Société

Paternalité

Ecrit par Jean Gabard le 29 août 2015. dans La une, Société

Paternalité

La remise en cause des sociétés patriarcales dans les pays occidentaux a permis d’inscrire dans la loi, et avec l’approbation d’une très grande majorité des populations, l’égalité entre les hommes et les femmes. La famille a été bouleversée. Le père a été déboulonné de son trône et privé de ses certitudes. Il n’y a plus aujourd’hui qu’un seul modèle de père mais plusieurs selon la vision du monde que l’on adopte. Au modèle de père traditionnel que certains veulent encore suivre ou retrouver, s’ajoute le modèle du père né de la contestation. Parce qu’il prend le contrepied du père autoritaire et sexiste, ce modèle de père est le plus suivi. Il est dit « moderne ». Il lui est cependant reproché ses absences voire même son inutilité et certains, n’acceptant ce sort et ne souhaitant pas non plus verser dans la nostalgie de l’enfance, peuvent souhaiter faire sortir ce père de sa crise d’adolescence pour en faire un père adulte.

Pendant des siècles, les rôles des hommes et des femmes ont été cadrés avec rigueur par la société patriarcale. Alors même que le géniteur restait « incertain », le statut de père était connu et reconnu. L’homme savait parfaitement le comportement qu’il devait adopter. Il lui suffisait d’appliquer ce qui lui avait été appris par ses parents et qui se transmettait de génération en génération. Les règles nécessaires à la survie du groupe ne souffraient aucune discussion.

D’après l’idéologie de cette société, le père est le chef absolu de la famille. Ce dernier garde souvent une certaine distance et préfère laisser à la maman la tâche de s’occuper de l’enfant. C’est elle qui donne les soins et la tendresse au petit enfant. Arrivé à « l’âge de raison », le garçon est enlevé des mains des femmes pour entrer dans le camp des hommes où lui sont inculquées les valeurs dites « masculines » destinées à le distinguer du sexe dit « faible ».

Ce père autoritaire, davantage d’ailleurs dans l’autoritarisme que dans l’autorité, est aujourd’hui en voie de disparition dans les pays occidentaux où la victoire de la démocratie a rendu insupportables ses atteintes à la liberté et à l’égalité. Il est devenu le symbole du passé.

L’idéologie patriarcale a en effet commencé à être vraiment contestée à partir du XVème siècle par une vision du monde que l’on peut appeler « féministe » dans la mesure où elle s’est totalement opposée à celle de l’homme au pouvoir. Avec la contestation de son autorité dite d’origine divine, la société toute entière a été transformée. Ces luttes libérales, démocratiques, féministes ont mis à mal la domination masculine et bouleversé les rapports hommes/femmes, pères/mères. De trop nombreuses femmes sont encore victimes du sexisme, mais dans les pays occidentaux, leurs droits sont maintenant reconnus. En quarante ans la démocratie a fait un bond prodigieux à l’intérieur de la société et de la famille. La nouvelle vision du monde, devenue dominante, demande à l’homme, lui-même ravi, d’abandonner une autorité paternelle jugée sexiste et même fasciste. Pour ne pas être accusé de machisme il doit avoir une conduite opposée à ce qu’elle était il y a encore cinquante ans.

Ségrégation… stop… ils sont là !

Ecrit par Ahmed Khettaoui le 29 août 2015. dans La une, Société

Ségrégation… stop… ils sont là !

Ségréguer l’âme de son squelette, de sa silhouette n’est qu’une mesure abusive – à mon sens – et qui se rétrograde d’un jour à l’autre au fil des pensées des visions et des ères.

Concrétiser « la jointure » de l’âme, c’est en outre l’octroi d’une vérité à l’absolu, ce dernier qui, à mon avis, doit refléter la ponctualité, respecter l’énorme de cette « offrande » émotionnelle, divine, en soutenant l’utile et l’agréable.

Malheureusement certaines de nos mesures abusives salissent la pureté de l’âme par une identification singulière, aberrante, sous prétexte que la femme, voire « le féminin » grammaticalement, dépend toujours du masculin. Il faut qu’il se détache catégoriquement de cette dépendance féroce, sinon il étrangle le souffle de cette « âme ». Dans ce contexte, une voix féminine lance un cri strident à haute voix, à travers une émission sur France culture diffusée cette semaine.

Une émission consacrée à la « masculinité » que j’ai suivie avec soin. Cette voix, en s’attachant férocement à sa rivalité vis à vis de son rival hostile l’homme, a soulevé une polémique intrigue (selon l’intervenante), qui selon elle toujours doit obéir à l’objectivité et aux valeurs humaines. Cette voix ne cessait de donner des exemples à travers son intervention brutale. A titre d’exemple, elle a cité quelques formules grammaticales qui favorisent la « masculinité ». Cette formule parmi d’autres que j’ai pu retenir en suivant l’émission en direct, je la rédige à ma façon : attention… halte… ces femmes et leurs chiens sont méchants en posant la question : pourquoi toujours le féminin suit obligatoirement le masculin.

Ce questionnement a deux rives : la férocité des chiens et la possession humanitaire de leurs « maîtresses », ce qui implique d’après l’intervenante que l’inégalité existe toujours malgré l’émancipation de la femme au fil des ères, des âges et des civilisations.

En somme, ce qui m’a marqué de plus, dans cette « séance » qui a duré presque une heure, c’est la conjoncture de cette polémique, notamment sa convergence contradictoire… en niant l’objectivité existante déjà et en force encore dans la société occidentale. En se référant à l’objectivité, il me semble que la substitution est à mon avis exclue dans cette affaire-là… Divergence… ségrégation… halte, ils sont là… D’où ils surgissent : j’en sais rien !…

Que peut-on dire de la femme orientale qui ne cesse de se soumettre à son sort, son contentement, sa conviction, dans sa féminité, sa vertu quoi qu’il en soit, divine ou autres, comportements ou mœurs, voire son usage particulier en tant que femme et partenaire actif, émouvant dans sa complémentarité. Ce partenaire dans sa masculinité sacrée parsemée par sa finesse et féminité enlace dignement cette « âme » dissimulée dans notre inconscient collectif.

Reste à confirmer.

Ma décharge au soleil

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 juillet 2015. dans La une, Environnement, Société

Ma décharge au soleil

L’été, que voulez-vous ! on a besoin de poser l’œil, de frétiller du nez, et d’affuter les oreilles, sur du bel et du beau. L’été, c’est le « dehors » et le petit lot d’exigences qui va avec…

Montpellier en cet été entrant, est ? forcément somptueuse ; la lumière romaine, les vieilles pierres ruisselant de médiéval ; sautant de pas en pas les murets sur les cours ou jardins intérieurs, des senteurs de lavande ou de thym frais ; frou-frou de martinets, de tourterelles et de mouettes égarées… des sons, des couleurs, une transparence de l’air inspirée par les étangs et la mer à deux sauts de puce… Du Pagnol comme s’il en pleuvait… Clichés – mais pas loin d’être vrais, de Montpellier – Midi – Été – Vacances…

Oups, clichés, quand même, hélas, clichés ! Montpellier, j’en ai peur, est classée top dans les villes les plus sales de France. Comme une arête de sardine du dernier barbecue qui ne passerait pas. Tout comme.

Du médecin en veux-tu, en voilà, de la culture – de tout ! du Bac plus dix, comme Tramontane en hiver, mais, pour le même prix, de la poubelle grasse qui déborde, des papiers partout, des canettes vides là où on attendrait promenades ombragées aux murmures des fontaines. Et puis, décharges, encombrants souillant chaque coin de rue, chaque tournant de trottoir. Montpellier-décharge, cherchez l’erreur…

C’est – j’en ai souvenance – une des images, qui, hélas, vous impacte, dès votre arrivée en ville. Venant d’une campagne, si verte et propre, il est vrai, si peu peuplée, aussi, je m’étais dit : le vent, ces vents qui définissent la ville bien autant que le soleil ? la cherté des services de ramassage ? les gens et leur absence de citoyenneté chronique ? C’était il y a 12 ans, à présent. Une décennie après, tourne encore la chanson. Causez une miette de la chose avec vos voisins ; sujet exceptionnellement consensuel, du moins, au niveau de la pose de l’équation. Après, pour les raisons, ça diverge souvent. Ainsi, de l’incrimination – chacun en habit de procureur – des « services de la ville », formule usitée en tous domaines et à l’envi. Mais que fait la mairie ? Enfin !! La propreté a été une des demandes les plus présentes, au même titre que la sé-cu-ri-té, lors des dernières élections municipales. Prise en compte, la demande, par tous, et mise en haut du cahier des charges par Philippe Saurel, le nouveau maire et son équipe, bardée de volontarisme et de dynamisme. Une tournée de plus, tous les jours, des ciblages plus précis, une campagne d’explications, notamment sur « les encombrants ». Que font donc nos édiles ? Tout ce qu’il faut faire !! mis à part, un policier municipal en faction devant chaque poubelle, nuit et jour… ce que personne n’est prêt à financer ; on s’en doute… ce qu’il ne faudrait en aucun cas faire, au risque d’infantiliser nos concitoyens. Faire à la place de ; éviter ; apprendre aux gens à faire, oui. Me revient une maxime au mur de ma classe, au temps béni de mon travail sur de futures petites têtes citoyennes : « donne moi un poisson, je mangerai un jour ; apprends-moi à pêcher, je mangerai toujours ». Proverbe indien, s’il m’en souvient. Les outils, en nombre, sont donc donnés par nos contributions locales, agencés plutôt intelligemment par des politiques saisissant les données du problème ; alors… d’où vient que l’œil, le nez et parfois l’oreille – vibrations des mouches ! – trouvent de moins en moins leur compte en Montpellier-la-sublime ?

Bon sang, mais c’est bien sûr, disait l’autre à la TV de mon enfance, ce serait peut-être bien des gens eux-mêmes que ça viendrait ? Tant de choses dysfonctionnantes viennent – vous l’avez remarqué – non pas d’« eux, là-bas, là haut, qu’est-ce qu’ils foutent ! », bref, des autres, mais (voyez-vous ça !) de nous. Bigre.

Et si une femme devenait prêtre ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 juin 2015. dans La une, Religions, Société

Et si une femme devenait prêtre ?

Émotion en Suisse ! Jacqueline Straub, 24 ans, étudiante en doctorat de droit canonique, a décidé qu’elle avait la vocation. « Je suis appelée, a-t-elle déclaré à la Neue Zürcher Zeitung (principal quotidien zurichois), si Dieu avait voulu que je sois nonne ou assistante d’un curé, Il m’aurait dirigée dans cette direction ».

Ce n’est pas la première fois que le cas se présente. En 2002, 10 femmes avaient été ordonnées à bord d’un bateau sur le Danube, puis aussitôt excommuniées. Straub, toutefois, ne veut pas de schisme ; elle veut – ni plus, ni moins – un changement de la règle ecclésiastique : « toute discrimination contrevient à la volonté de dieu. Qui peut se permettre de dire que Dieu n’appelle que des hommes ? ». Soutenue par un professeur de droit de l’université de Bâle, Quirin Weber, auteur d’un livre intitulé « Die unheilige Discriminierung » (La discrimination impie), elle pourrait bien intenter un procès à l’Église. Comme le dit Weber, il existe un « conflit de droits », un conflit entre le droit canonique et le droit positif suisse ; ce dernier exigeant la « Gleichstellung », la « parité hommes-femmes ». L’Église, comme n’importe quelle autre personne morale, est tenue de respecter la loi.

Demeure évidemment la question de fond : pourquoi les femmes ne peuvent-elles avoir accès au sacerdoce ? Cette question dans l’Église primitive ne s’est jamais posée : il allait de soi que la prêtrise était réservée aux hommes. Dans les Actes des apôtres (Actes I, 15), Pierre procède à l’élection du remplaçant de Judas pour que le nombre 12 (celui des tribus d’Israël) soit maintenu. Il s’adresse aux candidats potentiels, 120. Parmi eux, rien que des hommes ! Aucune femme, alors qu’il y en avait parmi les disciples du Christ (Marie-Madeleine entre autres).

Alors pourquoi ? Les réponses données déconcertent par leur naïveté, voire leur absurdité. Exemples : Édith Stein, éminente théologienne juive convertie au catholicisme et morte à Auschwitz en 1942, a écrit un ouvrage dont le titre même dit tout : « Beruf des Mannes und der Frau nach Natur und Gnadeordnung » (La vocation de l’homme et la femme selon la nature et l’ordre de la grâce). A l’homme, les décisions et l’action ; à la femme, le réconfort et l’édification, à l’image de la Vierge Marie… Une théologienne contemporaine, Laetitia Calmeyn, professeur au Collège des Bernardins, à Paris, ira jusqu’à prétendre – sans rire ! – « qu’il y a davantage de différences entre l’homme et la femme, qu’entre l’espèce humaine et les animaux » (sic !)… la palme revenant sans doute à André Frossard, célèbre polémiste catholique du Figaro, lequel, dans une interview consécutive à la parution de son essai, « N’ayez pas peur », en 1982, donne l’explication suivante : « à la messe, le célébrant transforme le vin en sang. Les femmes ne sont pas faites pour répandre le sang, ni même pour commémorer un sacrifice sanglant. Elles sont faites pour donner la vie. Voilà pourquoi elles ne peuvent pas être prêtres ». On reste sans voix…

« Conte de fées »

Ecrit par Sabine Aussenac le 30 mai 2015. dans La une, Ecrits, Actualité, Société

« Conte de fées »

Une fois, une seule fois peut-être, dirait Desnos dans son « Conte de fées », j’ai vu, sur ma ligne de TER Auch-Toulouse, empruntée quasi quotidiennement durant sept ans, un contrôleur noir.

J’imagine qu’en région parisienne, c’est différent, mais ici, dans le Sud-Ouest, mes propres statistiques sont formelles : cela ne m’est arrivé qu’une fois, j’en avais d’ailleurs parlé avec l’intéressé.

Jamais, en trente et un  ans de carrière, je n’ai eu eu de chef d’établissement noir ou arabe. Je dis « arabe » parce que « d’origine maghrébine », c’est plus long. Et puis les gens qui ont voté FN et qui me liront comprendront plus vite…

Donc jamais de principal ou de proviseur noir ou arabe pour me donner ma note administrative, me rappeler à l’ordre à cause de mes nombreuses absences ou pour me féliciter de mon dynamisme.

Je pourrais presque dire de même en ce qui concerne les collègues…J’en ai eus, des collègues, des centaines, avec mon statut de prof itinérante…Croyez-le ou pas : les profs noirs ou arabes croisés depuis l’obtention de mon CAPES, en 1984, se comptent…sur le doigt de la main ! Je ne peux même pas compter Fabrice, un ancien « pion » de Blaise-Pascal devenu, je crois, prof d’allemand ; il était antillais…Sérieusement, hormis quelques contractuels de math ou de techno, une collègue d’anglais, elle, certifiée –Samira, je t’embrasse !- et un collègue d’allemand très compétent –Rachid, Kuss !-, rien, nada, le désert des tartares…Les salles des profs sont d’une blancheur quasi immaculée…

Jamais mes enfants n’ont eu de pédiatre noir ou arabe. Jamais je n’ai consulté d’ORL, d’ophtalmo, de dermato, de gynéco…noir ou arabe. Jamais je n’ai eu de médecin traitant noir ou arabe. Une fois, mon fils a vu spécialiste iranien dans une clinique, et, une autre fois, j’ai moi-même consulté, à Auch, un rhumato d’origine libanaise. Mais jamais un toubib black ou rebeu n’a croisé ma route.

J’ai eu hélas affaire à de nombreux avocats et juges… Entre les huit longues années de mon divorce et le cauchemar de mon surendettement, sans oublier la longue procédure internationale pour récupérer quatre ans de pension alimentaire, j’en ai croisés, des hommes en robe, des jeunes, des vieux, des beaux, des moches, des sympas, des cons finis, des compétents, des imbéciles… Mais jamais, je vous l’assure, j’ai croisé d’avocat ou de juge arabe. Par contre, un avocat black, oui. - Il y a toujours des exceptions à une règle, n’est-ce pas ? (coucou, Hervé, si tu me lis… )

L’autorité en question

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 02 mai 2015. dans La une, France, Politique, Société

L’autorité en question

Les Français ont toujours eu un rapport particulièrement complexe avec l’autorité. En effet, au moins depuis la Révolution de 1789, nos compatriotes ont toujours oscillé entre deux aspirations complètement contradictoires : celle, qui nous est éminemment caractéristique, de liberté individuelle, et celle, opposée, de désir d’autorité. C’est un peu comme si la majorité de nos concitoyens aspiraient à l’autorité lorsqu’ils vivent dans un contexte de liberté (la démocratie, en gros, sous toutes ses formes) et à la liberté quand un système apparaissant comme autoritaire se met en place. Mon propos ne va pas consister ici à faire un bilan historique des déplacements du « curseur » par rapport à la liberté et à l’autorité dans notre Histoire contemporaine depuis 1789, mais à me limiter au fait d’aborder une actualité brûlante : la montée du désir (apparent) d’autorité dans notre pays.

La première question qui se pose est de percevoir les causes de cette montée du désir d’autorité, qui touche un nombre de plus en plus important de Français – toutes catégories sociales confondues. Il y a bien évidemment le contexte de crise multiforme dans lequel se trouve notre nation (et que connaissent aussi la plupart des autres pays de l’Union Européenne). Cette crise, que l’on appelle parfois « post-moderne », est à la fois économique, sociale, politique, morale, culturelle – donc globale, et en fait « de civilisation » (Edgar Morin), en lien direct avec la façon dont nos concitoyens vivent (négativement ou positivement) la « mondialisation ». On peut dire que nous sommes ainsi entrés dans une nouvelle phase « conservatrice », voire « réactionnaire », à la Reagan, ou du type « Tea Party », par rapport à ce qu’avaient été les aspirations libertaires du mouvement de « mai 68 ». Soit une sorte de phénomène correspondant à une dimension générationnelle ; on prétend d’ailleurs parfois que de nombreux jeunes ressembleraient plus actuellement aux parents des anciens « soixante-huitards », voire à leurs grands-parents, qu’à ce qui pourrait être une « projection progressiste » (?). C’est ce que l’on appelle – en Histoire – un « changement de cycle », ou bien, plus communément, un retour de balancier ; car l’évolution historique ne se fait pas d’une manière linéaire, mais par à-coups.

Les secondes interrogations tournent autour du fait de savoir par quoi se manifeste ce désir d’autorité et quelles sont ses éventuelles contradictions (?) La demande d’autorité apparaît – au premier abord – comme assez générale. Ainsi, sur le plan politique, on assiste d’une part, essentiellement à droite, à un véritable tir de barrage contre ce que seraient censées être les conséquences uniquement négatives de « l’esprit de mai 68 » (rappelons-nous des propos de Nicolas Sarkozy sur ces questions), et d’autre part à la recherche d’un « homme fort » (j’y reviendrai). De même, au niveau social, en prenant le cas de l’école publique, la plupart des parents d’élèves (les enseignants le disent) sont de plus en plus demandeurs « d’autorité » à l’égard des enfants et des adolescents. Mais, toutes ces « demandes » apparaissent comme pétries de contradictions. En effet, politiquement, une bonne partie des Français rechigne à ce que des gestes et des actes d’autorité réelle soient faits par des hommes d’État vus comme des « Élites » déconnectées du « réel » et de la « proximité » (les « politiques » ne s’occuperaient pas assez des « vrais gens » – traduisez de « moi » !!). Un exemple : au sein d’une partie des électeurs de gauche et du centre, le caractère soi-disant « autoritaire » (mêlé d’une dénonciation « d’arrivisme ») de l’actuel Premier Ministre, Manuel Valls, n’est pas toujours vraiment bien reçu ; on pourrait même dire que certains le considèrent comme un « homme de droite » prêt, par exemple, à rogner sur les libertés publiques pour lutter contre le terrorisme islamiste (il serait sur le point de mettre en place un « Patriot Act » à la française…). J’ajoute qu’à l’opposé, Valls jouit d’une popularité indéniable auprès d’un bon nombre d’électeurs de droite – et ceci pour des raisons inverses. En ce qui concerne les aspects sociaux, il est sidérant de voir qu’un bon nombre de nos compatriotes parents d’élèves, s’ils demandent effectivement de « l’autorité », réagissent très négativement lorsque celle-ci touche leurs chers « rejetons » ou « têtes blondes » !

Prospective 2015

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 04 avril 2015. dans La une, Société

Prospective 2015

Un discours récurrent, autrement dit une tarte à la crème, consiste à plaindre nos pauvres contemporains complètement déboussolés d’avoir perdu toute vision prospective sur l’avenir qui nous attend. Pauvres contemporains qui ne voient d’autre recours que dans la blonde fille de son père ! Il ne faut pas s’étonner de leur flaccidité mentale, de leur morosité économique, de leur abstentionnisme électoral, ni de leur indigence spermatique : ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Tandis que, bien sûr, leurs parents savaient lire dans le marc de café. En 1938, on savait à quoi s’en tenir ; tout était écrit d’avance. On avait déjà calculé le nombre de morts à venir et déterminé l’emplacement du mémorial des futurs déportés. Seule planait une légère incertitude sur la ville où les trois grands se partageraient le monde : Yalta ou Saint-Flour ? En avril 1968, les lycéens français dont j’étais savaient bien qu’il n’y avait plus qu’un mois de classe à tirer pour cette année scolaire, et si on ne stockait pas du sucre et de l’essence en vue des « événements », c’était par pur civisme. Les Russes les premiers dans l’espace et les américains les premiers sur la lune, c’était écrit. L’assassinat de Kennedy et ceux de Martin Luther King ou de Yitzhak Rabin, c’était prévu de longue date. La chute du mur de Berlin, celle du communisme soviétique, on les avait parfaitement anticipées. La fin de l’apartheid et l’élection de Mandela, c’était couru d’avance. Je vous le dis, de mon temps, on savait où on allait. Mais aujourd’hui, on ne peut plus rien prévoir. On ne sait plus à quel saint se vouer !

Mais objectera-t-on à mes sarcasmes, la différence est que jadis on croyait encore au progrès, tandis que de nos jours il n’y a que des craintes à avoir. Que s’est-il passé dans les décennies les plus récentes qui puisse nous faire espérer du mieux pour demain ? Trois fois rien !

Les technologies nouvelles n’ont rien apporté en matière de calcul, de banques de données, de communication, de rapprochement entre les hommes et les idées ! Les progrès scientifiques et médicaux sont négligeables : l’accroissement de la longévité est un phénomène purement naturel. Quoi de vraiment nouveau depuis le moulin à légumes Moulinex ou l’invention du Bic quatre couleurs ? Si peu de choses !

Risques…

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 avril 2015. dans La une, Actualité, Santé, Société

Risques…

On l’a compris avec l’affaire – sa médiatisation, mais pas que – de l’A320 : on veut vivre dans une société sans risques, maîtrisée, disons, à 90%. Les attaques qui se présentent, imprévues, forcément – attentats, accidents où nous ne sommes pas aux commandes, nous !! quand même – deviennent insupportables. Et, dans d’autres domaines, quand il nous faut (faudrait) peser le rapport bénéfices/risques, on sait que le mot « risque » passe à la trappe de nos conscients inconscientisés. Et vite.

Alors là, ça a pris un tour particulièrement bruyant, malmenant, sans que grand monde (plus de techniciens que d’observateurs de nos façons mentales de fonctionner dans les X débats sur la chose ces temps derniers et ce, même passé le « jour du copilote ») ne soit là pour entendre et faire entendre ce qui est le maître-mot : une vie collective sans risques n’existe pas. Sans compter celui-là, non moins important : on vit en société, donc - faudrait-il dire, hélas - on dépend des autres, des avions qu’ils construisent, vérifient, de ceux qu’ils conduisent…

 Quoique, là, ça coince quand même un brin – au moins au premier regard.

Vous êtes – je suis, et pas qu’un peu – bouleversé par ce qui semble s'annoncer comme la cause première, sinon la seule : ce n'est plus la machine toujours un peu étrangère à nous, qu'on devrait condamner, c'est d'un homme dont il s'agirait. D'un homme ? Enfin, c'est vite dit ! Plutôt , de ces monstres rampants en bordure de nos imaginaires, puisqu'il y a du dérangement mental dans l'équation. C'est déjà difficile, pour le tout venant, de penser un crash, sa violence inouïe, sa façon de rayer la vie à la vitesse du son, mais, là, il faut enregistrer quelque chose qui ressemble à une volonté ; un passage à l'acte. Notre rapport au risque est quasi menacé d'éclatement.

Psychose ? certainement pas tout le temps, plutôt schizophrénie dysthymique ? celle qui arrive par crises et repart se terrer des années durant ; celle qu’on sait soigner, surveiller, si c’est fait en milieu psychiatrique, avec traitement réglé ; celle dont, au bout, on ne sait pas tout, selon ce mental, ou l’autre. Celle qui au mieux entrera en rémission, plutôt qu’en guérison... C’est plus compliqué qu’un moteur d’avion, un mental ! Aucune posture déterminée – même avec l’arsenal toujours plus performant de la chimiothérapie. De l’à-peu-près. Loin de toutes les certitudes, ce champ de la médecine : « peu ou prou, le patient nous échappe toujours un peu ; il masque, on se trompe… » me dit à l’instant une connaissance, médecin de la chose. On le sait – faits divers à l’appui – on a peur, évidemment ; certains en viendrait à regretter les anciens bûchers de sorciers. Chaque fois, on se tourne vers ces spécialistes qui, c’est vrai, communiquent peu, bossent et réussissent – totalement, jamais. Un fémur à réparer ! j’en rêve ! me dit la dame…

Nos projections abyssales...

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 mars 2015. dans La une, Actualité, Société

Nos projections abyssales...

Alors, nous aussi, on va parler de l’avion. Parler ? avant que de se taire, aujourd'hui, jeudi 26, par exemple… Jusqu'alors, c'était causer, bruire, frémir, un peu comme dans les manèges, qu'il fallait dire. Quoi de mieux qu'une «  cata » bien télégénique pour rassembler la foule voyeuse...

Qu’est-ce qui explique qu’en boucle, depuis ce matin-là, ce 10h56 à la pendule de l’aéroport de Barcelone, défilent les mêmes images, mêmes interventions d’experts, mêmes immuables et terrifiques plongées sur la faille là-bas, où vibrent ces blancs confettis, d’un infime insolent, digne de l’enfer de Dante : ce qui reste de l’A320 et de ses 150 passagers. Est-ce que c’est la peur ultime – on n’est rien ! – et la frayeur de cette fin-là qui fait que l’évènement-monstre, si cher à nos univers tellement médiatisés, puisse une fois de plus en naître… alors que nous traverse, du coup, l’idée que décidément rien ne meurt tout à fait ; tout se transforme. Même là, même ça.

Un crash ; un accident d’avion – le moyen de transport à l’heure qu’il est, le plus sûr. Depuis 1997, le nombre moyen des accidents est en net déclin. 33 millions de vols en 2014, 1 crash mortel en commercial, tous les 4 millions. Les chiffres de l’A320, fleuron à juste titre d’Airbus, que certains journalistes courageux et honnêtes essaient de distiller ça et là, sont spectaculaires en la matière… Fi ! Cet avion tombe, tous tombent, tous tomberont, et, surtout, le mien, demain ! Tous les jours, de par le monde, il y a des avions qui démarrent mal, arrivent mal, ou décrochent ; on en parle aux infos, vite fait, même quand, en Afrique, il y a une pincée d’années, toute une équipe jeune et irremplaçable, nationale de foot, celle de Zambie, est rayée d’un coup d’ailes brisées… Mais c’est loin, c’est en pays « des sud », sans technique, ni personnel à la hauteur probablement ; savoir si de simples gorilles ne tenaient pas le manche, ce coup-là ? L’ailleurs alimente forcément moins nos projections, qu’ici – Europe, entre Barcelone et Düsseldorf, où tout le monde – ou ses gamins a minima – a posé ses françaises fesses, un jour… victimes toutes, blanches, européennes, de mon milieu, du vôtre, de ceux, qui, pas précaires encore, ont une connaissance intime, pas forcément fréquente, de l’aéroport, l’enregistrement, l’embarquement, les places hyper-mini, et le décollage – vous avez peur, vous ? La reprise des babillages, arrivés à 10000 (– vous pouvez décrocher votre ceinture…). Proximité chère au journal du bon Pernaut : et si c’était moi ? Projection première – entendons mi-fantasme mi-rêve, de haute teneur en milieu humain. Cette projection-là, ce happage de l’imaginaire plus ou moins fugace, qui d’entre nous tous peut lever le menton, en disant : pas moi ! Mais il y a les autres projections, toutes les autres. Celles qui sont plus tordues, qui laisseront plus de traces. Toutes celles qui galopent, grandissent, prospèrent en ordre dispersé depuis ce matin-là. A commencer par ces sujets ou l’entier de ces débats sur le prétendu techniquement sûr de ces super avions type A320. La frousse ne peut que vous saisir, en entendant ces « anciens commandants de bord » – ce qu’ils sont nombreux ! – vous raconter (mode : je ne le dis qu’à vous !) comment au début, dans le cockpit bourré d’électronique, ils avaient pédalé dans la choucroute, fait quasi essai-erreur, avant de fréquenter convenablement « la merveilleuse machine »… Un ange passe : l’animateur du débat demande, comme discrètement, l’âge du commandant de bord de l’avion tombé dans les Alpes ; et vous, vous méditez sur votre machine à laver, qui, vrai, est beaucoup plus en panne depuis les nouveaux modèles électroniques, sans toutefois se crasher totalement au fond de votre salle de bain. La conclusion s’impose (et va s’encastrer dans plus d’un cerveau) : la machine remplaçant l’homme, c’est pratique et si peu fatiguant (à écouter BFM, j’ai comme l’impression que conduire un Airbus, c’est facile !), mais rien ne vaut la main de l’homme ; vieux comme tous les débats pseudo-philosophiques depuis les années 1830.

L’agonie est-elle vivable ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 mars 2015. dans La une, Actualité, Société

L’agonie est-elle vivable ?

Au moment où, à l’assemblée nationale, s’échangent, au sujet du projet de loi sur la « fin de vie », des arguments de droit : droit au respect absolu de la vie, d’un côté, droit non moins absolu à disposer de celle-ci, de l’autre, il n’est pas inutile d’en revenir aux faits, lesquels dépassent largement le problème posé par l’euthanasie dite « active » (l’administration d’une substance létale, par opposition au simple arrêt des traitements, euthanasie dite « passive, déjà prévue par la loi Léonetti d’avril 2005).

La véritable question se formule ainsi : dans nos sociétés modernes, l’agonie est-elle vivable ? L’agonie, ce compte à rebours vers la mort, qui se déclenche, de manière souvent brutale, dans n’importe quelle pathologie avancée.

Pour les familles, la réponse est : non ! Impossible de « gérer » cette situation, de supporter les accidents aigus qui surviennent au décours de cette phase : hémorragies, asphyxie, douleurs paroxystiques, convulsions, etc… l’entourage s’affole, ne sait que faire, imagine qu’il y a peut-être (sûrement ?) quelque chose à faire. D’où une occultation de l’agonie, dont la prise en charge est déléguée (reléguée ?) à la médecine. On hospitalise juste pour mourir, sans autre objet que de soulager les proches, de les libérer à la fois d’un fardeau et d’une responsabilité : impossible désormais de mourir chez soi. Mon propre père, médecin et pourtant résolu à finir à son domicile, fut malgré tout emmené par la SAMU, au moment où sa maladie de Parkinson l’empêchait de parler et de s’alimenter. « Vous comprenez, madame, dit doctement l’urgentiste à ma mère, il peut avoir des crises d’étouffement… ».

Et quid de l’intéressé lui-même, du mourant ? Là les choses se compliquent. Certains supportent ce que d’autres ne supportent pas. L’exigence de ne pas avoir mal est maintenant prise en compte dans les services de soins palliatifs et même par les généralistes en ville, lesquels ne lésinent pas sur la morphine. Mais cela suffit-il ? Une des avancées considérables du projet actuellement discuté est l’arrêt de toute manœuvre invasive visant simplement à la survie et non plus uniquement à la guérison : alimentation, hydratation. Cette dernière, en particulier, suppose la mise en place d’une sonde gastrique : un petit tuyau introduit dans l’orifice nasal et qui descend jusque dans l’estomac. Pratique courante, classée « palliative » et décidée sans l’accord du patient. Vivable ou pas vivable ?

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