Société

Mon Père, je vous pardonne, Daniel Pittet

Ecrit par Valérie Debieux le 11 mars 2017. dans La une, Société, Littérature

éd. Philippe Rey, février 2017, avec la collaboration de Micheline Repond, 240 pages, 18 €

Mon Père, je vous pardonne, Daniel Pittet

Un titre qui interpelle.

Une préface percutante, celle du Pape François.

Prise de conscience de la souffrance endurée. Demande en pardon à toutes les victimes de pédophilie et à leurs familles. Message de compassion envers toutes celles et ceux qui ont souffert et souffrent encore de ces actes odieux.

Cri de colère lorsque le Successeur de Saint Pierre rapporte les paroles du Christ : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer » (Matthieu, 18,6).

Exigence absolue, celle de « faire preuve d’une grande sévérité pour ces prêtres qui trahissent leur mission, ainsi que pour leur hiérarchie, évêques ou cardinaux, qui les protégerait, comme cela été le cas dans le passé ».

Enfin, gratitude et soutien sans faille du Pape François à l’auteur, Daniel Pittet, qui, fort de l’amour des siens et de sa foi en Dieu et en l’Eglise, armé de son courage et de sa volonté, ose parler pour que les autres victimes qui ne veulent ou ne peuvent pas parler se sentent moins seules, pour que celles qui hésitent ou hésitaient, franchissent le rubicond du silence et que son témoignage soit le prolongement de sa lutte contre la pédophilie quels qu’en soient les auteurs.

Une autobiographie narrée en dix chapitres dont les éléments de vie, par les souffrances qu’ils comportent, s’apparentent au chemin de croix du Christ, le jour de la montée du Golgotha : Le chaos de l’enfance ; De famille en famille ; La descente aux Enfers ; Sauvé par des moines ; Je fonde ma famille ; Prier Témoigner ; La dénonciation ; Séquelles et fragilités ; Un homme debout ; Mon Père, je vous pardonne.

Une autobiographie qui se présente, après dix-huit ans de thérapie, comme un témoignage simple et direct, avec des mots « parfois crus », « parce qu’un viol c’est abject, sale ». Et l’auteur de se confier : « Le viol d’un enfant est la chose la plus perverse qui soit parce que le violeur est rarement méchant aux yeux de l’enfant. Joël Allaz était bon vivant et sympathique. Il bouffait comme quatre, il racontait des histoires intéressantes, il était intelligent. Tout le monde l’appréciait et il se démenait corps et âme dans toutes ses activités. En fait, il avait deux vies, la vie de prêtre et la vie de violeur. […] En apparence, tout semblait cohérent. Dans sa vie de prêtre, il me protégeait. Dans sa vie de violeur, il me détruisait. Sa protection avait un prix. Et ce prix, c’était le sexe, la perversion du sexe. Je pense qu’il ne souffrait pas d’être pédophile. Je n’ai jamais eu le sentiment qu’il se sentait mal après m’avoir violé. Il souffrait du fait qu’il ne pouvait pas violer à sa guise. Tant qu’il a eu des victimes à sa disposition sans risque d’être dénoncé, il a mené une vie agréable ».

Une autobiographie peu commune, avec une hotte emplie de souffrances et de difficultés, de joies également, d’aides inattendues ou encore de rencontres imprévues, soit un grand nombre d’événements bien singuliers pour un seul homme. Et pour n’en retenir que deux :

L’un qui le conduira, après quarante-quatre années, à rencontrer son violeur et à lui pardonner : « […] Le pardon n’efface ni la blessure ni la souffrance infligées. Le pardon signifie que je vois en mon bourreau un homme responsable. Grâce au pardon, je ne me sens plus attaché à lui, je ne suis plus sous sa dépendance. Le pardon m’a permis de rompre les chaînes qui me liaient à lui et qui m’auraient empêché de vivre. […] Le titre du livre, Mon Père, je vous pardonne, est à prendre au premier degré. Je n’éprouve ni respect ni compassion pour mon bourreau. Je lui ai pardonné. Aujourd’hui, je suis libre ».

L’autre qui verra le Pape François préfacer son ouvrage et conclure en ces mots : « Je prie pour Daniel et pour ceux qui, comme lui, ont été blessés dans leur innocence. Que Dieu les relève et les guérisse, qu’Il nous donne à tous Son pardon et Sa miséricorde ».

Ce livre bouleversant, traduit en quinze langues, accompagné de nombreuses photographies, constitue un témoignage émouvant et une mise en garde de tout un chacun contre la stratégie d’approche des pédophiles et abuseurs d’enfants. Il s’inscrit dans le combat mené non seulement par l’Eglise, mais également par l’ONU et son Comité sur les droits de l’enfant, ainsi que par de nombreux Etats qui entendent protéger l’enfant contre toutes les formes d’abus sexuels, i.e. l’inceste, la pédophilie, la pornographie impliquant des enfants et l’exhibitionnisme. Enfin, cet ouvrage est suivi en postface d’un entretien avec son bourreau, le père Joël Allaz. Un récit poignant.

Crimes contre l’humanité et imprescriptibilité

Ecrit par Jean-François Vincent le 04 mars 2017. dans La une, Société

Crimes contre l’humanité et imprescriptibilité

La polémique au sujet des propos d’Emmanuel Macron sur la colonisation repose la question fondamentale : qu’est-ce qu’un crime contre l’humanité ? Sa singularité juridique – l’imprescriptibilité, c’est-à-dire le fait qu’à la différence de tous les autres, il est indéfiniment punissable – impose une stricte limitation de son domaine. La prescription en effet constitue une amnésie (sinon une amnistie) automatique : au bout d’un certain temps (en général 30 ans), l’on « oublie » les faits délictueux, l’on fait comme s’ils ne s’étaient jamais produits. Règle indispensable non seulement pour désengorger les prétoires, mais également par souci d’humanité : éviter les implacables Javert à la poursuite perpétuelle des Jean Valjean.

La base historique de l’incrimination trouve son origine dans l’article 6 de la charte du tribunal militaire de Londres, qui ouvrit la voie au procès de Nuremberg. Ledit article définit ainsi le crime contre l’humanité : « tout meurtre, extermination, déportation et autres actes inhumains commis contre des populations civiles, avant ou pendant la guerre ».

L’article 212-1 du Code Pénal transcrivit en 1994 dans le droit français les dispositions de la charte de Londres, qu’il reprit à l’identique : « La déportation, la réduction en esclavage ou la pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvements de personnes suivis de leur disparition, de la torture ou d’actes inhumains, inspirées par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisées en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile sont punies de la réclusion criminelle à perpétuité ».

Problème, en 2013, à l’issue d’une série de modifications, le champ de l’article fut considérablement élargi, au point de transformer – voire de dénaturer – l’économie générale de la notion :

« Constitue également un crime contre l’humanité et est puni de la réclusion criminelle à perpétuité l’un des actes ci-après commis en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique :

1) L’atteinte volontaire à la vie.

2) L’extermination.

3) La réduction en esclavage.

4) La déportation ou le transfert forcé de population.

5) L’emprisonnement ou toute autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international.

6) La torture

7) Le viol, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable.

8) La persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste ou en fonction d’autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international.

Une histoire de mauvaise conscience ?

Ecrit par Catherine Dutigny le 25 février 2017. dans La une, Actualité, Société

Une histoire de mauvaise conscience ?

Depuis quelques jours, pour être précise depuis le passage de Mehdi Meklat dans l’émission La Grande Librairie présentée par François Busnel, la presse, les réseaux sociaux ne parlent que du « cas » Meklat. Un jeune homme de 24 ans qui présentait ce jour-là avec son co-auteur Badroudine Said Abdallah leur second livre, Minute, publié par Le Seuil. Une exposition médiatique qui fit resurgir, par le biais d’alertes postées immédiatement, la face plus ou moins cachée de Mehdi Meklat qui, sur Twitter et sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps (clin d’œil à Marcel Duchamp selon Mehdi) pendant de longues années, inonda son profil de tweets racistes, homophobes, antisémites etc. Il est facile de se documenter sur Internet pour en retrouver les traces.

L’« affaire » Mehdi Meklat met le projecteur sur la complaisance avec laquelle les médias de toutes sortes comme Le Monde, en passant par France Culture, les Inrocks, Libé, Radio France, Arte, ou le Bondy Blog ont pu « ignorer » pendant des années le double diabolique de Mehdi Meklat, mais aussi comment les jugements, prix et critiques littéraires peuvent être affectés d’un syndrome équivalent. Dans le cas de Mehdi Meklat, Laurent Bouvet, dont je ne partage pas toujours les analyses, loin de là, fait une lecture assez crédible du phénomène dans un article publié dans le Figaro.fr, le 21 février 2017 :

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/02/21/31003-20170221ARTFIG00081-laurent-bouvet-reflexions-sur-la-siderante-affaire-mehdi-meklat.php

Prenons comme lui l’hypothèse que les médias susnommés n’ignoraient rien des tweets de Mehdi. Depuis fort longtemps, les jeunes (et moins jeunes) de banlieues dites « sensibles » se plaignent de ne pas pouvoir faire entendre leurs voix. Mehdi Meklat, mais pas seulement lui, fait l’objet d’un traitement de faveur de par ses origines, mais surtout de par ce que l’on décide qu’il représente subitement : l’archétype du jeune intellectuel d’origine arabe, doué, créatif, talentueux, journaliste, réalisateur, etc., à l’opposé de l’image du dealer de drogue, du casseur ou de ce que la droite à l’extrême-droite qualifie en bloc de « racaille ». Manne bénie, dans tous les sens du terme, qui du coup rend sourd et aveugle, permet aux médias de « rattraper le coup » sur des années de silence à peine brisées par de courts articles ou reportages sur les talents méconnus vivant dans ces banlieues « sensibles ».

La mauvaise conscience serait-elle à l’œuvre ? Ceci me rappelle, pour prendre un exemple vécu sur les bancs de Sciences Po, les exposés d’un étudiant d’origine africaine de ma conférence qui récoltaient de longs commentaires dithyrambiques du maître de conférences là où une excellente note aurait suffi pour reconnaître leur valeur.

La police est-elle dangereuse ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 février 2017. dans La une, Actualité, Société

La police est-elle dangereuse ?

Oui, doit-on avoir peur de la police ? La question se pose, et pas seulement depuis ce qui est arrivé au jeune Théo – pénétration anale par matraque télescopique. Les réseaux sociaux bruissent d’affaires de violences – physiques ou verbales – commises par les forces de l’ordre ; mais le plus souvent, les victimes préfèrent rester anonymes…

Un cas, non anonyme celui-là, avait défrayé la chronique, au mois de septembre dernier. Un enseignant-chercheur à l’université de Paris I, Guillaume Vadot, s’était interposé lors de l’interpellation d’une femme, un soir, dans une gare de banlieue. La femme en question hurlait et était insultée par les policiers. Le témoignage de l’universitaire se fait accablant : « Les policiers m’ont dit : “tu as voulu jouer avec la police, maintenant on va jouer avec toi”. Ils m’ont traité de pédé, m’ont menacé de “me crever là dans les 10 minutes”. Un agent avait une main sur mes fesses et m’a menacé de me violer. Ils ont ensuite parlé de Daech ». Pire, la menace de viol se précise très concrètement : « Regarde-moi sale pédé. Sale pute. Tu habites là-bas hein ? Je vais venir chez toi, je vais mettre une cagoule et je vais te violer ». Une plainte a été déposée, sans débouché judiciaire jusqu’à présent.

Je me suis rendu personnellement, à plusieurs reprises, dans des commissariats de police de Paris, notamment lors du piratage de notre site par des islamistes. Impression lourde, aspect de bunker à la porte seulement entrouverte, gardée par une sentinelle lourdement armée. A l’intérieur, des personnels à cran, débordés, facilement agressifs envers les cas sociaux – la plupart du temps des sdf – qui leur sont amenés. Tutoiement, moqueries, pas d’insultes toutefois. Avec moi, rien de tel : je suis blanc, d’allure bourgeoise et je m’exprime avec facilité. Mais transparaît tout de même une attitude de supériorité, un surplomb hiérarchique : « je sais, je suis l’autorité » ; moi, l’usager de l’administration, même pourvu d’une compétence juridique, je n’ai qu’à me taire et à écouter.

La différence avec la police belge saute aux yeux. Ici des locaux clairs, aisément accessibles, des gens aimables, à l’exquise politesse : on vous donne du « goede dag mijnheer/mevrouw » (bonjour monsieur/madame, inconnu en France) et du « U » (vous), même si vous n’êtes pas bien mis. Ici l’on se met authentiquement à votre service, sur un pied d’égalité.

Le problème de la police française, au-delà des cas particuliers, tient à l’esprit qui y règne, celui d’une forteresse assiégée, peuplée d’agents assermentés, qui – pas toujours, mais trop souvent – jouent aux cow-boys paranos. Cet esprit rappelle celui de la police de Charonne, en 1962. A l’époque, les policiers, harcelés par les attentats du FLN (22 morts dans leur rang de janvier à octobre 1961), voyaient dans toute personne d’apparence maghrébine un terroriste potentiel. De nos jours, si vous remplacez le FLN par Daech, vous avez peu ou prou la même chose ; avec, en plus, l’équation : jeunes issus de la « diversité » = délinquants.

Il existe un véritable livre noir de la police française (sans remonter à la rafle du Vel d’Hiv) : depuis les charges des CRS de Jules Moch contre les grévistes de 1947 jusqu’à celles des hommes du préfet Grimaud contre les étudiants de mai 68, en passant par la guerre d’Algérie et Charonne… étant entendu que le préfet Grimaud avait, au plus fort des évènements, adressé une lettre célèbre aux policiers, une lettre précisément concernant l’« esprit » qui devrait habiter les fonctionnaires sous ses ordres : « Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites. Nous nous souviendrons, pour terminer, qu’être policier n’est pas un métier comme les autres ; quand on l’a choisi, on en a accepté les dures exigences mais aussi la grandeur ».

Les leçons de Maurice Grimaud ont-elles été retenues ?…

Grand froid, médias, femmes, manipulations…

Ecrit par Sabine Aussenac le 25 février 2017. dans Ecrits, La une, Société

Grand froid, médias, femmes, manipulations…

Attention, ceci est un message de prévention… Billet d’humeur…

Je ne sais pas vous, mais moi ils commencent à me les briser menu.

Je parle de ces annonces qui passent en boucle sur nos radios et télévisions, comme si nous étions en alerte chimique ou à l’orée d’un conflit international.

Attention, ceci est un message de prévention du ministère de la Santé. Il va faire très froid. Ne sortez pas sans vos bonnets, couvrez les extrémités du corps, etc. etc.

On croit rêver. Que les étés de canicule, quand il fait quarante degrés à l’ombre des terrasses et que nos Anciens tombent comme des mouches, on leur rappelle de s’hydrater, passe encore. Tout le monde sait que l’on oublie de boire, passé un certain âge, et que cela peut vite s’avérer problématique.

Mais là, vraiment, on prend les Français pour des cons. Peut-être nos dirigeants pensent-ils, depuis l’obscure commission constituée en urgence pour constituer un groupe de réflexion qui se chargera de donner des directives aux millions de coincés du cervelet (en partenariat avec l’agence de communication dépensant les deniers du contribuable à lui expliquer comment s’habiller le matin), que les habitants de l’hexagone sont tous atteints de quelque maladie orpheline qui les empêcherait de ressentir les températures extérieures et ferait que, par moins dix, la plupart de nos concitoyens décideraient d’aller en tongs au bureau, ou, par trente-huit, de sortir promener Médor en chaussures de ski.

Parce que voyez-vous, c’est là où je vois rouge : d’une part, notre argent sert, visiblement, non seulement à faire de la France le premier exportateur d’armes au monde – et là, comment vous dire, ce matin, j’ai juste envie de voter Mélenchon jusqu’à la fin des temps, voire même de quitter mon appart pour une ZAD – et donc à élaborer des « campagnes de prévention » à l’usage dudit contribuable mais d’autre part à infantiliser totalement les Français… Cela avait commencé il y a longtemps, avec les « 1 verre, ça va, etc. », et c’est de pire en pire…

Voici en effet la politique du « care » portée à son apogée, le summum de l’état providence, contrepartie rêvée de l’état d’urgence, 1984 mâtinée de Grey’s Anatomy : nous vivons donc à présent dans une société qui nous surveille et nous piste de la naissance à la mort, 24 h sur 24, mais qui plus est nous ordonne de prendre soin de nous, à tous les niveaux.

Certaines choses ne me semblent pas absurdes : oui par exemple aux images de cancer du poumon sur les paquets de Camel filtre, en espérant que les ados – qui grillent leurs clopes par centaines devant les établissements scolaires où normalement les « attroupements » sont prohibés – cesseront de trouver hyper cool de sortir fumer pour finir avec un respirateur pas bien glamour… Oui aux limitations de vitesse, bien sûr, parce que, qui aurait envie de se retrouver sur une petite chaise roulante, regardant l’océan des heures durant depuis le centre de rééducation, après avoir décimé les cinq membres de sa famille ?

Décliner le populisme : populus, ethnos, demos

Ecrit par Jean-François Vincent le 11 février 2017. dans La une, Politique, Société

Recension/commentaire du livre de Patrick Buisson, La cause du peuple, éditions Perrin, septembre 2016, 464 pages, 21,90 €

Décliner le populisme : populus, ethnos, demos

Décliner dans les deux sens : refuser et faire la déclinaison de. Cette seconde acception décrit très exactement ce qu’entreprend Patrick Buisson, l’ex-père Joseph de Nicolas Sarkozy dans son ouvrage : il « décline » un populisme assumé et revendiqué qu’il entend ici théoriser.

Populus

« Il est vrai qu’il n’y a pas loin de la stigmatisation du populisme et l’expression plus ou moins camouflée d’une certaine populophobie » écrit Buisson. Le peuple, bien sûr. Mais quel peuple ? A l’instar de la plebs que défendaient les populares de la fin de la république romaine, il s’agit de ce que le démographe Christophe Guilluy, dans son Atlas des fractures françaises, nomme « la France périphérique », celle des ruraux déclassés, des suburbains fuyant les banlieues et exilés à la lisière des champs, bref la France qui vote FN. Symptôme, nous dit Buisson, d’un mal bien plus largement répandu : la « déliaison », le délitement du lien social, de cette affectio societatis, dont parlent à la fois Spinoza et Frédéric Lordon… signe d’ailleurs dudit délitement pour Buisson : la disparition des bistros ! « La spirale de la solitude extrême s’achève avec la disparition de ces derniers lieux de vie qu’étaient les bistros – 600.000 dans les années 60, moins de 35.000 aujourd’hui ».

Mais au-delà de la socialisation bistrotière, qu’est-ce donc qui définissait le « vivre ensemble » et par conséquent soudait le « peuple » ? Réponse : l’identité ! « Un capital immatériel que l’économie ne sait ni créer, ni produire, mais auquel les Français tiennent comme à la prunelle de leurs yeux », plus précisément ajoute-il en citant Renan « le souvenir des grandes choses faites ensemble », autrement dit l’histoire, entendue comme un « roman national ». Problème, l’immigration aboutit « immanquablement » à la « destruction de l’identité nationale »… d’où la question de l’ethnos.

Ethnos

Oui, la France forme une « communauté », une ethnie (Buisson ne va pas jusqu’à dire une « race »), un « capital d’autochtonie ». Vieille thématique nationaliste : comme dans la Grèce antique, les hommes « sortent » du sol de leur terre natale pour y retourner à leur mort : la patrie – patria, Vaterland – s’enracine dans la terre des pères, celle où les ancêtres sont enterrés. On n’est pas loin d’un Barrès et de sa célèbre conférence de 1899, La terre et les morts, sur quelles réalités fonder la conscience française.

Il existe ainsi une « France centrale », au sens historique du terme, par opposition à celle « des marges » : celle des « identités ethniques et culturelles minoritaires ». Il convient donc de rétablir les choses et de privilégier le proche par rapport au lointain. « Seul l’amour du prochain, du proximus, assume la totalité du réel (…), le crime de Caïn fut de se délier de l’exigence politique suprême qu’est l’amour du proche, en refusant d’être d’abord et avant tout le gardien de son frère ». Préférence nationale ? Buisson ne l’énonce pas, mais il la suggère… au total, il souscrirait indubitablement au propos de De Gaulle, tel que rapporté par Alain Peyrefitte, dans sa biographie, C’était De gaulle (tome I) : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ».

Au sujet du bonheur de Lady Chatterley

Ecrit par Mélisande le 11 février 2017. dans La une, France, Politique, Société

Au sujet du bonheur de Lady Chatterley

Comment ne pas songer au film de Sofia Coppola Marie-Antoinette lorsqu’on écoute certains hommes politiques, et que l’on mesure avec effroi leur coupure absolue d’avec la base : le quotidien des gens, la paupérisation qui gagne toutes les couches de la société ? L’humiliation et les accusations dont « le peuple » fait l’objet dans les discours de certains, comme s’il n’était qu’une grande putain naïve, manipulable, sollicitée et corvéable à merci, que l’on peut flatter, culpabiliser, humilier, au gré de ses stratégies ?

Comment ne pas avoir en tête notre feue-reine, dégustant avec sa cour petits fours et champagnes, essayant chapeaux et toilettes, dans une bulle psychotique qui lui coûta la vie, alors qu’aux portes de Versailles arrivait en saccades le peuple affamé…

Cette méconnaissance absolue du quotidien et de la réalité économique difficile de la majorité des gens, tout âge et classe sociale confondus, nous arrive en pleine face avec le « Pénélopegate », où de façon pathétique et dérisoire, devant les regards médusés et sidérés par un tel affront du mensonge, le peuple, comme on dit, se tait mais n’en pense pas moins…

Un dieu facétieux est aux commandes aujourd’hui, il descend tout droit du principe de vérité ; vérité, étymologiquement « ce qui est », et provoque le retour en pleine face des accusations pour celui qui se sert de la Parole, instance sacrée, pour mentir… Aujourd’hui, il y a un retour de bâton, mais pour combien de jours et combien d’années d’impunité ???

Voir François Fillon, qui a accepté en tant que premier Ministre l’humiliation que lui infligeait Sarkozy, défendre sa cantine, son petit moi, en le confondant derechef avec l’universel, tient de la pathologie schizophrénique.

Le putsch dont il clame être la victime n’est en réalité que le rappel douloureux d’une forme de justice immanente qui finit par tomber, un jour ou un autre, quand le mensonge s’est construit son propre édifice bancal et qu’il monte toujours plus haut, sorte de monstre qui n’a d’assise que la folie narcissique de ses auteurs…

Un jour cela s’effondre, un peu comme la tour de Babel. Mais le mensonge semble ici s’être construit un tel paysage, de tels quartiers, qu’il y a fort à faire pour revenir au principe de réalité. Fort à faire dans le ciel pour faire réfléchir ces petits ambitieux qui ne songent qu’à leur statut terrestre, sans autre programme que régler un compte au rival, se présenter au suffrage universel pour résoudre une problématique personnelle d’aliénation, c’est de l’infantilisme dangereux.

Citer ceux des hommes politiques qui avaient un projet de transcendance et de service vis à vis de leur pays, alors qu’ils sont silencieux pour toujours, pour cause de disparition terrestre, c’est encore plus criminel !

Accuser le Canard enchaîné qui ne perd jamais (ou rarement) les procès dont il est l’objet depuis un siècle, l’accuser de façon péremptoire, notamment de misogynie et le faire en guise de discours politique devant des milliers de personnes prises en otage, relève de la pathologie mentale !

Il serait bon que François Fillon ne se serve pas du peuple et ne confonde pas la conduite sérieuse et grave d’un pays pour répandre sa névrose narcissique. Lui qui ne laisse pas parler sa femme… D’ailleurs que dit Pénélope ? Au service de son grand homme ? Ne devine-t-on pas dans son regard triste qu’elle a loupé un rendez-vous décisif ? A Sablé, loin des rillettes et des notaires, un rendez-vous avec un garde-chasse. Il l’aurait menée benoitement, tout droit au paradis… Loin de la clique des menteurs professionnels que sont devenus certains élus installés dans leurs pantoufles de l’Ancien Régime… Tout droit au paradis des femmes amoureuses, avec des étoiles dans les yeux et dans la voix…

Ah ! La vie, ça tient à si peu de choses !

Qui défend le féminisme et la démocratie ?

Ecrit par Jean Gabard le 11 février 2017. dans La une, Société

Qui défend le féminisme et la démocratie ?

Alors qu’il y a encore tant à faire pour que l’égalité en droits soit respectée, critiquer à la fois l’idéologie de la société patriarcale et une idéologie féministe égalitariste est une position qui n’est pas facile à défendre. Dans Le féminisme et ses dérives, Rendre un père à l’enfant-roi (1) et Materner ou éduquer, Refonder l’école, elle est cependant expliquée avec des arguments qui présentent une certaine logique. Alors que les détracteurs ne peuvent apporter de preuves de ce qu’ils appellent le « masculinisme » de l’auteur, il existe des preuves que le postulat fondant leur égalitarisme, qu’ils prennent, eux, pour une théorie scientifique, est totalement faux.

Si des personnes, cédant à la facilité et sans avoir lu les écrits, se contentent de répéter des impressions que peut laisser le titre du premier essai Le féminisme et ses dérives, d’autres, des militants et même des universitaires, passionnés par le sujet, persuadés de détenir « La Vérité », classent toute personne critiquant leur idéologie dans le camp des sexistes et des réactionnaires. Ceci leur donne bonne conscience de ne pas se poser de questions et d’interpréter des propos en leur faisant dire ce qui leur convient pour justifier leur condamnation.

C’est ainsi que Éric Debarbieux (2) se permet de parler de « brûlot » à propos d’un livre qu’il n’a sans doute jamais lu. Mais si Éric Debarbieux imagine le livre, il cite au moins une présentation de conférence (qui n’a rien de polémique !) écrite par l’auteur (3).

Ce n’est pas le cas de Jean-Raphaël Bourge (4), chercheur à l’Université Paris 8, qui écrit (5) : « Jean Gabard (professeur d’histoire-géographie), dans son ouvrage Le féminisme et ses dérives, Du mâle dominant au père contesté, au chapitre 7, titré “Quand la non-violence engendre la violence” (11), écrit que “les théories féministes non violentes (sic) engendrent des garçons violents, le féminisme produit de la violence masculine”… Gabard pense que “Les stéréotypes desservent d’abord l’homme : son image de force devient sa faiblesse et l’image de faiblesse de la femme devient sa force” (12) »

(11) GABARD Jean, Le féminisme et ses dérives, Du mâle dominant au père contesté, Paris, Les Éditions de Paris, p.117-119

(12) Ibid. p.67

 

Ici Jean-Raphaël Bourge – un chercheur prétendant lutter contre les interprétations fantaisistes et « l’imposture intellectuelle » (6) –, qui n’a pas trouvé d’arguments pour justifier ses accusations, ne fait pas qu’interpréter des idées, mieux, il invente les phrases qu’il dit citer. Nulle part, en effet, ne se trouvent de telles phrases ni même des propos semblables dans Le féminisme et ses dérives, Du mâle dominant au père contesté, dans l’ensemble de mes écrits, dans mes conférences, dans mes interviews !

Une personne dont des écrits sont malhonnêtes et diffamatoires ne nuit-elle pas à l’ensemble des féministes même si elle prétend les défendre ? Peut-on, en effet, défendre les droits des femmes en ne respectant pas Les Droits de l’Homme ?

Le riche, le plus fort !

Ecrit par Michel Tagne Foko le 04 février 2017. dans La une, Société

Le riche, le plus fort !

On parle d’immigration.

On parle d’immigration.

On parle d’immigration.

Au fond des choses, si on veut bien se pencher sur la question, si on veut bien regarder, observer minutieusement, on finit par comprendre que l’on ne parle pas de l’immigration, à proprement parler.

À proprement parler, ce n’est pas de l’immigration que les gens parlent. Que les politiques scandent. Non, ça serait trop facile sinon. Il suffirait de fermer de manière hermétique les frontières et le tout est réglé, ce qui, en passant, est impossible, mais ce n’est pas le sujet ici.

Il s’agit des pauvres. De la manière qu’il faut s’occuper des pauvres. On cache « pauvre », avec « immigration », de peur de choquer et de paraître inhumain. Oui, la vraie appellation c’est « pauvre » et non pas « immigration ». On parle surtout des pauvres. Oui, des pauvres. Il s’agit tout le temps des pauvres. Aucun pays ne veut les pauvres des autres, certains pays prennent des mesures drastiques en le cachant derrière la phrase « combattre l’immigration illégale ».

Fort heureusement, il existe encore certains pays dans le monde où les pauvres des autres viennent se mêler harmonieusement avec les pauvres du pays et cela ne crée aucun scandale… Je me souviens des paroles de ma grand-mère. Elle disait : « durant les périodes de grande immigration au Cameroun, en pays bamiléké, dès que l’on arrivait dans un endroit, on allait toujours demander refuge chez le pauvre, car il a eu froid dans sa vie, il sait de quoi il s’agit, alors il lui serait difficile de rester insensible en nous refusant refuge ». Oui, il y avait une certaine solidarité entre pauvres à cette époque-là, en pays bamiléké.

Si on prend la phrase « combattre l’immigration illégale », et que l’on se met à la décortiquer, on comprend tout simplement, et tout de suite, qu’il ne s’agit pas de l’immigration en général, mais de ceux qui sont là alors qu’ils ne devraient pas être là c’est-à-dire « les pauvres »… je m’explique :

– On parle de durcir les conditions d’admission des candidats à l’immigration, mais ce que l’on ne dit pas aux gens, c’est que dans les ambassades, ce sont les pauvres qui se font refuser les visas et jamais les riches. Le riche demande un visa d’une semaine, pour les États-Unis, on lui donne un visa de 10 ans, pour un séjour valable six mois par an, alors qu’il ne demandait qu’une semaine. Le pauvre, quant à lui, demande le visa de trois jours pour la France, on le lui refuse. Et après, on parle de lutter contre l’immigration illégale ! La réalité c’est ça ; c’est ça la réalité ! Il suffit de regarder les pièces qui constituent une demande de visa pour comprendre que tout a été mis en place pour que seul le riche puisse avoir le droit de voyager partout dans le monde.

– On dit qu’il faut rapatrier les sans-papiers, mais le vrai message derrière cela c’est qu’il faut renvoyer le pauvre chez lui, puisque les politiques de régularisation qui sont mises en place par plusieurs pays se basent généralement sur les revenus de subsistance ; on ne dit jamais ouvertement aux gens qu’il suffit d’être riche pour avoir facilement sa carte de séjour. Oui, on ne dit jamais cela aux gens. Un riche vient dans un pays, il crée une entreprise et embauche les gens, que ça soit en France, au Portugal, aux États-Unis, etc., il est régularisé sans problème. Dans certains pays, lorsque le riche crée des emplois, on lui envoie son titre de séjour par courrier postal, pour le remercier.

Alors, pourquoi  cache-t-on derrière le mot « immigration », alors que ce n’est pas de cela qu’il s’agit ? Pourquoi ne pas nommer les choses ? Le riche, le plus fort !

Psychanalyse du djihadisme

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 janvier 2017. dans La une, Société

Psychanalyse du djihadisme

Je ne sais si une telle tentative a déjà été faite. Olivier Roy n’est pas allé jusque-là, il parle de vide de valeurs, de rupture avec la famille…

Les catégories lacaniennes, dans un pareil domaine, peuvent servir. Lacan, en effet, distingue trois types de paternité : le père réel (le géniteur), le père imaginaire (celui qui incarne la Loi, rompt la relation fusionnelle avec la mère et prohibe l’inceste) et le père « symbolique ». Ce dernier (qui ne coïncide pas forcément avec le père réel) a une importance capitale : il fonde l’appartenance et construit l’identité de l’enfant ; il introduit celui-ci dans son genre sexué (masculinité ou féminité) ainsi que dans le monde extérieur à la famille (pays, religion, classe sociale, opinions politiques, sport, etc.). Grâce à cette symbolique héritée, l’on « appartient » à quelque chose, un quelque chose auquel l’on s’identifie : « je » suis ceci ou cela.

Or de toute évidence, le point de commun entre les djihadistes d’origine musulmane et ceux qui se sont convertis à l’Islam se situe dans ce manque, cette absence. Les descendants d’immigrés, à cheval sur deux cultures – celle du pays d’origine des parents ou des grands-parents et celle de celui où ils sont nés – n’« appartiennent » véritablement ni l’une à ni à l’autre : perçus comme étrangers ici, ils sont discriminés comme « français » là-bas. Personne n’a joué, à leur égard, le rôle de père symbolique, personne ne les a enracinés quelque part.

Symétriquement les djihadistes convertis sont le plus souvent issus de la génération de 68, ou post 68, génération qui – globalement, car il y a, bien sûr, des exceptions – a renoncé à « transmettre », donc à construire la personnalité de leur progéniture.

Condamnés donc à s’auto-construire, les apprentis djihadistes prennent alors des pères symboliques de substitution : « émirs », « grands frères », voire tout bonnement… internet ! Grâce à eux, ils « sont » – enfin ! – quelque chose, ils se « sentent » partie d’un tout plus grand qu’eux, voire même transcendant.

Point d’aboutissement d’un long processus occidental : de renaissances en révolutions (politiques ou autres), de la monade leibnizienne à la déconstruction post-moderne du sujet, la montée en puissance de l’individualisme, du « je », impérial et impérieux, a créé autant d’« hommes nouveaux », faisant table rase de ce qui les précédait. 68 a juste poussé la chose à un point paroxystique.

Si je prends ma propre famille, le processus apparaît clairement. Ma grand-mère paternelle, née à la fin du XIXème siècle, eut deux enfants, mon père et ma tante. Elle était catholique, patriote et profondément gaulliste, à partir de la seconde guerre mondiale. Elle joua – ou tenta de jouer – le rôle de « père » symbolique, en « transmettant » ses appartenances. Réussite dans le cas de ma tante : elle faillit se faire religieuse et vibrait pour l’équipe de France, lors de la coupe du monde de football de 1998 ! Mais échec dans le cas de mon père : individualiste forcené, il ne se « sentait » pas grand-chose…

Il fut un très bon père imaginaire, m’instruisant et me cultivant intellectuellement, mais il ne m’a pas éduqué ou transmis ou fait pénétrer dans un monde auquel j’appartiendrais. Je me sens autant anglais, autrichien ou belge que français, je me suis converti à l’Eglise orthodoxe russe et je ne vibre à aucune compétition sportive. Oui, abstraction faite de mon milieu (la bourgeoisie aisée) et de mes longues études, j’avais tout le profil d’un possible djihadiste !

« Appartenance » constitue, en l’occurrence, le mot-clé. C’est par identification à ce à quoi l’on appartient que se forge la fameuse « identité » : elle n’est pas forcément nationale mais elle est indispensable à la construction d’une personne. Le malheur du temps s’enracine dans ce déracinement : la disparition ou la raréfaction des pères symboliques.

Terrible déshérence laissant des hommes sans qualités, cherchant désespérément – et parfois à n’importe quel prix – à en acquérir une…

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