« Le crapaud, tribune libre ! »

Ecrit par Jean-François Joubert le 22 mars 2014. dans Ecrits, La une, Santé, Société

« Le crapaud, tribune libre ! »

Notre ami et rédacteur Jean François Joubert nous donne cette semaine, un texte particulièrement fort, dont nous le remercions. Qu'à cette occasion, il soit rappelé les contributions souvent de toute première importance, à la création, de ces esprits agencés autrement, que sont les malades psychiques. Et, ceci, dans tous les domaines : écritures, peinture, sculpture et tous les arts graphiques ; musique, bien évidemment !

La Rédaction de Reflets du Temps

 

L’égalité du drapeau dans le handicap psy !

Bleu, blanc, rouge sang de France, deux rapatriements « sanitaires » au compteur, un aux Antilles, un au Portugal. Merci ! Fiché, épinglé, pas de moyens financiers autres que les 790 Euros de mon allocation, condamné à être pauvre, au fond du trou. L’avenir ? La vieillesse ? Le droit au minimum social ! L’avenir, sombre ! Né sain, la maladie arrive comme un cheveu sur le hamburger, je suis mangé au quotidien par mes angoisses, aussi sensible qu’un ordinateur qui bug. Se laver, communiquer, sortir du mode parano, est une mission impossible, non, je ne suis pas normal au sens commun du terme !

 

Vous ne me voulez pas de mal, alors osez entrer dans mes divagations :

 

...En colère, nu, je rentre dans la maison, je me couvre. Juste avant, comme si j’avais eu une réponse du Tout Puissant, j’ai senti comme une aiguille entrer dans mon pouce, et puis, la terre tressauter tandis que la nuit peinait à chasser ses étoiles, comme si le temps s’était suspendu. Un passant... je l’agressai presque. Il est témoin involontaire de ce coup d’éclat, de la nuit retenue, de cette nuit qui refusait de laisser l’aube entrer. À cet instant, j’étais si sensible que je ressentis la rotation de la terre. Je venais d’entrer ailleurs… dans un monde de folie. Une crise paranoïaque, une crise spirituelle, une crise contre le monde, contre tout le monde.

Même à l’abri dans la maison, la douleur est tellement forte qu’il m’est impossible de dormir. Alors je me couvre le corps d’une toge, la couverture du canapé, et je pars sur la route. Je marche. Je marche, la vie s’éveille, et je croise du monde qui rigole… tout le monde se moque de ma désespérance.

Alors je décide d’ôter ma cape, le drap tombe à terre, et j’avance nu… les gendarmes arrivent, ils m’arrêtent, me couvrent, me posent des questions… et je me retrouve pour la première fois de ma vie à l’hôpital psychiatrique.

Marigot, ville de mon errance psychique... je crois en une conspiration, je crois que l’on croit que je suis homosexuel, je crois… Rien ! En fait, j’ai juste mal. Je suis enfermé dans un institut, calme, j’ai une chambre, on me nourrit, et je ne sais pas ce que je fais là. Bien sûr, il y a eu cette crise de nerfs, cette crise de démence… et puis je voudrais la revoir, lui dire « Je t’aime », lui dire « Ne me quitte pas », et je joue avec un compagnon de voyage aux échecs, rare visite. Un piège. Je suis hors de moi ! Je souffre et je crois qu’une ex m’a tendu un piège mais pourquoi ? Et qui ? Je déraille, refais ma vie, de tout petit à maintenant, et je craque encore, ou était-ce avant ? Je me souviens jeter mon poing dans une vitre. J’ai mal. Je saigne. Je suis ouvert… c’était avant le tourbillon, avant d’exploser, avant de me retrouver au centre de mes angoisses ; toujours piégé par ma propre personnalité.

Celle d’un loup solitaire, devenu solitaire, la mer - mère est loin de mes yeux, maintenant. Mon handicap - la schizophrénie, une psychose - mes devoirs, la camisole chimique, mes droits, me taire, surtout me taire ! Actuellement, je me protège de ma propre flatterie, euh, de mes frères et sœurs qui ne veulent pas savoir ce que c’est ce mot travesti par les journaux, je chasse le bonheur au creux, au cri de mes insomnies, de ma nudité d’âme. Je vole vers votre bon sens  - les « valides ». Pourquoi vous ne nous acceptez pas dans notre différence de fous ? Folie douce ou l’autre, démence, vous avez peur de nous les handicapés « psy » ; qui sommes-nous à votre regard ?

Demeuré, oui, peut-être ! Quand vous voyez un handicapé moteur, vous reconnaissez son Handicap, quand vous me voyez, vous changez de trottoir, non, je ne suis pas une merde ; je risque juste ma peau, mon foie, ma foi, tous les jours ; je souffre, ma pensée m’isole, me désole, ; je suis sincère et je m’exclame : pourquoi, oui, pourquoi le Handicapé psychique ne connaît que ses devoirs et jamais ses droits ? « Valides », je vous les demande !

Blanc, pas la couleur de ma peau, celle de mon handicap. Ma douleur est réelle, pas feinte, et je demande d’être entendu, pas écouté, juste des mots pour cette valeur commune : l’égalité ! La seconde chance du drapeau de notre Pays, et ce droit de l’Homme ! Juste l’égalité, rien de plus, rien de moins non plus !

 

Dans Reflets du Temps, lire également :

«  Gérard Garouste... » Martine L Petauton

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/arts-graphiques/item/gerard-garouste-ma-decouverte-2011

 

Et : «  vous avez dit Bipolaire... » Martine L Petauton

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/actualite/societe/item/vous-avez-dit-bipolaire

  • Lu: 4432

A propos de l'auteur

Jean-François Joubert

Jean-François Joubert

Rédacteur

Ecrivain

Jean-François Joubert est né à Brest, une ville où l’on parle souvent des îles qui l’entourent, Ouessant, Molène, Sein… La mer le berce depuis l’enfance et elle s’invite souvent dans ses rêveries. Elle est Source d’inspiration, mais aussi de revenus, pendant longtemps il a enseigné la voile au sein de différents clubs nautiques. Désirs de voyages, de rencontres, d’océans, et ce besoin d’écrire qui s’installe, comme une évidence.

 

Commentaires (10)

  • joubert

    joubert

    17 février 2016 à 14:27 |
    si vous êtes ici c'est que vous avez l'esprit curieux ce lien douze livre 14 critique faites vous une idée de mes univers ; n'attendez pas que je C...e ! http://www.babelio.com/auteur/Jean-Francois-Joubert/155018

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  • korchi Chris

    korchi Chris

    16 février 2016 à 18:47 |
    Jean-François,

    J'ai été très touchée par tes mots qui sonnent justes et qui sont forts. Il y a encore tellement de progrès à faire dans notre pays pour faire avancer les choses au niveau du handicap. Je te trouve très courageux d'en parler et d'écrire toujours écrire.
    Merci de partager tout cela avec nous

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    • joubert

      joubert

      17 février 2016 à 14:22 |
      oui, et je trouve que ton amour de la lecture, ton blog, tes chronqiues et ta cmpassion m'aide, aujourd'hui encore dans mon univers, on ne comprends pas ou ne veux pas reconnaître que la chimie est un handicap !

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  • joubert

    joubert

    24 mars 2014 à 12:52 |
    Depuis hier, j'ai une vrai chance d'éditer mon témoignage, et de faire vivre ma plume, suivez ce lien, SVP ! http://www.salondumanuscrit.fr/oeuvre/divagations-d-un-loup-solitaire/jean-francois-joubert/jeffjoubert

    Et aussi merci aux lecteurs de ce "Crapaud" double sens car il est le rocher de mon enfance !

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  • senecal

    senecal

    23 mars 2014 à 10:19 |
    Bonjour,
    Au travers de ce témoignage, on comprend qu'enfin on peut évoquer les maladies psychiques sans les stigmatiser. Cependant, il convient de mettre encore mieux en lumière ce qui en sont les causes afin que le grand public puisse non seulement les connaître mais aussi en apprécier les conséquences avec plus de tolérance et d'indulgence, si ce n'est d'intelligence. En fait, ces maladies psychiques, que ce soit les bipolaires avec leur phase dépressives ou à contrario leur hyper-activité ou bien les schizophrènes, ne sont pas victimes d'un manque d'éducation ou d'une quelconque responsabilité parentale mais bel et bien d'un dysfonctionnement neuronal dans le cerveau. Il est très important de comprendre et de faire comprendre cela. La souffrance et l'angoisse que subit un schizophrène est proprement insoutenable. C'est un véritable enfer. Mais cela l'est tout autant pour ses proches. Quand on voit la surprise, le désarroi, l'angoisse de ceux-ci quand la crise surgit alors que rien ne pouvait la prévoir, on peut comprendre que non seulement le sujet lui-même, mais toute sa famille et ses proches sont directement concernés. Ce qui malheureusement entraine des réflexes soit de déni, soit d'isolement issus de l'incompréhension dans l'environnement du malade. Ce, parfois même face à la violence de ces crises. Fort heureusement, les autorités donc les élus, sont depuis quelques années, de plus en plus conscients de ces réalités tant en ce qui concerne le malade directement que son environnement. Mais il y a encore dans le grand public faute de pouvoir ou savoir approcher ce type de maladie, ne serait-ce que par le biais de certains organes de presse, une tendance à la stigmatisation et à la mise à l'écart. Or, certains schizophrènes peuvent se comporter tout à fait normalement tant qu'ils ne sont pas en crise. D'autant que les médicaments s'ils sont pris régulièrement, permettent une stabilisation même s'ils ne peuvent guérir définitivement le malade. De ce fait nait une ambigüité car le malade schizophrène est un citoyen à part entière et il a des droits. Il peut refuser un traitement. S'il le fait, quelques jours plus tard, il rentrera à nouveau inévitablement en crise. Où se situe dans ce cas la responsabilité ? Ceci dit, il existe heureusement au travers de la population non seulement une prise de conscience mais également des regroupements, associatifs qui peuvent aider, ne serait-ce que par l'écoute. Ce qui est déjà une façon de briser un isolement insupportable. D'autre part le corps médical des psychiatres apprécient maintenant de mieux en mieux l'importance de l'environnement du malade pour l'aider à se stabiliser. Mais il reste encore des points qui sont à examiner de toute urgence. Notamment le fait qu'il est impossible pour les autorités d'intervenir lorsque les proches ou les parents savent que le malade va entrer en crise et que celle-ci va être bouleversante, violente, dangereuse tant pour lui-même que pour ses proches. Les dispositions légales ne prévoient rien pour cela. Qui plus est, le malade lui-même interrogé par du personnel qui n'est pas formé pour cela, peut donner le change. Avec les conséquences que cela entraine par la suite. Mieux. Les hôpitaux étant surchargés, leurs budgets étant restrictifs, le malade hospitalisé devra laisser la place beaucoup trop tôt. S'il rentre chez lui directement comme c'est souvent le cas, même s'il a des soins thérapeutiques adaptés, aucun contrôle ne peut être exercé pour savoir s'il les suit ou pas. Et non seulement il en subira les conséquences mais aussi tous ses proches ou sa famille. Faute d'établissements adaptés, faute de lits, nombre de malades psychiques ne sont pas suivis correctement, d'autant plus qu'ils ont le droit de refuser le traitement ou carrément de nier leur maladie. Ce, avec toutes les conséquences qui vont avec. Ce qui donne donc, en conclusion, à ce témoignage encore plus de valeur. Car non seulement son auteur par la prise de conscience, le fait de pouvoir et savoir l'évoquer librement nous offre un exemple de courage et de clairvoyance mais en plus, cela permet pour nous lecteurs, de nous inciter à mieux nous informer sur les maladies psychiques. On peut éventuellement, venir en aide au travers des associations de façon efficace tant vis à vis du malade que de ses proches. Il y a un malade psychique sur cent dans la population. C'est énorme. ça en vaut peut-être la peine, non ?

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  • Bernard Péchon Pignero

    Bernard Péchon Pignero

    23 mars 2014 à 10:19 |
    Ecrivez surtout ! C’est dans l’écriture que vous trouverez, comme dans ce texte vrai et fort, la justesse de votre rapport au monde. A un monde qui a besoin de vous et de votre parole unique et généreuse. L’écriture est le chemin le plus difficile, plein de cailloux pointus, de tessons coupants, d’immondices divers, mais c’est un chemin ascendant vers la lumière, vers le réel. On vous y suit en confiance.

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  • girard

    girard

    22 mars 2014 à 18:12 |
    que ça fait du bien de vous lire! Merci. vos mots sont justes et forts.

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  • joubert

    joubert

    22 mars 2014 à 18:01 |
    Beaucoup d'amis sur un site citent " les gens fêlés laissent passer la lumière" dont ma correctrice, céline Perrin pour mes livres depuis Parafer ordinaire, j'espère appartenir à cette catégorie car l'isolement de ma maladie est terrible à vivre et aussi la déformation journalistique et politique, les médias, abusent de cette insulte, or 90% des gens qui ont ma maladie sont inoffensif ! Merci de m'accueillir sur reflet du temps, j'écris peu depuis peu !

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  • Martine L

    Martine L

    22 mars 2014 à 17:51 |
    bravo pour ce qui est dit ici, et le courage de le dire ! je crois savoir, pour autant, que dans les aides bien matérielles, qui aident, avant 2006, il aurait été difficile de faire reconnaître la pathologie dont vous parlez, comme relevant d'un handicap, et, que , depuis, les maladies psychiques ( différentes des mentales pures) sont reconnues, d'où l'AAH
    En vous souhaitant de continuer à tenir et à produire, je vous donne cette phrase que j'aime " les gens fêlés laissent passer la lumière"

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    • joubert

      joubert

      27 octobre 2014 à 09:05 |
      l'AAH, ne permet pas de s'offri le minimum vital, un peu de confort d'esprit c'est 800 euros et pas un centime de la faille en plus, logement, facture etc... c'est moins de 10euros jours, et insomnie mes jours font parfois des additions de vingt-quatre heures !

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