Entre chantage nucléaire et espoir démocratique : le dilemme iranien

Ecrit par Michel Taubmann le 14 juin 2010. dans Monde

Entre chantage nucléaire et espoir démocratique : le dilemme iranien

Article publié sur “La Règle du Jeu” de Bernard-Henri Lévy

Quelle faute de la part du gouvernement Netanyahou ! La malheureuse intervention israélienne de la semaine dernière contre la flottille « humanitaire » a brouillé aux yeux de l’opinion mondiale les enjeux réels de la crise qui s’annonce. En cette veille d’été, le Moyen-Orient ressemble à une forêt de pins en pleine canicule. La moindre étincelle peut l’embraser. Pourtant l’incendie qui se prépare n’aura pas pour enjeu la création, ô combien souhaitable, d’un Etat palestinien à côté d’Israël mais la survie voire le renforcement du régime dictatorial installé en Iran depuis 1979. Attention à l’effet de loupe médiatique sur le bateau Marmara !

 

Le vrai fauteur de guerre ne se trouve pas à Tel-Aviv mais à Téhéran. Un fou de Dieu, un fou de guerre, un fou de la mort. Human Bomb en costume présidentiel taillé dans la fraude. Un gangster pour Opéra de quatre sous. Tel le méchant d’un dessin animé, mal habillé et mal rasé, Ahmadinejad court à perdre haleine, poursuivi par son peuple, assoiffé de liberté. Pour échapper à leur courroux, il entraine ses poursuivants vers un précipice. Contre sa poitrine, il serre son magot : des sacs d’uranium enrichi, destinés à fabriquer l’arme atomique.

Devant le précipice, les gendarmes du monde se grattent la tête. Ils ne savent pas comment arrêter le forcené. Refusant la main tendue par le pacifique président Obama, Ahmadinejad est parvenu à unir contre lui non seulement Israël et les Occidentaux mais les pays arabes puis la Russie et la Chine, jusqu’alors bienveillantes à l’égard de la République islamique d’Iran, qui se sont décidés à la sanctionner au Conseil de sécurité de l’ONU. Malgré  les Trois mages Chavez, Lula, et Erdogan, volant au secours de l’Iran pour s’imposer à la table des Grands, la République islamique n’a jamais été aussi isolée. Son « président » frauduleusement réélu s’en inquiète-t-il ? Au contraire. Il se frotte les mains. Car si Ahmadinejad accélère – ou fait mine d’accélérer – la course à la bombe, c’est avec le fol espoir de détourner le peuple iranien de sa course éperdue à la démocratie.

L’ESPOIR DEMOCRATIQUE

Tout a commencé il y a très exactement un an au lendemain de l’élection présidentielle du 12 juin 2009. « Where is my vote ? » criaient les Iraniens descendus par millions dans les rues, indignés par les fraudes massives.  Depuis un an, la répression a causé plusieurs dizaines de morts et plus de 5000 arrestations. Elle a permis au régime de reprendre (pour combien de temps ?) le contrôle de la rue. Mais la contestation chemine discrètement dans les profondeurs de la société iranienne, elle s’insinue au cœur du régime et jusqu’au sommet d’une hiérarchie religieuse soucieuse de sauver l’islam du naufrage où l’entrainent ceux qui tuent, violent et torturent au nom de Dieu. Ce qui se passe en Iran est considérable ! Nous assistons dans ce grand pays musulman du Moyen-Orient à l’émergence d’une société civile se réclamant notamment des valeurs universelles des droits de l’homme, de l’égalité des sexes, de la séparation du politique et du religieux. Quel espoir pour les amoureux de la liberté et tous ceux qui refusent le « choc des civilisations ». Mais attention ! Les actuels dirigeants iraniens sont prêts à tout pour sauver leur pouvoir. Et le « Printemps de Téhéran » peut tourner au film catastrophe. Quelle sera l’étincelle ? Un incident entre soldats israéliens et Gardiens de la Révolution iraniens s’aventurant au large de Gaza pour escorter une nouvelle flotille « humanitaire » ? Ou alors le vote par le Conseil de Sécurité de l’ONU de nouvelles sanctions contre le programme nucléaire militaire iranien ?  Ahmadinejad est à l’affût du moindre prétexte. On sait déjà qu’en représailles, il pourrait bloquer le détroit d’Ormuz qui relie le Golfe persique au Golfe d’Oman, coupant ainsi brutalement la route du pétrole. Pour sauver les économies occidentales en péril, la flotte américaine dégagerait alors par la force le détroit d’Ormuz. Provocations et représailles se succèderaient de l’Afghanistan à Gaza, partout où la république islamique entretient depuis longtemps les braises du terrorisme. Un scénario catastrophe pour les Iraniens et pour tous ceux qui dans le monde aspirent à la paix et à la liberté ! Un scénario de rêve pour Ahmadinejad, nostalgique de la guerre Iran-Irak où il fit ses classes, terrible boucherie durant laquelle la jeunesse iranienne fut envoyée au martyre. Ah ! la guerre. Elle enterrerait l’espoir démocratique. Et au moins pour un temps, elle sauverait le régime.  C’est le scénario noir. Mais il existe aussi un scénario vert. Au bord du gouffre, des dirigeants iraniens, parmi les plus lucides, tendraient la main à ceux qui aujourd’hui à l’extérieur du pays sont en train de réunir les forces éparses de l’opposition. Qu’ils soient issus du régime islamique ou qu’ils l’aient toujours combattu, ils se retrouvent aujourd’hui autour du projet d’une démocratie laïque et réconciliée avec le monde.  Entre la course à la guerre et l’espoir démocratique, l’Iran avance tel un funambule. Et le monde retient son souffle. Il doit à la fois contenir les ambitions militaires du régime islamique et soutenir le peuple dans son combat démocratique. Tel est le dilemme iranien.

Michel Taubmann  journaliste et auteur entre autres de : La Bombe et le Coran, une biographie du président Ahmadinejad (éditions du Moment) et de « Histoire secrète de la révolution iranienne » avec Ramin Parham (éd. Denoël).

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Rédacteur en chef du "Meilleur des Mondes"

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