Le rôle de la Turquie

Ecrit par Jean Le Mosellan le 05 juin 2010. dans Monde

Le rôle de la Turquie

Apparemment dans l’épisode de l’arraisonnement de la flottille pour Gaza, l’ONU risque de redevenir le « machin » informe du Général de Gaulle, très fâché en son temps par la main mise des États-Unis sur les décisions du Conseil de sécurité. Depuis l’ère Nixon, le contrôle américain de ce Conseil n’a pas faibli. La même attitude s’observe avec Barack Obama, au grand dam de l’opinion arabe.

La position de la Maison Blanche, assez mesurée, est contestée au siège même de l’ONU, par la Turquie montée tambour battant en première ligne, où l’on aura remarqué l’effacement de l’Iran. Pourquoi cette offensive dans la guerre des images ? Il est clair que la Turquie ne peut laisser l’Iran s’emparer du leadership au Moyen-Orient, avec sa politique prestigieuse sur le nucléaire auprès des masses arabes.

Contrairement à ce qui se dit dans les médias favorables à la cause palestinienne, ce n’est pas de Palestine qu’est partie la stratégie de percée du blocus imposé par Israël à Gaza. C’est de Turquie.

L’opération a été dirigée par une ONG turque, Insani Yardim Vakfi, connue sous le sigle IHH, considérée fréquemment comme une organisation islamiste extrémiste, impliquée dans la guerre de Bosnie et en Tchétchénie, ouvertement liée au Hamas. IHH, selon le Monde, est lié en outre à « certains membres du Parti de la Justice et du Développement, AKP », au pouvoir (Le Monde 02.06.10).

Ce lien est visible dans la campagne de soutien à la flottille pour Gaza, par affichage « dans les mosquées, les écoles ainsi que dans le métro d’Istanbul. » (Le Monde 02.06.10).

Le navire amiral, 600 militants à bord sur un total de 700 de la flottille est le Mavi-Marmara, affrété par IHH. C’est sur ce navire qu’a eu lieu l’assaut israélien, repoussé avec violence par des militants armés de bâtons et de couteaux. Scène montrée à la télé.

Selon le président d’IHH, M. Bülen Yildirim, les douanes turques avaient « passé les cargaisons au peigne fin. » (Le Monde 02.06.10). On pourrait se demander si le peigne était assez fin pour retenir les bâtons et les couteaux. Les militants turcs n’ont pas manqué de déclarer que « c’était une guerre contre les innocents. »

Selon Israël « Il est clair que c’était une opération politique d’images et de symboles. »(Einat Wilf dans Le Monde du 02.06.10).

Quoi qu’il en soit, le principal bénéficiaire de cette opération est la Turquie. Mais cet exercice de prestige a un coût, celui de rendre encore plus fragile la candidature de la Turquie en Europe. Car faut-il rappeler que le blocus de Gaza est soutenu par le Quartet ?

Ce qu’on nomme le Quartet est composé de l’ONU, des États-Unis, de la Russie et de l’Union Européenne.

A propos de l'auteur

Jean Le Mosellan

Jean Le Mosellan

Membre du Comité de rédaction et rédacteur

Médecin

Auteur de nombreuses chroniques au "Monde.fr"

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