Société

HULOT, LE SYMPTÔME

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 février 2018. dans La une, Média/Web, Actualité, Société

HULOT, LE SYMPTÔME

Citoyennement détestable, ce qui se passe pour Nicolas Hulot, devenu cible du hachoir – vraiment bien aiguisé – de la houle « balance ton... », ses porte-voix, sa résonance, pouvant – aussi – tourner à la foire techno.

 L'affaire – visiblement,  flotte sur un fond réel quasi inexistant, reflet, écho, leurre. Une plainte qui n'a pas abouti il y a x années, avec  une plaignante qui ne poursuit pas,  et une erreur de transcription d'une autre affaire, liée, elle, aux alentours de la – vraie – histoire Denis Baupin. Bref, du probablement faux et du – on dit que... ainsi qu' un vague «  on ne prête qu'aux riches » (l' homme passe pour séducteur et vous conviendrez avec moi, qu'on s'en fout), et une rumeur qui prend le vent, tous les vents, au pays du tam-tam médiatique et des redoutables réseaux sociaux. Parce qu'enfin, tout ce temps long à attendre les pointilleux cas par cas de la Justice, alors qu'il est si facile, si vite fait, et, j'ose dire, tellement jouissif, de souffler un bon coup dans Face Book, à l'abri d'un bon pseudo, bien sûr.

J'aime beaucoup Nicolas Hulot, de mon lointain fauteuil TV – ses émissions «  Ushuaïa » et «  Okavango » ont été l'honneur de la télévision, ont brassé du pédagogique, du beau, du vrai regard à la fois admiratif et inquiet, sensible et vivant, pour des générations, y compris de jeunes en demande de repères. J'aurais payé spécifiquement pour ces images,  ces odeurs, ces gens, qu'on croisait bien autant que les animaux menacés ; pour moi ( j'ai voyagé aussi grâce à Hulot) et surtout pour mes petits collégiens. Une chronique entière ne suffirait pas à dire tout le bien que je pense de ses émissions, et de lui à la barre...  Mais, il y a aussi  - en même temps, comme il faut à présent dire, l'  écologiste politique – la seule écologie qui vaille à mon sens, et c'est la citoyenne qui, là, apprécie, fait confiance à  celui qui se penche sur la fleur désertée par l'abeille et, relevant la tête  voit, en expert, loin, le monde tel qu'il va mal et pourrait devenir pire, à moins que sauvé par une humanité en progrès de conscience. Visionnaire, pas seulement gestionnaire, un ministre d' un genre particulier, un idéal de ministre et de politique,  au fond, que cet Hulot, toujours à part, mais, paraît-il, très écouté en Macronie, et c'est une excellente chose...  Vous me direz, différencions le privé de l'homme , du métier, du talent, et de la fonction, des contenus des accusations de la rumeur. Évidence, que même un tribunal des plus obtus, refuserait pour autant de transformer en tranches de saucissons, car on peut espérer vouloir parler à l' ensemble d'un individu, construit justement de ses différences.

L'homme, nous dit-on, est «  fragile », son itinéraire ne peut que nous le rendre sympathique, et pour tout dire, précieux. Son visage était  un cœur ouvert impressionnant, lorsqu'il a pris le risque, l'autre matin,  de devancer le flot attendu de la rumeur, en évoquant et en dénonçant point par point sa composition. On verra si la vitesse de dégonflement submerge l'étendue des boues, car voilà maintenant le curieux théorème auquel est affrontée toute personne publique  à partir d'un certain niveau de rayonnement.

Car – JF Vincent le disait dans une chronique récente et le contenu des commentaires  l'étayait – au pays de l'affaire Weinstein et des «  balance ton porc », la vie prend de bien curieuses couleurs. Sous couvert – ô combien légitime, de la consolidation des femmes,  des drames et autres crimes sexuels, se coulent des eaux glauques et sombres : la dénonciation anonyme ou sous pseudo, les plaintes ressorties après des lunes de prescriptions des faits, les anecdotes répandues sur la toile - stigmatisations automatiques et privées de tout droit de réponse - plutôt que dans les enceintes dédiées, police, justice, avec, certes, les  énormes insuffisances qui leur traînent aux basques.

Féminisme vs contre-féminisme

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 janvier 2018. dans La une, Actualité, Société

Féminisme vs contre-féminisme

Depuis l’affaire Harvey, la chasse est ouverte : haro sur les libidineux incontinents, les mâles prédateurs, les machistes aux mains baladeuses, les « frotteurs » en rut dans le métro aux heures de pointe (c’est le cas de le dire !)… Aux Etats-Unis, les Golden Globes de cette année, sorte de répétition générale des Oscars – étendue à la télévision – se sont transformés en grand-messe du néo-féminisme revanchard. L’assistance toute vêtue de noir a participé à la célébration présidée par la milliardaire noire, Oprah Winfrey, richissime animatrice d’un talk show et possible candidate démocrate aux élections présidentielles de 2020. Celle-ci a été claire : « Pendant trop longtemps les femmes n’ont pas été entendues ou crues lorsqu’elles osaient dire la vérité au sujet des hommes puissants ; mais ce temps est fini, je veux que toutes les filles qui me regardent actuellement sachent qu’une nouvelle aube se profile à l’horizon, quand plus personne ne dira encore “Me Too” ». #Me Too, ce réseau social misandre, équivalent américain – en moins vulgaire toutefois – du très/trop français #Balance ton porc.

Comme toujours, l’action suscite une ré-action. L’initiative « réactionnaire » vint d’une tribune publiée dans Le Monde en date du 9 janvier dernier, signée par des personnalités très diverses, venues du monde du spectacle (Catherine Deneuve) ou du journalisme (Elisabeth Lévy). Le texte parle d’un « climat de société totalitaire », d’une « vague purificatoire » : « Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste (…), de fait, #Me Too a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels (…). Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres “à part” réclamant d’être protégées ».

« Liberté d’importuner », disent les signataires à la décharge des hommes un peu trop empressés. On pense ainsi à Choderlos de Laclos, à un Valmont songeant un instant à prendre de force la présidente de Tourvelle, archétype de l’art poliorcétique de la séduction patriarcale… « En se présentant comme un appel à la vigilance et une entreprise de libération morale, cette tribune ne concourt qu’à une chose : réaffirmer le pouvoir des dominants, en sonnant un rappel à l’ordre conservateur », vitupère, en réponse, une pétition de 200 féministes sur Mediapart. Asia Argento, une des responsables du mouvement #Me Too outre-Atlantique, surenchérit : « Catherine Deneuve et d’autres femmes françaises racontent au monde comment leur misogynie intériorisée les a lobotomisées au point de non retour ».

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 janvier 2018. dans France, La une, Média/Web, Politique, Actualité, Société

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Depuis quelques heures on les entend tous, lectorat fidèle au cuir tanné du vieux Charlie, tout venant occasionnel achetant le grand fascicule chaque fois que ça pète sur sa couverture, journalistes d’ailleurs (là, c’est un peu facile) et même…  ceux de Charlie, les survivants, et  les venus depuis. On les entend dire – Charlie enfermé dans son bunker, c’est tout simplement impossible… comme une erreur soulignée en rouge, un oxymore ahurissant, le grand fauve des savanes enfermé ! Evidemment !

Pile, 3 ans après l’incroyable et l’indicible.

 C’était hier, ceux de Charlie. Nous tous tombés par terre devant radios et  tv, nous tous « je suis Charlie » ; dégoulinant, noir, sur la façade du Palais des festivals de Cannes où je me trouvais et où j’ai défilé le 11, avec à mon bras une tantine de bien plus de 80 ans, qui n’avait jamais manifesté ; clignotant, le Charlie – ce n’était pas le moins étonnant – au fronton du Vinci des autoroutes, partout, dans la moindre boutique, le plus petit espace libre d’affichage au coin des rues, papillons noirs qui rassemblaient alors presque le monde entier, passeport tenu à bout de bras ; du simple, du presque tout : la liberté d’expression. Ils seraient encore aujourd’hui, aux derniers sondages, à se revendiquer de ce « je suis Charlie » à hauteur de plus de 70%, en France, ce qui est énorme quand on sait à quelle vitesse tournent les opinions et leurs modes moutonnières.

Alors, comment traiter les Charlie, hic et nunc ? Quand on mesure ce qui reste (et peut-être augmente) de haine et de menaces vis à vis de ce que représente Charlie vu de la lorgnette de l’intégrisme pur et dur, de son bras armé terroriste, bien  vivace nonobstant la perte territoriale du fameux califat du Moyen-Orient (quand E. Macron dit que la menace future viendra de l’Afrique sahélienne, il a vu juste ; rien n’est fermé dans la terrible entreprise, loin s’en faut).

 Pour ces djihadistes, l’esprit-Charlie est tellement autre chose que ce qui s’entend pour nous, a minima : liberté d’être impertinent dans un journal satirique. C’est que Charlie, ces gens le comprennent au cœur, et ne sont pas à ce titre, prêts à lâcher la cible. L’esprit Charlie, et son compère, celui du 11 Janvier, que même un Hallyday descendu de sa planète Amérique a chanté et plutôt bien, c’est la quintessence de la menace contre eux, quelque chose d’opérationnel contre le noir du drapeau de Daech : sourire et joie, collectif et valeurs, culture et rire, surtout, et gens debout… Et on penserait que deux dizaines de types, même de l’ importance de la Rédaction de Charlie, auraient suffi à étancher leur soif !

Les menaces sont bien là – toujours aussi implacables - nominatives ou non, terrifiantes. La fatwa rôde ; demandez donc à Rushdie s’il est content de sa vie plus qu’à l’ombre…

Egalité femmes-hommes ?

Ecrit par Jean Gabard le 06 janvier 2018. dans La une, Société

Egalité femmes-hommes ?

Le gouvernement a fait de l’égalité femmes-hommes la grande cause du quinquennat alors que dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (article 1, Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits) et la Constitution de la Vème République (La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion), il n’est jamais question d’« égalité » mais d’« égalité en droits » ou d’« égalité devant la loi » !

Ce raccourci (d’égalité en droits à égalité) pourrait être acceptable si, aujourd’hui, de nombreuses personnes ne réclamaient pas, et avec insistance, « l’égalité réelle » entre les hommes et les femmes, en s’inspirant des dérives des Etudes de genre.

Cette égalité souhaitée ne pourrait pourtant être envisagée que si le postulat soutenu par des partisans des Etudes de genre était une théorie reconnue par les autorités scientifiques, c’est-à-dire que si les différences de comportements et de résultats entre les femmes et les hommes ne provenaient que des discriminations et de la construction sociale sexistes, or il n’en est rien !* On sait aujourd’hui que si les hommes et les femmes sont influencés par la construction sociale, ils sont aussi influencés par leurs différences génétiques, biologiques, hormonales. Ils le sont aussi par la structuration du psychisme, différente suivant le sexe et indépendante de la culture (celle-ci étant inconsciente, comme la construction sociale, elle ne peut être prouvée mais on peut quand même se demander si le fait de naître dans un corps de femme ou d’homme, d’une personne du même sexe ou du sexe opposé n’a pas au moins autant d’importance que le fait de se voir offrir une poupée ou un camion !).

Cette demande d’égalité est une demande qui ne peut que favoriser le sexisme en étant dans la négation de la différence des sexes. En effet, quand la différence des sexes n’est pas reconnue, la différence, toujours plus ou moins gênante, quand elle apparaît, devient anormale. Elle est alors très vite dénigrée. Pendant des millénaires, la différence des sexes n’a pas été assumée par la société patriarcale et la différence de la femme était considérée comme un handicap qui faisait d’elle un être inférieur à mettre à l’écart. Faut-il, aujourd’hui, parce que la différence des sexes n’est toujours pas assumée, que la différence de l’homme devienne une maladie ou le signe de sa mauvaise éducation dont il serait responsable (un moyen pervers qui permet de ne pas être accusé de sexisme) ?

Il y a encore beaucoup de progrès à faire pour obtenir le respect de l’égalité en droits. Faut-il alors s’égarer dans des luttes inutiles qui, avec ce nouveau sexisme, ne peuvent que dresser les femmes contre les hommes et empêcher d’étudier, de connaître et de gérer intelligemment la différence des sexes ?

Après que la société patriarcale dans l’enfance ait été contestée à juste titre par une vision du monde féministe faut-il, au XXIème siècle, rester dans cette crise d’adolescence et ne rien faire pour devenir enfin adulte ?

 

* Le paradoxe norvégien

https://www.youtube.com/watch?v=hQYiub1hkSw

 

« Mieux vaut reconnaître nos différences que prétendre qu’elles n’existent pas et ne pas survivre aux tensions qu’elles engendrent ! »,Jacques Arènes.

« Je pense que le “genre” est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas », Boris Cyrulnik.

« Alors, tant sur le plan psychique, anatomique, cérébral, légal, social, on peut chercher longtemps l’égalité, on ne la trouvera jamais ailleurs que dans le fantasme », Michel S. Levy.

« Enfin, répétons qu’un lien existe entre certaines dérives des mouvements de libération de la femme, “l’égalitarisme” sexuel qui suivit, et la difficulté de beaucoup d’adolescents à se repérer dans le familial, puis le social », Michel S. Levy

Contre les violences faites aux femmes… et aux hommes !

Ecrit par Jean Gabard le 02 décembre 2017. dans La une, Actualité, Société

Contre les violences faites aux femmes… et aux hommes !

Avec la libération de la femme et le culte de la spontanéité, y a-t-il encore aujourd’hui beaucoup d’hommes qui n’ont jamais été insultés, voire même giflés, par une femme ?

La réponse risque d’être difficile à donner : les études ne concernent souvent que les violences faites aux femmes !…

Mais peu importe, il n’est pas question de comparer des chiffres. Ces derniers, d’ailleurs, sont-ils si importants par rapport à la gravité du sujet, surtout s’il s’avère que les mêmes violences n’ont pas forcément des effets identiques sur les hommes et sur les femmes ?

Les violences physiques paraissent en effet beaucoup plus graves pour une femme que pour un homme. Les menaces seules, pour elle, sont déjà totalement destructrices.

Pour un homme, les violences physiques ne sont pas insignifiantes mais ne l’atteignent guère autrement que physiquement…

Il n’en est cependant pas de même pour les insultes. Venant d’une femme, celles-ci l’ébranlent et il ressent comme un cataclysme qui le renvoie à sa castration psychique, quand il s’est aperçu qu’il ne pourrait plus être comme sa référence première qu’il perçoit « toute-puissante » : sa maman. Son impuissance devant ce qu’il vit comme un nouveau rejet décuple sa colère et lui donne souvent envie d’utiliser ce qu’il possède : sa force physique.

Si la femme frappe la première, il est plutôt soulagé ! Les coups replacent le conflit dans un domaine connu par lui et où il a l’assurance de pouvoir répondre s’il le souhaite. « L’adversaire » revient alors « à sa portée », sur un terrain qu’il maîtrise. Souvent même, il n’éprouve plus le besoin de riposter ou s’il le fait c’est pour la forme, pour sauver son honneur mais pas parce qu’il se sent menacé.

Une femme ne peut ressentir les effets de sa violence psychique chez un homme, pas plus qu’un homme ne peut ressentir les effets de sa violence physique chez une femme !

C’est la raison pour laquelle les hommes (niant la différence des sexes), ont pu penser (et certains le pensent encore) que leurs violences physiques sur une femme ne pouvaient être très graves, puisque pour eux, celles d’une femme, sur eux, ne l’étaient pas !

Aujourd’hui, certaines femmes n’ont-elles pas à leur tour tendance à croire que leur agression verbale sur un homme n’est qu’une affaire bénigne, parce que sur elles, la violence des mots peut être tolérable et n’est aucunement comparable aux violences physiques venant d’un homme et à ses conséquences ?…

L’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres

Ecrit par Léon-Marc Levy le 25 novembre 2017. dans La une, Société, Histoire

L’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres

Il est obstinément des bons esprits – même parmi mes ami(e)s – pour assimiler l’antisémitisme à une forme, parmi d’autres, de racisme. C’est là plus qu’une erreur, une faute dramatique. Si l’antisémitisme N’était QU’un racisme, ce serait épouvantable bien sûr mais assurément pas la tragédie qui poursuit un peuple depuis deux mille ans, assurément pas la malédiction qui l’a fait expulser de tous les pays où il a tenté de prendre racine, assurément pas la haine pure qui depuis le XIIIème siècle l’a mené de pogroms en pogroms jusqu’à la mise en œuvre d’un plan d’éradication totale dans une des nations les plus civilisées d’occident, l’Allemagne.

Le racisme est un affect épouvantable, la terreur de la différence, la faute permanente de l’autre, chargé de tous nos maux. On passe, depuis le XIXème siècle pour n’envisager que l’époque moderne en France, des Allemands aux Italiens, aux Polonais, aux Noirs, aux Arabes surtout aujourd’hui. L’objet du racisme est changeant, toujours inscrit historiquement dans des causes circonstancielles.

L’antisémitisme n’est pas la haine de la différence. Les Juifs ne sont guère « distinguables » dans les pays où ils vivent. Les antisémites du XIXème et XXème siècle ont bien tenté d’imaginer un « type juif » – fondé sur certaines populations juives orientales – mais il était à mille lieues de la réalité perceptible par tous. Il suffit de revoir – encore et encore – le chef-d’œuvre de Joseph Losey, Monsieur Klein, pour comprendre l’incroyable folie identitaire que représente la volonté de donner un visage au Juif. Le Juif n’a pas de caractéristiques physiques, ni sociales, ni citoyennes. Il est blond, brun, noir même, grand, petit. Il est riche (parfois), pauvre (souvent). Il est très intelligent, très con, bon comme le bon pain, mauvais comme une teigne. Il s’intègre parfaitement à toutes les cultures dans lesquelles il vit, il est souvent un citoyen modèle, un soldat obéissant, un travailleur utile. Comme tous les autres.

« Comme tous les autres ». Ce n’est pas la différence, mais la ressemblance qui fait problème dans l’antisémitisme. Daniel Sibony, brillant psychanalyste, l’a débusqué depuis des décennies. Ce qui déclenche la haine c’est que le Juif permet de haïr l’autre qui me ressemble, de haïr mon semblable tout en me donnant le sentiment que je ne hais pas mon semblable mais un autre. Il est l’autre en moi, parmi moi. Donc facile à désigner comme la source de tous mes malheurs. Et c’est cela qui en fait la victime désignée dans toutes les cités dans lesquelles il a essayé de s’installer. Et c’est ce qui rend l’antisémitisme millénaire, continu. Et c’est cela qui rend l’antisémitisme unique (hélas) – même si le combat contre ce fléau doit évidemment se conjuguer à la lutte contre les racismes.

Retournez voir Monsieur Klein, (re)lisez Daniel Sibony (L’énigme antisémite, Seuil). Surtout, luttez chaque jour, individuellement ou collectivement (mais je ne crois pas au collectif), contre cette abjection de l’humanité qu’est l’antisémitisme.

Je ne peux rien de plus pour ceux et celles qui ne veulent pas le savoir.

Généalogie et légende familiale

Ecrit par Patrick Petauton le 25 novembre 2017. dans Souvenirs, La une, Société, Histoire

Généalogie et légende familiale

Ce n’était que lorsque le soleil disparaissait derrière les collines, et qu’une douce quiétude vespérale s’installait dans sa maison ouvrant sur le haut cher, qu’elle nous parlait de son passé, Marie-Louise notre grand-mère.

Lorsqu’elle naquit en décembre 1893 dans le petit village d’Epineuil-le-Fleuriel, à la limite du Cher et de l’Allier, la bonne fée des berceaux devait être retenue ailleurs, car sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille bordé de miel et autres fils de soie.

Fille de Louis, journalier agricole, et d’Eugénie, elle épousa en novembre 1911, à 18 ans, son voisin Sylvain Denizard, qui trois ans plus tard devait tomber sous les balles allemandes quelque part dans la Meuse, et comme tant de ces jeunes poilus, y demeurer, où, on ne sait, loin des siens jusque dans la mort…

Ne pouvant représenter une charge supplémentaire dans une famille pauvre, elle dut envisager de trouver un emploi loin de sa terre natale. L’occasion lui fut fournie parHenry Guilhomet, riche propriétaire et employeur de son père, alors son garde particulier, qui la prit à son service comme domestique dans sa maison parisienne. C’est surtout de cela qu’elle nous parlait.

« Dame ! j’en ai vu du beau monde chez les Guilhomet ! »

Elle évoquait alors des souvenirs chargés à la fois de plaisir, de fierté et de mélancolie. Les somptueux dîners des Guilhomet fréquentés par nombre de princes, princesses russes, duchesses et comtesses ! résonnaient à nos oreilles enfantines comme autant de contes de fée.

L’argent ne manquait pas, disait-elle. Accompagnés des domestiques, Henry et son épouse partaient chaque année hiverner au soleil et partager leur vie entre spectacles et réceptions mondaines, c’est ainsi que Marie-Louise, petite paysanne, aurait eu l’opportunité de vivre à Nice plusieurs fois.

Elle nous confia plusieurs anecdotes.

Un matin où elle coiffait Madame Guilhomet, elle fut intriguée par un tableau suspendu au-dessus du miroir et n’hésita pas à demander à sa patronne ce qu’il représentait. Celle-ci lui expliqua qu’il évoquait une scène de la vie paysanne en Russie ; un ouvrier agricole était knouté pour avoir mal travaillé. Profondément choquée par de telles méthodes, notre grand-mère qui n’avait pas sa langue dans sa poche fit part à sa maîtresse de son peu de respect pour ce pays bien peu civilisé à ses yeux, et la conversation aurait pu s’envenimer si Madame Guilhomet n’avait eu une parole forte pour couper court : « Marie-Louise ! Espèce de bolchevique ! » dit-elle en lui arrachant la brosse à cheveux des mains.

Rapport hommes-femmes : du chevalier servant au porc

Ecrit par Jean-François Vincent le 04 novembre 2017. dans La une, Actualité, Société, Histoire

Rapport hommes-femmes : du chevalier servant au porc

Weinstein, DSK, Baupin, et combien d’autres ? Certains même seulement en paroles et non en actes, tel Dominique de Villepin, songeant un instant à se présenter à l’élection présidentielle et murmurant : « la France a envie qu’on la prenne, ça la démange dans le bassin ».

Ainsi l’omerta a été levée ; on avait déjà ressorti les texto salaces de Denis Baupin adressés à l’adjointe verte à la mairie du Mans, Elen Debost : « je suis dans le train et j’ai envie de te sodomiser en cuissarde », ou encore « j’ai envie de voir ton cul »… Maintenant, on déballe tout et la chasse est ouverte. La journaliste Sandra Muller, de la Lettre de l’audiovisuel, a lancé le hashtag #balance ton porc, avec le tweet inaugural suivant : « Toi aussi, raconte en donnant le nom et les détails du harcèlement sexuel que tu as connu. Je vous attends ». Bref, appel à la délation, dénonciation des ci-devant mâles libidineux, épuration des cochons impénitents…

Faire la cour risque de devenir un parcours du combattant, une ordalie, un peu comme à l’époque du Fin’amor médiéval. L’on se souvient, en effet, que le chevalier passionnément amoureux d’une dame mariée (mais qui ne repoussait pas totalement ses avances respectueuses), devait se soumettre à toute une série d’épreuves destinées à tester sa flamme, épreuves qui culminaient dans l’asag : le chevalier devant rester nu toute une nuit, à côté de sa bien-aimée, également nue, avec – souvent, entre les deux – une épée, gardienne de la vertu de chacun… frustration terrible mais délicieuse, « j’aime mieux, dit Arnaud de Mareuil, dans son Saluts d’amour (XIIème siècle), le désir de vous que d’avoir d’une autre tout ce que reçoit un amant charnel ». C’est l’amor imperfectus, imparfait physiquement au sens de non parachevé par une émission de semen. Tout au plus l’amoureux transi peut-il espérer un chaste câlin. Dans le Roman de Jaufré (XIIIème siècle), la comtesse de Die récompense de la sorte son soupirant : « j’aurais grand plaisir, sachez-le, à vous presser dans mes bras, pourvu que vous m’ayez juré d’abord de ne faire que ce que je voudrai ». Tout chevalier se devant, avant tout, de demeurer obediens, obéissant…

Ce passage d’un excès à l’excès inverse invite à réfléchir sur le caractère éminemment subjectif du délit de harcèlement : ce dernier, en droit, repose, non sur élément matériel, mais sur un élément psychologique (art. 222-33 du Code Pénal) : « Le harcèlement sexuel est le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ».

De la part d’une truie gauloise, en réponse au texte d’Ivan Rioufol dans le Figaro

Ecrit par Sabine Aussenac le 04 novembre 2017. dans La une, Actualité, Société

De la part d’une truie gauloise, en réponse au texte d’Ivan Rioufol dans le Figaro

Qu’un prétendu journaliste employé dans un des plus grands quotidiens de l’hexagone ose mélanger un sursaut masculiniste et un machisme primitif à des relents islamophobes en faisant passer Le Monde pour une Pravda locale à la solde des Khmers rouges ne m’étonne même pas. Car somme toute, la solidarité masculine n’a pas attendu le scandale Weinstein et la parole féminine –  j’insiste sur cet adjectif, sans avoir écrit « féministe » – ni l’écriture inclusive pour dominer le globe, de tous temps et dans toutes les civilisations, religions, politiques…

Oui, chers mâles blancs, je sais, ça fait mal.

D’ailleurs, étant pour ma part bien moins bornée que mon confrère du Fig, j’irai même jusqu’à écrire « chers mâles du monde entier »…

Oui, parce que quand on connaît les chiffres des violences sexuelles faites aux femmes en Inde, au Maroc ou dans d’autres pays où ne sévit pas le « mâle blanc », il est évident que les accusations de Monsieur Rioufol paraissent ridicules…

Oui, ça fait mal, je sais, de se sentir soudain avili, rabaissé, soumis à l’opprobre de toute une partie de l’humanité, à savoir des femmes ; je ne parle pas seulement des féministes, mais des femmes, de toutes les femmes, solidaires enfin, qui, sororalement, osent (même si mon correcteur d’orthographe me souligne ce mot…) prendre la parole ENSEMBLE.

Donc, le seul fait de dénoncer des actes de harcèlement ferait donc de nous des truies ?

Et alors même que cette parole s’est libérée dans le monde entier, et bien entendu aussi dans les pays arabes, nous, truies de garde, ne mettrions en cause que de vilains mâles blancs ? Ce pauvre Monsieur Rioufol doit décidément vivre en zone blanche, puisqu’il fait mine de pas avoir eu vent du succès mondial du hashtag #balancetonporc…

http://www.slate.fr/story/152684/mouvements-balancetonporc-metoo-exportent

Sachez, cher confère, que ce mouvement n’en est qu’à ses balbutiements. La révolution est en marche, et j’ose espérer que d’autres libérations verront le jour. La langue est, par exemple, en train de se libérer de la gangue masculiniste où l’avaient bâillonnée les savants et les censeurs de l’Académie. Les artistes, un jour, prendront leur vraie place dans la société, car comme le démontrent les chiffres de la SACD et du mouvement www.ousontlesfemmes.org, la parité est loin d’être acquise. La politique a commencé sa mue, les femmes conduisent depuis peu en Arabie saoudite, et, qui sait, peut-être verrons-nous un jour une papesse ?

 

ISF ; Emmanuel et le yacht

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 octobre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

ISF ; Emmanuel et le yacht

Serions-nous des gauchistes excités, mieux des Guevaristes bavant de haine, ceux qui n’ont pas avalé il y a une pincée d’heures le discours des Macroniens de Bercy, dévoilant – prière de chausser de bonnes lunettes – le comment du début d’assassinat de l’Impôt sur la Fortune ; le nôtre, puisqu’il paraît que nous, français, étions une peuplade sentant encore les coupeurs de tête de l’An II avec cet outil, fiscal et bien plus politique.

De quoi s’agissait-il ? D’attaquer l’ISF (ce que nous savions, notons-le, en votant pour le président Macron), de lui rogner ce qui lui restait d’ailes, à cet oiseau – majestueux quand même et peint des trois couleurs plus quarante-huitardes que tout le reste des républiques – né dans l’ombre non moins politiquement épique du premier François Mitterrand, en 1982. Et certains d’ores et déjà de glapir, que cet impôt n’eut de cesse, depuis, d’être épluché voire vidé par diverses lois, hélas pas toutes de Droite sonnante et trébuchante… Vrai, et que je te tricote des exemptés plus vite que des assujettis, des passe-droit fleurissant en parfois aussi grand nombre que ce que notre fisc républicain faisait rentrer dans ses caisses. Vrai, car qui dit impôt, dit, chez nous, astuce pour y échapper, dans ce peuple qui décidément ne s’est jamais vraiment amouraché de ses institutions fiscales…

Mais… il s’agirait là de bien autre chose, non de baisser tel taux ou de rehausser tel seuil, mais bien d’isoler cet impôt, en l'amoindrissant. La  taxe nommée à présent, en affichant haut sa casquette, « impôt sur la fortune immobilière », permettrait de sortir du dispositif des pans considérables d’anciens assujettis. Une flopée ? non, carrément une foule. Tous ceux qui collent leurs « éconocrocs » (comme dit mon fils, né pile avec l’ISF, qui ignorait visiblement qu’il y ait eu un avant, et qu’un après soit, comme il dit joliment, « légitime ») dans les outils bancaires type placements, assurance-vie et le toutim ; ça fait du chiffre. Plus spectaculaire, et sujets des agitations actuelles un peu partout ; sujet de conversation on ne peut plus consensuel, à « droite et à gauche », « points de détail » de l’inénarrable député LREM Barbara Pompili aux dents longues, les signes extérieurs de richesse, ce haut symbole de la justice quelque part en nous tous irait nager dans d’autres eaux beaucoup moins froides que celles de l’impôt sur la fortune. Voyez, ainsi une voiture de luxe, un jet privé, un cheval de course, et bien sûr un yacht (je ne dis « un » que par facilité). Hors jeu, tout ça, hors prélèvement. L’autre soir, dans le journal de la « gauchiste » Anne-Sophie Lapix, une petite addition-soustraction au tableau noir jouait avec quelques chiffres : le prix d’un yacht, son ISF avant la réforme Macron ; en face, ce qui serait demandé à son propriétaire (0 ct d’euro) dorénavant. Bouche bée des spectateurs, vaguement écœurés au point d’en poser la fourchette ! Quelqu’un, soutenant il est vrai fortement notre gouvernement, de me rétorquer : encore un bashing des médias !… Car le motif invoqué de ces prouesses réformatrices échappant à grands coups d’ailes à la morale la plus élémentaire, tient en un credo vieux comme la Droite libérale : on peut ainsi espérer (j’aime ce mot qui sent sa rationalisation économique) le retour des fonds planqués à l’étranger, mieux, l’arrivée en terre de France de tous les exilés de la City londonienne sous le vent aigre des suites de son Brexit. Bref, on peut aussi se demander si quelques bricoles type république bananière n’auraient pas un succès plus rapide et en rien moins sûr...

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