Helmut ist noch da !

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 juin 2017. dans Monde, La une, Politique

Helmut ist noch da !

Helmut est encore là. Reprise de la fameuse phrase-slogan de 1989, à la chute du mur : « Deutschland ist wieder da ! », l’Allemagne est à nouveau là !

En 1989, je partageais les craintes de Mitterrand. Quoi ? Moi, l’hyper germanophile, j’étais devenu germanophobe ? J’avais peur (au sens étymologique de « phobos ») des Allemands, seul et unique peuple pour lequel le cosmopolite apatride que je suis ressente des sentiments pseudo-patriotiques ?

Je craignais, en effet, que la frontière Oder-Neisse fut violée. La frontière Oder-Neisse, fruit du marchandage honteux qui officialisa la purification ethnique de la Silésie, de la Poméranie et de la Prusse orientale, au profit des Polonais ; en échange de la captation de la moitié orientale de la Pologne d’avant-guerre au profit de l’URSS… un marchandage qui marqua, à jamais, les accords de Postdam du sceau de l’infamie.

Oui, pourquoi avais-je peur ? Imaginaire fantasmatique de je ne sais quel gêne expansionniste du pays de Goethe (cf. la célèbre ironie de Mauriac : « J’aime tellement l’Allemagne que je préfère qu’il y en ait deux ») ? Non, c’était plutôt mon antinationalisme : pourquoi pas deux états également démocratiques ? Pourquoi – forcément – un état unique ? Parce ce qu’ils sont peuplés de germanophones ? Alors, il faudrait y adjoindre une bonne partie de la Suisse, l’Autriche, l’Alsace-Moselle et même – Why not ? – ce Südtyrol (Trento Alto Adagio) qu’Hitler lui-même avait renoncé à annexer…

C’était, de ma part, méconnaître une donnée fondamentale de la sociologie historique allemande. Vu d’Outre-Rhin, l’état repose sur le peuple historiquement – et non contractuellement – constitué, « ein staatstragendes Volk », un peuple « porteur » d’état ; en un mot quelque chose existant de toute éternité, « Hülle des Ewigen », comme dit Fichte : une enveloppe de l’éternité. Ce pacte, ce contractualisme de la philosophie politique française – de Rousseau à Renan (cf. le plébiscite de tous les jours) – demeure ici inconnu. Le « Staatsvolk » selon l’expression du sociologue Reinhart Koselleck, c’est-à-dire le peuple « citoyen » et dont la citoyenneté se fonde sur le droit – l’accord mutuel entre l’individu et la puissance publique – et non pas sur la nature ou l’histoire, ce Staatsvolk n’est pas une catégorie allemande.

Kohl ne méconnut pas cette différence. Il donna satisfaction aux aspirations fusionnelles allemandes, tout en offrant des garanties aux Français, et surtout un cadeau magnifique : le mark ! L’euro n’étant après tout que l’extension continentale de la devise, chérie, tel un enfant, par la Bundesbank.

C’est cette intelligence géopolitique d’Helmut Kohl qui scella – précisément au moment de la réunification – une amitié indéfectible avec François Mitterrand. On se souviendra longtemps de ces sanglots silencieux, aux obsèques de Notre-Dame, de ce masque impavide – germanique ! – sur lequel descendait, une à une, un flot continu de larmes…

A l’opposé de Bismarck, le chancelier de fer, Helmut Kohl, fut un chancelier de cœur.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

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