Les gens

Ecrit par Mélisande le 02 mars 2012. dans Ecrits, La une, Santé

Les gens


« Il conviendrait de ne les connaître que disponibles à certaines heures pâles de la nuit… avec des problèmes d’hommes, simplement, des problèmes de mélancolie ». Léo Ferré.


Les gens, dans les hôpitaux psychiatriques, sont comme des âmes errantes, cachés loin derrière leur souffrance, cette béance de l’être qui est à vif. Nous visitons ici des frères d’âme, qui n’ont pas su engoncer les oripeaux du « moi », cette structure policée de l’être, qui est d’abord un bouclier formaté pour acquiescer dans une soumission déchirante à l’ordre dominant. Ce sont des blessés silencieux du consensus, ils saignent !

Parfois c’est une histoire de vie et de mort ! Déchiré, l’être coincé entre sa demande d’amour, et son besoin impérieux de liberté, se retrouve parfois « Grosjean comme devant », au seuil de la folie..

La folie : cette démesure de l’âme qui n’a pas su s’adapter, ni refuser ni être dans le compromis, ni monnayer… Cette âme solitaire et souffrante s’incarne dans des personnages dont les mains sont chaudes d’attente, elles demandent patience et intelligence dans la réponse à donner, chaleur, candeur, et feu d’artifice d’évidences, car oui, la vie, en gloire, ça ne rampe pas, ça crie !!!

Quelle souffrance dans cette errance, il faut y être pour le croire, sentir chez eux ce que l’énergie de la vie a mis de force, de puissance, pour s’incarner, et cette détresse du vide, dualité paroxystique, qui déclenche des maux, cris étouffés d’angoisse, silencieux mais blessants, pour celui qui a des oreilles internes dignes d’appellation.

Le cri lointain est aigu, il souffle c’est celui d’un moribond : l’animal pris au piège qui ne pouvait pas penser que l’homme dans sa dimension ontologique pouvait imaginer pareille torture ! Il y a des chemins des lignes existentielles qui ne se doutent pas que le Mal est de la même nature du Bien : il a la même puissance. Et je parle des écureuils, bien sûr, des renards, mais des biches aussi, qui viennent de naître au soleil de midi, et sont loin d’imaginer ce qui les attend au détour de cette innocence…

C’est la surprise du Créateur : nous mettre face à face avec l’abjection, pour voir : cette étude froide sillonne l’Histoire, elle en dit long sur notre imagination, nos élans de moribonds sur le champ de batailles, pour être au-dessus de la mêlée, mais surtout, nos lâchetés impavides, qui tuent plus souvent qu’à leur tour.. Il faut être de la nature du Soleil, pour s’en tirer, camarade, Camarade…


«…Fais gaffe aux inconnus, le vent n’a rien à faire avec ces criminels.. » Léo Ferré.


Mélisande


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Mélisande

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Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    02 mars 2012 à 22:37 |
    La psychose est une douleur, un cri, comme vous dites (on pense à Munch!)...La douleur de la dépersonnalisation, ce qu'on nomme en allemand l'"Entichung" : lorsqu'on cesse d'être un "je" pour devenir une bête.

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