie… Elle faisait toutes ses pierres à base de cette simple phrase, telle une marmite à une seule « sauce » qui se répète à chaque « cuisson » ainsi que son ablution.

Chez les vieux illettrés chez nous aussi, on entend souvent ce mot « macro » qui se répète à chaque fois, signifiant chez eux : malin… or, sa signification et utilisation désignent autre chose.

En somme : Mimoum, Mimouna et mon imaginaire qualifient tout mon bavardage sus cité par un autre « bavardage » voire un soulèvement de sable et d’herbes par des lièvres et qui s’appelle tout simplement selon leur échelle compréhensive, méditative, « campagne électorale », soit ici, ou dans l’autre rive de ce bassin méditerranéen.

Ces 3 « M »+moi, porteurs de turbans, ne connaissent ni « Groupe des huit » ni groupe des sept… ou en abréviation : G8 et G7.

Point à la ligne.

Méditerranée, mer de toutes les crises ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 18 février 2017. dans Monde, La une, Politique

Revue de Politique Étrangère de l’IFRI, Hiver 16/17

Méditerranée, mer de toutes les crises ?

« Méditerranée, une idée d’empire. Du Mare Nostrum romain à l’empire européen sans frontière, qui s’imagine aujourd’hui rongé par les vagues de migrants ».

Formidable sujet que celui de la revue d’hiver. Un espace maritime et ses rives, brassant toute l’Histoire au carrefour de civilisations de première importance, comportant les zones sensibles où bat le plus dangereusement le pouls de la Géopolitique actuelle, charriant les flux de populations, migrants fuyant les guerres ou émigrés clandestins, par voies de terres et bien plus de mer, qui donnent à la Méditerranée cette représentation de tombeau – 10000 morts depuis 2014 – qui pour la plupart d’entre nous signe indéfectiblement cet espace géographique. Méditerranée, zone de tous les dangers, malheurs, et, pour certains, menaces ? Réalité, qui, comme tout ce qui porte un tel niveau de crises, véhicule son lot de fantasmes et de représentations approximatives ou fallacieuses.

Aussi pouvons-nous être particulièrement reconnaissants à la revue PE, qui, tout en mettant sur la table l’état le plus pointu des savoirs géographiques, historiques, géopolitiques, aborde également ce sujet, vaste et mouvant, par des faces moins connues, pour autant parfaitement pertinentes, et garantes de mieux armer nos connaissances. Méditerranée ; a priori, du « connu » ? A voir.

6 solides et copieux articles se partagent ces regards croisés sur La Méditerranée, mer de toutes les crises ? Le point d’interrogation n’étant pas rien dans la problématique. Jean-François Daguzan place d’utiles jalons d’entrée :« Les politiques méditerranéennes de l’Europe : trente ans d’occasions manquées ».

« Jamais le fossé n’a été  plus profond entre les rives de la Méditerranée alors que se dresse un mur physique et mental qui a pour nom : terrorisme, réfugiés, conflits ». L’auteur place le sommet de Barcelone 1995 comme l’ambition type et le ratage classique d’unir le destin de l’UE en plein élargissement et de certains pays riverains, s’étendant jusqu’à Israël, la Palestine, la Mauritanie, la Jordanie, excluant la Lybie. Objectifs de paix, dans cette après-guerre froide, et de coopération économique, se donnant à l’horizon 2020 la possibilité d’une zone méditerranéenne de libre échange (Shimon Pérès en était l’un des inspirateurs, au nom du « New Middle East »). L’échec à venir à bout du conflit Israélo-Palestinien fut une des grandes raisons de sa paralysie. L’UE se rabattit sur « une politique de voisinage » en 2003, ensemble de partenariats bilatéraux entre l’Europe et les pays de la zone méditerranéenne. Dès son arrivée au pouvoir en 2007, N. Sarkozy mena « L’Union pour la Méditerranée », dont l’échec vint d’une volonté affichée de contourner la domination allemande, et de repousser aux calendes l’adhésion de la Turquie. Comme on descendrait des marches, ces stratégies passent, voit-on, d’ambitions de haute voilure, à de « simples » et habituels contrats de coopération entre l’UE et les Etats. Les Révolutions arabes de 2011 changent totalement la donne – les interlocuteurs ont changé, le terrorisme islamiste, et son volet sécurité, colorent tout. En 2016, une nouvelle politique méditerranéenne est amorcée ; on baigne encore dans cette séquence. Plus large, elle s’ouvre vers le Golfe et le Sahel, plus attentive aux nouvelles donnes, le défi démographique, les migrations, le climatique. L’article souligne les défauts réitérés d’une UE menant le bal, dans un modèle de toute puissance, n’ayant pas suffisamment saisi les changements structuraux de ses partenaires méditerranéens (ainsi, d’Israël bunkerisé, de l’Egypte paralysée, de la Tunisie aux prises à ses équilibres, de la Turquie renvoyée dans un rôle de frontière). La puissance supposée de l’UE s’effrite du coup en méditerranée, et montent les voix des pays du Golfe, notamment, sans compter la Chine.

JCALL : Une loi de régulation immorale, contraire aux valeurs du judaïsme et antidémocratique

Ecrit par JCall le 18 février 2017. dans Monde, La une, Politique

JCALL : Une loi de régulation immorale, contraire aux valeurs du judaïsme et antidémocratique

La loi dite de régulation qui vient d’être votée par la Knesset légalise rétroactivement des constructions jusqu’alors illégales implantées sur des terres privées palestiniennes, et trace le cadre juridique de futures expropriations. Elle marque une rupture fondamentale en ce que – pour la première fois depuis l’annexion de Jérusalem – la majorité parlementaire israélienne légifère sur des territoires palestiniens, hors de ses frontières internationalement reconnues. En poursuivant dans cette voie, c’est vers la dissolution d’un État d’Israël juif et démocratique que s’acheminent les dirigeants israéliens.

La condamnation internationale a été unanime, y compris du côté des amis traditionnels, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, France, Suisse, Pays-Bas, etc., et plus largement de l’Union européenne par la voix de Federica  Morgherini. Benjamin Netanyahou n’en a sans doute pas été surpris, lui qui était initialement opposé au vote de la Knesset, comme par ailleurs de nombreux experts juridiques et sécuritaires.

Vouloir pérenniser et légaliser l’occupation, c’est détruire la base même du projet sioniste originel : construire un État pour le peuple juif sur des fondements démocratiques et humanistes. Comme l’a indiqué le procureur général Avichai Mandelblit, le texte ne résistera probablement pas à l’examen constitutionnel de la Cour suprême, auprès de laquelle un recours a déjà été déposé par 2 ONG israéliennes et 17 municipalités palestiniennes.

JCall condamne l’adoption de ce texte et appelle les institutions et organisations juives européennes à se faire entendre, à l’instar des nombreuses associations juives américaines, lesquelles n’ont pas hésité à exprimer publiquement leurs plus extrêmes réserves face à une loi qui, si elle était définitivement adoptée, serait immorale, contraire aux valeurs du judaïsme et antidémocratique.

2) A noter, le lundi 27 février à 20h30, notre rencontre avec Mahmoud Hussein (Bahgat El Nadi et Adel Rifaat) à l’occasion de la parution de leur livre Les musulmans au risque de Daech, chez Gallimard.

Les musulmans au risque de Daech

Bahgat El Nadi et Adel Rifaat, qui signent du pseudonyme commun de Mahmoud Hussein, ont consacré plusieurs ouvrages-clés à réfuter le dogme de l’imprescriptibilité coranique. Selon ce dogme, puisque le Coran est la Parole de Dieu et que Dieu est infaillible, chacune de Ses paroles est vraie partout et toujours. Or, nous disent nos auteurs, la Parole de Dieu se présente comme un dialogue entre Ciel et Terre, elle s’implique dans le temps et certains de ses versets ont une portée strictement circonstancielle…

Ils viendront débattre avec nous de cette question, cruciale pour la compréhension de l’islam d’aujourd’hui.

De nouveaux concepts politiques : postfaktisch, postfactual, posttruth

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 janvier 2017. dans Monde, La une, Politique

De nouveaux concepts politiques : postfaktisch, postfactual, posttruth

Le 19 septembre dernier, suite au dramatique recul de la CDU face à l’AfD (Alternative für Deutschland, extrême-droite) aux élections régionales, à Berlin, Angela Merkel concédait : « On a dit récemment que nous vivions en des temps postfactuels (postfaktischen Zeiten), ce qui veut dire que les gens ne s’intéressent plus aux faits, mais se contentent de suivre leurs sentiments ». Désolée, la chancelière ? Non ! Bien au contraire : « de mon côté, ajoutait-elle, je veux rester fidèle à mon sentiment absolument sincère que nous sortirons de cette phase – à n’en pas douter compliquée – dans un état meilleur que celui où nous étions quand nous y sommes rentrés ».

Émoi dans le landernau politico-médiatique. Der Spiegel se fend d’un article courroucé, Gouverner à la mode postfactuelle : « les humeurs et les sentiments ont davantage d’influence sur la réalité politique que les vérités », déplorait le prestigieux hebdomadaire. Éloge de l’irrationalité ? Voire de la folie ?

 Ce n’est pas la première fois que la politique joue sur les affects, on sait depuis Spinoza que pour diriger la multitude il ne faut pas s’appuyer sur la raison ; mais cette sentimentalité déraisonnable était admise comme un mal nécessaire, inévitable et non pas revendiquée. Merkel ainsi a ouvert une brèche en se ralliant indirectement à ceux – les populistes – qui jouent sur les passions et sur les peurs : elle « comprend », sinon leur idéologie, du moins leurs méthodes.

Mais d’où donc vient le terme ? Pour les Oxford Dictionaries, post truth (la « post vérité ») est le mot de l’année 2016. Casper Grathwohl, le président des Oxford Dictionaries, le définit comme suit : « concept décrivant les circonstances où les faits objectifs influent moins sur la formation de l’opinion publique que les sentiments et les croyances personnelles ». Le vrai, de la sorte, cèderait le pas au vraisemblable, « les médias sociaux, continue Grathwohl, étant devenus la source principale d’information, l’on assiste à une méfiance grandissante vis-à-vis des faits présentés par l’establishment ».

L’actualité de l’automne le confirme. Ainsi Donald Trump avoue, sans ambages, se fonder sur ce qu’il « sent comme vrai ». Suscitant en retour l’ire du célèbre The Economist : « les mensonges d’hommes comme M. Trump ne cherchent pas à convaincre les élites, mais à renforcer les préjugés ».

Autre exemple : lors de la campagne du référendum britannique sur la sortie ou le maintien de la Grande Bretagne dans l’Union européenne, les remainers, ceux qui voulaient rester dans l’UE, s’attaquèrent aux exagérations des leavers, les partisans du Brexit, pour qui – entre autres contre-vérités – la présence du Royaume Uni au sein de l’UE coûterait au pays près de 350 millions de livres sterling par semaine, assertion totalement inexacte. Mais plus ils dénonçaient cette inexactitude, plus ils renforçaient l’hostilité des électeurs à l’égard de l’Europe, par la simple répétition du chiffre mensonger ! « La fragmentation des sources d’information, conclue The Economist, a créé un monde atomisé dans lequel le mensonge, la rumeur et les médisances se répandent à une allure alarmante ».

JCALL - Nous soutenons la conférence internationale de Paris sur le Proche-Orient !

Ecrit par JCall le 14 janvier 2017. dans Monde, La une, Politique

JCALL - Nous soutenons la conférence internationale de Paris sur le Proche-Orient !

Après toutes ces années où se sont succédé entre Israéliens et Palestiniens négociations avortées et périodes de violence, nous accueillons favorablement toutes les initiatives dont l’objectif est de faire progresser une solution à ce conflit. C’est pourquoi nous soutenons l’initiative française de réunir à Paris, le 15 janvier prochain, pour la seconde fois, une conférence internationale sur le Proche-Orient, en présence et avec le soutien de représentants officiels de 70 pays, dont beaucoup de ministres des Affaires étrangères.

L’absence à la précédente séance de cette conférence, en juin, de représentants israéliens et palestiniens était peut-être une étape nécessaire, dans un premier temps, pour permettre aux différentes commissions d’avancer dans leurs travaux, compte tenu du degré de méfiance réciproque existant entre eux, et de leur incapacité, de part et d’autre, à accepter les compromis nécessaires à une solution. Il est regrettable que cette absence persiste lors de la prochaine rencontre car il est évident pour tout le monde, et en premier lieu pour les organisateurs, qu’il sera difficile d’avancer sans la présence des principaux intéressés, qui sont les seuls en mesure de résoudre le conflit.

Depuis le temps que des négociations ont été menées, les paramètres d’une solution sont connus de tous. Cette conférence aura le mérite de s’efforcer de les formaliser afin qu’ils puissent, le jour venu, servir de cadre de référence aux futurs négociateurs. Elle définira aussi l’engagement international pour accompagner les protagonistes dans un processus qui sera long et compliqué. Cet engagement aura, on le sait, des dimensions d’ordre économique et sécuritaire qui seront sans doute indispensables pour qu’Israéliens et Palestiniens tentent enfin le pari de la paix après avoir pris si souvent celui de la guerre.

Il est dans l’intérêt d’Israël, comme  dans celui de la future Palestine, que soit mis fin à un statu quo qui est en train de compromettre lentement la solution à deux États et est source, au sein des deux populations, d’un désespoir dont s’alimentent les extrémistes de tous bords.

La communauté internationale a sur d’autres conflits, on le sait, trop souvent brillé par son absence et son manque de volonté. Comment pourrait-on aujourd’hui lui faire le reproche de prendre une telle initiative, avec le soutien de pays alliés et amis d’Israël ? Donnons à cette conférence toute sa chance.

Au-delà de quelles limites la présence de Juifs est-elle une « occupation » ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 07 janvier 2017. dans Monde, La une

Au-delà de quelles limites la présence de Juifs est-elle une « occupation » ?

La résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU, votée grâce à l’abstention des Etats-Unis, condamne les implantations israéliennes en Cisjordanie ainsi qu’à Jérusalem-Est – ce qui, en soi, n’a rien de nouveau – mais surtout elle « appelle tous les états à faire la distinction, dans leurs relations, entre le territoire de l’Etat d’Israël et les territoires occupés depuis 1967 ».

Or qu’est-ce donc que le « territoire de l’Etat d’Israël » ? Plus encore que les frontières de tous les « pays » artificiellement bâtis par les vainqueurs de 1918 sur les dépouilles de feu l’empire ottoman (Syrie, Irak, Liban, Jordanie), celles de la « Palestine » n’ont jamais été clairement définies, en particulier après le plan de 1947, prévoyant la création d’un état juif et d’un état arabe sur le sol du protectorat britannique. La guerre qui s’en suivit se termina par un armistice, dont la ligne de cessez-le-feu tint lieu de « frontière » non internationalement reconnue et par conséquent sans la moindre valeur juridique. C’est ce que l’on appelle la « ligne verte ».

Par quel miracle l’alyah, le retour de Juifs en Eretz Israël, serait-il légitime à l’ouest de la « ligne verte » et illégitime – pire ! un vol, une spoliation, une « occupation » – à l’Est de ladite ligne ? Les antisionistes radicaux, eux, ne s’embarrassent pas de pareilles subtilités : c’est dès le départ – ab initio – dès l’arrivée des premiers Juifs européens en terre sainte, à la fin du XIXème siècle, que les Arabes qui s’y trouvaient, colonisés par les Turcs (et non indépendants, contrairement à ce qu’on laisse entendre), furent « occupés » par les nouveaux arrivants.

De Gaulle himself ne dit pas autre chose dans sa fameuse conférence de presse de novembre 1967 : « L’établissement d’un foyer sioniste en Palestine soulevait un certain nombre d’appréhensions. On se demandait si son implantation sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu de peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient toujours été, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui et dominateur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : “l’année prochaine à Jérusalem !” (…) Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux Arabes que, pour nous, l’établissement d’Israël était un fait accompli ».

JCALL - Le vote de la résolution du Conseil de sécurité condamnant l’occupation n’est pas un vote contre Israël !

le 07 janvier 2017. dans Monde, La une

JCALL - Le vote de la résolution du Conseil de sécurité condamnant l’occupation n’est pas un vote contre Israël !

JCall salue la résolution votée vendredi soir au Conseil de sécurité. Contrairement à ce qu’a déclaré le bureau du Premier ministre israélien, ce n’est pas une « résolution anti-israélienne », mais une résolution contre la politique d’occupation et de colonisation menée depuis des années par son gouvernement. Elle exprime simplement le refus de la communauté internationale de laisser se poursuivre indéfiniment l’occupation par Israël du territoire sur lequel doit être édifié le futur État palestinien. En introduisant une distinction entre les territoires occupés et celui d’Israël, elle permet de sauvegarder la solution des deux États, et encourage tous ceux qui, en Israël et dans le monde, se battent depuis des années pour la paix.

Cette résolution qui, par ailleurs, condamne aussi tous les actes de violence et de terrorisme contre les civils, a pu être adoptée grâce à l’abstention des États-Unis et au soutien des quatorze autres membres du Conseil de sécurité, dont la France, qui lui a reconnu son caractère équilibré. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les États Unis votent ou laissent voter des résolutions au Conseil de sécurité sur le conflit israélo-palestinien. Depuis 1967 ce fut 47 fois le cas, dont 3 fois sous le mandat de Bill Clinton et 9 fois sous celui de Georges W. Bush.

Adoptée au titre du chapitre 6 de la charte de l’ONU, cette résolution n’aura aucun caractère coercitif et ne constitue qu’une recommandation adressée aux dirigeants israéliens pour leur signifier le consensus de la communauté internationale contre la poursuite de l’occupation et de la colonisation. Après avoir rappelé que « les colonies n’avaient aucune validité légale », l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, a affirmé que l’on ne peut pas à la fois soutenir la solution des deux États et poursuivre la colonisation.

Depuis plusieurs jours, à Jérusalem, on craignait qu’à la veille de son départ, Obama décide de laisser passer en héritage une résolution condamnant la politique de colonisation israélienne. Les initiatives récentes d’une droite israélienne grisée par la victoire de Donald Trump, comme le vote en première lecture à la Knesset d’une loi de régularisation des colonies illégales, les déclarations de ministres appelant au développement de la colonisation et à l’annexion de 60% de la Cisjordanie, risquaient de mettre fin à la solution des deux États, et ont certainement contribué à la décision américaine de ne pas poser de véto.

En déclarant que l’administration Obama a « non seulement échoué à protéger Israël de ce guet-apens à l’ONU, mais elle a pactisé en coulisses avec ses auteurs », le cabinet du Premier ministre israélien semble avoir vite oublié l’accord militaire signé il y a quelques mois, par cette même administration, augmentant sensiblement son aide militaire à Israël pour les dix années à venir.

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