Monde

Le puritanisme islamique

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 juin 2016. dans Monde, La une, Politique

Le puritanisme islamique

Le dimanche 11 juin, Omar Mir Sddique Mateen, Américain d’origine afghane, entrait, armé d’un fusil d’assaut et bardé d’explosifs, dans un bar gay d’Orlando, au nom de Daech, pour y assassiner 50 personnes, l’attentat le plus meurtrier commis sur le sol des États-Unis depuis le 11 septembre.

Comme le 13 novembre à Paris, il ne s’agit pas seulement de politique au sens strict (la lutte contre les croisés mécréants et islamophobes) ; c’est tout autant une affaire de mœurs : hier dénonciation du « satanisme » du spectacle du Bataclan, aujourd’hui « punition » des sodomites. Précisément, le Coran fait dire à Loth, endossant par là-même sa condamnation de Sodome : « Allez-vous accomplir l’acte sexuel avec les mâles de ce monde ? Et délaisser les épouses que votre Seigneur a créées pour vous ? ». Kamel Daoud parlerait mieux que moi du tabou absolu que la « chose » constitue dans le monde arabo-musulman, de l’Égypte, où les gays rasent les murs, au Maroc, où l’orientation sexuelle du roi Mohammed VI reste le vrai-faux secret d’état le mieux gardé. A vrai dire, dans ce domaine, ni le Judaïsme ni le Christianisme ne sont en reste, se référant eux aussi à une anthropologie normative qui sépare de façon radicale ce qui se conforme à la « nature » et ce qui, étant « contre-nature », la viole. Bref, Deus sive natura

Ainsi le puritanisme islamique rejoint-il le puritanisme américain. Les Pilgrim Fathers considéraient, en effet, l’homosexualité comme « the most abominable unnaturelle sinne », le péché le plus abominable et antinaturel. La littérature du XVIIème siècle, sur le sujet, abonde, depuis The cry of Sodom de Samuel Danworth jusqu’au Day of doom (le jour du Jugement) de Michael Wiggleworth. Le « crime » se voyait d’ailleurs puni de la peine de mort et le « gay bashing » s’observa encore en plein XXème siècle. En témoigne le film Le secret de Brokeback Mountain.

Il y a donc comme un écho entre les deux radicalités et ce n’est sûrement pas un hasard si Omar Mateen était à l’intersection des deux cultures également homophobes. « Pureté dangereuse » dirait BHL, pureté homicide pourrait-on ajouter, tant elle vérifie et confirme le diagnostic de Gérald Bronner, dans le livre dont j’ai récemment fait la recension : l’idéal – en l’occurrence, le pur, l’absence de souillure – se veut incommensurable, il ne se mesure à rien d’autre ; aucune valeur – fut-ce celle de la vie humaine – ne saurait entrer en compétition avec lui. D’où l’abolition de tout jugement éthique : tous les moyens sont bons, y compris le meurtre, pour laver l’infamie et extirper le péché.

Et si l’horreur indicible suscitée par la sodomie n’était que le reflet refoulé de la tentation qu’elle inspire ?…

Brexit : good bye to all that ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 juin 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Brexit : good bye to all that ?

« Adieu à tout ça ! », « good bye to all that ! », tel est le titre d’un roman autobiographique de Robert Graves, narrant non seulement la guerre de 14-18, mais le basculement du monde du XIXème siècle – le monde d’hier de Stefan Zweig – dans celui du XXème. Par le brexit (contraction de Britain exit), une réponse négative au référendum du 23 juin, la Grande Bretagne dirait-elle adieu à 40 ans de présence dans la construction européenne ?

C’est plutôt l’inverse : l’entrée dans ce qui s’appelait encore la CEE, dans les années 70, tourna une page d’histoire britannique. 1945, l’Angleterre sort ruinée mais victorieuse du second conflit mondial ; elle a encore son Empire et peut se vanter d’être la seule puissance belligérante d’Europe à ne pas avoir été occupée par les nazis. La décolonisation – à l’inverse de la France – se fera en douceur (se souvient-on que le premier président de l’Inde indépendante ne fut autre que… le dernier vice-roi, lord Louis Mountbatten ?!) ; les anciennes colonies et dominions restant – symboliquement – réunis sous le sceptre d’Élisabeth II, dans le cadre du Commonwealth. Alors, les demandes pleurnichardes d’un Macmillan à de Gaulle – cf. le « ne pleurez pas Milord » de 1962 – ressemblaient fort à une humiliation, motivée uniquement par l’impasse que constituait l’AELE, Association Européenne de Libre Échange, cette contre-CEE ultra libérale, que la Grande Bretagne avait elle-même créée en 1960, pour faire pièce au traité de Rome de 1957.

L’Angleterre hors de l’UE donc ? Ce serait, pour elle, une catastrophe économique. La prestigieuse London School of Economics prévoit déjà, dans cette hypothèse, une baisse du PIB comprise entre 3,8 et 7,8%. Dans la city, on s’inquiète, la plupart des grandes entreprises cotées au FTSE100 (l’équivalent du CAC40 parisien) s’affichent clairement « remainers », partisanes du statu quo ; et le ministre des finances, Georges Osborne, prédit 800.000 chômeurs de plus, dans l’éventualité d’un brexit.

Mais l’essentiel est ailleurs. Il s’agit de la souveraineté. Le slogan des « leavers », de ceux qui prônent la sortie, se résume dans cette exhortation : « take control ! », prenez le contrôle ! Boris Johnson, le précédent maire de Londres, n’hésitant pas à comparer l’UE aux dictatures des années 30 : « l’UE veut un super état, dit-il, exactement comme Hitler le voulait ». La palme du lyrisme ampoulé, toutefois, revient, sans nul doute, à Nigel Farage, leader de l’UKIP – United Kingdom Independence Party, mouvement nationaliste flirtant avec l’extrémisme – qui, pas plus tard que le mercredi 8 juin, déclarait devant le parlement européen, où il est député : « la constitution européenne, rejetée par les Français et les Hollandais, sortie par la porte est rentrée en douce par la fenêtre. Ce n’est pas seulement mauvais pour le Royaume Uni ; c’est mauvais pour toute l’Europe. J’espère que le 23 juin ne sera pas uniquement le jour de l’indépendance pour nous, mais qu’il mettra un terme à l’ensemble du projet, de telle sorte que, dans quelques années, nous puissions être un état-nation souverain et démocratique ». A quoi David Cameron, le premier ministre, répond, perdant patience : « la souveraineté britannique à l’extérieur de l’UE est illusion ; y rester rendrait le Royaume Uni plus fort et plus sûr. Si vous aimez la Grande Bretagne, votez pour son maintien dans l’Europe ».

La Colombie a gagné deux à zéro

Ecrit par Alexis Brunet le 18 juin 2016. dans Monde, La une, Politique

La Colombie a gagné deux à zéro

Je suis allé à Salento, c’est un village près de la ville d’Armenia dans la région de Quindío, la région du café. J’ai vu les splendides montagnes s’enchevêtrant dans les nuages, l’image que j’avais de la Colombie et pourquoi je suis venu dans ce pays. Dans la vallée de Cocorá, j’ai vu des palmiers à cire, qui ne poussent que là au monde et que le gouvernement veut raser depuis qu’il a découvert de l’or dans le coin ; ce qui à juste titre provoque mécontentement et réaction des habitants. J’ai parlé avec des gens communicatifs et forts et aimables, qui m’ont demandé si j’étais en France au moment des attentats, et qui se sont empathiquement apitoyés sur le sort des Français qui avaient dû avoir « très peur ». Venant de la part d’habitants d’un pays où la guerre civile a fait au moins 220.000 morts et où l’insécurité n’est pas fondée que sur un sentiment, j’ai trouvé ça touchant.

De retour à Cali, j’ai appris que des voitures de police avaient foncé sur des manifestants à Rennes pour les disperser, et qu’il y avait eu des blessés. Sans prétendre savoir si la CGT a raison ou a tort dans un conflit social qui s’enlise et qui permet au moins à chacun de se défouler semble-t-il, j’ai trouvé qu’il faut quand même en tenir une couche pour en arriver à foncer sur des manifestants braillards. Qu’a-t-il bien pu se passer dans la tête de ces flics ? Même en état d’exaspération et de stress maximal, comme le disent ceux qui les défendent, on n’en arrive pas là quand on est garant de l’ordre d’un pays si fier de ses principes républicains.

Puis j’ai lu les nouvelles nationales. Le même jour en Colombie, les paysans manifestaient. Dans la région de Cauca, au sud du pays, il y a eu trois indigènes morts et quinze policiers blessés. Le lendemain vendredi, m’a appris le quotidien El Espectador, un étudiant de Bogota est décédé des suites de son passage à tabac lors d’une manifestation par les forces de l’ESMAD (Escuadrón móvil antidisturbios), superflics habillés en Robocop. Je n’ai vu personne s’indigner autour de moi, et encore moins dans la rue. Pourtant, les gens que je connais ne sont pas tous de droite, loin de là. Certains sont même bien à gauche, je vous rassure camarades. En revanche, j’ai vu de nombreux maillots jaune poussin de l’équipe de foot de Colombie ce vendredi. Les Colombiens ont le sens des priorités. Le soir en effet, le pays joue son premier match dans le cadre de la Copa America, qui plus est contre les Etats-Unis. La lutte sociale attendra. Après une semaine de confrontation pour le moins tendue, les agriculteurs et le gouvernement sont parvenus à un accord, signé à Cali. A partir du lundi, dans la région de Santander notamment, un peu au nord-est de Bogota, ils continueront leur grève mais cesseront de bloquer les routes. De forte composante indigène, ils demandent notamment « la fin des intimidations militaires » et que le gouvernement enquête sur les « assassinats et menaces de morts de la part des paramilitaires sur leurs communautés ». On saurait difficilement leur donner tort. A partir du lundi, ils seront rejoints par le secteur des transports, c’est-à-dire par les routiers. La Colombie a gagné deux à zéro.

 

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Colombie : la paix maintenant ?

Ecrit par Alexis Brunet le 11 juin 2016. dans Monde, La une, Politique

Colombie : la paix maintenant ?

Certains conflits passionnent l’opinion, d’autres moins. Ainsi, si on parle à juste titre de la guerre en Syrie, de l’Irak et maintenant de l’Etat islamique, du moins depuis qu’il nous a attaqués ; de la Lybie, du Soudan (un peu), et très régulièrement du conflit israélo-palestinien, on ne parle guère, ou bien peu, du conflit qui oppose les guérillas d’inspiration dite marxiste au gouvernement de droite en Colombie. Pourquoi un tel traitement ? Pourquoi cette injustice ? Est-ce parce que la Colombie, ce ne serait pas assez sexy ? J’en doute à la vue des courbes des colombiennes. Ou est-ce parce qu’au fond, la Colombie ne représenterait toujours dans l’inconscient collectif qu’un pays hyper-violent, encore sous la coupe de la cocaïne et des cartels qui en prospèrent ? Je penche plutôt pour cette option. On se représente plus volontiers Pablo Escobar que Fernando Botero ou Gabriel Garcia Marquez en pensant à cette terre ; de toute façon on connaît surtout ce dernier, le « sale communiste », le « sale guérillero » ayant eu des relations avec les Farc, depuis qu’il a eu le Prix Nobel de littérature, voire depuis qu’il a rendu l’âme, tandis que le premier, malgré toute l’horreur qu’il peut inspirer, tout le monde sait qui il fut. Même si on sait que ce moustachu bedonnant ne fut pas aussi séduisant qu’Al Pacino dans Scarface, même s’il ne représente guère en France, du moins à ma connaissance, un rêve érotique de jeune femme, on sait vaguement qu’au-delà de son statut de narcotrafiquant, il eut un rôle très important, quasi-politique à Medellín et sa région. Et pour certains en France le seul nom d’Escobar force le « respect ». Pourtant, Pablo Escobar, s’il reste une partie de l’histoire colombienne, et qu’on trouve une statue le représentant à Medellín paraît-il, ça représente quoi ? Dix ans, au plus vingt ans de l’histoire colombienne. Préférez de loin Botero, même si ses femmes sont trop rondes à votre goût, sa statue se trouve aussi à Medellín. Et surtout, vingt ans de conflits de narcotrafic pour soixante ans de guerre civile, la balance est vite faite. A quoi est-elle due cette guerre civile d’ailleurs ? Pour ma part, je l’ai appris une fois arrivé ici en Colombie.

Il y eut naguère, dans les années 1940, un monsieur dénommé Jorge Eliécer Gaitán, candidat à la présidentielle, à juste titre très populaire, proposant de faire des réformes sociales inédites (qui manquent encore cruellement au pays), et également de faire éclater au grand jour des soupçons de corruption dans son propre parti. Malheureusement, l’oligarchie (au sens réel, pas au sens de « Nuit debout » et de ses frustrations de ne pas avoir de raisons à une nouvelle révolution) ne l’entendant pas de cette oreille, Gaitán fut assassiné, on ne sait d’ailleurs pas vraiment par quel camp. Une tournure pour le moins tragique, comme souvent dans les histoires qui démarrent trop bien. Nous sommes en avril 1948, un mois avant la création d’Israël. La droite catholique et la gauche libérale entrent alors dans un conflit très violent, des militaires et des groupes armés conservateurs commettent des exactions sur des paysans, qui s’organisent en groupes d’autodéfense, c’est la période de la « Violencia », qui porte très bien son nom. Selon sa fille, le défunt Jorge Eliécer Gaitán aurait dit que si jamais il lui arrivait d’être assassiné, il y aurait soixante ans de guerre civile. Un prophète ce Gaitán ? Il faut reconnaître en tous cas qu’il était loin de s’être trompé. Dix ans plus tard, un jeune agriculteur analphabète dénommé Manuel Marulanda, qui a vu une partie de sa famille massacrée par l’armée, fonde les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Il sera resté moins connu que Fidel Castro. Pourtant, s’il était beaucoup moins cultivé que Fidel Castro, ce dernier ayant sans doute beaucoup de défauts mais étant loin d’être analphabète, il portait lui aussi un joli treillis (quoique Fidel semble maintenant plus porté sur les survêt’ c’est vrai). Mais surtout, quoi qu’on pense du régime socialiste cubain, Fidel a fait sa révolution, et même la Révolution avec le grand « R » sans trop de résistance, alors que monsieur Marulanda et ses Farc ne sont pas parvenus à grand-chose en soixante ans de guerre, si ce n’est s’attirer l’antipathie d’une bonne partie de leurs concitoyens et aussi du reste du monde. Cerise sur le gâteau, la gauche sociale est arrivée au pouvoir au Chili, en Equateur et en Bolivie sans violence. Sans doute pour cela les Farc, conscients d’en être toujours au même point qu’il y a soixante ans, en arrivent-ils dans la voie de la paix.

« In der Heimat gibt’s ein Wiedersehen »

Ecrit par Jean-François Vincent le 28 mai 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

« In der Heimat gibt’s ein Wiedersehen »

« Au pays il y a un au revoir ». Ce chant qu’entonnaient les soldats de François-Joseph, en 1914, prend désormais, en Autriche, une connotation à la fois ironique et amère. Adressé aux immigrés, aux migrants, il signifie plutôt : « au revoir ! Salut ! Dégage ! ».

Heimat. Vocable presque intraduisible ; il veut dire plus que patrie (Vaterland) : une sorte de « chez soi » (Heim, cf. anglais Home) collectif, le pays au sens tant local que national. A l’heure où j’écris ces lignes, le sort de l’élection présidentielle n’est pas scellé ; mais Hofer arrive en tête dans tous les länder, à l’exception de Vienne et du Vorarlberg. Norbert Hofer, le peut-être nouveau président FPÖ – parti « libéral » autrichien, en fait, depuis ses origines, en 1945, terre d’accueil des anciens du NSDAP et de leurs descendants (comme feu Georg Haider) – a, en effet, usé et abusé du terme. « Die Heimat braucht dich jetzt ! », le pays a besoin de toi maintenant, pouvait-on lire sur ses affiches ; « aus Liebe zur Heimat », par amour du pays, clamaient les banderoles de ses partisans.

Ce « pays » – la « terre » chez Barrès et d’autres – obsède le FPÖ. Pour le défendre, il convient de faire barrage aux étrangers. « Nous refusons une uniformisation artificielle des multiples langues et cultures européennes par un multiculturalisme, une globalisation et une immigration de masse forcées », avertit sa plate forme programmatique.

Le thème est porteur et explique la possible victoire de Hofer. « Eine Überschwemmung an Flüchtlingen in Österreich », une déferlante de réfugiés en Autriche, titrait déjà, l’année dernière, le quotidien numérique populaire Mein Bezirk (mon quartier). L’afflux des Syriens et autres terrorisés par la guerre, fuyant le Moyen Orient, affole l’Europe centrale. Tout comme Viktor Orbàn en Hongrie, l’Autriche, sous le gouvernement du précédent chancelier, Werner Faymann, SPÖ (social démocrate), aujourd’hui remplacé par Christian Kern, également SPÖ, avait déjà refusé les quotas de migrants imposés par Bruxelles et fermé les frontières, y compris celle avec l’Italie.

« Überschwemmung », inondation, invasion. La Mitteleuropa connaît : les Ottomans occupant la Hongrie et assiégeant Vienne au XVIIème siècle ; les Soviétiques communisant les Magyars et laissant la capitale autrichienne en ruines. L’envahisseur vient toujours de l’est. Les mauvais souvenirs ont la vie dure. La démagogie d’extrême-droite joue aussi là-dessus.

Alors Vienne, bastion anti Hofer, ma ville, avec Paris mon seul véritable port d’attache, n’a que ses yeux pour pleurer. Chantera-t-elle cette berceuse – à la mémoire d’un de ces saints buveurs qu’affectionnait tant Joseph Roth – que chantaient encore les mères viennoises dans les dévastations de 1945 ?

La Vérité sur Donald Trump ( de Dick Joekers)

Ecrit par Valérie Debieux le 30 avril 2016. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Aux éditions Helis helas – Mai 2016 -

La Vérité sur Donald Trump ( de Dick Joekers)

Printemps 2016, Etats-Unis d’Amérique, la course à la Maison Blanche fait rage. Insultes, invectives, grossièretés, propos misogynes, sexistes ou racistes, tout est permis. Être prêt à tout dire et à tout entendre. L’essentiel, c’est de gagner, quel qu’en soit le prix. Il n’y a pas de règle, « the winner takes it all ». Mais, d’abord remporter les Primaires, puis obtenir l’investiture du Parti et, enfin, être le « winner » le jour de l’Election Day. Du côté démocrate, deux candidats : Hillary Clinton, ancienne secrétaire d’Etat, et Bernie Sanders, sénateur du Vermont. Du côté républicain, trois candidats : John Kasich, gouverneur de l’Ohio ; Ted Cruz, sénateur du Texas, et Donald Trump, magnat de l’immobilier. Or, celui dont les pontes du Parti républicain ne veulent pas est en train, semble-t-il, de gagner son pari, gagner l’investiture républicaine… Printemps 2016, Vevey (Suisse), un manuscrit est découvert dans la boîte aux lettres d’un éditeur. La note qu’il fait figurer à ce propos est exempte de toute ambiguïté : « Nous avons trouvé ce manuscrit dans notre boîte aux lettres au début du mois de mars 2016. Tel quel. Nous ne connaissons pas Dick Joekers. Nous n’avons jamais entendu parler de lui. Nous avons cherché dans les pages blanches, sur Google… rien. Dick Joekers a laissé un mot avec le manuscrit. Il nous autorisait à le publier. Vite. Il a écrit ces lignes : “Le temps presse et Donald Trump est toujours en vie”. Nous avons lu, nous avons aimé, nous avons publié ». L’ouvrage a pour titre La Vérité sur Donald Trump, et selon l’avertissement de l’auteur, il s’agit d’une fiction. Toutefois, la fiction semble s’être invitée à la table de la réalité. Le récit respire le reportage et fait découvrir un Trump de l’intérieur, celui que côtoient quotidiennement ses intimes et sa garde rapprochée. Un Trump au langage imagé, cru, voire outrancier. Un Trump dévoilant, pêle-mêle, ses ambitions, ses idées sur le monde et sa vision de la politique américaine, sans artifices ni retenue : « Moi, Donald Trump, l’un des hommes les plus riches de la terre, sur le point maintenant de devenir le gars le plus puissant… Obama n’a jamais eu le fric. […] Moi j’aurai les deux ! […] Mais l’Amérique, c’est pas mon but. Mon but, c’est le monde. Pourquoi s’arrêter aux frontières de l’Amérique ? Bien sûr que je dis que je vais construire un mur sur le long de cette putain de frontière mexicaine. Mais tout ça c’est des conneries. Pas abruti à ce point, moi. Je suis chrétien, bordel de Dieu, non ? Le pape avait foutrement raison quand il a dit que construire des murs, c’est pas chrétien… Au fond, il est exactement comme moi, il essaie juste d’engranger des votes. Je veux dire, ce gars-là a quand même bien un mur tout autour de son Vatican !… Sauf erreur. Bon, de toute façon, le pape et moi on est copains… Ben oui, c’est un type bien, je veux dire… Sa baraque est même plus grande que la mienne… […] Mais d’abord il me faut ces votes… Des paquets de votes. Qui dit votes dit pouvoir. Je veux dire, n’importe qui qui a lu Machiavel à la garderie sait très bien que le nom du jeu c’est le Pouvoir. […] Encore quelques Etats et c’est moi qu’ils vont nominer. Après on va se faire la peau de Barnyard Bernie ou de Halloween Hillary… On va les laminer en papier chiotte. Parfait pour m’essuyer le cul après avoir chié sur eux… Bon, à vrai dire, je les aime plutôt bien, ces deux-là. Je veux dire, prenons Hillary… Après tout ce qu’elle a morflé, celle-là… Car elle en a vu, du pays, comment ne pas l’aimer ? Bill qui enfilait n’importe quelle gonzesse… Le fiasco libyen… les e-mails. Et elle se tient toujours droite sur ses pattes ». La vérité sur Donald Trump, c’est aussi une présentation sans fard ni retenue de la vie politique américaine avec ses artifices, ses trahisons et sa cruauté. Un ouvrage au style peu conformiste, un récit où le politiquement correct a été botté en touche, un texte vivant, décapant, rythmé et empli d’humour, de cynisme et de causticité sur la vie d’un fils d’entrepreneur de New York qui n’avait et n’a qu’un seul rêve, devenir Président des Etats-Unis d’Amérique. Un regard drôle et inédit sur Donald Trump et les élections présidentielles américaines. Panem et circenses. Un vrai moment de bonheur, à découvrir absolument.

Bachar el-Assad complice de Daech ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 16 avril 2016. dans Monde, La une, Politique

Bachar el-Assad complice de Daech ?

On insiste souvent, notamment dans certains milieux politiques, ainsi que chez des experts en ce qui concerne les questions de l’essor du djihadisme terroriste sunnite et plus généralement de la géopolitique du Proche et du Moyen-Orient, sur les très importantes responsabilités de l’Arabie Saoudite (le salafisme et le wahhabisme) et de la présidence de Bush fils (en rapport avec la Seconde guerre d’Irak) ; et l’on a raison. Mais il est non moins incontestable que le régime de Bachar el-Assad, et la personne même du dictateur syrien, portent également une énorme responsabilité dans la naissance et l’essor de la secte totalitaire « théo-fasciste » (expression de plus en plus utilisée par nombre d’observateurs et d’historiens français) qu’est Daesh. C’est de cette question que je vais essayer de traiter dans cette chronique.

La guerre civile organisée à l’origine par le régime syrien dictatorial de Bachar el-Assad fut l’une des bases des recrutements de combattants pour Daesh, beaucoup de jeunes qui voulaient seulement à l’origine une libéralisation du régime et ayant subi une répression aveugle passèrent en effet dans les rangs de l’opposition qui leur apparut assez rapidement comme la plus active et virulente, celle des djihadistes sunnites, au détriment des opposants laïcs et potentiellement démocrates – favorables à une « transition » aboutissant à la disparition du régime d’Assad.

Lorsque les troupes de Daesh prirent le contrôle de la cité antique de Palmyre, surtout symbolique, mais aussi – ne l’oublions pas – assez stratégique, non seulement Assad ne fit rien contre elles, mais il favorisa leur progression, car il savait que les djihadistes sunnites étaient moins dangereux pour lui – en termes d’image et pour son régime – que les autres tendances démocratiques de l’opposition. Il n’ignorait pas non plus que la peur que suscitait cette secte totalitaire lui amènerait des soutiens de la part d’un certain nombre de groupes ethniques et religieux (comme celui des Alaouites, qui sont des chiites, ou les chrétiens), la Syrie ayant pratiqué un incontestable mélange des cultures et des religions d’une manière multiséculaire, mais, avec Assad, à la condition expresse de soutenir son système.

Pendant très longtemps, et pour les mêmes raisons, Assad combattit très mollement les troupes de Daesh dans le nord de la Syrie (au niveau du « sanctuaire » de la secte sunnite), ainsi que les djihadistes présents vers « la Syrie utile » (celle qui borde la mer Méditerranée avec le bassin Levantin). Par contre, il frappa avec une brutalité inouïe les autres oppositions à son régime qui est fondé sur le Parti Baas (le même que celui de l’ancien dictateur irakien Saddam Hussein). On sait qu’Assad est responsable au total – directement ou indirectement – du massacre de 300.000 à 400.000 syriens, dans la droite ligne de ce qu’avait commis anciennement son père Hafez el-Assad, avec surtout l’écrasement du soulèvement dans la ville de Hama en 1982, qui correspondit à une terrible répression ! C’est dans le contexte du régime dictatorial de Bachar el-Assad qu’il existait une grande prison vers Palmyre, au sein de laquelle on torturait tous ceux qui s’opposaient au régime.

Journalistes ; après la victoire...

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 avril 2016. dans Monde, La une, Média/Web, Actualité

Journalistes ; après la victoire...

Pêle-mêle, faisant la joie des « une » – toutes – ricochant de nouvelle dénonciation en goûteuse trouvaille, le « Panama papers » – nom simple, qui dit les choses – avance en gloire, énorme sandwich pour ces démocraties qui – jusqu’à ces heures haletantes d’un lundi d’Avril, à deux coudées du jour des poissons – marchaient tête haute et mains propres. Ou s’en donnaient l’air.

Recette d’un mitonné classique : vous avez des (gros, très gros) avoirs, qui font une allergie massive au fisc de votre pays d’attache. Vous cherchez cette évasion fiscale vieille comme l’impôt, mais modernisée. Un paradis à quelques heures de vol attend vos « petites choses », du type de ce cabinet panaméen Mossack Fonseca, dont on parle (si c’est plein, il y en a d’autres de par le monde ; plus de 60 pays s’honorant du titre). On va vous y monter une société-écran, dite joliment off-shore. Et hop, plus d’impôts ou tellement moins. On aura au passage repéré la sémiologie du terme, amusant, « paradis » fiscal , comme quoi l’idéalité serait forcément assortie du non-paiement de taxes collectives. Bon.

Le Panama Papers a quelque chose de ces grilles structurales que j’affectionnais tant dans mon métier d’enseignante : l’évasion fiscale, comment ça marche ? Simple et jouissif. La fraude à l’heure de la mondialisation. Un raisonnement à la hauteur du minot pas trop sot : – comme dans les contes, la vie allait son train, et le paradis des sous itou… susurre la maîtresse, jusqu’à ce que… what else ? disent les bouches en cœur des petits. Ça nous est donné comme une super production hollywoodienne, effets spéciaux en sus ; il y a du grand huit hurlant dans la façon dont nous arrivent ces vagues de noms d’éminences, de chefs d’entreprises, de chefs d’état, présidents, rois, stars du sport, et autres têtes bien connues. Tout ce qui compte dans le monde, du Gala-Voici aux lettres des sommets du pouvoir, passant par les sites des grandes banques et autres journaux de l’entreprise, vient d’être pris les mains dans le pot de confiture. Bingo ; on se croirait au feu d’artifice de Juillet – vois, la rouge ! là, le bouquet ! Encore, encore ! C’est remis, comme un trophée ramené par des chercheurs d’or, dans nos mains innocentes de payeur d’impôt de base, d’honnête travailleur et même chômeur, pardi.  On est baba – on avait déjà vu pas mal de feuilletons dans le même genre, mais là, à coup sûr, c’est l’Oscar en vue… Ainsi donc, le monde entier – Chine et Russie se partageant pas mal de rôles – va mal ; le monde entier triche – pas de pauvres dans le film, rien que du riche – et la morale, m’dame, s’est tirée sur une autre planète… Et forcément, bruyant comme un vol noir de Rafales, monte l'attendu grondement : « tous pourris »,  s'apprêtant à un envol en gloire, type jeux olympiques. A noter que ceux qui, par chez nous, chassent haut et fort les mains sales de tout un chacun – vous aurez reconnu le cher Front – demeurent le bec clos, leurs nippes ayant trempé dans la sauce…

 Mais, au fait, qui nous raconte la chose ?

Le héros des gamins ? Celui qui rétablit – sa cape et son masque de Batman battant le grand ouragan des fraudes – l’ordre moral et financier, parce que là-aussi, il en faut, na ! Que nenni. Des officines internationales dépendant de quelque ONU supposé donner au monde un sens ? Un ou deux (pourquoi pas le nôtre) pays, via ses institutions démocratiquement élues, ayant encore en caisse un reste de code de l’honneur ? Que non pas ! Le vent de la justice nous vient des journalistes. Banal, pas trop romantique, mais, bon… Journalistes, mais pas ceux, causeurs et besogneux ( pas trop validés des populistes, du reste) qui sont en train de nous narrer, jaloux, jusque dans les trémolos de la voix, l’épique aventure des autres, ceux qui ont décroché la queue du Mickey du manège, ceux « d’investigation ». Moins héroïque, certes, que les grands reporters de guerre, sentant l’ombre des bureaux poussiéreux, et seulement armée de ses ordis, l’espèce est un rien bizarre, mystérieuse, paraissant croisée avec le flair et la dégaine du policier, façon Colombo. Enquêteur, à sa façon non labellisée, c’est l’inévitable « investiga » qu’on a maintenant – vous l’aurez remarqué – comme à égalité avec le capitaine, dans chaque série TV. Fouineur, perturbateur, ne lâchant pas grand-chose, laissant les dents, il cherche, en parallèle, un peu « au noir ». Dans les temps anciens, il secouait la poussière de vieux journaux d’archives au fond des bibliothèques, et, pan, en faisait tomber le vrai coupable ; à présent, il surfe et pan… « panama papers » !… Des p’tits gars de Médiapart, quoi.

Le luth s’est brisé… # Jesuis Lahore

Ecrit par Sabine Aussenac le 02 avril 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Le luth s’est brisé… # Jesuis Lahore

Mariam sourit à Mishael et Karen. Ses jumeaux, ses pépites, ses diamants, qu’elle a mis du temps à avoir, qu’elle désespérait de connaître un jour… Il fait un temps merveilleux à Lahore, un véritable temps de Pâques, la lumière semble vibrer de cette joie de la Résurrection, et à l’église, le matin, Mariam a senti toute l’espérance pascale lui redonner confiance, malgré les obscurités du monde…

Mishael est en train de pousser Karen sur les balançoires, au beau milieu du grand parc d’attraction de Gulshan-i-Iqbal. Elle les observe de loin, regarde la jupe à volants de la fillette et la casquette du petit garçon, autour d’eux des dizaines d’enfants s’ébattent, tous unis dans la joie de ce dimanche, heureux de cette pause festive. Les mamans sont assises, comme Mariam, sur les bancs, il y a aussi beaucoup de grands-mères qui dodelinent un peu de la tête ou qui sourient de leur bouche édentée. Aujourd’hui, il y a surtout des familles chrétiennes qui sont venues se détendre au milieu des pelouses et des manèges, en majorité des mamans, des grandes sœurs, des aïeules, toutes accompagnées de nombreux enfants, puisque les hommes sont plutôt rassemblés dans les cafés de Lahore…

Mariam fait un signe à la famille de Noor, sa meilleure amie depuis les bancs de l’université. Noor est médecin, et aussi maman de quatre enfants, qui courent à la rencontre des jumeaux en les appelant gaiement. Il y a l’aîné, Sunny, un beau garçon de 11 ans, dont les joues ont encore la rondeur de l’enfance, puis le petit Addy, qui vacille sur ses jambes potelées, suivis par leurs sœurs dont les tresses volent au-dessus de leurs belles robes à dentelles, Sana et Anam. Noor lui renvoie son signe, et malgré le brouhaha des rires d’enfants, malgré les bruits de la fête foraine qui bat son plein, Mariam l’entend appeler son prénom avec allégresse, et elle se réjouit de serrer dans ses bras celle qui lui est aussi proche qu’une sœur. Ensemble, elles ont lutté pour avoir le droit d’aller étudier, comme leurs frères, en Angleterre, dont elles sont revenues diplômées, émancipées, fières de faire partie d’un pays en mouvement, dont elles espèrent qu’un jour il deviendra une démocratie.

Les deux amies avaient décidé de se rencontrer au parc pour deviser un peu en surveillant les enfants, avant de célébrer ensemble le repas du soir, en compagnie de leurs époux, eux aussi amis, et heureux de se retrouver pour les fêtes de Pâques. La maison de Mariam et Yasir embaume déjà du curry d’agneau et des parfums du gâteau à la carotte, les époux attendent le retour de leurs familles en fumant et en devisant de l’actualité internationale si agitée… Yasir vient d’échapper de peu à l’attentat de Bruxelles, il est rentré la veille de la capitale belge et a raconté à Mariam, épouvantée, les scènes de carnage auxquelles il avait assisté à Zaventem…

Deutschland : der Untergang ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 02 avril 2016. dans Monde, La une, Politique

Deutschland : der Untergang ?

Oui, l’Allemagne, le naufrage ? Pour reprendre le titre d’un film célèbre… on est en droit de se le demander, si l’on considère les résultats des élections à trois Landtage (parlements régionaux) du 13 mars 2016. L’AfD (Alternative für Deutschland) y a fait une percée spectaculaire. Qu’on en juge : 12,6% dans la Rhénanie-Palatinat, 15,1% dans le Bad Wurtemberg et jusqu’à 24,2% dans la Saxe-Anhalt.

Alors, qu’est-ce donc que l’AfD ? A première vue, un parti protestataire et populiste, un peu comme l’UKIP (United Kingdom Independence Party) en Grande Bretagne : eurosceptique (ils sont partisans d’une dissolution de la zone euro), xénophobe (grande hostilité à la politique généreuse d’Angela Merkel à l’égard des réfugiés syriens), homophobe (refus du mariage gay), enfin promoteur d’une forme locale de démocratie directe (tout citoyen étant membre du corps législatif). Bernd Lucke, le président de l’AfD, cherche néanmoins à rassurer : « l’AfD ne devrait pas laisser l’ombre d’un doute sur le fait que l’extrémisme politique, l’antisémitisme, la xénophobie et l’intolérance religieuse sont incompatibles avec la doctrine de l’AfD, en tant que parti démocratique de droite ».

Les choses sont moins simples cependant. Selon le Netz-gegen-Nazis, réseau contre les nazis, un grand nombre d’adhérents et de dirigeants de l’AfD viennent du NDP (Nationaldemokratische Partei Deutschlands), fondé en 1945 par le nazi Adolf von Thadden et destiné à accueillir les anciens du NDSAP ; un peu à l’instar du MSI italien (Movimento soziale italiano), avatar du parti fasciste. Certains militants ayant – en plus – fait partie du « Wiking Jugend », organisation de jeunesse modelé sur les tristement célèbres « Hitler Jugend ». « Mais pourquoi, se demande le Netz gegen Nazis, les gens se sentent-ils chez eux à l’AfD, avec leur vision d’extrême droite du monde » ? Les réponses fusent : la crise, bien sûr, mais également l’évolution droitisante des opinions publiques occidentales : Le Pen en France, Gert van Wilders aux Pays-Bas, Viktor Orban en Hongrie, Jaroslaw Kaczynski en Pologne, sans parler d’un possible Donald Trump aux États-Unis. Partout l’étranger devient l’ennemi et la crise des migrants aggrave encore cette situation dans la Mitteleuropa.

Le dilemme pour la CDU se résume donc ainsi : s’allier ou non avec la nouvelle force montante ? « Von Wegen ! » s’exclame Angela Merkel, pas question ! Mais des voix discordantes s’élèvent déjà ça et là. Telle celle de Sebastian Fischer, un des responsables de la CDU dans le Land de Saxe : « exclure l’option d’une coalition avec l’AfD serait une erreur ». Pire, le député CDU Klaus Peter Willsch n’hésite pas à « considérer une future alliance avec l’AfD ». Die Welt prophétise, sans doute avec raison, des gouvernements CDU-AfD dans les Länder où les majorités rouge-vert sont très fragiles parce que trop étroites (une voix seulement dans le Land de Thuringe).

Éternel tourment des partis conservateurs menacés de se faire déborder sur leur droite. Toutefois les contextes diffèrent grandement d’un pays à l’autre. Gianfranco Fini, en Italie, a effectivement « défascisé » le vieux MSI en créant l’Alleanza Nazionale ; inversement le toilettage du FN français sous la houlette de Marine Le Pen n’est que pure cosmétique. Il semble bien, en l’occurrence, que l’AfD ressemble dangereusement au NPD… sans pour autant que les Allemands exaspérés n’en aient cure.

« O mein lieber Augustin, alles ist hin ! », O mon cher Augustin, tout est foutu ! chantaient, en guise de berceuse, les mères viennoises, dans les ruines de la ville, dévastée par l’armée rouge, en 1945. Référence à la légende d’un « saint » buveur, qui, lors de la grande peste, s’était endormi malade, un soir – après s’être saoulé – sur un tas de cadavres, pour se réveiller le lendemain entièrement guéri.

Un miracle pour l’occident est-il encore possible ?…

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