Société

Le 8 mars, pour une journée de la paix entre les femmes et les hommes en France

Ecrit par Jean Gabard le 07 mars 2015. dans La une, Actualité, Société

Le 8 mars, pour une journée de la paix entre les femmes et les hommes en France

Contre une guerre des sexes entre de « gentilles » femmes « victimes » et de « méchants » hommes « dominants ». Non 25% n’est pas l’écart de salaire F/H pour le même temps de travail pour le même emploi pour les mêmes qualifications… ! (ne serait-ce pas plus opportun de s’indigner des salaires de 500 fois le salaire minimum ?).

Non les femmes ne sont pas les seules à être victimes des violences conjugales ! Non ce n’est pas en déniant les différences F/H que l’on améliore le « vivre ensemble ».

Egalité hommes/femmes : une revendication sexiste !!!

L’égalité hommes/femmes semble tellement évidente dans des pays qui se veulent démocratiques, qu’être encore obligé de la revendiquer procure un sentiment de honte. Qui oserait s’opposer à ce qui apparaît comme la plus élémentaire des justices ?… Et pourtant, il se pourrait que ce mot d’ordre partant d’une très belle intention ne soit pas seulement un malentendu, mais cache un nouveau sexisme ! Les inégalités créées par des discriminations sexistes, au cours de notre histoire ou encore aujourd’hui, rebutent le citoyen d’un pays moderne. Elles sont les traces d’une époque que nous souhaiterions révolue. Nous n’en voulons plus ! La culpabilité qu’elles engendrent encore chez tout démocrate a cependant tendance à nous aveugler et à faire rimer nos réactions, où la passion n’est pas absente, avec précipitation et confusion. Le caractère exaspérant de certaines distorsions rend en effet tout manque de parité totalement injuste et ce ne sont plus simplement les lois et les comportements sexistes que nous condamnons mais toute différence. Parce que les plus grands abus étaient souvent justifiés par la nature, toute inégalité dans les résultats ou dans les comportements devient aujourd’hui la conséquence du sexisme de l’homme dominant. Celle-ci devient alors inacceptable et toute personne éprise de progrès et de démocratie se doit de la combattre s’il ne veut pas être traité de « macho » et réactionnaire.

Il y a effectivement de très nombreuses injustices à éradiquer et il est vrai que de nombreuses inégalités dans les comportements et les résultats peuvent venir d’une construction sociale et de discriminations sexistes. Ce n’est cependant pas toujours le cas, même si les conclusions des Etudes de genre que nous avons souvent intégrées et qui se veulent scientifiques veulent nous le faire croire (ce que l’on appelle à tort la « Théorie du genre » n’est en fait qu’un postulat).

Juifs de France : partir ou rester ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 février 2015. dans La une, Actualité, Société, Littérature

Recension/commentaire du livre de Pierre Birnbaum, Sur un nouveau moment antisémite, « Jour de colère », Paris, Fayard, 2015

Juifs de France : partir ou rester ?

Attentats de Paris, attentats de Copenhague, agressions contre des magasins casher, profanations de cimetières : l’antisémitisme flambe, explose, un peu partout en Europe – et tout particulièrement en France – dans des proportions jamais vues depuis l’époque nazie… Pierre Birnbaum, professeur émérite à Paris-I, que l’on présente plus tant il a écrit de livres, a commis ce dernier petit essai sur le « jour de colère », la manifestation du 26 janvier 2014, où l’on a entendu des slogans tels que « Juif ! Juif ! La France n’est pas ta France », ou encore « la France aux Français », et « mort aux sionistes ! ».

Pierre Birnbaum appartient à ce qu’il appelle lui-même les « Juifs d’état », autrement nommés « Juifs des Lumières » : ces Juifs gardant une vive mémoire de l’émancipation de la fin du XIXème siècle et très attachés au jacobinisme ainsi qu’aux idéaux « républicains ». Sa consternation n’en est que plus grande, son incompréhension aussi… il cherche désespérément des explications au phénomène que nous vivons, qui soient conformes à ses idées, ou, à tout le moins, qui ne les malmènent pas trop.

Et il en trouve évidemment : « le déclin de l’État (avec majuscule, sic !), devenu de moins en moins capable d’assurer l’ordre républicain et la pérennité de ses institutions socialisatrices aux valeurs universalistes, a contribué à la montée de la xénophobie ». Ce n’est pas faux, mais c’est un peu court : le bon vieux radical-socialisme des années 30 n’a jamais empêché la fureur antisémite de l’Action française ou de Je suis partout.

Autre cause possible de ce à quoi nous assistons : le renouveau du cléricalisme dans le sillage de la protestation contre la loi Taubira : « dans ce contexte de forte mobilisation culturelle catholique considérée comme l’unique socle solide de la nation », le « jour de colère », inspiré du Dies Irae liturgique, suscita « la grande satisfaction de la frange extrême du catholicisme incarnée par les curés et abbés de la mouvance de Mgr Lefebvre ». Sans doute, mais, si les intégristes furent les chevilles ouvrières des « manifs pour tous », ils n’ont rien à voir avec les violences de cette année.

Reste le vieil antisémitisme d’extrême-droite. Celle-ci, c’est exact, fut active le 26 janvier 2014 ; ainsi le Renouveau français, qui, nous dit Birnbaum « défile aux flambeaux dans les rues de Paris tous les 6 février, en hommage aux morts du 6 février 1934 ». Dans son éditorial du 6 février 2014 d’ailleurs, l’Action française se réjouit bruyamment : « les mânes des patriotes tombés le 6 février 1934, il y a tout juste 80 ans, auraient-elles inspiré à François Hollande la sage décision de reculer sur le projet de loi familiophobe ? » Soit, néanmoins les post/néofascistes, tout judéophobes qu’ils soient, restent innocents des crimes commis récemment au nom de l’islam.

La République, l’école, le bien, le mal

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 février 2015. dans La une, Education, Actualité, Société

La République, l’école, le bien, le mal

Hier, ces presqu’enfants au pied de la forêt des tombes profanées, dans le brouillard de l’Est. Avant-hier, ce jeune homme au visage vaguement innocent, perdu dans la foule conviviale, se voulant probablement tolérante à la Scandinave, des rues de Copenhague. Et, bien entendu, juste avant, les deux frères Kouachi et leur chemin d’orphelins des Centres pour l’enfance, en passant par Coulibaly, petite bouille souriante, au milieu de ses petits camarades, sur les bancs de notre école républicaine… même programme pour tout le monde, du B à BA à « c’est quoi la Shoah ? ».

Tous, élevés, éduqués, nés du reste souvent là, dans ces terreaux européens de démocraties installées et rodées, ayant – comme on dit – « sucé les valeurs de la République à la mamelle », et, dedans, comme une évidence, un tabou suprême, le refus de l’antisémitisme.

Tabou, c’est-à-dire, morale et son vaste champ, relevant du religieux, du familial – donc, de l’intime – mais, aussi – jadis – au tableau noir des écoles des hussards noirs. Qu’on ânonnait (ma toute petite enfance l’a connu) en tout début de classe (je ne sais plus si on expliquait, je ne crois pas, ces commandements laïcs). Parce que la morale ne s’explique pas ; elle s’entend, dans un pseudo consensus, puis elle s’applique, vaille que vaille. Mais elle retourne, en fait, dans le secret de chacun, dans les arrière-cuisines de l’intime, la famille, les copains, et elle subit les transformations accouchant de ce que notre société affiche ces temps-ci, si, benoitement, elle n’a pas été carrément oubliée… « L’homme peut-il vivre sans morale ? », sujet de Philosophie à l’autre bout de ma vie, un jour.

Alors, ces dernières heures, l’affaire du cimetière, après et dans le contexte de  Charlie, Copenhague, et de tant d’autres évènements signant un antisémitisme toujours aux portes de nos sociétés, de nos têtes. Revenu ? Ou jamais parti ? Ne fait-il pas partie intégrante de l’homme social et moral, puisqu’il est en l’homme la haine de l’autre…

Et, les bonnes gens de s’interroger – vraie et sincère indignation : – mais, que fait l’école ? Ses professeurs d’Histoire ? Remettre la morale, vite ! J’entends donc, au tableau à présent devenu blanc, vite fait-bien fait, avant le cours de maths (et, moment baptisé, j’en ai peur, « éveil à la citoyenneté »…).

Manquent, ces gosses (« ces », pas « nos » !), de culture générale ! savent pas lire, et le toutim, désignant à la fois et dans le même geste le coupable et le responsable, l’école (« ils »). On s’arrêtera une fois de plus, au bien, au mal, à ce qu’on doit, qu’on ne peut pas… et les têtes brûlées ou perdues, ou les deux, sur lesquels tomberont ces injonctions venues du haut, donc, d’ailleurs, ne comprendront goutte à cette République qui parle une autre langue…

L’école n’est-elle pas la société, ses manquements, sa façon de trébucher, de se relever, aussi ? Elle n’est pas, me semble-t-il, hors sol, et à ce titre, les gens auraient mauvais genre de lui renvoyer la patate chaude et de repartir s’endormir. Difficile tout ça ! On en est, certes, à la phase de la déploration, mais, pour ne pas en rester là, avancer, et, mieux, et plus efficacement, quels chemins ?

Service civique, la respiration républicaine ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 février 2015. dans La une, France, Politique, Société

Service civique, la respiration républicaine ?

« La pire violence est de faire croire – de laisser croire – à un individu qu’il est inutile ». Martin Hirsch est directeur de l’Assistance publique, président de l’Institut du Service Civique. Vous connaissez cet homme affable dont le visage incarne l’ouverture sur les autres, et dont la tête (pleine à n’en plus finir, mais tellement peu grosse) caracole de projet républicain, en projet encore plus républicain. Cet énarque, versus Emmaüs, me convient depuis longtemps, et ses idées, aussi.

Et si on reparlait de son Service Civique ! petit hochet aux grelots fatigués, pour beaucoup… voire !

Car, au sortir des funestes semaines passées, certes, mais, structurellement, de toutes façons, la République est un tissu usagé, malmené, pas souvent surveillé en maintenance ; une trame de trous béants, ça et là – trous des balles, aussi, mais pas que ! Le tissu de notre vivre ensemble n’a plus grand-chose à voir avec un prêt-à-porter pour tous.

Des pans entiers de territoires se sont éloignés (ont été éloignés, aussi) de la République, on le sait. Erreurs multirécidivistes de la politique de la ville, ghettoïsation à outrance, France de l’autre côté de la frontière-périphérique ; sous-France, TOM de l’intérieur… n'oublions pas non plus, la voix de la République se faisant de plus en plus faible et peut-être timorée.  Triptyque effacé à moitié au fronton des mairies, qui ne fait plus guère sens : liberté ? Fraternité ? je n’ose évidemment écrire le troisième… des formes d’Apartheid sont là, et Manuel Valls qui connaît le sens des mots a employé volontairement le mot-choc, qu’il fallait.

La semaine dernière, mon billet allait du côté de l’école et des valeurs – cent fois, sur le métier... qu’il lui fallait porter, toujours, mais, porter « vrai » sans ces simulacres pseudo-intello, qui donnent bonne conscience aux ventres chauds des quartiers protégés. Si la république veut avancer, elle doit faire non dans le dur, seulement, mais, dans le vrai, sûrement. La confiance est demandée à la barre, et le chantier est énorme.

Alors, l’idée a été lancée – agitée, diront les pessimistes, et pas seulement par Hirsch et ses hommes : et, si on « relançait » le Service Civique ?

« Bon sang, mais c’est bien sûr ! » disait le bon Commissaire Bourrel de ces Cinq dernières minutes, dont le bon sens émaillait nos soirées TV des années 60. A condition que…

Dans le temps – on ne sait plus quand, le Moyen-Age peut-être – il avait été question de baptêmes républicains… que sont-ils devenus ? Puis, de ci, de là, de cérémonies non moins républicaines d’accueil aux étrangers demandant l’accès à la citoyenneté. Chorus à gauche, notamment, sur ces pratiques « à l’Américaine » ! Est-on certains, nous tous, de ne pas avoir, là, été négligents ? N’a-t-on pas jeté par-dessus les moulins ce qui tissait le manteau du vivre ensemble ?

La République a encore une école !

Ecrit par Martine L. Petauton le 31 janvier 2015. dans La une, Education, Société

La République a encore une école !

Et quoi qu’on entende, ici et – hélas – encore là… Parce qu’on en entend ! Et certains – pas forcément au Figaro – de pointer une fois encore du doigt l’école. Qui, disent encore ces autres, aurait depuis des lunes abandonné – ces couards ! – l’enseignement des valeurs et le courage bien républicain, qui va avec. Là, on le sait, on ne peut plus guère enseigner la Shoah – mais, on oublie tous ces endroits en nombre, où on peut le faire. Avec profit. Ici – dans 90 lieux d’enseignements (ou peut-être un peu plus) –, la Minute de Silence a été sabordée, voire plus ; et, de passer sur ces trains qui arrivent à l’heure, à savoir ce qui reste des écoles, collèges ou lycées où ce fut l’occasion d’un vrai et fort moment de citoyenneté. La petite queue de la girafe passe encore une fois devant son long cou, dans les représentations. Pénible ! Et que ceux, par ailleurs – une cohorte de ya-ka ! – qui n’ont jamais « pratiqué » l’élève, veuillent bien musicaliser en mode mineur !

Parce que se lèvent aussi les critiques – habituelles et massives, en ce domaine – contre le gouvernement, sa Najat toujours aussi ferme derrière ses sourires. Réinjecter dans nos écoles, dans ce contexte, et – disons-le – tel quel, dans la foulée de ce climat émotionnel, les rappels de démocratie, les doses supplémentaires d’enseignement de citoyenneté ; ce serait, aux dires des scrogneugneux de tous poils, des gadgets, un saupoudrage inutile, voire risible. Les hochets insupportables des valeurs républicaines… J’en connais qui diront cela, à peine la présente chronique déroulée.

Eh bien, pourtant, c’est ce qu’il faut faire. Sans forfanterie inutile, presque modestement, mais, sans lâcher le manche. Continuer, insister, redonner sens et couleurs, souligner, expliquer, là où notre métier d’enseignant l’exige ; devant élèves, et dans l’école. Du coup, face à la société. Cette mission, que J. Ferry donna à ses hussards, que – à chaque choc – la République reformula et remit sur la table et le bureau ; elle est dans nos tablettes, nos obligations, depuis toujours. Rien de neuf ! Rien de jamais vu dans le chapeau ; du toujours la même chose, mais… à présenter, à organiser autrement, à éclairer différemment, selon le contexte, qui, lui, change. Face à celui de janvier 2015, des structures sont à conforter, des positions à inventer, pour, au bout, le même objectif simple et, de plus en plus ! complexe : l’école doit transmettre les valeurs républicaines, savoir le faire, y veiller et – surtout, absolument surtout – les faire vivre, les faire appliquer chaque minute du quotidien-élève. Parce que – humble avis de mon vécu d’enseignante en Histoire-Géographie-Education Civique – le dire, quand on enseigne, marche en binôme avec le faire. Ce n’est pas un commandement religieux, que le non-racisme, c’est à tous moments se situer dans ma cour d’école, ou dans ma rue, face à l’actualité, « par moi-même », et pas seulement parce qu’on « me dit qu’il faut… ». Et, ça – figurez-vous – ça s’apprend, ça met beaucoup de temps, ça se fait avec les autres, ça s’entretient, ça s’arrose, et c’est peut-être comme ça, qu’un jour de janvier, il y a au pied de la statue de la République ce « crayon guidant le peuple » qui rassemble et rend fier.

Anti antiracisme = racisme ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 janvier 2015. dans La une, Société, Littérature

Recension/commentaire du livre de Paul-François Paoli, Pour en finir avec l’idéologie antiraciste, Paris, François Bourin éditeur, 2012

Anti antiracisme = racisme ?

Paul-François Paoli est chroniqueur au Figaro Littéraire. J’ai pris connaissance de son livre sur un site communautaire juif, preuve s’il en est du glissement vers la droite de l’ensemble de la société française, à l’image de Pierre-André Taguieff, pionnier de l’antiracisme dans les années 80 et dont les thèses se rapprochent lentement mais sûrement de celles du Front national.

Il y a dans ce qu’écrit Paoli de l’inacceptable, du simplement mauvais et du pertinent.

Il le dit lui-même dans les premières phrases du chapitre I :

« Nul doute que le titre de cet essai choquera : si le racisme est un mal – et de fait il en est un – comment vouloir en finir avec ce qui est censé nous en prémunir. Levons d’emblée toute ambiguïté : il ne s’agit bien évidemment pas, dans cet ouvrage, d’en finir avec le refus du racisme, mais d’en découdre avec une idéologie devenue pernicieuse ».

Soit ! Toutefois Paoli se fait un défenseur de ce qui pourrait s’appeler un « essentialisme culturel » : la culture devient une sorte de seconde nature, transmissible, héréditaire et de ce fait quasiment innée :

« Il existe donc bel et bien une tradition occidentale, qui n’est ni fortuite ni contingente et qui a trait au logos, mot grec intraduisible qui s’apparente à un certain type de discours rationnel. Cette forme d’esprit particulière n’induit aucune suprématie d’ordre racial. Il n’en reste pas moins que ce sont les peuples d’Europe qui ont été les acteurs prééminents de cette forme de pensée ».

De là à poser une « supériorité » de la civilisation occidentale par rapport aux autres, telle que proclamée un jour par Claude Guéant, il n’y a qu’un pas, vite franchi par Paoli lui-même : « a-t-on le droit de penser qu’il existe un génie propre à l’Occident sans subir la suspicion de l’antiracisme contemporain ? »

Génie propre. Le Genius, à Rome, était une sorte de divinité tutélaire, créée dès la conception, accompagnant et protégeant l’individu tout au long de son existence. Bref une donnée « naturelle » beaucoup plus que « culturelle ». Les auteurs que cite Paoli à l’appui de sa thèse ne font que confirmer la chose : de Gaulle parle d’un « génie de la race ». Là, Paoli, qui sent bien que son grand homme est allé trop loin, corrige son propos ou tente de le faire : « même s’il n’existe pas à ses yeux (ceux de de Gaulle) de race française, il existe une race blanche marquée par la tradition gréco-latine et la tradition chrétienne et dont les Arabo-Musulmans ne font pas partie ».

Pour toutes celles et tous ceux qui voudraient se faire entendre Taisez-vous !

Ecrit par Luc Sénécal le 24 janvier 2015. dans La une, Société

Pour toutes celles et tous ceux qui voudraient se faire entendre Taisez-vous !

Nous vivons une époque où tout va trop vite. Trop d’informations, trop de sollicitations, trop de pressions engendrent une sorte d’abêtissement de la population. C’est ainsi que l’on obtient également un asservissement quand trop de services et de produits viennent à tenir en laisse une population qui n’est plus capable de prendre en main sa propre destinée.

En France, la démocratie si chèrement acquise possède en elle une richesse inégalable. Celle de permettre à tous comme à chacun de s’exprimer par les urnes. Celle de permettre à tous comme à chacun de s’exprimer librement par le support qu’il choisit en toute liberté. Celle de permettre d’avoir accès à des choix qui sont, dans le principe, ceux qui lui correspondent le mieux.

Or c’est faux.

Incapable désormais, et cela est prouvé quotidiennement, de s’accorder le temps de réfléchir, de prendre du temps pour mieux examiner les problèmes au fond, autrement que par la forme, comme cela lui est soumis sans cesse, cette population va au plus simple, au plus pressé.

Non, elle ne veut pas faire entendre sa voix, parce qu’elle estime désormais que cela ne lui sert à rien. Elle ne veut pas non plus entendre la voix de celles et ceux qui lui demandent de prendre le temps d’aller plus en profondeur, en prenant connaissance des tenants et des aboutissants face aux problématiques auxquelles elle se confronte.

Elle mange, elle boit, elle jouit, elle s’enrichit de superflus, de virtuel, d’un rien qui lui paraît essentiel. Elle se soumet aux codes sociaux, aux modes commerciales, aux chants des sirènes de la pub, aux besoins inutiles qui lui semblent indispensables parce qu’ils ont pris une forme différente et que la précédente à peine sur le marché est déjà obsolète.

Elle s’enferme, se clôture, se digicode, met des caméras dans toutes les pièces, se méfie, se plaint, se radicalise, se sclérose. Elle n’ose plus. Elle reste sur ses acquis et a bien trop peur qu’on les lui enlève. Elle reconnaît qu’il convient de faire un effort, mais pour les autres, pas pour elle. Elle se reconnaît dans des associations, des regroupements d’intérêts communs professionnels ou autres. Elle se protège.

Réfléchir ? Réfléchir à quoi ? Là, je dois sortir faire des courses dans un supermarché, sorte de caverne d’Ali-Baba, dont je reviendrai avec bien plus que ce que j’avais prévu et dont j’avais besoin. Là, je dois sortir pour me saouler de plaisirs divers et variés, tant il y en a qui me sont proposés. Sans cesse, ils défilent devant mes yeux. Sans cesse, ils susurrent dans mes oreilles. Sans cesse mon entourage en parle, mes amis me défient, mes collègues en vantent l’usage.

"L'ESPRIT DU 11 JANVIER 2015 "

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 janvier 2015. dans La une, France, Actualité, Politique, Société, Histoire

Après l'horreur des jours qui ont précédé le 11 janvier - l'attentat contre Charlie Hebdo, puis les prises d'otages -, ayant entraîné un total de 17 morts, les "marches républicaines" du 11 janvier furent un considérable succès citoyen : près de cinq millions de personnes dans les rues (en comptant les 700.000 de la veille), record inégalé depuis la Libération  , avec, d'une manière exemplaire au niveau de la gestion de la sécurité, les représentants des familles des victimes, ceux des grandes religions, des syndicats et de diverses associations, plus 50 chefs d’État et de gouvernement du monde entier... ! Après le temps de l'émotion, bien naturel, puisque d'abord fondée sur les drames, il y a eu le désir de se retrouver d'un "Peuple debout" ( titre repris par de nombreux quotidiens)... ! Et maintenant va commencer celui de la réflexion. Je ne vais ici que tenter de donner mes premières impressions à ce sujet, incluant des limites, car nous ne devons pas nous enflammer, même si ce 11 janvier fut un phénomène "inouï" (pour reprendre l'expression employée par Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération et éditorialiste au Nouvel Observateur)...

Il est incontestable que ce qui s'est passé, dans notre France, si souvent vue, et de plus en plus depuis l'accentuation de la crise, comme hyper-individualiste et repliée sur elle-même, peut devenir - d'une certaine façon - une sorte de "révolution culturelle" fondée sur la Fraternité (entre les composantes de base de notre société). Ces citoyens, qui se retrouvaient dans les rues, aussi bien à Paris qu'à Lyon, Marseille, ou au cœur des autres grandes, moyennes et petites villes de notre pays (et parfois même de simples bourgs), et qui - malgré le chagrin - étaient venus pour un espoir de refonder du "vivre ensemble", tombant souvent dans les bras les uns des autres, me rappellent (comme historien), "l'esprit de Février 1848" ! Ce fut en effet à cette époque-là, lorsque chuta presque pacifiquement le régime du roi Louis-Philippe (la Monarchie de Juillet), que l'on ajouta véritablement le mot de Fraternité à la devise républicaine... Le 11 janvier 2015, la France s'est retrouvée et le monde a retrouvé la France qu'elle Aime, cette France éternelle, humaniste, démocratique et ouverte sur les autres, annonçant peut-être cette "République universelle" que Victor Hugo avait prophétisée (au milieu du XIXe siècle), et que la très grande majorité des Français avaient oubliée... Une France n'ayant rien à voir avec l'extrémisme des marchands de haine quels qu'ils soient, aussi bien ceux qui soutiennent l'action des terroristes islamistes que ceux qui ont tenté une sorte de "hold up" sur ses symboles depuis les années 1980 et dont la cheftaine blonde a tenté ces jours-ci de se faire passer pour une "victime" tandis que  le père éructait ses "Je ne suis pas Charlie !" - à l'instar, remarquons-le, de certains intégristes franco-musulmans favorables aux "djihadistes"... !! Mais, tout ceci - en tout cas pour ce dernier - dans un quasi silence général assourdissant, comme si le Front National et les partis d'extrême droite européens (y compris les islamophobes de Pediga en Allemagne) étaient tétanisés par ce qui vient de se passer...

Le piège

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 janvier 2015. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Le piège

Les faits. Ce 7 Janvier de malheur absolu et 10 ans avant, les caricatures de Mahomet (certaines, des danoises d’origine) relayées avec un courage bien rare par les « une » de Charlie Hebdo.

Le séisme. Touchant (à ce point, c’est l’unique réconfort), toutes ces foules françaises mélangées, rebondissant dans les dires justes, de presque tous bords, des Politiques, hiérarchies religieuses et autres grandes voix intellectuelles.

Mais maintenant, le piège, la tenaille, ses dents de fer, se refermant si l’on n’y prend garde sur une société, telle qu’elle est aujourd’hui, dans l’état – pas brillant – où une armada multifactorielle l’a mise ; et depuis longtemps. Le piège qui les ferait gagner – double bingo – eux, ces démons des temps modernes. Gagner, et pour si longtemps. « On a tué Charlie », hurlaient-ils, et si s’ajoutait : « on a éclaté la société, la République ! ». Parce que chez nous, se tenir les coudes devant l’adversité, négocier le temps du vent mauvais, croyez-vous que ce soit de saison ? De même que, repérer – et savoir s’y tenir – les lignes, non de fracture, mais de points communs, être dans l’ensemble et non dans le moi, face aux autres, franchement, avez-vous souvenirs que ce soit là, le portrait de la société française, des banlieues aux rues chic, en baguenaudant sur les chemins de campagne. « Ma France » aurait chanté l’autre, n’a plus beaucoup de traits d’union… Elle n’est plus que clivages aboutis ou en gestation, déchirements, chagrins et contrariétés tels que seule la chasse au bouc-émissaire la soulage. En tous cas, on dirait ! Et, là, on ne manque de rien, ni de personne : assistés, émigrés, marginaux de tous poils, font l’affaire des ires bruyantes à tous les étages, et – morceau de choix – les Musulmans, madame ! les Arabes, c’est bien pareil, ma chère ! tenant haut le rôle anciennement dévolu aux Juifs, dans cette partition de malheur. Clivage, du reste, encore, que seraient ces positionnements faussement bonhommes et généreux, qui se tourneraient vers nos concitoyens de confession musulmane, en leur demandant de « donner l’exemple », autant dire de répondre des « leurs » ?? de devoir, finalement, présenter plus de preuves de citoyenneté que le Français Lambda ?

Alors, si l’on croise les Événements actuels avec cette grille particulièrement tolérante et apte au vivre ensemble, convenez qu’il y a péril en la demeure… et que c’est effrayant ; la vague, la plus grosse à l’horizon de la plage, dans l’Océan Indien de l’hiver 2004. Le piège est là, tendu, silencieux, derrière la fusillade, presque autant menaçant, presque aussi mortifère, achevant nos amis de Charlie et les policiers, d’un coup de grâce implacable, et pour longtemps, puisque là, c’est le tissu républicain tout entier qui peut en ressortir troué à mort.

2015… L' Entrevoir ? Et bonne année à tous...

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 janvier 2015. dans La une, France, Politique, Société

2015… L' Entrevoir ? Et bonne année à tous...

A Peine. Un volet qui laisse filtrer un peu de lumière ; pas encore de franc soleil – qui le verrait serait limite délire – mais… ce n’est plus la nuit noire. On entrevoit les formes des arbres du jardin ; là-bas, l’horizon rosit, comme dit le poète, et, point, si on habite un coin de France pas trop froid, ce pépiement de je ne sais quelle tourterelle… On va se lever, et chacun sait que même le plus dépressif d’entre nous, lance sur les épaules le bardas plus facilement, le matin. Le jour est projet, peut-être aussi parce qu’on voit la longueur du chemin qui reste à parcourir, et qu’en deux mots, on a moins peur. Le jour va avec l’homme, son travail, ses amours, son regard à sa hauteur, justement. La pointe du jour, c’est un soupir de soulagement ; toujours.

Si je vous disais : 2015, c’est bon, on y est, on en sort ! et le toutim, vous me rangeriez à la case menteuse, ou, plus grave, allumée – atteinte, ou, comme disent quelques jeunes, « barge ». Vous auriez raison. Ni, du reste, Manuel Valls, alignant de sa belle voix grave, un Espagnol de légende, l’autre jour devant « El Païs », annonçant des larmes et sacrifices encore pour un bout de chemin, ni, notre Président qui sait se faire modeste, et posé (moi, je dirais, comme d’hab) n’ont entonné un couplet victorieux de fin de banquet politique trop arrosé. Et pourtant, me direz-vous, Lui, François, surtout, que n’en a-t-il passé des entretiens TV, ou conférences de presse à nous « faire patienter »… la croissance et son chapelet d’emplois pointaient le tournant. Lui, le voyait ; nous, à force, pas, ou plus. Promettre ? Éviter que le gamin piétine ou ne veuille plus avancer… mais, aussi ! on l’a dit souvent, ici, qu’est-ce qu’une Sociale Démocratie qui n’a plus de billes à redistribuer, sinon, un non-sens politique, ou – c’est le cas – tout un modèle à reconstruire…

Alors, 2015 – on l’entend à présent un peu partout – serait peut-être cette pointe du jour, propre à un – petit – soulagement. La Croissance annonce un retour, mince, pour autant bien réel. Anne, la sœur Anne de François Hollande a donc fini par voir venir. Le pétrole et son cours vraiment en baisse sensible et pour quelques solides temps, le cours de l’Euro en descente raisonnable et le confort qu’il donne à notre commerce extérieur, le Pacte de Responsabilité – aux partenaires sociaux de jouer – font dans la corbeille un joyeux bruit de belles billes. On est enfin, dans autre chose.

Et, nous, et la société ? Ce n’est pas un bien gros sapin de Noël ! demeurerons-nous déçus et, de ce fait, à nouveau boudeurs ou démissionnaires. Pleurerons-nous encore dans notre coin ; pessimistes, définitivement : – moi, tu vois, « ils » ne me la feront plus ! Et de tourner le dos, tous, ceux qui souffrent tant et ceux (si nombreux, presque plus) qui se sentent bien en chantant avec ceux qui souffrent, par TV interposée (« notre pauvre France ! » miaulait l’autre jour, ma voisine, retraitée à l’aise et propriétaire). Ou bien, continuerons-nous de nous révolter, protestataires, aux sauces les pires, et les plus faciles, allant avec Marine, dans le mur, pour ensuite finir où ??

<<  7 8 9 10 11 [1213 14 15 16  >>