Société

Levothyrox, le labo et l’armée des otages

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2017. dans La une, Actualité, Société

Levothyrox, le labo et l’armée des otages

La bête ne tuera pas, comme le Médiator de sinistre mémoire, se contentera de mettre dans l’inconfort force 10, d’heure en heure et jusqu’à quand, pas mal de gens dans les millions (3) d’utilisateurs du correcteur thyroïdien. Presque rien, presque tout, selon que vous appartenez ou non à l’armée des otages du problème qui raffutent dans tous les médias ces jours-ci.

Sire Levothyrox, qu’on peut nommer tel un monarque, vu qu’il trône seul en son rayon médicamenteux. Seul, en compagnie de son père, le laboratoire Merck Serono, de Lyon, seul aussi à fabriquer de telles pilules – le(s) concurrent(s), on voit pas… otages bien en main, allez ! disons seulement patients captifs dont Levothyrox-Merck démarre et finit l’alphabet… Mais que serait Sire Merck sans les consommateurs de sa pilule, écrirait n’importe quel écrivain public d’antan.

Affaire de solitude, donc – mot que vous avez le droit impératif de traduire illico par monopole (essayez donc de mendier dans vos officines autre chose que Levothyrox !), – de silence au fond des locaux impeccables et quasi futuristes de ces grands labos pharmaceutiques, gloire de notre industrie, en passe de devenir intouchables ; de dysfonctionnement sanitaire, pour autant, au bout. Que de (s) dans la chose… seul à manquer, peut-être, celui de santé ?

Le petit cachet blanc ; goût insipide, molécule essentiellement iodée, que l’on prend – que je prends – chaque matin, compense le dysfonctionnement (ou l’ablation totale ou partielle) d’un tout petit organe à la forme presque jolie de papillon à la base du cou : la thyroïde. Si petite qu’on en viendrait à négliger sa présence ; rien, à comparer, d’un poumon, d’un foie, alors d’un cœur, n’en parlons même pas ! Et pourtant, ce micro robinet de poupée, goutte à goutte, distille rien moins que l’équilibre. Il régule et sans lui, on est mal, soit excité à n’en plus finir – dysfonctionnement hyper, soit épuisé à ne plus pouvoir se lever – hypo, en ce cas. Je fais trop vite à l’évidence, mais le gamin de 10 ans qui me lit ne manquera pas de laisser tomber ce « mince, c’est embêtant ça ! » qui comme tout ce que saisissent les enfants, n’est pas loin d’une certaine vérité.

Jusqu’à la fin de l’hiver dernier, notre armée de dopés au Levothyrox, tous dosages confondus, était quasi inconnue, car, bon an mal an, « corrigée ». Progressivement, montèrent alors de loin en loin des plaintes argumentées : qui perdait ses cheveux, qui voguait de vertiges en nausées, qui se réveillait dans les crampes, qui était épuisé, perdait le sommeil, et j’en passe. Pour ma part, la fatigue ressentie était d’une intensité et d’une nature telle, que, presque naturellement, elle me renvoyait au souvenir de l’état d’hypothyroïdie que j’avais traversé avant « mon dosage ». Mais, comme les autres « nouveaulevothyroxés », d’autres causes firent alors office de présumés coupables, cachant le papillon et sa nouvelle boîte bleue ; nous vivions depuis si longtemps en compagnie du petit cachet blanc !

L’info finit pourtant par passer le bout du nez – articles, brèves, bouche à oreille, reportages : le labo avait modifié – presque rien, se défendit-il – un excipient de son médicament (remplaçant le lactose pas toujours toléré). Presque rien, et pour certains, quasiment tout. « Notre » Levothyrox était changé, aux marges, certes, mais changé. Or, dans ce domaine des régulateurs, un rien, une tête d’épingle peut – pas forcément chez tout le monde – perturber grandement l’organisme. Exit donc, la réponse cinglante et inqualifiable du labo monopolistique : « les effets secondaires évoqués sont imaginaires ». Assorti d’un revers de main méprisant : « les plaignants se montent le coup via les pétitions internet »(la principale atteignant à ce jour, sous le patronage de l’association des déficitaires thyroïdiens, le nombre infime de plus de 200.000 signatures).

 

Loi travail ; faudrait-il rester Schumpeterien ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 06 septembre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Loi travail ; faudrait-il rester Schumpeterien ?

Il n’en pouvait mais, dans la matinale de France Inter, Thomas Piketty, face à Léa (Salamé) qui tirait des petits missiles du genre : – êtes-vous comme Macron, Schumpeterien ?

D’abord, on sourit – ce vieux Schumpeter de nos grimoires ! Puis on se souvient de deux ou trois choses qui nous avaient agacés dans notre jeunesse quand même assez marxisante ; la « destruction créatrice », par exemple, le titre de ce livre : Le capitalisme peut-il survivre ?, et c’est là – bon sang, mais c’est bien sûr ! – qu’on se prend l’évidence en pleine figure devant le café matinal : Macron ne peut être QUE de ce côté-là de la balance des théories économiques. Pile pour lui et les siens, cousu pour eux, ce discours vieux comme l’Europe d’antan. Immensément vieux, mais – en même temps – en capacité, une fois ripoliné, de reprendre du service, descendu du grenier, et – même – de finir dans le flou du soir qui tombe, comme neuf de chez neuf…

Schumpeter – petite fiche de révision ; n'est-on pas en pleine rentrée scolaire – est un économiste « politique », de l’ancienne Autriche-Hongrie, né fin XIXème ( la même année que Keynes ! L'année de la disparition de Marx! En même temps, disait l'autre !) parti aux USA – temple du capitalisme en marche – où il finira sa vie dans les années 50. Pas vraiment classable, le bonhomme et sa vision, dans les écoles économiques, mais regrettant suffisamment que le capitalisme peine à la tâche (raisons politiques et sociales) pour qu’après sa disparition, un Milton Friedman, chantre du libéralisme le plus dur (dont les Chiliens du temps d’Allende, et quelques autres, ont conservé un cuisant souvenir) reprenne haut et fort son flambeau.

On lui doit plein d’ouvrages et – mondialisation libérale débutant son spectacle - à la veille de sa mort, il était en passe de prendre la présidence de la « nouvelle association internationale d’économie ». Intéressantes, pour autant, les analyses, fouillées, sur les mécanismes / innovations (il est un peu le père du mot) / progrès techniques et technologiques / croissance. Tout ça, cependant, comme si le monde s’arrêtait aux portes des usines – les grandes, américaines, de préférence, se lançant à la conquête économique de la planète –, comme si le libéralisme était le seul modèle sérieux et viable, comme si le train ne pouvait quitter les rails – un seul sens au voyage, évidemment. Trois mots vaguement importants, n’existaient visiblement pas chez Schumpeter : ouvrier-employé-personnel. Un seul être était vivant au milieu des machines innovantes, l’entrepreneur – c'est même le titre d'un de ses livres - (ça sonne du coup formidablement actuel, ce discours). Pour autant, quant à moi, j’ai le souvenir d’une certaine fascination pour ce système de pensée, facile à comprendre et à retenir – les systèmes étant les préférés de nos mémoires, lycéennes du moins… Depuis – on l’aura remarqué – le monde a tourné – mal, quelquefois, et la moustache de Schumpeter a quitté la scène. Jusqu’à notre Macron, son programme teinté de sacrifices – faisables mais obligatoires – sa loi travail et sa dame Pénicaud campant sur tous les Danone de ses expériences.

Panthéonisation de Simone Veil ou constitutionnalisation de l’IVG ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 30 août 2017. dans La une, France, Politique, Société

Panthéonisation de Simone Veil ou constitutionnalisation de l’IVG ?

Comme chacun sait, les institutions civiles ne sont que les clones d’institutions ecclésiastiques antérieures, qu’elles entendent concurrencer. De même qu’il existe – sans rire ! – un baptême « républicain » et un mariage « célébré » à la mairie, de même la panthéonisation est l’avatar laïc de la canonisation. De fait, Simone Veil connut une apothéose immédiate, un peu comme saint Jean-Paul II, pour qui les foules massées sur la place saint Pierre, criaient, dès l’annonce de son décès : « santo subito ! », saint tout de suite ! D’ailleurs, la sainteté laïque possède la même – et curieuse – faculté de propagation que son archétype religieux : la petite Thérèse de l’enfant Jésus « sanctifia », par une sorte de solution de continuité, ses parents, Louis et Zélie Martin, canonisés eux aussi. Idem pour Antoine Veil, panthéonisé par la grâce de sa femme et simultanément avec elle…

Mais à qui – ou plutôt à quoi – au juste, est échu cet honneur de la République ? A la courageuse déportée qui survécut aux camps de la mort ? A la militante féministe qui alla jusqu’à renverser une carafe d’eau sur la tête d’un de ses fils qui tenait des propos misogynes ? Non, sans la loi de 1974, jamais Simone Veil ne reposerait dans la fameuse ex-église, transformée en temple à la mémoire des grands hommes. A travers elle, c’est bien le droit à l’IVG que l’on a voulu honorer.

Mieux, comme l’a dit le philosophe Raphaël Einthoven au micro d’Europe 1 le 6 juillet dernier, il s’agit « d’un équivalent symbolique d’une inscription de l’IVG dans la constitution ». L’idée, à vrai dire, mûrit depuis quelque temps. Elle faisait officiellement partie du programme de Jean-Luc Mélenchon, dans la campagne des présidentielles. Dans un discours du 18 mars, prolongé dans son blog, il proclame : « la liberté de conscience a un pendant évident, une liberté fondamentale : celle de disposer entièrement et absolument de soi ; il est donc temps d’inscrire dans la constitution le droit à l’avortement, car le corps de chaque femme lui appartient absolument et exclusivement ». Et d’ajouter, pour faire bonne mesure : « je proposerai que le droit à l’avortement soit inscrit dans la constitution, ainsi que le droit de mourir dans la dignité. Les deux droits ont une racine commune : disposer de soi en seul propriétaire de soi ».

Le parallèle entre suicide et avortement frappe, en effet, par sa pertinence. Les deux furent des délits, les deux furent dépénalisés – le suicide en 1810 ; avant, sous l’Ancien Régime, la peine consistait en une profanation du cadavre, « le corps était pendu par les pieds à un gibet et, après son exposition, jeté à la voirie avec les cadavres pourrissant des chevaux » écrit Georges Minois dans son Histoire du suicide (Fayard, 1995, p.165).

Mais « dépénalisés » signifie-t-il « exaltés » ? A supposer que l’on considère le fœtus comme faisant partie intégrante du corps de la mère (ce qui ne va pas de soi, cf. ma chronique à ce sujet), avorter consiste, d’une manière ou d’une autre, en une mutilation, une atteinte grave à l’intégrité corporelle. « Nulle femme ne se fait avorter de gaité de cœur » disait Simone Veil. Quant au suicide, il s’identifie au meurtre de soi-même (cf. l’allemand « Sebstmord »). Comment une mutilation volontaire ou un meurtre, non moins volontaire, pourraient-ils s’ériger en nouveaux droits de l’homme ?

Il y a un saut qualitatif infrangible entre la simple tolérance et l’exaltation. Ni l’automutilation, ni l’auto-meurtre ne sont des biens en soi. Ce sont des maux. Les dépénaliser était nécessaire pour ne pas ajouter une douleur supplémentaire et une stigmatisation à une misère humaine déjà existante.

Mais les glorifier relève de l’obscène…

Une histoire d’africanité

Ecrit par Michel Tagne Foko le 30 août 2017. dans Monde, La une, Politique, Société

Une histoire d’africanité

Il y a un débat qui va dans tous les sens. Les gens parlent de l’Afrique avec beaucoup de verbe. Des émotions qui se conjuguent au pluriel. Ça se développe admirablement et parfois avec des approximations. Tout le monde veut avoir raison. Ce n’est pas possible autrement. Il y a le camp des gens qui disent qu’il existe plusieurs Afrique et le camp des autres qui disent qu’il n’y a qu’une Afrique. Le sujet qui remonte le plus, c’est celui du patriotisme africain.

Il y a un monsieur qui se dispute avec un autre. Il dit : « c’est à cause des gens comme vous que l’Afrique n’avance pas ». Son interlocuteur lui répond : « c’est ton problème là-bas ». Le monsieur continue en disant : « c’est bien, tu es comme ces gens qui vivent chez les “Blancs” et votent pour le FN, hein ? Pauvre de nous Africains ». Son interlocuteur lui répond : « au premier tour de l’élection présidentielle, le FN était en tête au Sénégal. Tu ne vas quand même pas me dire que les Français du Sénégal ne sont que des “Blancs” ». Le monsieur : « Arrête de me parler parce que là tu racontes des conneries. Seules 400 personnes ont voté FN et tu appelles ça être en tête ? ». L’interlocuteur : « toi aussi arrête de me parler parce que là tu vas m’énerver. Déjà que je ne vote même pas dans ce pays… ».

Et voilà que s’est ouvert le sujet de la démocratie et de l’identité. Il y a quelqu’un qui a dit : « Je suis africain avant d’être guinéen ». Un autre a dit : « laissez-moi avec vos conneries là. Je suis moi camerounais d’abord ». Il y a quelqu’un qui a dit que les Camerounais sont atteints du syndrome de Stockholm. Plus précisément, il a employé ce genre de mots : « même s’il y a les élections transparentes au Cameroun, le vieux Biya va toujours gagner. Vous êtes amoureux de votre geôlier ». Ils me demandent où est-ce que je me situe dans leurs causeries. Ils insistent. Je dis que je suis d’abord l’enfant de ma mère, avant d’être aussi celui de mon père, après l’enfant de ma famille, de mon royaume, du pays bamiléké avant d’être celui de mon pays d’origine le Cameroun, de mon pays d’accueil la France, et citoyen du monde. On me dit que je suis hors sujet. Alors là, irrité, je me tais et j’observe.

Il y a un certain Onana qui se dispute l’Afrique avec Jean-Luc. Il est clair qu’ils n’ont pas du tout la même vision de l’Afrique ou pour l’Afrique. Jean-Luc dit : « il faut qu’il y ait davantage d’actions humanitaires vers l’Afrique ». Quant à Onana, il dit : « non, je ne suis pas d’accord, il faut que cela cesse. Ces machins humanitaires-là salissent le nom de l’Afrique ». Onana continue en disant : « il faut laisser aux Africains le choix de construire leur avenir ». Jean-Luc rétorque en disant : « Je suis d’accord avec le fait qu’il faudrait qu’on nous laisse le choix de construire notre avenir, mais cela ne doit pas damer le fait que le continent a besoin d’humanitaire à l’heure actuelle pour s’en sortir ». Exacerbé, Onana lui dit : « Nous ? Nous quoi ? Tu n’es pas africain ! ». Ces quelques mots ont du mal à être digérés par Jean-Luc. Il est en colère. Il dit : « tu sais quoi de moi ? qui es-tu pour m’interdire d’être africain ». Les deux protagonistes sont au bord d’en finir avec les mains, dans ce pays où les gens se disent civilisés…

Ivan Fandiño, mort dans l’après midi…

Ecrit par Lilou le 24 juin 2017. dans La une, Actualité, Société

Ivan Fandiño, mort dans l’après midi…

Samedi 17 juin 2017, peu après 20h, Ivan Fandiño est mort dans l’ambulance du Samu quelque part sur la longue ligne droite accrochant pour toujours Aire-sur-l’Adour et Mont-de-Marsan. Son cœur plein de générosité et de supplément d’âme a lâché prise quelques poignées de minutes après avoir été salement blessé par un toro de Baltazar Iban prénommé Provechito. Né au cœur de prairies interminables nichées à l’ombre del valle de los caidos, il y a 4 ans, ce toro noir comme la mort a laissé le corps gracieux d’Ivan Fandiño ouvert comme un livre en plein milieu de la semana grande. Né à Orduña dans le pays basque espagnol il y a 37 ans, Ivan Fandiño était ce que l’on peut appeler un torero singulier vivant aussi souvent que possible comme un bienheureux sa passion pour cet art arrivé presque intact du fond des âges et dépêchant à chaque fois ses cohortes d’espoirs enlevant à la mort ce que la joie conjugue à de vrais moments de magie.

Finalement, Provechito et Fandiño étaient nés pour se rencontrer au bout de leurs vies incomplètes par une aussi brûlante que triste après-midi de Juin 2017. Nés pour ne plus jamais avoir à se quitter… Oui mais aussi et surtout parce que le dit le sempiternel pour le meilleur et pour le pire. Oui, sauf que venu du fin fond de cet art si baroque, le pire fut servi bille en tête et en guise d’apéritif.

A Aire-sur-l’Adour, tout près de Nogaro qu’en ces lignes il n’est plus utile de présenter, l’apéritif est un art de vivre. Il y est davantage qu’ailleurs une certitude de se savoir arrivé quelque part. Les arènes, dressées le long du fleuve, servent l’été à faire danser les 6000 et quelques Aturines et Aturins, afin que toute cette tribu rassemblée magnifie le bout du printemps. C’est comme ça depuis la nuit des temps et ce le sera encore dans 40 générations. On y vide des barriques entières de Floc de Gascogne et d’Armagnac, on y parle de la rudesse du métier d’agriculteur qui chaque année va de mal en pis, on s’y dispute sur les résultats parfois chaotiques des équipes de rugby (toutes, féminines compris), on s’y déprime de l’abatage massif des canards qui a conduit au bord du gouffre des dizaines de cousins gersois dans un silence médiatique de cathédrale. Mais au-delà de ces incontournables qui ont tout de la discussion de préchauffage chaque Juin de chaque année, Aire-sur-l’Adour retrouve ensuite le sourire qu’il communique à toutes ses borderies avec la générosité du mélange gasco/landais en plus. Cette année, maudite parce que ses arènes sont passées de pittoresques à plaza de mala muerte, ce sourire qui dit tant de choses aura la forme du deuil d’un homme que rien ne prédisposait à venir mourir ici empalé par un toro noir armé de cornes aussi larges qu’un tombeau et animé par l’envie de se battre comme un héros déjà mort. C’est ainsi et dans cet art qui touche aux frontières de la raison, il n’y a pas de quoi fouetter un chat me dites-vous déjà. Ce en quoi vous pourriez en bout de course avoir raison.

Ivan Fandiño était un torero laborieux dans le sens plus qu’enviable de travailleur acharné, qui aimait plus que tout son épouse, ses parents, ses amis ainsi que le combat à mort avec des toros durs que pas grand monde ne voulait. Lui, dans ces cornes du diable, ne voyait que le moyen d’accéder plus directement à l’état de grâce que procure celui de matador de toros devant Dieu et les Hommes. C’est ainsi et il ne servira à rien que de nourrir en y répondant les désolants commentaires qui se réjouissent de la mort d’un homme parce qu’un toro a su enfin comprendre la Corrida de Francis Cabrel et qu’il convient de danser ensemble sur la dépouille tiède de Fandiño. C’est ainsi et il ne servirait à rien que d’expliquer que certains hommes et femmes trouvent dans toutes les tauromachies des plaisirs immenses qui n’ont rien de la barbarie mais qui au contraire ont tout de la poésie. A rien !!! La mort d’un homme ne mérite que la réflexion d’avoir participé de près ou de loin, parce que son art nous parle tant et que l’on aime aller chercher le souffle des arènes comme celui de la mort, à ce que sur le coup de 19h30 ce samedi 17 juin 2017, un toro lourd de Baltazar Iban au sourire de veuve ne lui coupe définitivement son cordon ombilical.

L’âme d’Ivan Fandiño se consolidait au fil des corridas dures auxquelles il participait depuis son alternative en 2005 (son diplôme de matador) le long de 3 grands axes professionnels.

Malaise dans la nation

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 juin 2017. dans La une, Société

Recension du livre de Jérémy Robine, Les ghettos de la nation, éditions Vendémiaire, 2011

Malaise dans la nation

Je ne connaissais pas Jérémy Robine, maître de conférences à l’université Paris VIII, jusqu’à la lecture de l’un de ses articles, paru dans Libération le 5 mai dernier : La « race » éternel tabou de cette élection et des précédentes. Son papier m’a tellement intéressé que j’ai acheté le livre qui l’explicite, édité six ans plus tôt.

C’est, en effet, à partir de la formation de « ghettos » ethniques qu’il aborde la question du racisme.

Ces ghettos ont une histoire. Celle des trop célèbres « grands ensembles », bâtis à la va-vite – et mal ! – dans l’après-guerre, pour répondre aux besoins pressants de logement et selon l’urbanisme – aux effets socialement délétères (le principe de la « cité dortoir » !) – de Le Corbusier.

« Cette politique de construction, nous dit Robine, et la décision de mettre fin aux bidonvilles, aboutissent au début des années 70 à ce que les rapatriés et les familles blanches les moins bien loties, souvent immigrées d’origine espagnole, portugaise ou italienne, qui habitent les grands ensembles (les familles blanches les plus aisées ont commencé à les quitter dès la fin des années 1960) sont rejoints par les familles immigrées maghrébines, dont la proportion augmente rapidement ».

La cohabitation entre populations d’origine différente est d’emblée problématique, et ce dès avant que ne se termine la prospérité économique des trente glorieuses : « des problèmes graves se posent bien avant le choc pétrolier de 1973, et si la majeure partie de la France et des Français n’est alors pas concernée, localement les difficultés sont quotidiennes dans les grands ensembles, déjà habités par les familles des travailleurs maghrébins. De plus, le regroupement familial a commencé bien avant son officialisation en 1975, et l’on trouve dès le début des années 1970, dans les grands ensembles et dans les derniers bidonvilles, une jeunesse issue de l’immigration maghrébine ». Ces jeunes deviennent donc « assignés à résidence » ; « avec le processus de ghettoïsation, écrit Robine, seuls restent dans les grands ensembles, de plus en plus dégradés, ceux qui ne parviennent pas à les quitter (…) ce problème de ségrégation en France peut se résumer à une inégalité croissante, et aujourd’hui souvent insurmontable, dans la capacité à quitter le quartier ghetto ».

Les conséquences psychologiques et politiques de cette évolution ne sont rien moins que dramatiques. « Une frontière identitaire entre “eux” et “nous” est ainsi créée ou confortée ». Se greffent alors, à partir des années 2000 et des émeutes de 2005, ce que Gilles Kepel nomme le « ressac rétro-colonial » : « la dimension postcoloniale est ici centrale. L’avoir imposé dans le débat public est le mérite de militants qui furent à l’origine de l’Appel des Indigènes de la République ». La France se voit ainsi considérée comme un état « post-colonial » reproduisant à l’encontre de leurs descendants les humiliations et les discriminations dont ont souffert les colonisés. « La nation française, ajoute Robine, est analysée comme raciste du fait d’une construction historique longue. La question raciale est donc nécessairement centrale pour les “Indigènes” ».

Existe-t-il un droit « de ne pas aimer » ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 15 avril 2017. dans La une, Société

Existe-t-il un droit « de ne pas aimer » ?

Jean-Luc Mélenchon, le 21 novembre 2015, à 7h47, diffusa le tweet suivant : « Je conteste le terme d’islamophobie. On a le droit de ne pas aimer l’Islam, comme on a le droit de ne pas aimer le Catholicisme ».

Bonne question : a-t-on le droit de ne pas aimer ? Mais de quoi parlons-nous, en réalité ?

Des personnes ? J’ai untel ou unetelle dans le nez ; je ne le/la supporte pas ; je ne peux pas le/la « sentir »… Qui de nous n’a jamais utilisé pareilles expressions ? Moi, par exemple, je cultive un franc désamour à l’égard de Léa Salamé. C’est très injuste, car ses qualités sont incontestables : intelligence, esprit d’à propos, culot ; bref, une grande intervieweuse. Pourtant je ne l’aime pas. Affaire d’atomes crochus (ou non crochus), allergie épidermique, totale irrationalité. Bien sûr, l’on peut toujours essayer de se justifier : elle est agressive, parfois blessante, elle interrompt, ne laisse pas l’invité s’exprimer. Soit, mais tout ceci ne va pas au fond des choses : les sentiments – positifs ou négatifs – ne se commandent pas. La détestation, comme la dilection, ne se situe pas au niveau de la tête, mais au niveau des tripes…

Jusqu’ici, rien de grave, tout le monde acquiesce.

Passons aux idées. Certains adorent le platonisme, d’autres (Nietzsche par exemple) le haïssent. Il y a des marxistes et des anti-marxistes, des libéraux et des anticapitalistes, et ainsi de suite. De gustibus non est disputandum, dit l’adage latin, des goûts et des couleurs… là encore, rien d’offensant.

Quid maintenant des religions ? Des « idées » également, mais particulières : qui dit religions, dit croyants. Peut-on haïr l’Islam (en général, Mélenchon ne visait pas spécifiquement l’Islam radical) sans haïr les musulmans, c’est-à-dire, dans un pays comme la France, un groupe composé majoritairement d’Arabes ? Là se pose une nouvelle question : peut-on « ne pas aimer » un groupe humain ?

Du désamour, en effet, à l’ostracisme, si ce n’est au racisme tout court, il n’y a qu’un pas vite franchi. L’antipathie se meut nécessairement en réductionnisme. Je « réduis » Léa Salamé à une « qualité » – effectivement détestable – l’agressivité, alors qu’elle a une quantité de facettes différentes. Les islamophobes réduisent les musulmans au fanatisme déployé par les plus intégristes d’entre eux, une « qualité » également, mais « essentielle » celle-là, parce qu’elle s’applique à un groupe. Essentialisation « racisante », à partir du moment où ce groupe se confond avec une entité ethno-raciale. Généralisation licite pour une personne (on choisit, en toute impunité, un défaut qui le/la « subsume »), mais illicite pour les groupes, car elle tombe ou elle peut tomber sous le coup des loi antiracistes. Des sentiments involontaires, à la malveillance intentionnelle, voire à l’intention de nuire, la pente glisse et fait glisser.

Le seul mérite de Mélenchon – qui a d’ailleurs fait un contre-sens sur le suffixe « phobie » (phobos en grec signifie « peur » et non « détestation ») – aura été de souligner ce deux poids/deux mesures : il existe un droit à l’injustice à l’encontre des individus, mais pas à l’encontre des groupes (raciaux, sexuels, religieux, etc.). Ne pas aimer constitue en soi une injustice, une injustice fautive parce que réductrice, une injustice plus subtile que la plate diffamation ou l’insulte : je ne diffame pas Léa Salamé quand je dis que je ne l’aime pas. Tout ostracisme – individuel ou collectif – se fait réducteur.

Oui certes, Jean-Luc Mélenchon, il existe bien – à l’intérieur de certaines limites – un droit de ne pas aimer… mais n’oubliez pas : il existe aussi des droits injustes.

La balance d’Emmanuel (Kant)

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 01 avril 2017. dans Philosophie, La une, Politique, Société

La balance d’Emmanuel (Kant)

A : « Agis toujours de façon à ce que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle ». Tu sais qui a dit ça, bien sûr.

B : Oui Emmanuel Kant. J’ai appris ça.

A : Je me demande si ce n’était pas une recommandation empoisonnée.

B : Probable !

A : Tu comprends, s’il avait dit « Agis autant que tu peux de façon à ce que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle »…

B : C’est le « toujours » qui te gêne ?

A : Oui. Le « toujours » pose un impératif absolu. Si une seule fois, tu fais un faux pas, tu es mauvais, tu es nul. Enfin, c’est comme ça que je le sens…

B : C’est toi qui te l’imposes. Tout dépend comment on le prononce : Agis toujours peut très bien être seulement un conseil, une incitation à la vertu qui sous-entend une certaine indulgence. On sait bien qu’on ne peut pas être toujours vertueux. L’homme doit se fixer le but de se dépasser, d’être le plus souvent possible au mieux de ses possibilités, sachant que nous ne sommes que des hommes pétris de passions, donc de vices et de vertus.

A : Tu as peut-être raison. Mais tu vois, la religion chrétienne est moins catégorique en ce sens qu’elle prévoit la contrition, la confession et le pardon.

B : Oui mais elle interdit tout. Elle considère les erreurs des hommes comme des péchés et non comme des faiblesses inhérentes à leur condition.

 

Je transcris de mémoire, et probablement en y mettant mes mots plus que les tournures employées par les adolescents, cette conversation entendue récemment entre deux très jeunes gens. Admettons que le garçon s’appelle Arthur (A) et la jeune fille Béatrice (B). Respectons leur anonymat sinon leur intimité.

Il me semble qu’il y a cinquante ans, je me posais aussi ce genre de questions. Je me suis demandé comment j’y avais répondu au cours de ma vie. Je crois m’être efforcé en principe d’être kantien chaque fois que j’avais le sentiment de devoir être exemplaire. Pour mes enfants, pour mes collaborateurs, pour mes amis, pour moi-même. Mais je sais bien que j’ai eu souvent recours à l’indulgence d’un dieu dont je pouvais penser que s’il existait, il me pardonnerait mes faiblesses. Peu importait qu’il n’existât pas. Son indulgence, elle, était acquise. Kant pour exalter mes vertus et Dieu pour pardonner mes vices.

Une histoire d’immigration

Ecrit par Michel Tagne Foko le 18 mars 2017. dans La une, Société

Une histoire d’immigration

On m’a dit : « Michel, s’il te plaît, viens prendre un pot avec nous ». Sans hésitation, j’ai rejoint le groupe. C’était à Schaerbeek, Bruxelles, Belgique. Non loin de la gare du Nord, vers vingt et une heures, dans un lieu où certaines personnes d’origine africaine et autres se regroupent pour refaire le monde autour de quelques bières et des prompts pas de danse.

Entre deux bonnes bières belges, s’introduit le sujet de l’immigration…

Tout a commencé par ce jeune Équato-Guinéen, il a dit : « Avez-vous vu les attaques contre les étrangers en Afrique du Sud ? C’est inadmissible ! Chez moi, ce n’est pas comme ça ! ». Vient ensuite un Gabonais, il a dit : « C’est horrible, c’est scandaleux ! ». Un Centrafricain a dit : « Mandela n’est pas gentil ». Tout le monde s’est tourné. On lui a dit : « Il est mort, Mandela ». Il a continué en disant : « Je voulais dire Thabo Mbeki ». Quelqu’un a dit « C’est qui ça ? ». Une autre personne a répondu : « C’est le président de l’Afrique du Sud ». Un Camerounais a dit : « Tu ne comprends pas le nom ? Il y a que ces gens-là pour s’appeler béquille ». Un Togolais a dit en riant : « En plus on s’étonne qu’il rapatrie les gens ». Un autre a dit : « Ce n’est pas Zuma machin là ? ». « Zuma quoi ? » reprit un Congolais. « Je dis Zuma quelque chose », continua le Togolais. L’Ivoirien dit : « Ah oui, sur internet on dit que c’est Jacob Zuma ». Le Centrafricain reprit la parole, il dit : « il n’est quand même pas gentil »…

Ça parlait. Ça riait. Ça se discutait. Ça s’insurgeait. Ça buvait aussi. Ça s’abreuvait sans limites. Il y avait des professeurs. Il y avait des étudiants. Des docteurs en je-ne-sais-plus-quoi. Des vrais docteurs aussi. Il y avait un mélange fou. Des diplômés aux non-diplômés. Tout le monde avait la parole. Tout le monde s’insurgeait…

Et là, il y a ce Camerounais qui a dit : « Jacob Zuma est fou ». Quelqu’un a dit : « Tu savais qu’il est polygame, le mec ? » Un autre dit : « Oui polygame, il n’est africain que quand il veut la femme. Après, il devient comme européen et rapatrié ». Un Béninois dit : « Heureusement que Talon est là pour épargner ce genre d’humiliation à d’autres Africains ». Une personne ressemblant à un Burkinabé dit : « Il faut en finir avec cette histoire de visa entre-africain ». Un Camerounais dit : « Contrairement à certains pays, au Cameroun, tout le monde est le bienvenu »…

Pendant ce temps, assis tranquillement, je buvais mes bières… Eh oui, pour une fois, j’avais décidé de ne pas parler et d’observer les gens. Ça ne servait à rien de militer. Ils étaient tous contents d’être enfin d’accord. Chacun condamnait fermement ces gens en Afrique du Sud qui chassent les étrangers. Ce qui m’intriguait était de voir comment chacun parlait de son pays comme d’un lieu où ce genre de chose n’existe pas. Chacun évitait de mal parler de son pays d’origine. Ils confondaient l’orgueil et la réalité. Ils étaient tous humanistes et les politiques de leurs pays aussi. Le monde semblait tout beau chez eux. J’étais estomaqué par cet abrutissement ou semblant d’ignorance.

Je m’explique :

– Je me suis rendu compte qu’il y avait des Camerounais qui ne savaient pas qu’au Cameroun on rapatrie les sans-papiers. Qu’ils sont arrêtés, placés en cellule, frappés quotidiennement, jusqu’à ce qu’ils trouvent un moyen de rentrer chez eux ! Ce fut le cas d’un Béninois qui me racontait son calvaire camerounais…

– Le visa pour le Ghana est l’un des plus exorbitants en Afrique. Et en plus, les policiers frappent les sans-papiers avant de les rapatrier.

– En Côte d’Ivoire, on rapatrie les sans-papiers, c’est un fait !

– Le Gabon, l’Angola et la Guinée équatoriale sont les champions d’Afrique centrale en matière de rapatriement ! Très souvent, ils entassent les gens dans des bateaux avant de les renvoyer.

– Etc.

Alors, que certains arrêtent de croire qu’il n’y a que chez les Européens que l’on rapatrie les gens. Les Africains aussi sont champions en la matière. L’Afrique du Sud n’est pas l’exception. Après avoir dit cela, je précise quand même, bien sûr, que je suis contre le rapatriement des personnes…

Le spectre des années 30, vraiment ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 11 mars 2017. dans La une, Politique, Société

Le spectre des années 30, vraiment ?

La gauche (Benoît Hamon) et la presse de gauche, Mediapart en tête, bruissent d’une rumeur qui leur donne le frisson : et si Marine Le Pen gagnait ? Adjurations aux deux candidats rivaux, Hamon et Mélenchon, de faire cause commune pour conjurer le danger…

La situation en est presque risible. D’abord, même si Mélenchon se retirait, Hamon ne serait malgré tout pas présent au second tour. L’arithmétique virtuelle (15+11=26) induit en erreur. La gauche radicale ne pèse pas un tel poids ; d’autant plus que la déperdition de voix serait grande : les socialistes modérés ne voteraient jamais pour Mélenchon, et le Front de gauche quant à lui ostracise tout ce qui émane du PS, y compris les frondeurs. Au mieux, pareil – improbable – attelage parviendrait péniblement à 20%, très loin derrière les deux premiers (Le Pen et Macron).

D’ailleurs, la ficèle paraît un peu grosse, MLP=Hitler ? Soyons sérieux, il n’y aurait ni incendie du Reichstag, ni nuit des longs couteaux, ni camps de la mort. Certes, il y aurait des heurts (comme aux Etats-Unis suite à l’élection de Donald Trump) ; certes il y aurait des morts, type Malik Oussekine ; certes les institutions trembleraient sur leur base (MLP utiliserait-elle l’article 16 ? Celui de la dictature provisoire ?).

Mais bon, MLP passerait bien un jour, tout comme passera Trump… la grosse ressemblance par rapport aux années 30 se trouve ailleurs. Il y a une droite ! Pas seulement une extrême droite, une droite qui se proclame telle. Dans le sillage de Vichy et de la collaboration, l’étiquette « droite » était devenue honteuse. Cela dura 30 ans. Tout recommença à la fin des années 70 avec Alain de Benoist et la « nouvelle droite », ses groupes de pression (le Club de l’Horloge) et sa presse (le Fig-Mag version Hersant). La montée en puissance du FN tout au long des années 80 et 90, puis la dédiabolisation par l’héritière de la dynastie contribuèrent également à la renaissance droitière ; mais le tournant décisif fut pris par Sarkozy sous la houlette de Patrick Buisson. Ce dernier avait bien compris – il le dit très clairement dans son dernier livre – que seul l’entrisme, c’est-à-dire la diffusion des idées extrêmes depuis l’intérieur d’un parti respectable qui ne fait pas peur, pourrait ultimement aboutir au triomphe tant attendu. Buisson ne se trompait pas : grâce à lui, le thème de l’identité a été lancé.

D’un point de vue gramscien, dans la lutte idéologique, la droite est redevenue dominante. A l’inverse de l’entre-deux guerres, il n’existe plus d’équivalent à ce qu’était à l’époque le marxisme, en pleine ascension. La société sans classe, l’avènement du prolétariat, la lutte contre la bourgeoisie, tout cela ne fait plus recette. Ce qui a pris la suite – les droits de l’homme, l’antiracisme, le combat contre les discriminations en tout genre – ne fédère pas, voire même clive ; l’antiracisme est battu en brèche et pas seulement par l’extrême droite. Il suffit de lire et d’écouter Alain Finkielkraut sur ce point.

Alors oui, la gauche, dans un état de faiblesse sans précédent, peine à reprendre souffle et à mobiliser. La droite, revigorée, a carte blanche pour avancer ses pions. En cela précisément, la situation diffère radicalement de celle des années 30.

Le risque actuel est sans commune mesure avec celui d’autrefois ; mais les forces capables de s’opposer à ce risque sont peu de choses par contraste avec ce qu’était la gauche d’alors.

Une sorte d’immunodépression intellectuelle en quelque sorte…

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